dimanche 3 octobre 2010

Des fleuves et rivières en crise : Pêcheurs coupables ou victimes ?

Un groupe international de chercheurs a mesuré l’état de santé des grands fleuves du monde. Leur étude dénonce un « état de crise généralisé », qui concerne potentiellement pas moins de 80% de la population mondiale. Parmi les 23 « facteurs de stress » qui menacent fleuves et rivières, les chercheurs ont inclus pêche et aquaculture.

Question : Les pêcheurs en eau douce ne sont-ils pas avant tout des victimes de la crise des fleuves et rivières ?

Pour la première fois, une étude montre à l’échelle mondiale l’étendue de la crise qui concerne les systèmes fluviaux. Des menaces pèsent non seulement sur la ressource la plus importante de l’humanité qu’est l’eau douce mais aussi sur la biodiversité des écosystèmes d’eau courante. Les travaux publiés le 30 septembre 2010 dans «Nature» montrent nettement comment la qualité de l’approvisionnement et du traitement des eaux en Europe et en Amérique du Nord donne à la population une impression de sécurité trompeuse en occultant les problèmes de biodiversité aquatique.

L’équipe internationale de chercheurs a rassemblé les données concernant 23 facteurs allant du degré de pollution à la prolifération d’espèces invasives en passant par le mode d’occupation des sols, la disparition de zones humides ou la présence de barrages. En utilisant un modèle digital du réseau hydrographique mondial, les scientifiques ont ensuite élaboré des cartes des contraintes et nuisances subies par les grands systèmes fluviaux.

80% de la population mondiale vit à proximité d'un cours d'eau dégradé ou pollué

Les résultats montrent que près de 80% de la population mondiale est directement dépendante de fleuves ou rivières fortement menacés. Ce sont bien souvent les mêmes facteurs qui compromettent la sécurité des populations en eau douce de qualité et la biodiversité. Ainsi par exemple, la déconnexion des milieux alluviaux avec leurs rivières réduit les capacités de rétention des crues et de recharge de la nappe phréatique en même temps qu’elle prive certaines espèces devenues rares de leur habitat.

« Nous devons cesser de considérer séparément les questions de sécurité hydrique et de biodiversité », déclare le professeur Mark Gessner de l’Eawag. Cet écologiste aquatique est l’un des initiateurs du projet interdisciplinaire issu d’une collaboration entre «Diversitas», le forum international de sciences de la biodiversité sis à Paris, et le Global Water System Project (GWSP) sis à Bonn. « Malgré les efforts déployés depuis des décennies dans les pays industrialisés pour la qualité de l’eau et la protection des milieux aquatiques, notre synthèse montre que les fleuves et rivières nord-américains ou ouest-européens sont eux aussi dans une situation difficile. Les grands investissements réalisés dans les infrastructures d’épuration et de potabilisation des eaux et dans la protection contre les crues ont pu empêcher l’apparition de situations critiques pour la population. Mais rien de comparable n’a été entrepris pour protéger la biodiversité », explique Mark Gessner. C’est pourquoi la situation de la biodiversité dans nos contrées diffère assez peu de celle, notoirement précaire, de nombreux pays en voie de développement.

Tirer les enseignements des erreurs déjà commises par les autres

« C’est comme dans le domaine médical », commente le premier auteur de l’article, le professeur Charles Vörösmarty de la City University de New York: « En fin de compte, notre étude montre qu’il est bien plus intelligent et économique de détecter et de limiter les dangers précocement que de réparer les dommages ultérieurement. » Les auteurs espèrent que leur analyse d’envergure planétaire aidera les gouvernants et décideurs de nombreuses régions du monde à ne pas répéter les erreurs commises par les pays riches mais à en tirer des enseignements pour développer une meilleure gestion des eaux. Au lieu d’investir des milliards uniquement dans des mesures ponctuelles de réhabilitation ou de nouveaux équipements techniques, ils conseillent ainsi de réfléchir à de nouveaux concepts et stratégies de gestion tenant compte de façon équitable de la biodiversité et des aspects économiques et sécuritaires nécessaires aux activités humaines.....

Philippe Favrelière à partir d'un communiqué de presse de l’Institut de Recherche de l’Eau du Domaine des EPF (Eawag) : Une mappemonde des fleuves et rivières en crise

Autres articles :

Pour aller plus loin....

  • Nature : Global threats to human water security and river biodiversity. C. J. Vörösmarty, P. B.

