Le commerce mondial du poisson reprend ses droits !

Après plusieurs jours de fret aérien paralysé par les cendres du volcan islandais Eyjafjöll, le commerce international du poisson reprend ses droits cette semaine avec deux évènements de portée internationale. Bruxelles accueille l’European Seafood Exposition du 27 au 29 avril 2010 et Buenos Aires (Argentine) la 12e session sur le commerce du poisson organisée par le Comité des Pêches (COFI) de la FAO du 26 au 30 avril 2010.

Des quatre coins de la planète, les exposants de l’European Seafood Exposition peuvent pousser un grand ouf. Les cendres volcaniques volatilisées, la plus grande vitrine des produits de la mer au monde se tiendra comme tous les ans au cœur du grand marché européen du poisson.

Flux tendu de poisson frais au-dessus des océans !

Le nuage de cendres du volcan islandais qui a bloqué plusieurs centaines de milliers de touristes, a révélé que des quantités conséquentes de produits de la mer prenaient couramment l’avion à destination de lointaines contrées.

Saumons frais de Norvège bloqués à Oslo pour la France, USA, Japon, Hongkong, Bangkok, Dubaï…. Huîtres de Bretagne bloquées à Paris pour Shanghaï, Singapour,….

« Les amateurs japonais de sushis sont privés de saumon de Norvège ! Incroyable, mais il est vrai que l'économie alimentaire asiatique commence elle aussi à pâtir du chaos aérien. Environ 90% du saumon frais consommé au Japon est importé de Norvège, en grande partie par avion. «Il n'y a absolument aucune arrivée. Je prie pour que les perturbations cessent vite», se désolait ce mardi un professionnel du marché aux poissons de Tsukiji, à Tokyo, le plus important du monde. » (Source : AFP)

Le nuage de cendres a aussi montré que la commercialisation de ces poissons et coquillages répondait dans ce cas au « flux tendu », acheminement régulier, en temps utile, de produits frais destinés à être vendus immédiatement, sans stockage sur un marché qui n’était pas forcément acquis. Un fournisseur défaillant pouvait être aussitôt remplacé par un autre fournisseur d’un autre continent. Des huîtres et du saumon bloqués plus longtemps sur un aéroport européen auraient pu très bien être remplacés par des huîtres et du saumon de Nouvelle-Zélande.

Il est à noter que ces produits frais répondent à des marchés de niche « haut de gamme », ils ne représentent qu’une petite part du marché international. Congelé, conserve et autres produits transformés sont bien plus importants en quantité.

Commerce mondial toujours en hausse

Pour la 12e session de la sous-commission du commerce du poisson, le Comité des Pêches (COFI) de la FAO a publié plusieurs documents qui donnent les tendances de la production, du commerce et de la consommation des produits halieutiques dans le monde. A télécharger : Faits nouveaux concernant le commerce de poisson.

La consommation mondiale de poisson et autres produits aquatiques a atteint 143 millions de tonnes en 2008 soit une moyenne de près de 17 kilos par habitant (France : 35 kilos). Le commerce international du poisson est toujours très porteur ; c’est le plus dynamique de tous les produits alimentaires. Près de 37% de la production de la pêche et de l’aquaculture est négociée sur le marché international pour un montant total de 102 milliards dollars (76 milliards d'euros) en 2008. Au cours des 10 dernières années, la croissance est imputable essentiellement au développement de l’aquaculture. Les productions aquacoles, poissons, coquillages, crustacés et algues, représentent dorénavant 47% de la consommation humaine en produits halieutiques (Pêche + Aquaculture).

Les Pays en Développement fournissent près de 80% de la production mondiale et plus de 50% du commerce mondial. La Chine loin devant avec une production de 48 millions de tonnes en 2008, dont 33 millions en aquaculture. Pour ces Pays du Sud, les produits de la pêche et de l’aquaculture représentent les revenus nets d’exportation les plus importants parmi les produits de base.

