mardi 5 octobre 2010

Dans le Pacifique Nord : Trop de saumons issus d’écloserie !

Avec une production annuelle de près d’un million de tonnes, le saumon du Pacifique Nord fait partie des pêcheries les plus importantes dans le monde (à titre de comparaison : 1,6 million de tonnes de saumon issues d'aquaculture). Pour beaucoup, le Salmon-ranching (ou pacage marin) est un modèle de bonne gestion halieutique. L’ensemencement massif de l’océan à partir de juvéniles issus d’écloseries a permis de maintenir la ressource en saumon « sauvage » à un très haut niveau. Cependant, les chercheurs nous alertent sur les risques du saumon d’écloserie : Perte de la diversité génétique des souches sauvages.

Selon une équipe de chercheurs nord américains, les stocks de saumons, keta, sockeye et chum, sont énormes dans le Pacifique Nord. Deux fois plus que dans les années 1950… En 2005, près de 718 millions de saumons adultes ont regagné leur rivière. Le Pacifique Nord est « surchargé de saumons » a déclaré Randall Peterman, chercheur canadien en charge de l’évaluation et de la gestion des pêches…

Les chercheurs indiquent que l’importance de la ressource est à mettre en relation avec les 5 milliards de smolts issus d’écloseries mis à l’eau chaque année, principalement au Japon et en Alaska. Les saumons adultes provenant d'écloseries représentent au moins 20% de la production totale de saumon adulte. Le pourcentage est beaucoup plus élevé pour certaines espèces de saumons.

Les saumons issus d'écloserie mettent en danger toute la ressource de saumon du Pacifique Nord

Selon les chercheurs, ces saumons d'écloserie sont un danger pour les populations sauvages de saumon. « Le saumon issu d’écloserie « dégrade » la population sauvage qui est la « boutique » de matériel génétique. La diversité biologique des populations sauvages permettra de répondre à des conditions de vie très diverses et de s’adapter au changement climatique », a expliqué Randall Peterman.

Selon les chercheurs, il faudrait réguler le repeuplement à partir de smolts d’écloserie dans le cadre d’accords internationaux. Source : North Pacific swarming with salmon (Fis)

Le marché du saumon s'adapte.... La France se tourne vers le saumon "sauvage" du Pacifique

Quant au marché du saumon, il s'adapte rapidement.....

Selon l’analyste britannique, Callander McDowell, la hausse du prix du saumon d’élevage (en liaison à la chute de production au Chili suite à la maladie ISA), est dramatique pour l’industrie de transformation. La solution pour les transformateurs est d'acheter à un prix beaucoup plus bas du saumon rose du Pacifique (keta) issu des pêcheries alaskiennes. Ce qui explique que l’offre en saumon sauvage fumé est de plus en plus importante sur le marché hexagonal. Même le n°1 mondial de l’élevage de saumon, Marine Harvest, propose du saumon sauvage du Pacifique sous la marque Kritsen…

Pour Callander McDowell, cette situation est durable ; les transformateurs ne reviendront pas en arrière car le saumon sauvage sera toujours moins cher que le saumon d’élevage. L’analyste estime que le sauvage représente la moitié du saumon fumé sur le marché français… Source : Relaksation n° 471

Rappel : La France est le premier consommateur de saumon d'élevage dans le monde (plus de 150.000 tonnes/an)

Autres articles :
Pour aller plus loin...

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Déjà la FAO s'inquiétait dans un document de la fin des années 1990

FAO : Contrôler la production des écloseries: 160 millions d'alevins au moins par jour!

Pour améliorer l'utilisation de la biodiversité aquatique, les gouvernements ont besoin d'informations sur la production des écloseries. Toutefois, ces données ne sont pas systématiquement collectées, étant donné qu'un mécanisme permettant de les centraliser fait souvent défaut.

A la demande de la FAO, les pays membres ont, par conséquent, fourni des statistiques sur la production des écloseries. Ces statistiques ont été analysées et elles montrent qu'en 1996 la production totale a atteint 58 milliards d'alevins et/ou de fingerlings, soit presque 180 millions de jeunes poissons par jour! Sur ce total, 99 pour cent étaient des espèces téléostéennes. L'essentiel de la production des écloseries était destiné à être «relâchée dans la nature».

Les données fournies sont assez complètes pour les pays dont les eaux continentales ont été traditionnellement empoissonnées pour la pêche de loisir. Les données les plus cohérentes ont été communiquées par les pays suivants: Afrique du Sud (depuis 1993), Australie, Belgique, Chine, Chypre, Croatie (depuis 1992), Cuba, Etats-Unis, Finlande, France, Lettonie, Malaisie, Maroc, Panama, République de Corée et Suisse.

Les figures A et B présentent la production en écloserie de la truite arc-en-ciel (pour Chypre) et de la truite marine (pour la Finlande) comme exemples d'espèces similaires utilisées à des fins différentes. Source: A.J. Immink. Chercheur invité (aquaculture), Département des pêches de la FAO.

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Le 15 novembre 2010

Pêche de saumon sauvage d’Alaska exceptionnelle en 2010

Sur un total de 169 millions de poissons, 55% ont été capturés à Prince William Sound et dans la baie de Bristol (reportage Youtube ci-dessous). Malgré les captures historiques, les prix n’ont pas plongé du fait de la chute de la production chilienne en saumon d’élevage. On estime le chiffre d’affaires à 533,9 millions de dollars. Source : Alaskan salmon yields historic USD 534 mln in 2010 (Fis)

Pêche saumon sauvage d’Alaska au filet maillant dérivants sur Youtube

Capture du saumon sauvage d'Alaska dans la baie de Bristol, en Alaska. Visitez www.alaskaseafood.org pour plus d'informations.

