mercredi 9 décembre 2009

L’écolabel MSC fête ses 10 ans dans la tourmente !

Alors que plusieurs pêcheries françaises viennent d’entrer dans le circuit de l’éco-certification pêche durable, le Marine Stewardship Council qui fête sa 10e année, doit faire face à de nombreuses critiques dans le monde.

Bolincheurs bretons, chalutiers d’Euronor, Scapêche et Compagnie des pêches Saint Malo, palangriers du Syndicat des Armements Réunionnais de Palangriers Congélateurs (SARPC) et homardiers manchois pourront bientôt apposer le nouveau logo MSC maintenant traduit en français sur leurs captures éco-labellisées, respectivement sardine, lieu noir, légine et homard. Avec l’ouverture d’un bureau parisien au mois d’octobre 2009, le Marine Stewardship Council ne cache pas son intention de s’attaquer de front au deuxième marché des produits de la mer en Europe, et tout particulièrement aux transformateurs halio-alimentaires, restaurateurs et autres distributeurs hexagonaux bien plus qu’aux pêcheries.

Poisson MSC, plus que dans la tempête !

Poisson MSC, plus que dans la tempête ! Selon l’ONG suédoise, The Fisheries Secretariat (FISH)

Depuis que le Marine Stewardship Council a débuté ses activités de certification il ya dix ans, près de 60 pêcheries ont été certifiées « pêche durable ». Plus d’une centaine sont en cours d’évaluation.

L'éco-étiquetage MSC fait l'objet de nouvelles attaques à la fois de scientifiques et d’écologistes pour l’emploi de consultants payés par l'industrie elle-même. Une organisation danoise accuse même MSC d’« irresponsabilité, à la limite de l'escroquerie ». Ces organisations mettent en doute l’équité et l’objectivité du processus d’évaluation qui selon elles laisse la porte ouverte « à un régime spécial ». (Voir plus loin les négociations avec les alaskiens). Les frais d’évaluation varient habituellement entre 10.000 € et 80.000 €.

Dernièrement, une levée de bouclier a concerné la société Moody Marine Consulting qui assure près de la moitié de toutes les évaluations MSC dans le monde. Cette société a recommandé la certification de la pêche à la légine dans la si fragile mer de Ross en Antarctique. Elle l'a fait, en dépit des arguments contraires de 40 spécialistes de la mer provenant de sept nations et qui ont travaillé dans la mer de Ross pendant des décennies. L’opposition à la certification associe aussi des ONG sur l'Antarctique et l'océan Austral (ASOC) et leurs organisations membres. Tous les opposants à cette décision ont fait appel auprès du Marine Stewardship Council sans beaucoup d’espoir. Au cours des 10 dernières années, seule une pêcherie de homards dans les eaux britanniques a été rejetée.

Pour les scientifiques et les écologistes, le manque de connaissances environnementales concernant ces écosystèmes sensibles est une bonne raison pour ne pas éco-labelliser les pêcheries de légine et de krill dans l’océan Antarctique.

En Alaska, des discussions de « Marchands de tapis »

En Alaska, les préliminaires à la re-certification des pêcheries de saumons sauvages relèvent plus de discussions de marchands de tapis que de préoccupations environnementales ou de gestion durable d'une ressource. L’organisation des pêcheurs alaskienne impose au départ plusieurs conditions au Marine Stewarship Council pour le renouvellement de la certification MSC du saumon sauvage qui doit intervenir en 2012. Outre les coûts, voilà un exemple de marchandage : « Nous ne voulons pas que notre saumon soit « dilué » parmi les autres saumons sauvages notamment les saumons de Russie en cours de certification » a déclaré Riutta de l’ASMI. « Si vous cherchez une boîte de saumon MSC, nous voulons voir en premier Alaska pour que tout le monde sache que le saumon vient d’Alaska. » Une pêcherie de près de 300.000 tonnes de saumons alaskiens pèse lourd sur la balance de la certification. Le Marine Stewardship Council tire maints avantages de cette seule pêcherie d'Alaska, une multitude de certifications auprès des industriels de l'halio-alimentaire qui incorporent ce saumon sauvage MSC dans de nombreuses préparations écolabellisées. Voir : L’Alaska pose des conditions pour la certification MSC.

Remarque suite aux revendications des pêcheurs de saumons alaskiens

Plusieurs pêcheries artisanales dans le monde, notamment en France, les bolincheurs de Bretagne et les homardiers de la Manche, sont entrées dans le processus de certification pêche durable. Il serait légitime que Marine Stewardship Council et les autres organisations certificatrices fassent une distinction entre ces pêcheries à petite échelle avec celles industrielles, sans quoi la reconnaissance espérée par les pêcheurs artisans ne sera qu'un voeu pieux.