« Au cours de cette 12e session du COFI, les représentants de plus de 60 pays discuteront d'un éventail de questions portant essentiellement sur l'accès aux marchés, la traçabilité, la certification, l'éco-étiquetage et la sécurité alimentaire. L'objectif est d'élaborer des politiques et des stratégies pour la gestion du commerce mondial. »
Philippe FAVRELIERE

Autres articles :

Informations complémentaires : Documents FAO / COFI

  • Faits nouveaux concernant le commerce de poisson (FAO - Comité des pêches - Sous-comité du commerce de poisson / COFI:FT/XII/2010/3 - Douzième session - Buenos Aires (Argentine), 26-30 avril 2010)
  • Rapport sur les activités de la FAO relatives aux écolabels (FAO - Comité des pêches - Sous-comité du commerce de poisson / COFI:FT/XII/2010/4 - Douzième session - Buenos Aires (Argentine), 26-30 avril 2010)
  • Le commerce du poisson et la sécurité alimentaire (FAO - Comité des pêches - Sous-comité du commerce de poisson / COFI:FT/XII/2010/8)
  • Autre Etude : Les conséquences des discussions à l’OMC et des autres négociations commerciales sur la pêche (Parlement Européen 2009)
    Les poissons et produits dérivés, ce qui inclut les captures sauvages, les récoltes aquacoles et les produits transformés à base de poisson, constituent aujourd’hui l’une des matières premières les plus échangées dans le monde (CICDD, 2006). Près de 40% de la production halieutique totale, de l’aquaculture à la pêche en mer, est commercialisée à l’international (CTA, 2007). Les différents cadres juridiques et politiques internationaux qui régissent les modalités du commerce du poisson et de ses produits dérivés sont principalement établis sur la base des accords conclus devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les 50 années qui viennent de s’écouler ont été le théâtre d’une croissance sans précédent des échanges mondiaux dans le cadre de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et, depuis sa création en 1995, l’OMC. L’OMC compte aujourd’hui 152 États membres, qui représentent plus de 97% du commerce mondial en valeur. Depuis l’entrée de la Chine en 2001, tous les grands pays de la pêche en sont désormais membres, à l’exception de la Russie, qui est engagée dans un processus de négociation en vue de son accession…..

Réflexion complémentaire : L’avertissement donné pendant une semaine par le volcan islandais Eyjafjöll est une incitation de plus à la production et à la consommation locales.

Dans un article « Quand le fret aérien bat de l’aile » de Politis N°1100 du 29 avril 2010, Claude-Marie Vadrot s’interroge sur le développement du fret aérien pour le transport de produits frais notamment des produits de la pêche et de l’aquaculture. Il en conclut « L’avertissement donné pendant une semaine par le volcan islandais Eyjafjöll est une incitation de plus à la production et à la consommation locales. »

En quelques jours, le volcan islandais a bloqué le transport par avion de marchandises, au grand dam des multinationales. Où l’on découvre que des produits frais font le tour de la planète, au gré de la mondialisation..... Ce blocage peut paraître anecdotique : il est cependant une parfaite illustration d’une mondialisation reposant de plus en plus sur des échanges aériens en flux tendus.

Et, tandis que des millions de roses restaient en plan au Kenya, en Éthiopie, en Équateur et en Colombie, les crevettes élevées à Madagascar, au Brésil ou sur le littoral vietnamien ne parvenaient plus à Rungis via Orly. « Incontournable », le transport aérien de produits périssables est en progression constante, mentionnait en 2008 Rungis Actualités, mensuel de la presse agroalimentaire…..

Brusquement, du fait de la paralysie du fret aérien – les poissonniers et les gérants des rayons spécialisés des grandes surfaces en ont témoigné –, il y a eu pénurie de filets de panga. Ce poisson d’eau douce de la famille des poissons-chats est issu des centres d’élevages du delta du Mékong au Vietnam et est expédié, congelé, tous les jours par voie aérienne vers l’Europe. Ce flux est non négligeable puisque la production, exportée pour l’essentiel, dépasse désormais un million de tonnes par an et mobilise un nombre important d’avions. Les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise, qui ont de plus en plus recours aux filets de ce poisson, ont ressenti le manque de ce produit frais dont le bas prix de revient implique des salaires misérables pour les ouvriers vietnamiens et chinois qui assurent la continuité de sa production.

