dimanche 27 septembre 2009

Mer poubelle : Un éternel recommencement !

Vous rappelez-vous des images de Minamata projetées sur les écrans dans les années 70 ?

La souffrance de ces visages de pêcheurs, de leurs épouses et enfants, intoxiqués au mercure depuis des décennies.

C’est à ce moment là qu’éclate au grand jour le scandale de la « Maladie de Minamata » au Japon.

Autrefois, les pêcheurs de Minamata…

Depuis 1932, l’usine pétrochimique Chisso déverse de nombreux résidus de métaux lourds dans la mer dont du mercure. Les premiers signes d’intoxication apparaissent 22 ans plus tard, dans un petit village de pêcheurs, où la population se nourrit principalement de poissons. Des personnes présentent de nombreux problèmes liés au système nerveux, comme, par exemple, la perte de motricité. On parle alors de « Maladie de Minamata » sans qu’on n’en sache la cause réelle. Plus tard, des mères ne présentant aucun symptôme donnent naissance à des enfants gravement atteints (malformations plus ou moins lourdes, handicaps divers ou multiples, enfants mort-nés…).

En 1959, le docteur Hajime Hosokawa, employé à Chisso, démontre que les phénomènes observés sont liés à la pollution par le mercure. Cependant, les déversements en mer continuent jusqu'en 1966 quand un procédé de synthèse plus économique est mis en place. Durant toute cette période, environ 400 tonnes de mercure sont rejetées dans la baie de Minamata.

Alors que plusieurs centaines de personnes sont décédées et plusieurs milliers sont handicapés, il faut attendre l’année 1977 pour que les boues contaminées soient traitées et stockées, et l’année 1996 pour que l'État propose un compromis pour indemniser l'ensemble des victimes !

Face à l’inertie des autorités, une grande chaîne de solidarité se met en place et vient en aide aux familles de pêcheurs désoeuvrées qui s’orientent alors vers l’agriculture. C’est la naissance des « Teikei » en japonais (qu’on peut traduire par « mettre le visage du paysan sur l’aliment »). Au début des années 1960, des mères de famille se regroupent et passent un contrat avec un pêcheur de Minamata devenu agriculteur. En échange de la garantie d’achat de la production, le paysan s’engage à cultiver sans produits chimiques. Les « Teikei » de Minamata sont les ancêtres des AMAP qui se développent actuellement en France pour soutenir des agriculteurs et des pêcheurs.

Aujourd’hui, les pêcheurs martiniquais…

Dans notre société actuelle « bombardée » de publicités et de campagnes de sensibilisation vis-à-vis de la sauvegarde de notre planète et contre la pollution, le scandale de Minamata n'est qu'un éternel recommencement avec les produits radioactifs jetés au large des côtes calabraises ou les pesticides dans les rivières et les baies de Martinique.

Martinique : la pêche interdite en 2010 dans toutes ses rivières et sur certaines zones côtières (Yahoo)

La Martinique interdit la pêche dans toutes ses rivières et sur certaines zones côtières pendant toute l'année 2010, après avoir récemment trouvé des niveaux élevés de pesticides, le double des quantités autorisées, ont rapporté les autorités sanitaires. Les analyses montrent des taux de Kepone, du chlordecone, qui s'élèvent à deux fois la limite à ne pas dépasser, dans 96% de la quarantaine de zones testées.

Les pêcheurs locaux dénoncent d'ores et déjà une mesure lapidaire pour leur travail, déjà fortement affecté par les prix élevés du pétrole et la concurrence étrangère. "Les pêcheurs ne doivent pas payer pour ceux qui polluent. Notre profession sera pénalisée par des mesures destinées au consommateur mais ce seront nous les premières victimes", a déclaré Marie Ademar, présidente de l'Association familiale maritime de la Martinique.

Les estimations parlent de 4.000 pêcheurs qui travaillent en Martinique et rapportent 6.300 tonnes de poisson par an. Cependant, la pêche au large, qui représente 60% des prises, ne sera pas affectée, selon la Commission européenne.

En 2007, une étude médicale avait montré que le Kepone pouvait avoir entraîné une hausse des cancers sur cette île des Caraïbes et chez sa voisine, en Guadeloupe. En 2008, la France a dépensé 34,5 millions d'euros pour éliminer les pesticides, tout en prévenant les 400.000 habitants de faire attention à ce qu'ils mangent et boivent. Les vétérinaires préconisent de n'acheter du poisson que chez des vendeurs homologués, sachant que sa consommation est quotidienne sur l'île, d'après un rapport de la Commission européenne.