Philippe Favrelière (modifié le 10 décembre 2009)

Autres articles :

Autres informations :

  • Point de vue de l’association de consommateurs étatsunienne Food and Water Watch : About the Marine Stewardship Council (document en pdf)
  • Analyse de Callander McDowell sur Pêche durable /MSC/Perception des consommateurs : ReLAKSation n°430
  • Classement des écolabels “pêche durable” : WWF juge et partie : Les écolabels pour les produits de la pêche au centre d'un nouveau rapport (Agritrade/CTA) - Le Marine Stewardship Council (MSC) arrive en tête dans un nouveau rapport commandé par le WWF qui révèle les mauvaises performances des autres systèmes d'éco-labellisation des produits de la pêche, et demande une amélioration générale de ces systèmes afin de renforcer leur efficacité. Le rapport compare sept systèmes de certification de produits de la pêche qui utilisent des écolabels et les évalue par rapport à une série de critères du WWF qui se focalisent sur l'efficacité de ces systèmes pour relever le défi de la bonne santé des océans et des pêcheries. Les résultats montrent que, excepté pour le MSC, fondé en 1997 par Unilever et WWF, les autres systèmes,- Naturland, Friend of the Sea, Krav, AIDCP, Mel-Japan and Southern Rocklobster - n'évaluent pas les pêcheries d'une façon qui permette de soutenir la pêche durable et de contribuer à la bonne santé des océans. Le rapport pointe des différences significatives en matière de transparence, de disponibilité de l'information, de structure et de validité de ce qui est clamé par chacun des systèmes de certification. A part le MSC, tous les autres systèmes évalués révèlent des manquements substantiels en matière de transparence et de fourniture d'information….. Communiqué du WWF : Seafood ecolabels under the spotlight in new WWF report / Full report : Assessment of on pack, wild-capture seafood sustainability certification programmes and seafood ecolabels (WWF décembre 2009)
  • Un supermarché européen refuse du poisson labellisé MSC considéré comme étant non durable (Agritrade/Cta) - Une chaîne de supermarchés européens, Waitrose, a refusé le hoki de Nouvelle Zélande - certifié durable par le Marine Stewardship Council (MSC) - car le chalut de fond est utilisé dans cette pêcherie. D'après ceux qui le critiquent, le chalut de fond endommage les fonds marins. Un expert a déclaré que cette décision prise par Waitrose est le signe que les supermarchés qui ciblent les consommateurs ayant un pouvoir d’achat élevé vont sans doute améliorer leur compétitivité en prenant une position plus ferme sur les questions de durabilité. Cela suggère que le MSC devra relever ses standards, faute de quoi il devra faire face à une dévalorisation de son label. Cette nouvelle a été rendue publique par Greenpeace, qui a déclaré que l'action du supermarché montre bien que même la certification MSC n'est pas une garantie de durabilité…..
Autres attaques contre l'éco-certificateur MSC

2 septembre 2010 : Krill, Aker Biomarine, MSC, Surpêche….

Des écologistes et des chercheurs se pose des questions sur MSC notamment après l’éco-labellisation du Krill. Le krill d’Antarctique menacé par le boom de la pêche titre Jdle notamment avec les investissements importants de la société norvégienne Aker Biomarine dans cette pêcherie après que le Marine Stewardship Council ait écolabellisé la société.

Les écologistes s’inquiètent d’une déstabilisation des stocks de krills en Antarctique suite à une augmentation de la pêche de cette espèce clé de la chaîne alimentaire marine, selon un article publié le 1er septembre dans la revue Nature. Le krill de l’Antarctique (Euphausia superba), un crustacé semblable à une minuscule crevette, représente une des plus grandes ressources en protéines de la planète et nourrit de nombreux poissons, manchots, baleines ainsi que l’homme. Or, des écologistes s’inquièteraient de l’impact de la croissance rapide de la pêche du krill, une ressource pour plusieurs industries, dont l’aquaculture, la pharmacie et l’agroalimentaire, au-delà des pressions liées à des modifications de l’environnement et appellent à un meilleur contrôle et une gestion prudente de cette pêche.

