mercredi 14 avril 2010

Face aux importations, la pêche survivra dans l’innovation commerciale !

Le 8 avril 2010, la commission pêche du Parlement Européen a poursuivi sa série d'auditions publiques consacrées à différents aspects de la réforme de la PCP avec une audition sur les aspects commerciaux de cette politique et sur l'organisation du marché des produits de la pêche. Principal point de discorde entre les acteurs de la filière de la pêche européenne : le prix du poisson d’importation.

D’un côté, les pêcheurs exigent une réglementation plus stricte à l’encontre des produits de la mer importés. De l’autre, les industries halio-alimentaires, transformateurs et conserveries, se satisfont d’une réglementation pas trop stricte sur des produits halieutiques extra-communautaires qui constituent une source d’approvisionnement de plus en plus importante.

La cause perdue des organisations de la pêche européenne divisées…

Confrontés à la chute des cours de leurs captures, les pêcheurs incriminent les produits de la mer importés à bas prix des pays tiers. Les organisations professionnelles de la pêche demandent la mise en place de « barrières » à l’entrée de l’Union Européenne.

Au cours de l’audition, les quatre représentants de la pêche ont pu exposer leurs revendications. « La principale menace qui pèse sur le secteur de la pêche en Europe est la concurrence des pays tiers. Un marin-pêcheur allemand coûte 160 dollars par jour, alors qu'il ne coûte que 22 dollars au Sénégal. En parallèle, le prix du poisson a baissé de 18 % depuis 2005, note Jacques Pichon, directeur de l'Union des pêcheurs de Manche Atlantique. « Il faut dire stop ! », martèle-t-il. » Mais comment ? Robert Stevenson, d'une organisation de pêcheurs du Nord-est de l'Ecosse, s'insurge que « la flotte de pêche la plus contrôlée au monde » doive adhérer aux prix minimums décidés par l'Union européenne, alors que des prises de moindre qualité sont importées en Europe à des prix très bas. » Source : Réforme de la pêche : plus réglementer les importations de poisson ? (Parlement européen)

Mais comment ? Si les pêcheurs européens sont d’accord pour condamner à l’unisson les produits importés des pays tiers, dans le même temps, ils se livrent une rude compétition sur le marché intra-communautaire. Les pêcheurs normands ne condamnent-ils pas régulièrement les importations à bas prix des coquilles saint-jacques, tourteaux et autres poissons pêchés par leurs homologues britanniques ?

Une réalité : Les principaux pays fournisseurs de la France ne sont pas les pays tiers, mais bien les pays européens. Voir le mal au Sénégal, en Asie ou ailleurs ne résoudra rien. Les organisations professionnelles européennes de la pêche doivent accorder leur violon et commencer à faire le ménage dans la maison communautaire.

….. Face à une industrie halio-alimentaire européenne de plus en plus puissante

Il est évident que le secteur de la pêche divisé devra se plier à la position de la toute puissante industrie halio-alimentaire européenne qui s’approvisionne avantageusement sur le marché international et de plus en plus auprès de ses filiales installées aux quatre coins de la planète. Voir : L’Europe lève ses barrières douanières sur le poisson d’importation !

L’audition du 8 avril 2010 est significative des forces en présence. Face aux quatre orateurs qui ont représenté chacun la position d'une organisation professionnelle de la pêche, deux représentants de l’industrie halio-alimentaire et du commerce ont exposé une position commune de leur secteur respectif à savoir l’industrie de la transformation et du commerce pour l’un et l’industrie de la conserve pour l’autre. Par exemple : Le représentant de l’industrie de la conserve montre sur une « diapositive » que dans l'Union Européenne le chiffre d'affaires de l'industrie halio-alimemtaire est quasiment le double de celui de la pêche et aquaculture réunies ! 18 milliards d'euros contre 10 (7+3) milliards.

Quatre représentants de la pêche :
  • Ian MAC SWEEN (Association écossaise des organisations des producteurs de poissons)
  • Jacques PICHON (Pêcheurs Manche Atlantique (PMA))
  • Robert STEVENSON (Association écossaise des organisations des producteurs de poissons)
  • Francisco TEIXEIRA (Organisation de producteurs de pêche fraîche du Port et de l'aber de MarÍn (Espagne))
Pour deux représentants de l’industrie et du commerce
  • Matthias KELLER (Association des professionnels de la transformation et du commerce en gros de produits de la pêche (Allemagne))
  • J. Manuel VIEITES BAPTISTA DE SOUSA (Association nationale des fabricants de conserves de poissons et crustacés (ANFACO) (Espagne))
Lire tous les exposés : Audition du 8 avril 2010

Pendant ce temps le rapport de Alain Cadec sur le régime des importations des produits halieutiques se pauffine dans un projet de rapport daté du 14 avril 2010 : Le régime d'importation dans l'UE des produits de la pêche et de l'aquaculture dans la perspective de la réforme de la PCP (Parlement Européen)

Autres articles :

Pour aller plus loin...

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Marché (du Merlu) : le poids de la mondialisation

Le prix moyen du merlu sous les criées françaises a subi une chute spectaculaire en une seule décennie. Il est passé de 5,03 euros (au kilo) en 2000 à 4,27 euros, en 2007, 3,31 euros en 2008 et 2,85 euros en 2009. A Lorient, premier port français de merlu avec 1 700 tonnes débarquées, il avait même chuté a 2,03 euros en 2009.

