vendredi 3 avril 2009

Quels poissons manger pour une pêche durable ?

En cette semaine du développement durable dont le thème de la 7e édition est la consommation durable, le quotidien « Le Monde » donne la parole à différents acteurs de la filière de la pêche. Les prises de position et les choix sont plutôt très orientées et même critiquables. Dans le communiqué de presse du ministère de l’Ecologie, il est clairement dit que : La consommation durable est l’affaire de tous ! « Le développement de la consommation durable est une priorité forte du Grenelle Environnement. Le passage à une croissance verte ne peut en effet s’envisager sans de nouveaux modes de production et de consommation plus durables, qui permettent l’essor d’une économie plus sobre et plus économe en énergie et en ressources naturelles.

Quelques conseils pour choisir les poissons et autres produits de la mer :

Les français consomment environ de 2,2 millions de tonnes de produits aquatiques chaque année, soit près de 35 kg par personne et par an. A cette consommation directe estimée par l’Ofimer, s’ajoute la consommation indirecte des poissons réduits en farine et en huile qui entrent dans la ration alimentaire des espèces aquacoles carnivores. Cette consommation indirecte peut être évaluée à 0,8 million de tonnes de poissons constitués principalement d’anchois du Pérou, chinchard du Chili, sprat et lançon de Norvège. Dans une première évaluation, la France consomme au total près de 3 millions de tonnes de produits halieutiques pour une production mondiale de 140 millions de tonnes.

Des poissons sans frontières

Parmi les 10 espèces majeures qui contribuent à plus des 2/3 des besoins alimentaires nationaux (directs et indirects), seules les huîtres et les moules sont produites principalement en France, le thon est pêché surtout par des armements français dans les eaux tropicales. Les 7 autres espèces sont importées des quatre coins de la planète.

Les espèces dont la consommation annuelle est comprise entre 100 000 et 200 000 tonnes (en équivalent poids vif), avec l'indication de la zone de production :
  • Huître : France
  • Moule : France, Hollande, Espagne, Chili,…
  • Thon : Armements français dans l’Océan indien et au large de l’Afrique de l’Ouest,…
  • Saumon : Norvège, Royaume-Uni, Chili, USA,
  • Colin d’Alaska : Océan Pacifique Nord
  • Autres poissons blancs (cabillaud, merlu, …) : France, Norvège, Islande, Afrique du Sud,
  • Crevette : Equateur, Madagascar, Brésil, Indonésie,…
  • Anchois : Pérou
  • Chinchard : Chili
  • Sprat et lançon : Norvège, Danemark,…

Cette consommation, malgré la situation critique de nombreux stocks de poisson dans le monde, augmente d’année en année et s’oriente vers des choix de moins en moins durables.

Les dérives dans la consommation des produits de la mer

Le Monde (mardi 31 mars 2009) : un reportage sur l’entreprise OSO à Madagascar qui selon le titre : A Madagascar, la seule crevette d'élevage bio du monde , serait la seule crevetticulture à produire dans de bonnes conditions. Un reportage publié dans Libération en 2007 toujours sur ce même élevage indique : « Selon le cahier des charges bio, la nourriture de ces crustacés se constitue de granulés biologiques. Cela pourrait constituer un autre atout écologique, si cette nourriture n’était en grande partie importée d’Europe (par bateau), et partiellement constituée de produits de la pêche, puisant sur les ressources marines. »

Consommation d’espèces aquacoles carnivores : La place déterminante du saumon d’élevage dans le choix des consommateurs a des incidences sur la ressource halieutique, de même que la consommation des crevettes d’élevage et de toutes autres espèces aquacoles dont les besoins en farine et en huile de poisson sont importants. La contribution de la France à l’épuisement de la ressource halieutique devrait tenir compte de cette consommation indirecte de farine de poisson qui dans une première estimation se situe à plus de 200 000 tonnes chaque année soit plus de 0,8 million de tonnes de poissons sauvages.