L’auteur de l’article cite l’exemple de la société Aker Biomarine basée à Oslo (Norvège), qui a modernisé sa flotte en 2009 pour accroître ses captures de krill dans l’Océan australe. Au premier semestre 2010, il a produit 8.600 tonnes de krill pour l’aquaculture contre 6.200 tonnes sur l’année entière en 2009. Globalement, les captures de krill pour la saison de pêche 2010 sont estimées entre 150.000 et 180.000 tonnes, en augmentation d’environ 40% par rapport à l’an passé. En mai dernier, Aker Biomarine avait pourtant été certifiée pour la pêche au krill par le Marine Stewardship Council (MSC), l’organisation basée à Londres chargée de promouvoir des pratiques de pêche durables. Le Pew Environment Group, une association environnementale américaine a toutefois contesté cette décision estimant que les produits de la pêche destinés à nourrir d’autres poissons ne devraient pas être labellisés.

Plusieurs chercheurs de l’Université de Colombie Britannique (Canada), Jennifer Jacquet, Daniel Pauly, David Ainley, Sidney Holt, Paul Dayton et Jeremy Jackson, remettent d’ailleurs en cause le Marine Stewardship Council (MSC) et ils s’interrogent sur les intentions de l’organisme certificateur dans un article de Nature (lire le résumé dans ScienceDaily : Seafood Stewardship Questionable, Experts Argue) estimant qu’elle échoue à protéger l’environnement et qu’elle nécessite une profonde réforme. La bataille devrait se poursuivre lors de la réunion en octobre de la Convention pour la protection des ressources marines vivantes de l’Antarctique (CCAMLR, selon le sigle anglais), une entité internationale en charge de la gestion des pêches dans l’Océan austral. La limite de capture annuelle de 3,47 millions de tonnes dans la principale zone de pêche du krill, sera au cœur du débat…..

Les écolabels ne garantiraient pas contre la surpêche (Le Figaro)

Des scientifiques dénoncent le laxisme et l'inefficacité du label MSC censé protéger les ressources marines. Il va devenir de plus en plus difficile d'acheter du poisson sans se demander si on ne participe pas, sans le savoir, au pillage des mers. Une équipe d'océanographes conteste en effet l'efficacité du principal écolabel des produits de la mer - le MSC (Marine Stewardship Council). Ils affirment dans une tribune publiée jeudi par la revue scientifique Nature que cette organisation doit se réformer si elle veut promouvoir et garantir une pêche réellement durable. C'est la première fois que la petite étiquette ovale et bleue est contestée de manière aussi radicale…..

Le MSC a été créé en 1997 par la firme Unilever et le WWF (Fonds mondial pour la nature) pour lutter contre la surpêche. Quatre critères ont été retenus: toute pêcherie certifiée doit assurer la pérennité de son activité et ne pas surexploiter la ressource; elle doit préserver la productivité et la diversité de l'écosystème dont elle dépend; elle doit respecter toutes les réglementations et, enfin, assurer la traçabilité «du bateau à l'assiette».

Les signataires de la tribune (dans Nature ndlr) ne disent pas autre chose. Leur prise de position marque un revirement total car, au départ, scientifiques et ONG ont été les plus ardents à soutenir le MSC. Or, ce sont eux qui se montrent maintenant les plus critiques. Ils dénoncent, par exemple, le fait que la pêcherie du colin d'Alaska dans le détroit de Béring (1 million de tonnes par an) bénéficie depuis 2005 du label alors que ses populations sont en train de s'effondrer. Même chose pour une des pêcheries de merlu du Pacifique, certifiée l'an dernier bien que l'espèce soit en chute libre de 89% par rapport aux années 1980. Le fait que le MSC commence à certifier des pêcheries en Antarctique suscite également beaucoup de réticences. De même, l'utilisation d'engins de pêche aussi destructeurs que le chalut de fond par des pêcheries certifiées apparaît inadmissible aux scientifiques. C'est pourquoi ils demandent une refonte de cette organisation avec plus de représentants du monde scientifique et des pays du Sud. Le MSC reçoit chaque année près de 10 millions d'euros de dons. «Si le MSC ne se réforme pas, il y a des moyens plus efficaces de protéger les océans comme de demander l'arrêt des subventions à la pêche et la mise en place d'aires marines protégées», estime Jennifer Jacquet, de l'université de Vancouver (Canada). Très préoccupée par le maquis des étiquettes dans le domaine de la pêche, elle a récemment publié avec son colllègue Daniel Pauly une étude montrant qu'aux États-Unis, un tiers des espèces de poissons sont commercialisées sous des faux noms (Marine Policy, mai 2008). Des pratiques courantes en Europe aussi, qui échappent à la vigilance de la plupart des consommateurs.

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