mardi 18 août 2009

La guerre fait rage entre les prétendants de la pêche durable !

Depuis plusieurs mois, pêcheurs et consommateurs nord-américains assistent à une guéguerre entre les défenseurs de l’environnement, et plus précisément entre Greenpeace et Marine Steward Council, connu pour son écolabel MSC. L’objet du conflit est la re-certification « MSC » de plusieurs pêcheries. Selon Greenpeace, la labellisation « pêche durable » n’aurait jamais du être renouvelée pour le hoki de Nouvelle Zélande et le colin d’Alaska du Pacifique Nord.

Derrière cette rivalité qui concerne aussi d’autres organisations environnementales, se cachent des intérêts économiques majeurs. Le colin d’Alaska et le hoki sont parmi les espèces de poissons les plus prisées dans l’industrie halio-alimentaire.

Les grands perdants de cet imbroglio « pêche durable » sont les consommateurs et les pêcheurs. Les consommateurs n’arrivent plus à s'y retrouver dans cette multitude de guides et d’écolabels de produits de la mer (1). Les pêcheurs assistent quant à eux à la déferlante des produits importés et mis sur le marché par l’industrie alimentaire et les Grandes Surfaces (dont certaines ont leurs propres éco-labels); ces derniers acteurs se sont emparés du concept « pêche durable » pour encore mieux valoriser des produits issus des mers lointaines.

Un petit retour en arrière….

Depuis que la FAO a défini le Code de conduite pour une pêche responsable en 1995, de nombreuses organisations environnementalistes se sont appropriées ce code pour le convertir en « Pêche durable ». Certaines associations ont édité des guides de produits de la mer de la pêche durable, d’autres ont établi des écolabels de la pêche durable. Les premières s’adressent plutôt aux consommateurs, les secondes concernent plutôt les pêcheries.

En d’autres termes, le code de conduite de la FAO a favorisé l’émergence de deux groupes bien distincts (2) :
  • D’un côté, des associations se sont autoproclamées organismes certificateurs de pêcheries durables, la plus ancienne Marine Steward Council (MSC), et sa concurrente, Friend of the Sea (FOS), pour ne citer que les deux plus importantes.
  • De l’autre, une dizaine d’associations sont devenues des conseillers en produits de la mer durables, Greenpeace, WWF, Seafoodchoices, Aquarium Monterey Bay,…

Tout allait très bien, chacun défendant son pré carré. Le problème et non des moindres est que les pêcheurs n’avaient plus qu’à se taire. Ils se sont retrouvés du jour au lendemain les pilleurs des mers et les boucs émissaires de tous les maux de la ressource halieutique. Des interdictions commencèrent à être édictées. Certaines prohibitions compréhensibles comme la pêche avec des explosifs ou des poisons. D’autres interdictions plus difficiles à admettre comme l’interdiction de la thonaille, filet utilisé par les petits pêcheurs en Méditerranée, alors que les gros thoniers-senneurs pouvaient continuer la pêche au thon rouge avec des moyens de captures bien plus conséquents.

Tout allait très bien, jusqu’au moment où Greenpeace commença à s’intéresser au groupe d’à côté à savoir les associations certificatrices comme Marine Steward Council. Nous en avions déjà parlé lors du renouvellement de la certification MSC pour la pêcherie de colin d’Alaska dans le Pacifique Nord à la fin de l’année 2008 (Tempête sur le Colin d'Alaska - Greenpeace contre MSC). Depuis les attaques se sont amplifiées avec la sortie en juin 2009 du rapport de Greenpeace - Epuisé : rapport sur les supermarchés et l'avenir des aliments de la mer dans lequel Greenpeace passe en revue toutes les organisations certificatrices.

Un passage du rapport de Greenpeace donne le ton !