La Guadeloupe a déjà mis en place une interdiction de pêcher d'une durée de cinq ans, pour la même raison. Le Kedone était utilisé dans ses plantations de bananes, jusqu'à son interdiction en 1993. Le Kedone a d'ailleurs rejoint cette année la liste éditée par l'ONU des produits chimiques dangereux.
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Autres Articles :
Pour plus d'informations :

Image : Collectif de Remises En Causes de Besançon

Revue de Presse :

Le 17 octobre 2009

Dégazage sauvage - Trois navires pollueurs piégés au large de Toulon (Var Matin)
Un des ATR42 italien engagé sur l'opération Oscar Med' basé sur le tarmac de la BAN d'Hyères.
L'Italie, l'Espagne et la France se sont associés la semaine dernière pour lutter contre les rejets en mer. Cette campagne a été couronnée de succès
Sans que personne n'en sache rien, les autorités italiennes, espagnoles et françaises ont mené, durant toute la semaine dernière, la première opération internationale de lutte contre les rejets illicites en Méditerranée......

Deux avions français des douanes, un avion Polmar Italien et un Espagnol ont silloné la zone immense qui s'étend des côtes italiennes aux côtes espagnoles. Les preuves par images radar ont été patiemment rassemblées et un dossier complet a été remis au parquet de Marseille, seul compétent pour engager les poursuites contre les armateurs concernés. Il faudra, à présent, de longs mois d'investigations, avant un procès.
Pendant ce temps, les rejets en mer continuent. Chaque année, 150 000 tonnes sont larguées au large de la Méditerranée, soit l'équivalent de dix « Erika » ou de deux « Prestige ». Dans le plus total anonymat.L'année 2008 avait connu un pic dans le nombre de pollutions détectées en Méditerranée : 250 dont 180 aux hydrocarbures. Cette année, 190 dégazages sauvages ont déjà été dénombrés dont une centaine aux hydrocarbures. Sur l'axe commercial Barcelone-Gênes (surnommé l'autoroute des pollutions), 2 500 navires circulent chaque jour. Lorsqu'ils sont surpris en flagrant délit, une procédure judiciaire est lancée. Depuis 2003, 12 navires ont été condamnés

Le 10 novembre 2009

Le nouveau registre européen des rejets de polluants est en ligne (Jdle)
Vers un registre des principaux pollueurs en Europe
La Commission européenne et l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) ont ouvert lundi 9 novembre l’accès en ligne du nouveau registre des rejets et transferts de polluants (E-PRTR) (1).
Le registre contient des informations sur les émissions de 91 polluants dans l'air, l'eau et le sol de 24.000 installations industrielles européennes dans les 27 Etats membres ainsi qu’en Norvège, Islande et au Liechtenstein. Il fournit également d'autres données telles que la quantité et le type de déchets transférés tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de chaque pays.

Le 3 avril 2010

Au Japon, les victimes du mercure obtiennent réparation (Le Monde)
Le long combat des victimes de la maladie de Minamata, symbole des dérives du développement économique du Japon de l'après-guerre, touche à sa fin. 2 123 victimes de ce mal provoqué par la pollution au mercure de la baie de Minamata, ville de la préfecture de Kumamoto, dans l'ouest de l'archipel, ont passé, lundi 29 mars, un accord avec le gouvernement et le géant de la chimie Chisso, responsable de la contamination. La transaction prévoit le versement à chaque victime d'une indemnité de 2,1 millions de yens (16 700 euros) assortie d'une allocation mensuelle d'environ 17 000 yens (135 euros).
En 1959, l'origine du mal est enfin identifiée : il s'agit du mercure déversé en quantité dans les eaux de la baie de Minamata par l'usine Chisso, qui produit de l'acétaldéhyde depuis 1932. Ce mercure se retrouve dans les poissons et crustacés, aliments de base de la population locale.

Le 31 mai 2010

Loi de Modernisation de l'Agriculture et de la Pêche : Article additionnel : Article 18 ter : Plan chlordécone mer aux Antilles

M. le président. - Amendement n°484, présenté par M. S. Larcher et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.

Après l'article 18 bis, insérer un article additionnel ainsi rédigé :

Le Gouvernement étudie la mise en place d'un plan chlordécone mer dans les six mois qui suivent la publication de la présente loi.