En fin 2010, dans le même port, il se situait entre 2,40 et 2,80 euros pour le merlu des grands chalutiers, et à 2 euros de plus pour celui des pêcheurs côtiers. Le recul avait commencé en 2007 et l'inflexion principale se situait en 2008. Les prix se sont depuis stabilisés sur ces valeurs basses qui restent souvent supérieures aux prix moyens européens. De ce fait, le merlu français devient difficile à vendre, avec 1 100 tonnes d'invendus en 2008 et 1 500 tonnes en 2009. L'explication se trouve dans l'internationalisation croissante du marché européen et la diminution du pouvoir d'achat des ménages espagnols. Traditionnellement, l'Espagne était le principal débouché du merlu débarqué dans les ports bretons. Ce pays a récemment trouvé de nouveaux approvisionnements à meilleur marché dans l'Atlantique-Sud et le Pacifique Sud sur des espèces à chair moins estimée, comme le Merluccius capensis d'Afrique du Sud, le Merluccius galli du Chili, les Merluccius gayi ou hubsi d'Argentine.

La consommation européenne est estimée a 300 000 tonnes, dont 200 000 sont importées. Dans ces conditions, les pêcheurs français ont dû, en 2010, baisser leurs prix de retrait, c'est a dire les prix minimaux sous les criées. Seule manière de se maintenir sur les marchés.

Depuis deux ans, l'évolution du marché est complexe. Si les prix ont baissé sous la pression de l'importation, c'est aujourd'hui l'importance de la production européenne qui les maintient relativement bas. Et, du coup, le merlu importé devient plus cher que le merlu européen. Texte de Jacques Le Meur pour le CCSTI - Maison de la Mer, tiré de : Merlu entre mer et marché / Innover pour résister à la mondialisation

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L’AIPCE publie son étude ‘Finfish 2010’

L’étude Finfish 2010, publiée par l’association européenne des importateurs et industriels du poisson AIPCE-CEP, montre que, au cours des vingt dernières années, le marché européen des produits de la mer à valeur ajoutée a montré une croissance soutenue. L’approvisionnement en provenance des eaux européennes se réduit, alors qu’une énorme dépendance par rapport aux importations des pays tiers s’est développée, particulièrement par rapport aux produits semi-transformés et aux espèces d’aquaculture. En 2009, la dépendance absolue par rapport aux importations était de 60 %, mais la dépendance pouvait atteindre 90% pour les espèces marines de poisson à chair blanche.

Le poisson provient de nouvelles régions, et de nouvelles espèces ont été introduites, par exemple, le pangasius d’aquaculture vietnamien, dont le rôle déterminant comme nouvelle source d’approvisionnement a été démontré. Un intérêt grandissant a également été montré pour les longes de thon à transformer, et un important commerce des longes de thon fraîches ou congelées s’est développé dans certains états européens (France, Allemagne, Royaume-Uni), principalement issues du thon à nageoires jaunes provenant du Sri Lanka et d’Indonésie. De nombreux membres de l’AIPCE traitent le thon dans les pays tiers, où ils ont investi dans des installations de traitement, souvent via les accords de partenariat locaux. Pour ce qui concerne le poisson à chair blanche, la Namibie et l’Afrique du Sud restent les premières sources d’importation de merlu. Ces importations accrues ont également provoqué l’inquiétude des secteurs de l'industrie européenne, vu que le niveau de qualité et d’étiquetage de certaines importations n’atteint pas celui des produits européens de capture ou d’aquaculture….. Suite, commentaire et téléchargement de l'étude : Agritrade/CTA

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Revue de presse

Le 5 mai 2010

Importations européennes des produits de la mer : entre concurrence loyale et libéralisation des échanges

Alain Cadec, député européen, vice président de la commission pêche au Parlement Européen vient de remettre sur rapport sur les importations des produits halieutiques, il prône une concurrence loyale sur le marché européen des produits de la pêche et l’aquaculture. Pendant ce temps, le ministre du Commerce canadien Van Loan prône la libération des échanges commerciaux entre le Canada et l’Union Européenne. Remarque : le Canada est un grand exportateur de produits de la mer : Homard, pétoncle, saumon,

….promouvoir les négociations en vue d’un accord économique et commercial global avec l’Union européenne.
« Le Canada est déterminé à accroître la libéralisation des échanges commerciaux avec l’Union européenne, une initiative qui créera davantage de débouchés pour les entrepreneurs et les milieux d’affaires dynamiques du Canada ainsi que pour le secteur des affaires de la Suède, a déclaré le ministre Van Loan. Un accord commercial stimulerait les échanges bilatéraux, ouvrirait des portes à nos entreprises et créerait des emplois pour nos citoyens des deux côtés de l’Atlantique. » Source : Le ministre Van Loan termine une visite fructueuse en Suède (Gouvernement Ca)

Le 10 mai 2010

Etude : Les conséquences des discussions à l’OMC et des autres négociations commerciales sur la pêche (Parlement Européen 2009)

Les poissons et produits dérivés, ce qui inclut les captures sauvages, les récoltes aquacoles et les produits transformés à base de poisson, constituent aujourd’hui l’une des matières premières les plus échangées dans le monde (CICDD, 2006). Près de 40% de la production halieutique totale, de l’aquaculture à la pêche en mer, est commercialisée à l’international (CTA, 2007). Les différents cadres juridiques et politiques internationaux qui régissent les modalités du commerce du poisson et de ses produits dérivés sont principalement établis sur la base des accords conclus devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les 50 années qui viennent de s’écouler ont été le théâtre d’une croissance sans précédent des échanges mondiaux dans le cadre de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et, depuis sa création en 1995, l’OMC. L’OMC compte aujourd’hui 152 États membres, qui représentent plus de 97% du commerce mondial en valeur. Depuis l’entrée de la Chine en 2001, tous les grands pays de la pêche en sont désormais membres, à l’exception de la Russie, qui est engagée dans un processus de négociation en vue de son accession…..

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