mardi 13 janvier 2009

Actualités de la pêche : Le bilan de l'année 2008 en dix points

Pas facile de résumer en 10 points majeurs, les évènements de toute une année alors que "Regard sur la pêche et l'aquaculture" n'existe que depuis mi-septembre 2008. En m'inspirant des américains, je me lance tout de même.
Mais avant de commencer avez-vous entendu parler de ce rapport de Solidarity Center : The True Cost of Shrimp (le véritable coût de la crevette) cité parmi les évènements majeurs aux USA, salué à sa sortie par une levée de boucliers et qui a "joué" sur le marché mondial de la crevette ?

10- Les produits issus de l’aquaculture dépassent pour la première année les captures de la pêche quant à l’approvisionnement de l’ensemble des marchés mondiaux de consommation humaine en produits halieutiques.

En France où l’aquaculture stagne depuis une vingtaine d’années, les produits aquacoles d’importation tiennent une place grandissante sur le marché national. Parmi les 5 espèces les plus consommées (qui dépassent chacune les 100 000 tonnes annuelles et qui couvrent plus du tiers des besoins français en produits halieutiques), nous retrouvons :
  • 2 produits issus de l’aquaculture : notre huître nationale, le seul produit du club des cinq à être issu d’une activité familiale, et le saumon des élevages industriels de Norvège et d’ailleurs,
  • 2 produits issus de la pêche : thon tropical de nos armements industriels et le colin d’Alaska, qui constituent les deux principales espèces de l’industrie de la transformation (conserve, pané, surimi...),
  • 1 produit mi-pêche mi-aquacole : crevette importée, nordique (pêche) ou tropicale (aquaculture/pêche).

Alors que l’Afrique a donné au monde l’une des espèces aquacoles majeures, le Tilapia, ce continent représente à peine 1% de la production aquacole mondiale. Plusieurs pays viennent de lancer des programmes de développement aquacoles plus opérationnels que les programmes d’antan, comme au Sénégal, Mali et Algérie avec des projets de repeuplement de bassins ou de réservoirs.

9- Le changement climatique et l'importance des tempêtes tropicales. Les tempêtes tropicales (ou cyclones) ont connu un développement en force et en nombre dans différentes régions du monde, notamment dans les Caraïbes et en Asie du Sud et de l’Est. Avec la palme pour Haïti qui a été secoué par 4 cyclones en moins d'un mois (Haïti : après le passage des cyclones, un programme d'urgence pour soutenir les pêcheurs artisanaux). La catastrophe naturelle la plus meurtrière en 2008, le cyclone « Nargis » a causé la mort de plus de 80 000 personnes dans le delta d'Ayeyarwaddy en Birmanie. Les communautés de pêcheurs sont les premières touchées par les tempêtes tropicales qui prennent en général naissance au-dessus des océans : destruction des équipements de pêche et des lieux de vie. Malgré l’amélioration de la sécurité, toujours beaucoup de victimes en mer, le métier le plus dangereux avec celui de mineur. Voir la carte des catastrophes naturelles en 2008 et la liste des pertes assurées publiées par Munich Re.

8- Les arrestations et les emprisonnements de pêcheurs se multiplient avec l’augmentation des troubles frontaliers. Le métier de pêcheur est dangereux en raison des aléas climatiques, mais de plus en plus en raison de problèmes transfrontaliers qui touchent plus particulièrement les pêcheurs artisanaux. Le Collectif International d’Appui à la pêche artisanale et aux travailleurs de la pêche (ICSF) enregistre quotidiennement les pêcheurs arrêtés et emprisonnés dans le monde : Arrest and Detention of Fishers .

7- Deux crises infectieuses majeures dans l’aquaculture marine : ISA du saumon et mortalité massive des huîtres, dues probablement à une intensification des activités aquacoles. L’aquaculture marine se pratique dans des milieux ouverts qui explique la propagation rapide des agents pathogènes avec l’impossibilité de pratiquer la fermeture d’un périmètre. La seule parade est d’éviter les échanges de produits inter bassins.