« Canular : La certification MSC du Hoki de Nouvelle Zélande
Les stocks de hoki ont dramatiquement baissé, mais cela n’a pas empêché le Marine Stewardship Council (MSC) de décider d’approuver la pêche au hoki de Nouvelle-Zélande. Depuis 2001, lorsque la pêche a été certifiée pour la première fois comme une pêche durable par le MSC, le gouvernement a été forcé de baisser les quotas en réponse à des préoccupations quant à la durabilité.
La capture de hoki est alors passée de 250 000 tonnes par année à 90 000 tonnes en 2004– une réduction de plus de 60%. Les problèmes liés à la durabilité comprennent le fait que les prises soient surtout de petits poissons et que la pêche au hoki n’ait aucun plan de rétablissement des stocks, qui est l’une des exigences mêmes du MSC.
En plus de la taille des stocks en déclin et le faible taux de recrutement, la pêche au hoki cause également de sérieuses perturbations pour le fond sous-marin par le chalutage et tue régulièrement des centaines d’oiseaux de mer et de mammifères marins comme prises accessoires chaque année. En 2004-2005, par exemple, des scientifiques ont estimé que 862 otaries à fourrure et 501 oiseaux de mer avaient été noyés dans les filets de chalutage de la pêche au hoki. »

Cette campagne de dénigrement de Greenpeace à l’encontre de l’organisation britannique Marine Steward Council est relayée dans les médias spécialisés de la pêche en Europe FIS et Le Marin. Face book à l’appui. Il s’agit donc d’une campagne bien orchestrée au moment où Greenpeace a lancé deux autres opérations médiatiques : largage de blocs de bétons au large de la Suède pour interdire le chalutage de fond, et l’opération Bonifacio en Corse.

Nous pouvons nous interroger comme Philippe Urvois dans Le Marin du 14 août 2009 sur les motivations qui poussent les ONG à s’entredéchirer : « Assiste-t-on à une dérive commerciale de la certification, à une concurrence ou à une surenchère entre organisations se réclamant de l’écologie. Au-delà de la polémique ce rapport pose une vrai question de fond : à qui revient la légitimité de certifier qu’une pêcherie est durable et sur quels critères ? Elle n’est pour l’instant pas vraiment tranchée. »

Nous pourrions ajouter : Peut-on être à la fois « juge et partie » comme le sont actuellement Marine Steward Council, Friend of the Sea et même Naturland pour la certification des pêcheries ? Ne faudrait-il pas définir un éco-label reconnu officiellement par tous les acteurs impliqués dans la filière de la pêche, un éco-label, résultat d’une négociation entre pêcheurs, consommateurs, environnementalistes, chercheurs, industriels et administrations ? A notre connaissance, le seul éco-label vis-à-vis des produits halieutiques qui a fait l’objet d’une négociation au niveau européen est la certification « Aquaculture biologique » (Voir Réglement (CE) N°710/2009 de la Commission du 5 août 2009 : Production biologique d'animaux d'aquaculture et d'algues marines).

(1) lire les rapports de l'Université de Rhode Island aux USA qui a ouvert un département sur la labellisation et les guides de produits de la mer : Seafood Guide

(2) Ne pas oublier les campagnes médiatiques antérieures qui ont débouché sur le label "Self dolphin" pour la pêche au thon.

Lire d'autres articles sur le sujet :

Voir d'autres documents sur le sujet :

Commentaire d'Agritrade/CTA

Le marché pour les produits de pêche durable est-il viable? (CTA Agritrade)
En réponse au nombre croissant de chaînes de distribution européennes désirant que tous leurs produits de la pêche proviennent d’une pêche durable, les secteurs de la pêche des pays ACP pourraient être tentés d’aller vers des systèmes d’écolabels comme MSC ou Friends of the Sea, afin de maintenir leurs parts de marché. Cependant, comme cet exemple le montre, les coûts pourraient dépasser les bénéfices. A long terme, cela pourrait pousser certaines entreprises à cesser toute activité, allant en cela à l’encontre de l’appui à la pêche durable.
Plus généralement, si le secteur de la pêche veut sérieusement assurer l’exploitation durable d’une ressource commercialisée au niveau mondial comme le thon, il devra envisager de revoir des éléments comme les volumes capturés et les prix payés aux producteurs, et aller plus loin que les systèmes de certification existants, qui, au mieux, n’offrent qu’une solution partielle à la question de la traçabilité. Lire l’article intégral

