jeudi 14 mars 2013

Les pêcheurs artisanaux souffrent de l’opacité dans la vie politique !

Les pêcheurs souffrent de l’opacité dans la vie politique ! (ancien titre de l'article publié en décembre 2011)

Conférence sur la transparence dans le secteur des pêches maritimes en Afrique

Conflits d'intérêt et transparence de la vie publique en France

En 2011, l'Assemblée nationale avait rejeté deux propositions de loi sur la transparence de la vie politique. Le chemin de la transparence de la vie publique est décidément bien tortueux et loin d'être achevé....

« L'opinion publique veut la transparence ! » avait plaidé le rapporteur François de Rugy devant un hémicycle quasiment vide. 68.000 citoyens avaient soutenu les textes du député.

En France, l’opinion publique souhaite la transparence de la vie politique et lever l'opacité des relations avec les pays africains (le manque de transparence touche tout particulièrement le secteur de la pêche, l'une des activités économiques les plus corrompues dans le monde selon Transparency International).

Transparent Sea, plateforme d'informations au service des communautés de pêcheurs africains

La Coalition pour des accords de pêche équitables (Cape) coordonnée par Béatrice Gorez travaille depuis de nombreuses années dans  l'amélioration de la transparence des accords de pêche entre l'Union Européenne et les pays africains.

Les assises annuelles de programmation des activités de la Cape qui ont réuni, du 19 au 22 février 2013, à Bruxelles, les différents partenaires de l’organisation, notamment la confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Coapa) et le réseau des journalistes pour une pêche artisanale responsable en Afrique de l’Ouest (Rejoprao), ont été marquées, cette année, par la présentation du nouveau site de type wikipedia pour servir de base d’informations susceptibles de contribuer à l’amélioration de la transparence dans le secteur de la pêche.

Le site Transparent Sea se veut une plateforme d’informations au service de la pêche et particulièrement des communautés de pêcheurs africains.

A Dakar, les organisations de pêcheurs artisans demandent plus de transparence

Au moment de la journée mondiale des pêcheurs (21 novembre 2011), une soixantaine de personnes ont participé à la Conférence sur la transparence dans le secteur des pêches maritimes en Afrique organisée par la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) en collaboration avec la Coalition pour des accords de pêche équitables (CAPÉ-CFFA) et d’autres partenaires (1). 

Les conférenciers ont reçu et partagé des informations sur des investissements massifs effectués dans le cadre de projets d’aide au développement de la pêche artisanale et qui ne profitent guère aux communautés de pêche, et qui manquent de transparence quant à la destination finale de cet argent.

Une pêche d’Enfer (2) : Au large des côtes africaines, on voit d’énormes chalutiers draguer les fonds marins. Ces chalutiers proviennent pour la plupart des pays du Nord : du Japon, des Etats-Unis, et surtout d’Europe …
 

Des flux massifs de capitaux spéculatifs transnationaux aboutissent dans des opérations de pêche industrielle en Afrique. Ils peuvent être liés à des autorisations irrégulières accordées à des flottilles étrangères, avec des affairistes locaux, des fonctionnaires de l’État et des sociétés étrangères qui se cachent derrière des accords opaques mettant en jeu des milliards de dollars. Des arrangements conclus récemment au Sénégal avec des navires de l’Est, qui ont fait descendre dans la rue des milliers de pêcheurs locaux, violent la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et la législation nationale relative à la pêche. De plus, ces « milliards engloutis » ne dédommagent pas les communautés de pêche pour la perte de l’accès à de précieuses ressources alimentaires ou pour les dégâts infligés à l’écosystème marin.

Exemple concret de l'accord de pêche entre l'Union Européenne et le Maroc

L'accord de pêche signé en 2006 avec l'UE rapporte 36 millions d'euros par an au Maroc. Une partie de cette somme devait contribuer à moderniser la flotte côtière et à améliorer les structures de commercialisation.

Des pêcheurs marocains réagissent à cet accord dans le reportage de J.M Lemaire : Les enjeux de la pêche au Maroc (2008)


Malgré tout, la prolongation de cet accord de pêche sera approuvée par une majorité d'eurodéputés en séance plénière du Parlement européen, la semaine du 12 au 17 décembre 2011 !... (Cliquer Parlement européen).

Pour mieux comprendre pourquoi le plus grand pays halieutique du continent africain qu'est le Maroc, préfère laisser ses eaux au pillage des flottilles étrangères et notamment espagnoles : Accord de pêche UE/Maroc : Anguille sous roche au Sahara Occidental. Alors que les ressources en poisson et tout particulièrement les stocks de petits pélagiques prépondérants dans l'économie des pêches marocaine se raréfient : Plongée en apnée de la pêche (Le Matin).

Séance plénière du Parlement européen, le mercredi 14 décembre 2011 : Les députés ont voté contre la recommandation de la commission de la pêche, en soutenant le rapport original de Carl Haglund (ADLE, FI) qui appelait le Parlement à ne pas prolonger les dispositions actuelles, principalement pour des raisons économiques, écologiques et juridiques. Le Parlement a donc rejeté la prorogation du protocole contesté par 296 voix pour, 326 voix contre, et 58 abstentions.

