jeudi 22 octobre 2009

Europe : Tout droit vers la privatisation des ressources halieutiques !

Ce n’est plus un secret pour personne, la grande réforme de la politique commune de la pêche sera la privatisation des ressources halieutiques en Europe.

A l’exception de l’Asie et de l’Afrique de l’Ouest, les principales sources de poisson dans le monde sont gérées par le système des Quotas Individuels Transférables (QIT). Ce mode de gestion a favorisé la concentration des activités halieutiques autour de multinationales de la pêche.

Avec une capacité de captures de près de 5 millions de tonnes, les eaux communautaires représentent un véritable pactole pour ces grandes sociétés de pêche internationales. (Cliquer sur la carte pour l'agrandir)
Philippe FAVRELIERE

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Mondialisation, privatisation des ressources et souveraineté alimentaire. Les émeutes de la faim qui ont marqué le début de l'année 2008, montrent que le libre échange a affaibli les peuples les plus pauvres. Beaucoup de pays du Sud dépendent maintenant des importations pour satisfaire leurs besoins alimentaires.

Les activités halieutiques sont parmi les plus mondialisées et de plus en plus concentrées autour de quelques entreprises. Le phénomène de fusion-concentration s'accélère à l'échelle internationale autour de :

  • deux pôles majeurs : Norvège et Chine,
  • deux pôles secondaires : Japon et Espagne

pour l'accés direct à la ressource (acquisition de QIT) et aux sites de production (concessions aquacoles). Des sociétés norvégiennes et chinoises capturent maintenant plus d'un million de tonnes de poissons en prenant entre autres le contrôle des pêcheries péruviennes et chiliennes. Il est intéressant de noter que ces multinationales comme Austevoll seafood, Copeinca et Pacific Andes ciblent les ressources en petits pélagiques alors que d'autres misent sur le développement aquacole comme Pescanova et Mahura group, sans oublier les multinationales de la salmoniculture : Marine Harvest, Aquachile, Cermaq, Grieg Seafood et Leroy. Depuis 2000, la bourse d'Oslo est devenue le "Nasdaq" de la pêche et de l'aquaculture.

Actuellement, on assiste à un début de privatisation des plus grandes pêcheries mondiales. Ce phénomène qui va en s'accélérant, est dénoncée en vain par les organisations de la pêche artisanale comme la Conapach au Chili. Dans ce pays, le quota de pêche attribué par le gouvernement aux 60 000 pêcheurs artisanaux est inférieur à celui de la société norvégienne Austevoll.

Outre la dégradation de la souveraineté alimentaire, cette concentration des activités halieutiques s'accompagne par une augmentation des atteintes aux droits de l'homme (notamment de la part des sociétés : Cermaq, Friosur, Grupo Calvo,...). Des cas de matelots esclaves ont été révélés en Espagne et au Royaume-Uni ainsi que des trafics massifs de main d'oeuvre dans les pays arrosés par le Mékong en Asie du Sud-Est. Voir : business-humanrights.org (Source : Actualités de la pêche : Le bilan de l'année 2008 en dix points)

1 commentaire:

L'encre de mer a dit…

L'Europe est aussi le plus grand marché du monde en produits de la
mer, si l'on raisonne sur une base "quantitative" De quoi attirer
effectivement les appétits des grands groupes financiers qui
concentreront droits de pêche et parts de marché.

D'un autre côté, la "structure" de la pêche européenne est restée très
artisanale avec 81% de la flottille qui mesurait moins de 12m en 2005
dans l’UE des 25 : autant de communautés de pêcheurs qui contribuent
fortement à l'émergence de régions spécialisées dans l'Union
Européenne. Une spécialisation qui tient compte des structures
socio-professionnelles locales, des écosystèmes spécifiques, de la
culture, des savoir-faire... et qui sera donc plus proche des hommes et de leur environnement immédiat que ne pourront l'être des firmes multinationales et la grande distribution.

Deux choix de société donc au travers de cette réforme des pêches...