M. Georges Patient. - Il est défendu.

M. Charles Revet, rapporteur. - Le chorlodécone, produit longtemps utilisé dans les Antilles, contamine aujourd'hui l'aquaculture et l'agriculture. Mme Procaccia a consacré un rapport à cette question dans le cadre de l'Office parlementaire des choix scientifiques. Un plan a été prévu pour l'agriculture mais rien pour les pêcheurs. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Bruno Le Maire, ministre. - Le problème posé par le chlordécone est très grave mais l'amendement ne relève pas de la loi. Les préfets y travaillent.

Mme Marie-Agnès Labarre. - Nous regrettons que les pouvoirs publics n'aient pas réagi plus vite : le chlordécone a été classé cancérigène en 1979 mais n'a été interdit qu'en 1993. Il est source de graves pollutions. Nous voterons l'amendement.

M. Charles Revet, rapporteur. - Défavorable, conformément à l'avis du Gouvernement.

L'amendement n°484 est adopté et devient un article additionnel. Article 18 ter

Le 19 juin 2010

Guadeloupe - Chlordécone : Pêche interdite dans certains secteurs (Domactu)
A cause de la pollution à la chlordécone, des mesures préventives vont entrer en vigueur dans quelques jours afin de restreindre les zones de pêche autorisées.
Nouveau coup dur pour nos pêcheurs. Des analyses réalisées récemment ont mis en évidence des concentrations très importantes de chlordécone et d'autres pesticides organochlorés dans certaines eaux de notre littoral. Des arrêtés préfectoraux devraient donc très fortement réglementer, et parfois même interdire l'activité de pêche dans des zones allant du Petit Cul-de-sac marin à Trois-Rivières.
Le sud de la Basse-Terre est particulièrement concerné. Différents degrés de réglementation vont être définis par les autorités préfectorales en fonction des zones du littoral et des espèces de poissons. Mais les pêcheurs vont sans doute rester à quai pendant quelques temps, alors que la saison n'est déjà pas très bonne....

Le 22 juin 2010

Aux Antilles, le scandale sanitaire du chlordécone (Le Monde)
Le chlordécone a été utilisée comme pesticide dans les plantations de bananes en Guadeloupe et en Martinique entre 1973 et 1993.
La France n'en a pas fini avec les scandales de sécurité sanitaire. Pendant vingt ans, de 1973 à 1993, un insecticide, le chlordécone, a été utilisé en Martinique et en Guadeloupe pour lutter contre le charançon de la banane, entraînant durablement une pollution des sols et une exposition d'une partie de la population.
Une étude, publiée lundi 21 juin en Guadeloupe et dans le Journal of Clinical Oncology, confirme que le chlordécone, un perturbateur endocrinien, est responsable d'un accroissement significatif du risque de cancer de la prostate, lequel représente 50% de l'ensemble des cancers dépistés en Guadeloupe et à la Martinique. L'étude valide donc les signaux d'alerte que les autorités ont longtemps ignorés.
Très longue durée de vie
"D'énormes erreurs ont été commises, qui rappellent furieusement les grands enjeux de sécurité sanitaires des années 1980 et 1990: hormone de croissance, vache folle, etc.", estime le professeur William Dab, président du Conseil scientifique du Plan chlordécone en Martinique et en Guadeloupe. Interdit en métropole en 1990, le pesticide a été utilisé par dérogation en Guadeloupe et en Martinique jusqu'en 1993, alors que les Etats-Unis l'avaient proscrit depuis 1976.
"Des rapports parlementaires l'on déjà pointé: le ministère de l'agriculture n'a pas correctement traité les signaux scientifiques sur les dangers de la pollution et de l'exposition au chlordécone. Il y a eu un retard dans la prise de conscience et l'action", poursuit le professeur Dab. Les premiers plans locaux datent de 1999, et en 2004, le chlordécone a été enfin pris en compte dans le Plan national santé environnement. Finalisé en octobre 2009, le rapport du Conseil scientifique du Plan chlordécone n'a été rendu public par le gouvernement que le 17 juin avec sa mise en ligne sur le site de l'Institut de veille sanitaire (INVS)…..

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Le 9 février 2011

Aquarium de La Rochelle : Ils volent au secours des coraux (Sud-Ouest)

L'Aquarium participe à une mission pour sauver ces étranges animaux. Mathieu Coutant et son père Pascal, devant « leur » barrière de corail à l'Aquarium de La Rochelle.

La bête est capricieuse. Elle ne pond que six jours après la pleine lune de septembre et trois heures après le coucher du soleil. Autant dire qu'il ne faut pas rater le moment où la barrière de corail libère sa descendance dans un orgasme aquatique aussi ponctuel que rare. « En fait il s'agit d'agglomérats de gamètes mâles et femelles », précise Pascal Coutant, co-directeur avec sa sœur Roselyne de l'Aquarium de La Rochelle.

Un Aquarium qui participe, avec celui de la Guadeloupe et Océanopolis de Brest, à une mission de sauvegarde des récifs coralliens des Antilles sous couvert de la Diren (1) Guadeloupe. « Ils sont très abîmés par les diverses pollutions. Notamment celles qui sont d'origine agricole : les bananiers sont traités avec un pesticide très puissant alors que les récifs se trouvent très près du rivage », précise Pascal Coutant.

Enjeu de l'opération : récupérer des œufs pour obtenir des larves afin d'élaborer un protocole et faire reproduire artificiellement des coraux. Il s'agit donc bien d'une expérience à but scientifique et non d'un élevage de coraux….

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Le 4 juillet 2011

Le Vietnam n'en a pas fini avec l'agent orange (Ouest France)

Il y a cinquante ans, les Américains déversaient leurs premiers bidons d'herbicide toxique sur le Sud-Vietnam. Leur stratégie : gagner la guerre en délogeant les communistes des forêts. Le Vietnam compte encore de nombreuses victimes de l'agent orange et les dégâts sur l'environnement sont colossaux.

Hoi An (de notre correspondante). ¯ À Hoi An, le charme de la cité portuaire classée au Patrimoine mondial de l'Unesco envoûte les touristes. Ils ne se doutent pas que la région a été particulièrement touchée par les épandages d'agent orange. Parfois à quelques kilomètres de leurs hôtels.

Mme Vo Thi Hoa se souvient des largages de défoliants sur la forêt de palmiers d'eau de Bay Mau, à 5 km du centre. « La forêt a été décimée, indique la présidente de l'Association des victimes de l'agent orange de Hoi. Mon mari a combattu dans cette zone pendant trois ans. Il buvait l'eau sur place, mangeait les aliments locaux. Il est mort d'un cancer du foie en 1982. Peut-être la conséquence directe des contacts avec le défoliant. » Elle pense que son fils est aussi une victime de l'agent orange. Mais comme il est valide et autonome et qu'il avait peur de ne pas trouver à se marier, il a toujours refusé de passer les tests médicaux...

Aujourd'hui, les palmiers s'élèvent, verdoyants, au-dessus du plan d'eau de Bay Mau. Les autorités travaillent à ériger cette mangrove en zone d'écotourisme. Les visiteurs s'y promènent à vélo ou en moto. La vie a repris dans la forêt ; l'activité économique aussi. Des élevages de crevettes, notamment, sont disséminés autour du site. Sachant que les effets de la dioxine diminuent de moitié tous les cinq mois dans l'eau, il n'y a, a priori, aucune raison que les crustacés soient contaminés. « Les gens ne s'inquiètent pas de ce qu'ils mangent, déplore Mme Hoa. Ils ne pensent pas à la pollution, surtout que les zones où on ne pouvait pas produire ont été désertées. »

Officiellement, trois aérodromes et dix anciens entrepôts sont considérés comme des ' points chauds ' du pays, c'est-à-dire des zones très polluées, interdites d'accès. Mais les eaux du lac Sen, derrière l'aéroport de Da Nang où les Américains stockaient leurs bidons d'agent orange (à 30 km de Hoi An), restent exploitées par les habitants, malgré les avertissements des autorités. Le pays n'a pas les moyens techniques et financiers de décontaminer : l'assainissement de l'aéroport de Da Nang est estimé à 34 millions de dollars.

Interrogé sur la forêt de Bay Mau, le chef du bureau des ressources naturelles et de l'environnement de Hoi An se veut rassurant : « Ceux qui ont vécu la guerre là-bas continuent d'être en bonne forme. Nous avons fait des mesures et des examens. S'il y avait eu quelque chose d'anormal, nous aurions circonscrit la zone et informé la population. »

« La dioxine ne nuit pas au tourisme »

Les touristes, en général, ont entendu parler de l'agent orange, surtout s'ils ont visité les terrifiantes salles du musée de la guerre à Ho Chi Minh Ville. Ils se disent que tout ça est bien loin. Que les produits toxiques ont dû disparaître, s'évaporer, se dissoudre...