    McIntyre, M.O. Gessner et al. Nature, 30 September 2010, Volume 467 Number 7315; p

    555. Abstract (pdf); Article original dans Nature (pour les abonnés)

  • Site internet sur l’étude avec de nombreuses cartes et informations de fond à télécharger:

    http://www.riverthreat.net

  • Sécurité de l'eau et changements climatiques : Faits et chiffres (Scidev)

    Les changements climatiques impacteront la sécurité de l'eau dans les pays en développement. Lucinda Mileham explore les priorités pour relever ce défi.

    L'eau douce est une ressource rare. Seulement 2,5 pour cent des 1,4 milliard de km3 d'eau sur la Terre est propre à la consommation humaine, et la majeure partie de cette eau douce est inaccessible, puisqu'environ 70% se trouve dans les glaciers, la neige et la glace. Les 8 millions de km3 d'eaux souterraines constituent la plus importante source d'eau douce, et seulement 0,3% des ressources en eau douce (105.000 km3) se trouve dans les rivières, les ruisseaux et les lacs.

    Le débat autour de la disponibilité de l'eau douce est de plus en plus axé sur la sécurité de l'eau, une question qui concerne l'accès des populations à une eau saine et abordable pour satisfaire leurs besoins ménagers, assurer la production alimentaire et mener leurs activités. L'insécurité de l'eau peut être la conséquence de sa rareté physique, elle-même le résultat de facteurs climatiques ou géographiques, d'une utilisation excessive ou d'une surexploitation. Elle peut également être liée à des raisons économiques, aux infrastructures ou à l'insuffisance des capacités qui empêchent l'accès aux ressources disponibles, ou se produire dans des cas où la pollution ou la contamination naturelle a rendu ces ressources inutilisables.

    L'insécurité et la rareté de l'eau concernent déjà de grandes parties du monde en développement. Au cours du siècle dernier, on a enregistré une multiplication par six de la demande mondiale de l'eau. Environ trois milliards de personnes (environ 40% de la population mondiale) vivent dans des zones où la demande est supérieure à l'offre..... Suite dossier très complet avec tableaux et cartes

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Revue de presse / Etudes

Le 11 avril 2011

La biodiversité, essentielle pour lutter contre la pollution des cours d’eau (ANE)

La biodiversité fournit de nombreux services écologiques à la planète et aux hommes, et elle permet entre autres de lutter efficacement contre la pollution des cours d’eau, d’après une nouvelle étude relatée dans Nature : Algae biodiversity cleans streams

Alors que la Terre entre dans une période d’extinction massive, une étude publiée mercredi donne une nouvelle raison de préserver la biodiversité : cette dernière serait un épurateur naturel et efficace de la pollution dans les cours d’eau. Des militants pour la défense de l’environnement affirment depuis longtemps que la disparition de la biodiversité implique une diminution des services écologiques tels que le nettoyage des cours d’eau, le contrôle des maladies et l’augmentation de la productivité dans les pêcheries. La dernière étude en date, publiée dans le journal Nature, montre comment ces services écologiques fonctionnent, démontrant ainsi que les cours d’eau qui contiennent plus d’espèces animales et végétales ont une meilleure qualité d’eau que ceux qui en ont moins.

Les espèces en question sont des microorganismes tels que des algues qui absorbent des éléments de pollution dans leur corps. Plus il y a de types d’algues différents dans un cours d’eau, chacune ayant un habitat différent, mieux elles parviennent à filtrer de manière collective la pollution de l’eau. « Si nous maintenions les cours d’eau dans leur état naturellement diversifié, ces cours d’eau que nous aimons pour les loisirs qu’ils procurent, leur beauté, pour la pêche, etc… auraient l’avantage de nettoyer notre eau pour nous » a déclaré Bradley Cardinale, auteur de l’étude. « L’une des implications de l’étude est que, si nous laissons la nature faire ce qu’elle a à faire, nous n’aurons pas à faire créer des usines de traitement des eaux très chères dans toute la planète » a expliqué le scientifique de l’Université du Michigan....

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Le 4 mai 2011

Première conférence internationale sur les grands fleuves du monde (BE)

Regroupant plus de 400 participants venant de 73 pays différents, la première conférence internationale sur les grands fleuves du monde s'est déroulée du 11 au 14 avril 2011 à Vienne.

Organisée par l'Université des Sciences agricoles de Vienne (Bodenkultur Universität, ou Boku), cette première conférence internationale sur le thème des grands fleuves de la Terre a permis de souligner le rôle important que jouent les fleuves dans l'équilibre écologique de la planète. L'Amazone, le Danube, le Mékong, le Rhin, le Mississippi ou encore le Congo... Tous ces fleuves ont été abordés dans les quelques 550 résumés d'articles - dont plus de 360 ont été acceptés - qui ont été envoyés pour présentation à cette conférence de quatre jours. Parmi les sponsors, on trouve l'UNESCO, la DG environnement de la Commission Européenne, la WWF ou encore l'Académie des Sciences autrichienne.