"Le rejet de cette prorogation ne doit pas être considéré comme un geste hostile envers nos partenaires, mais devrait être vu comme une prise de conscience sérieuse sur une question cruciale", a déclaré M. Haglund lors du débat précédant le vote, soulignant qu'il était en faveur d'un nouvel accord avec le Maroc, mais de meilleure qualité. "Il ne fait aucun doute que c'est ce que nous souhaitons tous", a-t-il ajouté. Source : Accord de pêche UE-Maroc: prorogation rejetée et appel à un meilleur accord

La transparence, un problème émergent dans la pêche

La conférence sur la transparence dans le secteur des pêches maritimes en Afrique a bien fait ressortir que la transparence est un problème émergent dans la pêche, comme le signale la FAO dans son rapport 2010 La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture. La Banque mondiale et certains autres grands bailleurs de fonds ont commencé à adopter des programmes en vue de promouvoir la transparence.

Les participants ont par ailleurs demandé que soit procédé à l’élaboration et à l’adoption de Normes et Principes pour la transparence dans le secteur de la pêche. Devraient y figurer notamment les éléments suivants : diffusion de l’information dans les langues locales avec une terminologie simplifiée, fixation de délais pour traiter les demandes d’information, mise à disposition de l’information sous une forme facilement accessible selon ce qui convient le mieux dans le pays concerné, participation effective et consentement préalable en connaissance de cause des parties prenantes en matière d’élaboration et de mise en œuvre des politiques."

Philippe Favrelière (article publié la 1e fois le 8 décembre 2011) (832)
(avec l'aide de l'article du Comité des Pêches du Guilvinec : Regards sur les pêches artisanales sénégalaises et le compte-rendu des séminaires sénégalais de Brian O'Riadan d'ICSF) modifié le 14 décembre 2011

(1) ICSF (Collectif international d'appui à la pêche artisanale)
(2) Une pêche d'enfer : Un très très bon documentaire de Vincent Bruno

Autres articles :

Pour aller plus loin....


Une pêche d'enfer : Un reportage de Vincent Bruno

Ce document pédagogique de 13 min sur les conséquences nombreuses et inattendues d’un échange équitable… en apparence seulement !

Qu’est ce qui se cache dans nos assiettes ? La pêche, miraculeuse, oui mais pour qui ? Ce film, qui peut être utilisé comme point de départ pour une animation sur la mondialisation, met en évidence les conséquences de la rupture de l’équilibre entre la nature et les hommes, sous la pression économique.
Amusant, ludique et didactique, ce reportage alterne des interviews et des animations illustrant clairement les mécanismes dénoncés. Une voix off, un peu humoristique, nous questionne et nous interpelle sur les incohérences dévoilées.

Accompagné d’un petit compagnon pédagogique permettant l’exploitation du sujet avec les enfants à partir de 8 ans, les jeunes, et même les adultes, le film est disponible à l’achat au prix de 5€ auprès du CNCD - 11.11.11. Pour plus d’information cliquer Ici

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Cape, Transparentsea et ClientEarth essaient de lever le voile sur les accords de pêche !


Actuellement, l’organisation Transparentsea mène une étude sur les accords de pêche entre l’UE et les pays africains pour le compte de la Coalition des accords de pêche équitable (Cape) sur des financements de la Société suédoise pour la conservation de la nature.

Cette étude dont les résultats devraient être publiés fin 2011, concerne les dépenses des bailleurs de fonds en Afrique pour la pêche et les projets de protection marine. Le but de ce travail est de fournir une vue globale des dépenses par les organismes d'aide multilatérale et bilatérale, et d'analyser les niveaux de transparence et de responsabilité : New study on aid transparency and accountability in marine fisheries and conservation

Avoir accès à des documents dits "confidentiels"

Pour cela, Transparentsea a demandé auprès de la Commission l’accès à des documents sur les accords de pêche, des documents considérés confidentiels par la Direction des Pêches (DG Mare) : European Commission grants access to confidential files.

Malgré les réticences de la DG Mare « au motif que la libération de ces documents pourraient menacer les intérêts commerciaux de l'industrie de la pêche européenne et qu'elle pourrait nuire aux relations internationales de l'UE», Transparentsea, travaillant avec l'aide juridique ClientEarth, a contesté cette attitude car elle contredit la Convention d'Aarhus.

A partir de là, la CE a révisé sa position et a accepté de rendre public 16 évaluations. Les ONG ont donc fait plier la Commission en levant le voile sur des renseignements concernant les évaluations des accords de pêche avec 16 pays africains…. Les ONG espèrent que la CE va donner l’autorisation à l'ensemble des évaluations…. Vous pouvez visualiser les 16 documents ici.