Image Wikipedia : Saumon Rouge (Sockeye)
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Le 30 mai 2012

Pacifique nord. Le saumon de repeuplement menacerait le saumon sauvage....

Chaque année, près de 5 milliards de jeunes saumons issus d'écloserie sont libérés dans le milieu naturel... Japon, USA (dt Alaska), Russie et Canada pratiquent le pacage marin (appelé encore aquaculture de repeuplement ou sea-ranching). Les captures de saumons sauvages (sockeye, chum, chinook, coho, pink,...) sont comprises entre 0,8 et 1 million de tonnes chaque année dans le Pacifique nord (à comparer au 1,6 million de tonnes de saumon d'élevage principalement saumon atlantique Salmo salar).

Les saumons d'élevage menacent les saumons sauvages du Pacifique

Par Quentin Mauguit, Futura-Sciences

Vingt-trois nouvelles études font le point sur la cohabitation, ou plutôt la compétition, existant entre des saumons du Pacifique d’élevage et sauvages. Les poissons libérés pour alimenter l’industrie de la pêche appauvriraient le patrimoine génétique des cinq espèces concernées, fragilisant leurs chances de survie dans le futur.

Les saumons sont anadromes. Ils se reproduisent en eau douce mais vivent principalement en eau de mer. Leurs populations souffrent depuis de nombreuses années de la destruction progressive de leurs habitats et de la construction de barrages sur les routes de migrations. Elles déclinent effectivement dans plusieurs régions du monde, comme l’océan Pacifique. Cette situation pose de nombreux problèmes, notamment parce que la pêche de ces poissons rapporte chaque année plusieurs milliards de dollars et emploie des milliers de personnes.

Pour pallier la disparition des saumons sauvages du Pacifique, de nombreuses écloseries ont vu le jour depuis les années 1970 au Canada, aux États-Unis, au Japon ou encore en Russie. Elles reproduisent artificiellement les cinq mêmes espèces de poissons, rassemblées sous le vocable « saumon du Pacifique », les font grandir à des vitesses record puis les libèrent dans l’environnement à l’état juvénile. Dans le seul Pacifique, plus de 5 milliards d'individus seraient ainsi mis à l'eau chaque année.

Près de 800 écloseries sont répertoriées dans le Pacifique Nord

Les souches sauvages et d'élevage peuvent se reproduire entre elles et donc partager leur patrimoine génétique. Ce fait est déjà scientifiquement avéré et implique qu’il doit exister une cohabitation. Étonnamment, cette simple affirmation reste peu documentée, tout comme les conséquences écologiques liées à la libération massive d’animaux d’élevage. La revue Environmental Biology of Fishes vient de publier, non pas une, mais vingt-trois études qui décrivent en détail ces différents aspects et les conséquences possibles à long terme de ce type de pratique. La conclusion est simple : les saumons sauvages du Pacifique pourraient disparaître en premier, puis être suivis par leurs homologues d’élevage...

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Le 24 mai 2013
Terre-Neuve. Saumons plus gros ... Saumon suspects !..
Des résidents ont trouvé des saumons beaucoup plus gros que la normale dans la rivière Garnish, à Terre-Neuve (Canada), ce qui fait craindre le pire à une association de conservation.
Geoff Perry, coordonnateur régional de l'aquaculture au ministère des Pêches et des Océans du Canada, précise que la rivière Garnish est reconnue pour ses petits spécimens d'environ 3 livres. Il est maintenant question de saumons de 8 à 12 livres. Selon M. Perry, ils sont semblables à ceux qu'on retrouve au supermarché.
Ces saumons se sont échappés d'installations d'aquaculture dans la baie de Fortune, ce qui inquiète Don Hutchens, du Conseil de protection des salmonidés de Terre-Neuve-et-Labrador. Il croit que ces poissons sont infectés et qu'ils peuvent propager des maladies aux saumons sauvages de l'Atlantique. M. Hutchens craint aussi un possible métissage des deux espèces.
La situation est peu probable, selon Cyr Couturier, directeur de l'Association de l'industrie de l'aquaculture de Terre-Neuve-et-Labrador. « Le saumon d'élevage et le saumon sauvage ne s'accouplent pas tellement en nature parce que le saumon d'élevage est une espèce domestiquée et ils ne sont vraiment pas adaptés au milieu naturel », dit-il.
Le poisson d'élevage est plus gros, mais immature, ce qui diminue ses chances de survie. « Je pense qu'ils vont être mangés par d'autres poissons ou qu'ils vont juste mourir parce qu'ils ne sont pas capables de s'alimenter eux autres même. Alors, on n'a pas beaucoup de crainte », explique M. Couturier.
Une enquête est en cours pour comprendre comment ces saumons ont pu s'échapper. Don Hutchens ajoute que des populations de saumon au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse ont été décimées, et qu'elles étaient pêchées près de sites aquacoles. Il craint que la même chose se produise à Terre-Neuve.
Geoff Perry ne partage pas cette opinion. Il dit voir une baisse du saumon sauvage de l'Atlantique, mais pas dans les zones où il y a de l'aquaculture. Source : La présence de saumons d'élevage dans la nature à Terre-Neuve soulève des questions (Radio Canada)
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