Cette situation de dépendance alimentaire artificielle pèse sur les prix, sur l’avenir de la planète et évidemment sur la situation des agriculteurs et maraîchers français, sommés de s’adapter, de produire de plus en plus prématurément, alors qu’ils sont de plus en plus mal rétribués pour leur travail. Les fraises sont un bon exemple de ces dysfonctionnements : chaque année, les grands circuits en importent des États-Unis au cœur de l’été. L’avertissement donné pendant une semaine par le volcan islandais Eyjafjöll est une incitation de plus à la production et à la consommation locales.

Du frais à partir du Maroc malgré les contraintes de l'Europe en matière de contrôle vis-à-vis de la pêche illégale

Metro Maroc exportera du poisson frais vers les magasins européens du groupe (La Vie Eco)
Les premières cargaisons partiront en juin prochain. Daurade, Saint-Pierre et pageot seront les espèces exportées. De 10 tonnes par semaine, les quantités passeront à 240 tonnes à la fin 2010.
Dès juin prochain, Metro Maroc commencera à exporter du poisson frais marocain. L’idée est d’acheter directement ce produit pour approvisionner les magasins de la chaîne situés dans 14 pays européens, principalement la France, l’Italie et l’Allemagne qui en comptent 265. Pour cette nouvelle activité, l’enseigne, qui écoule 100 000 tonnes de poisson frais en Europe de l’ouest, n’a pas créé d’entité spécifique. C’est sa filiale marocaine qui gérera elle-même l’activité, mais fera appel à deux prestataires pour l’achat à la criée et l’emballage. Pour le démarrage, huit à dix tonnes seront envoyées chaque semaine, sachant qu’il est prévu d’écouler 240 tonnes par semaine d’ici fin 2010.
Les exportations porteront essentiellement sur les poissons nobles notamment le Saint-Pierre, la daurade ou encore le pageot. Des espèces très prisées, selon Metro Maroc, par les consommateurs européens. Il faut préciser que les achats de poisson frais auprès des magasins de la chaîne sont essentiellement effectués par les hôtels et restaurants. Les ventes représentent 5 à 6% du chiffre d’affaires global. C’est d’ailleurs pour accroître cette part que l’enseigne diversifie ses sources d’approvisionnement. Outre le Maroc choisi pour la disponibilité, la qualité et la compétitivité de son poisson, l’enseigne de cash & carry s’approvisionne également en Europe du Nord (Norvège pour le saumon), aux Etats-Unis et au Canada.

FAO : Crise économique et nouvelles règles affectent le secteur de la pêche
Les pays en développement rencontrent de plus en plus de difficultés à exporter leurs poissons en raison de nouvelles règles d'accès au marché et de la crise économique, selon des rapports préparés pour la session du Sous-comité de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur le commerce de poisson, qui se tient cette semaine à Buenos Aires du 26 au 29 avril…..

Le 4 mai 2010 : Jeune Afrique fait le bilan après l'interruption du fret aérien

Un volcan tousse, l'économie tremble : bilan d'une catastrophe (Jeune Afrique)

…. Priorité a donc été donnée aux rapatriements, au détriment des exportateurs africains, qui se sentent les parents pauvres de la crise. C’est en voyant ses étals se vider que l’Europe s’est d’ailleurs rappelé qu’une partie significative de ses fruits et légumes provenait d’Afrique : 26 % des produits africains sont transportés par fret aérien (uniquement les périssables), qui a représenté, sur le seul mois d’avril 2009, quelque 3,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Principaux secteurs touchés : la pêche, les fleurs coupées et les fruits et légumes. S’il est quasi impossible d’avoir une vue globale de l’impact économique, Willem Van der Geest, directeur de la division Développement des marchés à l’International Trade Centre de Genève, estime qu’« en comparant avec le mois d’avril 2009, les principaux pays exportateurs de poisson frais que sont l’Ouganda, le Sénégal et l’Afrique du Sud perdent 1 million de dollars chaque semaine ». Mêmes chiffres pour le business des fleurs coupées (Kenya, Afrique du Sud et Ouganda principalement), acheminées à 78 % par fret aérien.