En France : Mortalité massive des huîtres dans l’ensemble des centres de production. De mai à juillet 2008, des mortalités anormales d’huîtres creuses (Crassostrea gigas) ont été recensées. Les huîtres juvéniles sont principalement atteintes. Les taux de mortalité calculés pour ces catégories d’animaux sont particulièrement élevés (80 % à 100 % pour de nombreux lots).

Au Chili : Le revers de la médaille lié à l’intensification et la concentration spatiale des élevages de saumon, et ce malgré l’utilisation massive de produits médicamenteux (notamment des antibiotiques), est le développement de l’anémie infectieuse du saumon (ISA) causée par un virus qui s'attaque au système sanguin du saumon, provoquant une anémie grave et la mort. Avec la crise du virus ISA, les spécialistes prévoient une chute de production de 30% en 2009. Soit plus de 200 000 tonnes de saumon en moins sur le marché mondial. De nombreux ouvriers piscicoles ont été licenciés fin 2008. Toute la filière chilienne est en crise. On estime à plus de 5000, le nombre des personnes mises sur le carreau ! Ce qui explique le vent de fronde qui souffle actuellement sur la salmoniculture au Chili. Voir : Nouvelles du saumon chilien par temps de crises et Chili : le saumon pollue la vie des chiliens et de leur océan

6- L’insécurité alimentaire grandissante avec l'augmentation des transferts (des échanges) et le développement de l'aquaculture. Des exemples :

5- Le poids envahissant des certifications (et autres labels) et des mesures de protection sur les activités halieutiques. Les activités halieutiques sont parmi les activités les plus anciennes de l'humanité. Le poisson reste pour beaucoup de peuples un aliment abordable et la pêche une activité libre. Mais avec le développement industriel des activités halieutiques, les dysfonctionnements se sont généralisés.

Pour parer à la raréfaction de la ressource, un arsenal de mesures est mis en place concernant :

  • d'une part l'encadrement de l'activité de pêche elle-même : quota de pêche et aires marines protégées,
  • et d'autre part la "qualité" des produits : certificats et labels.

La disparition des petits métiers sacrifiés sur l'autel des lobbies de la protection de l'environnement est en marche. La plupart des mesures font le jeu des industriels de l'aquaculture et de la transformation. Findus France communique par rapport à la certification MSC sur des poissons capturés de l'autre côté de la planète (voir : Tempête sur le Colin d'Alaska - Greenpeace contre MSC ). Un saumon bio pour la plupart des consommateurs français est maintenant considéré meilleur que n'importe quels produits de la pêche, pourtant sauvages.

A l'image des vignerons, il serait peut-être opportun que les pêcheurs artisanaux et les conchyliculteurs communiquent sur le thème de "produit naturel", tant le label bio et la certification MSC sont galvaudés. Et que penser des aires marines protégées ? (voir : Trop de zones marines protégées pourraient nuire aux communautés rurales, avertit le Seafish au Royaume-Uni et France : ne va-t-on pas vers l'interdiction du chalutage dans le Golfe de Gascogne ?)

4- Destruction des écosystèmes côtiers et diminution des ressources halieutiques. Avec la densification de la population et des activités en zones littorales, les écosystèmes côtiers sont soumis de plus en plus aux agressions anthropiques, associées au changement climatique, il en résulte la destruction d'habitats essentiels à la survie de millions de pêcheurs. Le blanchiment des récifs coralliens et les « zones mortes » s'étendent partout dans le monde. Voir : Les "zones mortes", une menace pour les pêcheurs côtiers et Les scientifiques prédisent la disparition des récifs coralliens

3- Mondialisation, privatisation des ressources et souveraineté alimentaire. Les émeutes de la faim qui ont marqué le début de l'année 2008, montrent que le libre échange a affaibli les peuples les plus pauvres. Beaucoup de pays du Sud dépendent maintenant des importations pour satisfaire leurs besoins alimentaires.

