mercredi 11 mars 2009

Marché du poisson "France" : aucune solution en vue !

Alors que le bateau prend l’eau de toute part, le capitaine garde son calme, un calme suicidaire… Dans tous les ports de pêche de l’Atlantique et de la Manche, les pêcheurs subissent de plein fouet, la chute des cours. Pour le moment aucune réaction des responsables nationaux et des autorités compétentes. Pour couler la pêche côtière, on ne ferait pas mieux.

Pour plus d'informations sur le marché : En France, la consommation de poisson frais ne connait pas la crise (revue de presse et études actualisées)

Depuis maintenant deux mois, les frigos se remplissent, les caisses des Organisations de Producteurs (OP) se vident,… et certains parlent d’une crise qui va durer au moins jusqu’en 2010. Qu’attend-on pour prendre des initiatives ?

Localement, les pêcheurs ne peuvent plus attendre, ils développent la vente directe, comme l’explique le Comité Régional des Pêches Maritimes d’Aquitaine dans un communiqué du 26 février 2009 : Les initiatives de vente en direct fleurissent, sur la côte Basque comme sur le Bassin d’Arcachon. Ces actions ponctuelles sont positives car elles permettent aux producteurs d’obtenir un meilleur prix et renforcent le lien indispensable entre pêcheurs et consommateurs.

Dans ce même communiqué, il est indiqué : A Arcachon, c’est la pleine saison de la sole, espèce noble ciblée par la flottille de fileyeurs du port. Mais alors qu’à la même période en 2008, les pêcheurs pouvaient vendre les soles de grande taille à 14€ sous criée, ces mêmes poissons partent aujourd’hui au prix de retrait de 7,50€. Sur le port de St Jean de Luz, les ligneurs pêchant le merlu se retrouvent face à une situation peu commune : l’appât qu’ils achètent est parfois presque aussi cher que le merlu qu’ils vendent !

Est-ce vraiment la chute de la demande qui serait à l’origine de la crise actuelle ?

Ne serait-ce pas aussi l’afflux important de produits d’importation à bas prix ? Il semblerait que l’agro-alimentaire soit le secteur le moins touché par la crise.

Les grandes surfaces ont annoncé des promotions sur les produits de la mer la semaine dernière dans le but d’aider les pêcheurs à écouler leurs produits.

Je n’ai pas voulu une nouvelle fois titiller la poissonnerie de mon supermarché où il y avait des promotions notamment des langoustines à 9 € le kilo (à côté de grosses langoustines vivantes à 23 € le kilo) ; d’où venaient-elles probablement des îles britanniques. J’ai acheté des « bouquets » toutes sautillantes - au moins ces crevettes avaient été pêchées il y a peu - et une grosse dorade à 9 € le kilo pêchée en Atlantique du Nord-Est. Le seul produit qui affichait fièrement son origine française, était un saumon d’élevage accompagné d’un tract : Goûtez l’unique saumon élevé et produit en France sans OGM,… (Y aurait-il des saumons OGM sur le marché sans que le consommateur le sache !).

En surfant sur le site d’une grande enseigne, des promotions s’affichent. La poissonnerie virtuelle s’ouvre sur des filets de cabillaud à 17 € les 2 kilos (d’origine Atlantique du Nord-Est ou de Baltique). Les poissons d’élevage tiennent une grande place : turbot d’Espagne, saumon de Norvège. Sinon un beau plateau de fruits de mer « élaboré » en France dont les ingrédients proviennent probablement tous de l’étranger : langoustine, crabe, bulot, crevette et bigorneau.

Les seuls produits dont l’origine française ne fait pas de doute, sont :
  • pour les poissons : tacauds et merlans pêchés par des côtiers de Normandie et de Bretagne, ainsi que des truites d’élevage,
  • pour les coquillages : huîtres de Marennes-Oléron et de Normandie, et moules de bouchot de Saint Brieuc et Baie du Mont Saint Michel (alors que ce n’est pas la saison !).

Alors que les côtiers bretons et normands sont en pleine saison de la « Coquille » et que les frigos sont pleins de noix de saint jacques de la baie de Saint Brieuc ou de la Baie de Seine, cette Grande Enseigne propose des noix de saint jacques de l’Atlantique du Nord-Ouest (c'est-à-dire du Canada ou des USA).

Il est clair que les pêcheurs et leurs organisations doivent s’adresser à d’autres clients que ceux qui s’approvisionnent sur le marché mondial. S’organiser pour activer la filière « Poissonnerie » et développer la vente directe, notamment la mise en place d’AMAP. Actuellement, la seule région à résister est la Méditerranée où les pêcheurs vendent principalement au détail.

Cela va-t-il s'arranger ? Rien n'est moins sûr car la surproduction actuelle part à la congélation et aujourd'hui les frigos sont pleins ! selon David Milly (Directeur de l’OP Cap Sud). Pour l'heure, l'OP Cap Sud (et sa trésorerie) résiste et parvient à maintenir un prix plancher « décent » pour le pêcheur, en remboursant la différence face à l'écroulement des cours.

La chute dans "Sud-Ouest" : Reste la solution de la transformation en farine animale et l'équarrissage, même si le directeur de l'OP insiste sur le fait que l'on « ne pêche pas pour détruire ». Va-t-on mettre en place une filière pêche minotière en France alors que le Pérou réfléchit actuellement à mieux valoriser son anchois pour la consommation humaine !
Philippe FAVRELIERE

Image Wikipedia : Merlu

Autres articles :

Informations complémentaires :

Information ajoutée le 17 mars 2009 : La consommation de saumon frais norvégien a progressé au cours des deux premiers mois de 2009

La France est le premier marché mondial pour le saumon de Norvège avec plus de 122 000 tonnes exportées l’année dernière, soit une augmentation de 7,7 % par rapport à 2007, d’après un communiqué publié jeudi du Centre des Produits de la mer de Norvège. La consommation de saumon par les foyers français a atteint un niveau record en 2008 selon les chiffres de TNS / Europanel. La valeur totale de saumon vendue pour la consommation domestique a atteint environ 8,8 M d’euros en 2008, soit + 3% par rapport à 2007. Le saumon représente en tout 19,5 % de tous les achats des ménages en produits de la mer. En moyenne, 7 saumons sur 10 consommés en France sont norvégiens, et les Français en consomment en moyenne environ 2,3 kilos par an, essentiellement sous forme de filet et de saumon fumé. La vente de saumon frais de Norvège les deux premiers mois de l’année 2009 a augmenté de 6.4 % en quantité, passant de 17 481 tonnes pour la même période en 2008 à 18 599 tonnes en 2009. (Source : Les marchés)

Aucun commentaire: