samedi 20 avril 2013

Au Brésil, 8000 pêcheurs ne valent pas 5 millions de tonnes d'acier !

Au nom du développement industriel et de la création d'emploi peut-on faire n'importe quoi ?

Au Brésil... Si !..

Le groupe sidérurgique allemand ThyssenKrupp bafoue les droits humains, pollue l'environnement marin et met en péril la vie des communautés de pêcheurs...

Retour en mars 2009

Dans les pays du Nord, délocalisation est synonyme de perte d’emplois. Mais qu’en est-il de l’autre côté... dans les pays du Sud ?

Dans les pays du Sud, ces relocalisations réalisées avec l’assentiment des autorités locales, se font au plus grand mépris des populations autochtones. C’est actuellement le cas dans l’Etat de Rio de Janeiro au Brésil où 8000 pêcheurs sont menacés par une aciérie allemande qui est en construction au bord de la baie de Sepetiba.

Que valent 8000 petits pêcheurs face au géant allemand ThyssenKrupp CSA qui va produire 5 millions de tonnes d’acier pour l’exportation ? Pas grand chose !


Bienvenue sur le site de ThyssenKrupp CSA. Nous construisons une nouvelle usine sur la baie de Sepetiba dans l'État de Rio de Janeiro au Brésil. A partir de décembre 2009, l'usine produira cinq millions de tonnes d'acier par an. 3500 personnes travailleront ici, et quelques 10.000 emplois seront créés indirectement. Pour ThyssenKrupp Steel, cette nouvelle usine est l’évènement du siècle - et c’est la clé d'une stratégie prospective qui mènera l'entreprise vers un avenir couronné de succès.

Quand les travaux de dragage ont commencé en 2006, les pêcheurs ont tout de suite remarqué la disparition de plusieurs espèces dans la Baie de Sepetiba telles que le roballo et les crevettes. En fait, la société allemande avait choisi de construire les infrastructures portuaires de son usine dans une zone de frayère très importante pour toute la pêche locale.

“Nous avons dénoncé la destruction de l'environnement côtier par l'entreprise allemande Thyssen Krupp", dit le pêcheur Luis Carlos Da Silva, qui a travaillé plus de 40 ans dans cette zone de l’Etat de Rio de Janeiro.

Près de 150 organisations sociales du Brésil se sont mobilisées pour défendre les droits des 8000 pêcheurs. Une plainte a été déposée auprès du Tribunal Permanent des Peuples à Lima (Pérou).

En désespoir de cause, Sandra Quintela de l’Institut de Politiques Alternatives pour le Cône Sud exige que les menaces de mort à l’égard des pêcheurs qui ont essayé d’arrèter le projet, soient examinées par les autorités compétentes, d’autant plus que la société allemande a été au-dessus des lois brésiliennes pendant toutes ces années. Lire : Rio+20. Ce pêcheur est menacé de mort...

Malgré les protestations et les manifestations de la population, le projet a poursuivi son chemin. Rien ne pouvait arrêter la construction financée par la Banque Nationale pour le Développement Economique et Social (BNDES). Au total, 43 000 personnes vont devoir partir à cause des activités de la société allemande ThyssenKrupp CSA relocalisées au Brésil.

Philippe FAVRELIERE (d'après un article de Radio Mundo : Cara de acero) écrit le 20 mars 2009 (162)

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Avril 2013 : 4 ans plus tard....

Derrière de belles images, la politique du pire !

Début avril 2013, plusieurs députés allemands se sont rendus sur place pour rencontrer la population brésilienne : Deputados alemães ouvem denúncias de moradores sobre poluição da Siderúrgica do Atlântico 

Lisons l'article de Jane Zhang : 

"Tandis que les gouvernements mondiaux se réunissaient autour d’une discussion sur le développement durable lors de la conférence Rio +20 l’an dernier, une vaste pollution aux métaux lourds d’un site sidérurgique bouleversait les habitants et l’écosystème du quartier de Santa Cruz, à peine à quelques kilomètres de la conférence. L’entreprise responsable, le groupe allemand Thyssenkrup, refuse aujourd’hui de payer ses amendes et va profiter d’une compensation pour ses efforts de « développement durable ».

Santa Cruz, auparavant quartier florissant dans des activités agricoles et maritimes, baigne désormais sous une couche de poussière de métaux lourds. Cette « pluie d’argent », comme la nomme la population locale, relativement présente, provoque maladies respiratoires, infections oculaires et maladies dermatologiques. Certains résidents ont même développé des allergies aiguës faisant gonfler leur visage. De plus, les écosystèmes locaux, qui assuraient la subsistance de milliers de familles de pêcheurs, sont désormais détruits.

Le vaste complexe sidérurgique TKCSA, ouvert en 2010 par l’entreprise allemande ThyssenKrupp, couvre une superficie de 9 km² auparavant occupée par des paysans du mouvement sans-terre. L’État brésilien a décidé d’expulser ces derniers, car ils « détruisaient les mangroves ». L’État a donc, au nom du développement local, favorisé ce mégaprojet avec le soutien financier de la Banque Nationale du Développement Économique et Social.

Mais qu'en est-il aujourd’hui? La pollution demeure toujours aussi massive en métaux lourds, que ce soit dans l’air, les sols ou même les eaux. À seulement 500 mètres des habitations, TKCSA a fait augmenter de 600% des particules fines de fer en produisant près de 5 millions de plaques d’acier par an pour l’exportation. D’ailleurs, depuis la construction de l’usine en 2006, les mangroves ont été détruites à un tel point que les poissons ne peuvent plus se reproduire. Plus de 8 000 pêcheurs et leurs familles se trouvent désormais avec leurs filets sous les bras.

Subissant ces impacts catastrophiques, la population locale a porté plainte contre ThyssenKrupp. Lors d’une rencontre, organisée par la compagnie, 200 pêcheurs ont fait savoir qu’ils ne voulaient pas de l’usine. Ils réclamaient une compensation financière et la fin immédiate de la pollution. En janvier 2011, les autorités environnementales de l’État de Rio ont répondu en condamnant la firme, devant débourser 6,3 millions d’euros, somme que ThyssenKrupp n’a toujours pas payé.

Contre toute attente, l’entreprise opte pour une campagne de « greenwashing » en faisant publier ses efforts en « management de la biodiversité », une gestion, soi-disant durable, de la mangrove et des populations locales. Pire encore, l’entreprise va peut-être pouvoir profiter de « crédits carbone » pour son usine thermoélectrique dont les turbines à cycle combiné aident à réduire des émissions de gaz à effet de serre, selon les Nations Unies. Le monde institutionnel à l’échelle internationale essaie de vendre la mèche sur le développement durable. Or, il s’agit d’une nouvelle forme de vente – celle de la planète. Derrière tous ces mensonges se cachent les vraies victimes – une population et un écosystème qui ne se trouvent plus de chez eux."

Un article de Jane Zhang dans Le Journal International : Rio : le paradoxe de pollution «durable»

Image : Montage à partir d'un document du groupe allemand Thyssenkrupp

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Le 28 Mai 2014

Les compagnies minières ne devraient pas être en conflit avec les communautés locales

Droits

Les conflits avec les communautés locales au sujet de l'exploitation minière, pétrolière et du gaz coûtent aux compagnies des milliards de dollars par an. Une seule société a annoncé un coût de six milliards de dollars sur une période de deux ans selon la toute première étude examinée par des pairs sur le coût des conflits dans le secteur des extractions.

Les grandes entreprises minières ont apparemment commencé à comprendre qu'il est nécessaire de travailler avec les communautés locales, et elles mettent en œuvre les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme... Mais ce n'est pas le cas dans le secteur du pétrole et du gaz. "Leur culture est très différente. Elles ne sont pas habituées à traiter avec les communautés".

Source : IPS par Stephen Leahy

D'après l'étude intitulée "Le conflit transforme les risques environnementaux et sociaux en des coûts des affaires" (1), publiée le 12 mai 2014 dans les Comptes rendus de l'Académie nationale des sciences (PNAS). Un rapport spécial intitulé "Les coûts des conflits entre les compagnies et la Communauté dans le secteur de l'extraction" (2), basé sur l'étude, est également disponible.

Le projet d’exploitation de la mine d'or de Pascua Lama au Chili a coûté à la compagnie canadienne 'Barrick Gold' 5,4 milliards de dollars après 10 années de protestations et d'irrégularités. Aucun or n'a jamais été exploité et le projet a été suspendu sur décision de justice.

Et au Pérou, le projet d’exploitation minière de cuivre de Conga estimé à deux milliards de dollars a été suspendu en 2011 après que des manifestations ont éclaté par rapport à la destruction prévue de quatre lacs de haute montagne. La compagnie 'Newmont Mining Co', basée aux Etats-Unis, qui exploite également la mine voisine de Yanacocha, a maintenant construit quatre réservoirs qui, selon son plan, doivent être utilisés à la place des lacs.

"Les communautés ne sont pas impuissantes. Notre étude montre qu'elles peuvent s'organiser et se mobiliser, ce qui entraîne des coûts importants aux compagnies", a déclaré le co-auteur, Daniel Franks, de l'Université du Queensland, en Australie, qui est également directeur adjoint du Centre pour la responsabilité sociale dans l’exploitation minière.

"Malheureusement les conflits peuvent également entraîner des bains de sang et des pertes de vies", a indiqué Franks à Tierramérica.

L'étude est basée sur 45 interviews confidentielles profondes avec des responsables de haut niveau dans les industries (énergétiques et minières) extractives ayant des activités à travers le monde.