Les activités halieutiques sont parmi les plus mondialisées et de plus en plus concentrées autour de quelques entreprises. Le phénomène de fusion-concentration s'accélère à l'échelle internationale autour de :

  • deux pôles majeurs : Norvège et Chine,
  • deux pôles secondaires : Japon et Espagne

pour l'accés direct à la ressource (acquisition de QIT) et aux sites de production (concessions aquacoles). Des sociétés norvégiennes et chinoises capturent maintenant plus d'un million de tonnes de poissons en prenant entre autres le contrôle des pêcheries péruviennes et chiliennes. Il est intéressant de noter que ces multinationales comme Austevoll seafood, Copeinca et Pacific Andes ciblent les ressources en petits pélagiques alors que d'autres misent sur le développement aquacole comme Pescanova et Mahura group, sans oublier les multinationales de la salmoniculture : Marine Harvest, Aquachile, Cermaq, Grieg Seafood et Leroy. Depuis 2000, la bourse d'Oslo est devenue le "Nasdaq" de la pêche et de l'aquaculture.

Actuellement, on assiste à un début de privatisation des plus grandes pêcheries mondiales. Ce phénomène qui va en s'accélérant, est dénoncée en vain par les organisations de la pêche artisanale comme la Conapach au Chili. Dans ce pays, le quota de pêche attribué par le gouvernement aux 60 000 pêcheurs artisanaux est inférieur à celui de la société norvégienne Austevoll.

Outre la dégradation de la souveraineté alimentaire, cette concentration des activités halieutiques s'accompagne par une augmentation des atteintes aux droits de l'homme (notamment de la part des sociétés : Cermaq, Friosur, Grupo Calvo,...). Des cas de matelots esclaves ont été révélés en Espagne et au Royaume-Uni ainsi que des trafics massifs de main d'oeuvre dans les pays arrosés par le Mékong en Asie du Sud-Est. Voir : business-humanrights.org

2- La crise du gasoil et plus généralement la crise de l’énergie dans la pêche. Elle devrait déboucher sur une approche « empreinte écologique ». Certaines activités de capture sont gourmandes en énergie, beaucoup trop…. Le chalutage est l’activité la plus énergivore, 2 à 3 litres de gasoil pour 1 kg de poisson (à vérifier). Avec l’augmentation de prix du baril de pétrole (avec un maximum de 147 $ en août 2008), le gasoil a atteint plus de 50% du coût total de production, la rémunération du travail réduite à la portion congrue.
Une approche « économie d’énergie » avec l’établissement de l’empreinte écologique (ou carbone) de chaque espèce halieutique doit permettre d’orienter la pêche et l’aquaculture vers des techniques plus économes en énergie. Le Danemark a établi l’empreinte écologique de la plupart des espèces halieutiques produites et transformées sur son territoire : LCAFOOD

1- La reconnaissance officielle des petits métiers de la pêche au niveau international. En octobre 2008, à Bangkok, la FAO organise en collaboration avec plusieurs organisations internationales représentatives de la pêche artisanale (dont ICSF), la première réunion mondiale concernant la pêche à petite échelle. Le Collectif Pêche et développement y était représenté par René-Pierre Chever qui nous a ramené la principale conclusion : Les droits fondamentaux des pêcheurs. « La question des droits fondamentaux des pêcheurs est primordiales car elle s’oppose de plus en plus aux droits des espèces y compris non commerciales au travers de droits "supérieurs" environnementaux. L’affaire de la Pennatule dans le Golfe de Gascogne, celle des tortues en Inde, la mise en place d’aire marine protégées, sans concertation préalable, en sont quelques exemples. Le rappel des droits des pêcheurs et de leur communauté est impératif dans ce contexte. » Voir : le droit des pêcheurs

2 commentaires:

David a dit…

Un autre événement majeur (et très médiatisé) a sans doute été la crise du thon rouge en Méditerranée.

Aquablog a dit…

En effet, la crise touche le thon rouge très médiatique mais aussi les autres espèces de thon qui sont moins médiatisées. Voir le très bon site atuna : http://www.atuna.com/
je vais essayer de l'intégrer dans le bilan 2008, à partir d'un article que j'ai en réserve.