vendredi 28 novembre 2008

Nouvelles du saumon chilien par temps de crises

Le gouvernement chilien vient d’attribuer 450 millions de US$ à la filière salmonicole qui est confrontée à une crise sanitaire sans précédent, le développement et la diffusion du virus mortel «ISA» dans les élevages de saumons. Réaction des pêcheurs artisanaux : Soutenir le saumon, revient à appuyer un certain modèle de développement contesté par les organisations de la pêche du Chili.

Des usines à fabriquer du saumon !

Après le cuivre (et devant la cellulose et le vin), le saumon est un produit majeur des exportations chiliennes pour une valeur de près de 2 milliards de US$. Orchestré de l’extérieur, et tout particulièrement de la Norvège, le développement de la salmoniculture a connu une progression fulgurante au cours de ces vingt dernières années. A cette croissance s’est associé un phénomène de concentration de l’activité, alors qu’en 1993 une centaine d’entreprises produisaient 77000 tonnes de salmonidés (saumon et truite comprise), en 2007 il ne restait plus que 24 sociétés pour une production de 655 000 tonnes.

Une production moyenne de 30 000 tonnes de saumons par société !

Les multinationales norvégiennes ont bien compris l’intérêt d’investir dans un pays du Sud. L’objectif «Saumon du Chili» est la production de masse à bas coût pour élargir le marché dans les pays du Nord et pour vendre de l’exotisme dans les pays émergents de l’Asie. Les mêmes groupes norvégiens élèvent des saumons bio en Irlande, des saumons Label Rouge en Ecosse, et ils produisent au Chili des saumons, véritables « poulets des mers » industriels. Ainsi la carte est-elle complète !

En 2007, l’Union Européenne a absorbé 40 700 tonnes de ces saumons qui correspondent à 10,3% des exportations chiliennes pour une valeur de 279 millions d’euros. Au quatrième rang des clients (en valeur), la France a importé 10 000 tonnes de saumon chilien sous forme de filets congelés pour une valeur de près de 70 millions d’euros. Le principal groupe chilien à intervenir sur le marché français est « Invertec pesquera mar de Chiloe S.A » dont les produits sont distribués par la chaîne des hypermarchés Carrefour. Ce groupe coté à la bourse de Santiago du Chili produit et exporte aussi des noix de coquilles Saint-Jacques ainsi que des produits agricoles (kiwi, jus de fruits,…) sur le marché européen.

Le revers de la médaille lié à l’intensification et la concentration spatiale des élevages, et ce malgré l’utilisation massive de produits médicamenteux (notamment des antibiotiques), est le développement actuel des maladies comme l’anémie infectieuse du saumon (ISA) causée par un virus qui s'attaque au système sanguin du saumon en infectant les vaisseaux sanguins, le cœur et les cellules sanguines, provoquant ainsi une anémie grave et la mort.
Avec la crise du Virus ISA qui a provoqué depuis le début de l'année des mortalités importantes dans les élevages, de nombreux ouvriers piscicoles ont été licenciés ces derniers mois. Toute la filière chilienne est en crise. On estime à plus de 5000, le nombre des personnes mises sur le carreau ! Ce qui explique le vent de fronde qui souffle actuellement sur la salmoniculture au Chili.

« Il n’y a plus d’argent pour les plus démunis, mais il y a des milliards pour les riches »

Réaction de CONAPACH, la confédération nationale des pêcheurs artisanaux du Chili qui regroupe près de 60 000 pêcheurs, suite au versement des aides à la filière salmonicole : « En temps de crise, les dollars ne manquent pas : le gouvernement donne 450 millions US$ à la salmoniculture »

Deux poids deux mesures :

  • d'un côté, les ouvriers manifestent pendant des semaines pour une revalorisation des salaires ; alors que le conflit semblait enterré, le congrès accepte in extremis une augmentation de 10%.
  • de l'autre, l'Etat annonce sans vraiment de concertation avec les acteurs de la pêche, l'octroi de 450 millions de dollars pour l'industrie du saumon qui vit une crise provoquée faute de politiques sanitaires des entrepreneurs. Pendant plus d'une décennie, ils ont opéré avec un minimum d'investissement ayant pour conséquence la crise sanitaire actuelle. Le développement du virus ISA qui touche les stocks de saumon dans 22 entreprises, va entraîner une chute de production estimée à 20% l'année prochaine. Le gouvernement cherche à compenser l'inefficacité de cette industrie, en lui accordant un prêt « sorti de la poche de tous les chiliens ».

Il est inacceptable qu’en cette période de crise économique mondiale, l’Etat ne punisse pas des entrepreneurs qui de toute évidence n’ont pas « bien fait leur travail » et qu’au contraire il leur verse de l’argent « pour boucher les trous qu’ils ont eux-mêmes creusés ». L'industrie salmonicole est responsable de cette crise sanitaire due au virus ISA, elle est aussi responsable de la mise à pied de 2000 travailleurs du secteur, et de la mort de 59 plongeurs depuis 2005.

Il est inacceptable qu’un secteur aussi important pour l'alimentation et l'économie chilienne, telle que la pêche artisanale, se trouve actuellement confronté à une très grave crise liée à l’accès de la ressource halieutique (ndlr problème lié au QIT) et à l'inefficacité de l’Administration des pêches. Nous n’attendons rien d’un gouvernement pour trouver des solutions adaptées et équitables à nos problèmes quand celui-ci donne des millions à des entrepreneurs pour résoudre leur propre crise sanitaire et que de nombreuses familles vivant de la pêche artisanale sont plongées dans la misère. Le plus révoltant est de voir le gouvernement se mobiliser pour résoudre « l’incapacité patronale » et non pour résoudre les problèmes de tous ces chiliens qui vivent de l’exploitation durable des ressources de la mer.»
(tiré d'un article de CONAPACH du 27 novembre 2008 : Prensa CONAPACH)

Philippe FAVRELIERE

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Voir aussi : OLACH et Fundacion Terram

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