La navigation, les centrales hydroélectriques, l'utilisation de l'eau potable, l'irrigation, la maîtrise des crues, le tourisme et l'extraction de gravier sont autant de facteurs influant le cycle des fleuves. La croissance démographique et le changement climatique aggravent encore les problèmes à l'échelle mondiale, bien que la situation soit différente pour chaque fleuve - et même pour les différentes sections d'un unique fleuve. Ainsi le Danube, entre Vienne et Bratislava est-il nécessaire d'agir rapidement afin d'empêcher l'abaissement de la nappe phréatique ; dans son cours inférieur, ce sont le maintien de la morphologie du fleuve et la migration des poissons qui soulèvent des inquiétudes.

Signe des besoins d'une bonne collaboration internationale sur ce thème, une nouvelle édition de cette conférence se tiendra en 2014 au Brésil, à Manaus au bord de l'Amazone.

- Article publié dans Der Standard, le 8 avril 2011 : (en allemand) http://redirectix.bulletins-electroniques.com/bqJ0j

- Site internet de la conférence : (en anglais) http://worldslargerivers.boku.ac.at/wlr/

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Le 3 octobre 2011

Les rivières de la région sont toxiques pour les poissons (Sud Ouest)

Interdites depuis 24 ans, les substances toxiques telles que les PCB s'infiltrent dans le gras des poissons. De l'Adour à la Charente, les anguilles sont particulièrement touchées.

Des techniciens de l'Association des pêcheurs professionnels en eau douce de la Gironde et de l'association Migado capturent des anguilles sur la Garonne, à Cadillac, pour vérifier la présence de spécimens marqués l'année précédente....

La question n'est plus de savoir où il y a des polychlorobiphényles (PCB). Le jeu consiste plutôt à découvrir les cours d'eau où il n'y en a pas. « Avec Loire Bretagne, Adour Garonne était le bassin de référence, censé être épargné. Suite à des prélèvements effectués en 2008, il a pourtant fallu interdire la consommation des anguilles de Garonne. On était sur des teneurs légèrement supérieures au seuil toléré, de 14 à 20 picogrammes par gramme de poisson frais. Loin des 60 à 80 pg/g relevés sur les poissons de la Seine ou du Rhône. Mais la contamination était réelle », retrace Lydie Laurent, chargée de mission environnement et développement durable auprès du préfet de Région Aquitaine.

Des pêches complémentaires sur le gave de Pau ont ramené d'autres nouvelles, aussi mauvaises qu'étonnantes. La rivière qui dégringole des Pyrénées a taillé son lit au milieu d'un environnement préservé, au moins sur son cours amont. Pourtant, les anguilles sont là aussi contaminées, et ce jusqu'à l'embouchure de l'Adour. « Sur le gave de Pau, la surprise a été complète », confesse Philippe Chapelet, le chef du service prévention des risques à la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) Aquitaine.

Les interdictions

Une rafale d'arrêtés

Charente le 14 septembre, Charente-Maritime le 12 septembre (la Charente et ses affluents), Gironde et Dordogne le 9 juin (estuaire de la Gironde, Garonne, Isle et Dordogne), Lot-et-Garonne le 9 septembre, Tarn-et-Garonne le 29 août (Garonne et une partie du canal latéral), Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées le 9 septembre (Adour en aval de la confluence avec les gaves, Gaves réunis, gave de Pau) : tous ces départements ont pris ces derniers temps des arrêtés limitant ou interdisant la commercialisation et la consommation des anguilles.

L'alose feinte est également concernée en Gironde, dans le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne. Sur la partie de l'Adour visée par l'arrêté interpréfectoral, l'interdiction est étendue aux poissons de fond : barbeaux, brèmes, carpes, vairons et silures.

Les PCB sont partout alors qu'ils sont censés n'être nulle part. Les polychlorobiphényles, souvent appelés pyralènes, ont été définitivement interdits en 1987 en raison de leur toxicité. Certaines de leurs applications étaient prohibées depuis 1979. Ces molécules potentiellement cancérigènes sont aussi des perturbateurs endocriniens à faible dose. Elles doivent être traquées dans l'alimentation des femmes enceintes, car elles sont néfastes au développement cérébral du fœtus.

Jusqu'à 2 700 ans...

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