Cette étude intitulée "Le conflit transforme les risques environnementaux et sociaux en des coûts des affaires" a été publiée le 12 mai dans les Comptes rendus de l'Académie nationale des sciences (PNAS). Un rapport spécial intitulé "Les coûts des conflits entre les compagnies et la Communauté dans le secteur de l'extraction", basé sur l'étude, est également disponible.

"Nous voulions enquêter sur les coûts des mauvaises relations avec les communautés. Les compagnies ne sont pas pleinement conscientes, et seuls certains investisseurs connaissent l'ampleur du risque", a déclaré Franks.

"Si les compagnies sont intéressées dans la sécurisation de leurs profits, alors elles doivent avoir des normes environnementales et sociales élevées et collaborer avec les communautés", a indiqué Franks dans une interview.

Investir dans le renforcement des relations avec les communautés est beaucoup moins coûteux que le conflit. Les populations locales ne sont pas généralement opposées au développement. Ce auquel elles s'opposent c’est le fait d’avoir peu de choses à dire ou de contrôle sur la façon dont le développement évolue, a-t-il ajouté.


"Nous voulons un développement qui profite aux populations indigènes et ne profite pas seulement au frère-frère de quelqu'un", a souligné Alberto Pizango, président de l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP), une organisation de défense des droits des populations indigènes au Pérou représentant 1.350 communautés de la jungle amazonienne.

"Les populations indigènes ont quelque chose à dire sur le développement harmonieux avec la nature. Nous ne voulons pas de développement qui détruit notre Amazonie bien-aimée", a déclaré Pizango à Tierramérica depuis Lima, la capitale du Pérou.

Pizango résiste activement à la vente par le gouvernement du Pérou des concessions pétrolières à des compagnies étrangères sur des terres légalement attribuées aux populations indigènes.

La lutte est devenue violente à l’extérieur de la ville de Bagua, dans le nord du pays, le 5 juin 2009, lorsque la police anti-émeute armée est intervenue pour expulser des manifestants pacifiques qui bloquaient une route. Dans les affrontements 24 policiers et 10 civils ont été tués.

Pizango et 52 autres chefs indigènes ont été accusés d'incitation à la violence et de 18 autres crimes. Ils ont été jugés le 14 mai à Bagua.

Les populations indigènes protestaient contre 10 décrets-lois qu'elles jugeaient inconstitutionnels, qui ont été mis en place par le gouvernement pour fomenter l'investissement privé dans des territoires indigènes.

"Nous n'avions pas le choix et pensions que nos protestations étaient justes et que nous avions raison. Mais il était trop cher. Nous ne voulons pas voir cela de nouveau. Nous voulons passer de la 'grande manifestation' à la 'grande proposition'", a déclaré Pizango, qui risque la peine à perpétuité s'il est reconnu coupable.

Cette étude publiée dans la PNAS montre que la violence à Bagua aurait pu être évitée si les compagnies et le gouvernement reconnaissaient les droits des populations indigènes et travaillaient avec les communautés locales....

"C'est avec une grande tristesse que je dis que cela ne s'est pas encore produit au Pérou", a déclaré Pizango, qui n'était même pas à Bagua lorsque le violent affrontement a eu lieu.

En attendant, le ministère de l'Environnement du Pérou a demandé à Pizango et à l’AIDESEP d’aider dans la planification de la grande conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra à Lima à la fin de l'année. Le chef indigène espère que cet événement montrera au monde que les populations autochtones peuvent protéger la forêt et le climat.

La réparation des relations entre les communautés et les compagnies et les gouvernements est difficile, a dit Rachel Davis, un chercheur à l'Initiative sur la responsabilité sociale des entreprises à l'Université de Harvard, aux Etats-Unis.

"Il est beaucoup plus difficile pour une entreprise de réparer sa relation avec une communauté locale après qu’elle s’est détériorée; les relations ne peuvent pas être 'rétro-relancées'", a indiqué Davis, un co-auteur de l'étude.

Francs compare cela à un divorce, soulignant que rarement les partenaires se remarient.

Les grandes entreprises minières ont apparemment commencé à comprendre cela, et mettent en œuvre les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme et adoptent le Conseil international sur le cadre du développement durable des mines et des métaux, a affirmé Davis dans un communiqué.

Mais ce n'est pas le cas dans le secteur du pétrole et du gaz. "Leur culture est très différente. Elles ne sont pas habituées à traiter avec les communautés", a indiqué Franks.

(1) Pnas : Conflict translates environmental and social risk into business costs

(2) Costs of Company-Community Conflict in the Extractive Sector. Corporate Social Responsibility Initiative Report (John F. Kennedy School of Government, Harvard University, Cambridge, MA)
Davis R, Franks DM, (2014)

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