Stockages pleins

Sur place, dans les exploitations, les aires de stockage sont pleines. « Nos fruits pourrissent sur place », admet Nestor Sow, directeur général de Tropical Fruit au Cameroun. Pour ce dernier pays, sur les deux aéroports, de Yaoundé et Douala, les pertes sont de 30 tonnes de fruits et légumes par jour, ce qui représente plus de 60 millions de F CFA par jour (91 000 euros).

Au Sénégal, la Sacep, comme La Pirogue bleue et les autres exportateurs de poisson frais, a tout bonnement suspendu ses achats de poisson, impactant durablement tout un secteur : « On peut stocker quarante-huit heures, mais la perte sèche est déjà d’au moins 10 millions de F CFA », explique le directeur, Yannick Blanc, qui exporte chaque mois 40 à 50 tonnes de poisson frais vers l’Europe et a regardé périr 10 % de ce volume. Le marché local et sous-régional est la seule issue pour limiter les pertes. L’incertitude des compagnies aériennes sur la situation a conduit nombre de producteurs à gérer la crise au jour le jour. Même le fret maritime a été perturbé : les documents de douane, expédiés par avion, ne sont jamais arrivés, bloquant les navires au port de destination.

« On va en avoir pour plusieurs semaines encore, et les marchés vont se retrouver inondés de produits », relève Cédrick Gallot, directeur général du groupe de négoce de fruits et légumes français Sélection, qui réceptionne chaque matin ses produits frais à Rungis, près de Paris, première plate-forme maraîchère d’Europe, et qui anticipe une perturbation durable sur les prix, « sans compter qu’on ne connaît pas l’évolution du volcan ». Et c’est bien là une gageure : déterminer combien de temps le volcan perturbera le trafic aérien. Selon l’étude de TD Bank, la précédente éruption d’Eyjafjöll date de décembre 1821, et s’était poursuivie jusqu’en janvier 1823.

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Globalisation in Fisheries and Aquaculture : Opportunities and Challenges

Globalisation in Fisheries and Aquaculture: Opportunities and Challenges

La mondialisation de la pêche et de l'aquaculture: opportunités et défis

OCDE 2010

Les marchés mondiaux pour les poissons et produits de la pêche ont changé considérablement au cours des dernières décennies et continuera de le faire, avec toujours plus d'interactions entre les pays et continents. Le changement a apporté des bénéfices substantiels pour l'économie mondiale et un certain nombre de défis à relever pour les gouvernements.

Pour relever ces défis, sans compromettre les avantages de l'interaction croissante du marché, les pays doivent élaborer et appliquer des cadres de gestion des pêches et l'aquaculture stratégies qui tiennent compte de la mondialisation sans compromettre la durabilité des ressources.

Pour visualiser le document, cliquer : Globalisation in Fisheries and Aquaculture: Opportunities and Challenges

Pour commander le document, cliquer : OCDE

------ 30 septembre 2011 ------

Ubifrance : Les grandes tendances du marché des produits de la mer

* Développement de l’aquaculture mondiale et accroissement de sa part dans les apports halieutiques : de 2005 à 2009, elle est passée, selon la FAO, de 32 à 38%. Certaines espèces d’élevage comme le cobia ou le maigre, commencent à se faire connaître. D’autres, (bar, daurade, panga, tilapia, saumon, crevettes) tiennent une place croissante dans la transformation et la consommation. L’Espagne et l’Allemagne ont été en 2009 les deux premiers pays importateurs de panga. Ce poisson occupe la cinquième place dans le classement des 10 espèces favorites des Allemands ; il est présent au sein du top 10 des consommateurs belges.

*Forte augmentation des échanges commerciaux de produits de la mer, dans un contexte de raréfaction des ressources, de libéralisation du commerce international, et de délocalisation en Asie et Europe centrale et orientale de certaines activités de transformation.

* Forte hausse des coûts de production (coût des carburants, cours record du saumon ou de la crevette suite à productions en crise), l’approvisionnement en matières premières étant un problème crucial.

*Prolifération de labels et certifications écologiques, et nombreuses initiatives prises par la grande distribution en faveur de pratiques de pêche durable au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, aux Etats-Unis ou encore au Canada.

Source : Brève présentation du marché international des produits de la mer

Photographie de Philippe FAVRELIERE : Vendeur de thon sur un marché Venezuelien

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