Le Monde (mercredi 1 avril 2009), un article intitulé « Les surgelés se mettent au bio. N'est-ce pas "schizophrène" ? » met en avant la société Findus : « Pour séduire le consommateur, Findus, leader du surgelé et du poisson pané (plus de 50 % de parts de marché), avec son produit phare « Croustibat » s'est dès 2002 engagé dans une démarche d'approvisionnement responsable en poissons, avec 100 % des produits de la mer issus de la pêche responsable, labélisés MSC (Marine Stewardship Council, fondé en 1996 par le WWF, Unilever et d'autres pour lutter contre la surpêche).» Par ailleurs, l’auteur de l’article tempère les propos et explique que les surgelés sont très consommateurs d’emballages carton et surtout très consommateurs d'énergie (la congélation et le maintien de la chaîne du froid).

Consommation de filets sans arête surgelés : La place grandissante des surgelés dans la consommation, bien que l’année 2008 ait connu une stagnation, contribue à un gaspillage de plus en plus important en énergie, mais surtout en ressources halieutiques. Les organisations environnementales s’attaquent avec raison aux rejets liés aux activités de captures et demandent une meilleure sélectivité des engins de pêche ; mais pourquoi ne pas aussi faire une critique d’un certain mode de consommation comme les filets sans arête ; cette qualité de produit « QSA » est un véritable gaspillage de la ressource halieutique avec le rejet parfois des 2/3 du poisson par-dessus bord des bateaux industriels ! (Exemple : Place du marché)

Comment consommer durablement les produits de la mer ?

Plusieurs organisations environnementales publient des guides pour choisir les produits de la mer. Elles distinguent en général les poissons recommandés et les poissons à éviter, uniquement sur des critères environnementaux.

D’autres organisations comme l’association de consommateurs américaine « Food & Water Watch » vont plus loin en basant leurs recommandations non seulement sur les impacts environnementaux, mais aussi sur les incidences socio-économiques ainsi que sur la santé des consommateurs.

Voici les 10 propositions de « Food & Water Watch » pour choisir ses poissons et autres produits de la mer :

  1. Choisir les poissons sauvages - les poissons sauvages sont plus sains pour la santé des consommateurs que la plupart des poissons d’élevage - ils nagent dans la nature et ne sont pas cultivés dans de grandes cages surpeuplées avec des produits chimiques nocifs.
  2. Acheter local - si vous ne vivez pas près de la mer, essayer de n’acheter que des poissons du pays. Ils voyagent sur une distance plus courte pour atteindre les lieux de consommation, donc moins de carburant gaspillé, et ils sont probablement plus frais. Vous avez une chance plus élevée de soutenir les communautés de pêcheurs artisanaux. Vous aidez ainsi l'économie nationale.
  3. Eviter toujours les crevettes d’élevage d’importation. Les crevettes d’importation sont particulièrement contaminées.
  4. Choisir des crevettes capturées par nos pêcheurs.
  5. Eviter les poissons d’élevage, notamment le saumon. Ils sont élevés par de grandes entreprises dans des cages qui menacent les populations sauvages de poissons, et ils sont nourris avec des produits chimiques qui peuvent menacer la santé humaine.
  6. Choisir les huîtres, les moules et les palourdes qui sont élevées facilement avec très peu d'intrants - c'est-à-dire sans produits chimiques, et elles sont généralement élevées dans de petites exploitations.
  7. Vous disposez d'un droit de savoir d'où proviennent vos poissons et autres fruits de mer - demandez avant d'acheter! Cela obligera les restaurants et les magasins à faire plus attention à ce qu'ils achètent et à être au petit soin avec les consommateurs.
  8. Manger des poissons frais - éviter les produits transformés qui sont transportés sur de longue distance, donc plus de carburant, et défaut d’étiquetage sur l’origine des produits.
  9. Manger une grande variété de poissons - ne pas s'en tenir à un seul type. Aussi, votre exposition aux éventuels contaminants est réduite. Cela aide également à soulager la pression sur les populations sauvages.
  10. Se renseigner sur les poissons et transmettre les informations à d'autres personnes.

Pour plus d'informations, lire les articles :

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