Un supermarché européen refuse du poisson labellisé MSC considéré comme étant non durable (Agritrade)
Une chaîne de supermarchés européens, Waitrose, a refusé le hoki de Nouvelle Zélande - certifié durable par le Marine Stewardship Council (MSC) - car le chalut de fond est utilisé dans cette pêcherie. D'après ceux qui le critiquent, le chalut de fond endommage les fonds marins. Un expert a déclaré que cette décision prise par Waitrose est le signe que les supermarchés qui ciblent les consommateurs ayant un pouvoir d’achat élevé vont sans doute améliorer leur compétitivité en prenant une position plus ferme sur les questions de durabilité. Cela suggère que le MSC devra relever ses standards, faute de quoi il devra faire face à une dévalorisation de son label.

Cette nouvelle a été rendue publique par Greenpeace, qui a déclaré que l'action du supermarché montre bien que même la certification MSC n'est pas une garantie de durabilité. Dans une évaluation du système de certification MSC publiée en Juin, Greenpeace identifie des manquements significatifs dans les critères et principes du MSC et dans la manière dont ces principes et critères sont appliqués par les organismes de certification. « Ces manquements ont eu pour résultat une qualité très variable dans les évaluations du MSC, et ont mené à la labellisation inappropriée de certaines pêcheries », comme celle utilisant le chalut de fond. Suite Agritrade

Exemples de guides et commentaires :

Mini-Guide : La Bio moins performante que Label Rouge ! (Mescoursespourlaplanete)
Selon une enquête Ifop, 76% des consommateurs privilégient les produits respectueux de l'environnement, même s'ils coûtent plus cher. Mais dans la pratique, beaucoup d'entre eux y renoncent, souvent par manque d'information. Et pour cause : plus d'une centaines de labels et étiquettes différentes cohabitent aujourd’hui dans les rayons des supermarchés. Pour mieux s'y retrouver, l'association Graines de changements a publié, le 17 novembre dernier, un guide des labels de la consommation responsable. Réalisé avec le soutien de l'ADEME, ce guide propose une présentation et une analyse détaillées d'une soixantaine de labels, pictogrammes et autres garanties écologiques figurant sur les produits de consommation courants.
Groupés par famille de produits - alimentation, textile, produits d’entretien, cosmétique, etc. - les labels sont analysés selon leurs principales caractéristiques : référentiel officiel ou privé, contrôle ou non par un organisme indépendant, analyse du cycle de vie ou non, transparence, prise en compte des aspects sociaux, etc.

Demain, une « carte verte » pour le poisson ? (Les Echos)
Pas facile de consommer du poisson « écologiquement correct ». Les critères à prendre en compte sont multiples, et les labels certifiant une pêche responsable ne sont pas harmonisés.
L'arrivée, annoncée en 2011, d'un étiquetage carbone sur les produits de grande consommation mettra-t-elle fin aux débats sur les éco-labels qui agitent le secteur des produits de la mer ? En effet, cette année, le Marine Stewardship Council (MSC), qui depuis dix ans pousse les pêcheries à s'engager dans des démarches de pêche responsable, s'est vu reprocher par Greenpeace de ne pas aller assez loin dans la démarche. L'association environnementaliste veut plus et milite pour l'interdiction des pêches de grands fonds, voire l'arrêt de la pêche au chalut. La solution de l'aquaculture, vue comme un palliatif à la raréfaction des ressources, n'a pas non plus la faveur de tous les écologistes. Pour les uns, elle pollue l'eau, pour les autres, elle participe à la destruction des ressources halieutiques....

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