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Le 14 mars 2013

« La pêche artisanale est le modèle d’avenir en Afrique »

Béatrice Gorez, coordinatrice de la Coalition pour des accords de pêche équitables (Cape) : « La pêche artisanale est le modèle d’avenir en Afrique »

Source : Le Soleil

Les assises annuelles de programmation des activités de la Coalition  pour des accords de pêche équitables (Cape) ont réuni, du 19 au 22 février, à Bruxelles, les différents partenaires de l’organisation, notamment la confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Coapa) et le réseau des journalistes pour une pêche artisanale responsable en Afrique de l’Ouest (Rejoprao).  La rencontre a été marquée, cette année, par la présentation du nouveau site de type wikipedia pour servir de base d’informations susceptibles de contribuer à l’amélioration de la transparence dans le secteur de la pêche. Le site Transparent Sea se veut une plateforme d’informations au service de la pêche et particulièrement des communautés de pêcheurs africains. La coordinatrice de la Cape, Mme Béatrice Gorez, évoque  les enjeux du secteur et les perspectives pour une pêche responsable et durable en Afrique.

Quels sont les enjeux de cette rencontre axée sur la pêche artisanale et comment voyez– vous aujourd’hui le secteur ?
C’est une rencontre de programmation de nos activités pour les trois prochaines années et nous avons voulu associer nos partenaires notamment la confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Coapa) et le réseau des journalistes pour une pêche responsable en Afrique (Rejoprao). Nous avons fait cette rencontre de programmation parce que nous voyons que les enjeux, vu d’Europe mais aussi d’Afrique, évoluent beaucoup, donc il était important de réfléchir sur ces enjeux et de voir en quoi cela va changer.  Par rapport à nos activités, nous sommes pour des accords de pêche équitables mais nous voyons aujourd’hui que ces accords deviennent de plus en plus marginaux. Ce qu’on voit se développer, ce sont surtout des multinationales qui se cachent derrière des sociétés mixtes pour  pavillonner leurs bateaux dans des pays comme le Sénégal, la Mauritanie, etc. Les accords de pêche avec les pays de l’Union européenne ne sont que la face visible de l’iceberg mais en dessous, il y a autre chose qui n’a rien à voir avec  les accords de pêche et qui n’est pas aussi transparent quelque part. On a le cas de ces sociétés mixtes qui manquent de transparence mais aussi celui des bateaux espagnols, français, asiatiques qui prennent le pavillon des pays côtiers ouest-africains et on ne sait pas trop bien ce qu’ils font parce qu’ils n’embarquent pas d’observateurs. Tout cela est donc une zone grise où il n’y a pas beaucoup d’informations. De ce fait, une chose importante qu’on a  essayé de voir, c’est comment améliorer la transparence dans le secteur de la pêche en Afrique.  C’est pour cela que nous avons essayé de développer un système de type Wikipedia qui va rassembler toutes les informations qui existent sur les conditions d’accès dans les différentes pêcheries, sur les licences,  sur les accords de pêche, pour les mettre à la disposition du grand public. Le site sera une plateforme d’informations au service de la pêche et des communautés de pêcheurs en Afrique particulièrement.
Notre ambition est d’accompagner les communautés de pêcheurs, les aider à mieux comprendre les enjeux actuels de la pêche particulièrement. 

La réforme de la politique commune de  pêche continue encore de susciter d’intenses débats, pouvez-vous nous faire le point de la situation ?
C’est un processus qui a été très long. On a commencé en 2009 par un livre vert qui a été publié par la Commission européenne et, à cette époque déjà, nous avions mobilisé les organisations ouest-africaines pour donner leur avis.  A cette époque, je crois que c’était le seul groupe hors Union européenne qui a donné son avis sur la politique européenne de la pêche. Ce qui est très pertinent parce que même si l’Afrique de l’Ouest ne fait pas partie de l’Europe, elle reçoit les impacts de la politique européenne de la pêche. Notamment par les flottes qui sont actives dans ou en dehors des accords de pêche.
En conséquence, il est très important que des gens qui sont victimes de cela puissent donner leur avis. Ils ont donc donné leur avis en 2009 et depuis lors, il y a eu des propositions qui ont été faites et qui sont passées au Parlement et au Conseil. Toutefois, la décision continue à se prendre. C’est un processus très long et très complexe mais ce qui est important aujourd’hui c’est que le Parlement européen vient de donner son opinion par rapport à la future politique commune de la pêche qui, dans les grandes lignes, soutient ce pourquoi nous et le partenaire ouest-africain avons plaidé, depuis le départ.

Vous êtes donc en phase avec la nouvelle politique ?
On est en phase avec la décision du Parlement européen. Malheureusement, cette décision n’est pas finalisée et elle doit maintenant retourner auprès des Etats membres de l’Union européenne qui vont donner leur décision. On sait qu’au niveau des Etats membres de l’Union européenne, nous avons beaucoup moins d’écoute car, ils écoutent, avant tout, les acteurs de la  pêche industrielle.
Evidemment, le résultat risque d’être plus décevant pour nous que ce qu’a donné le Parlement européen.

Au menu de la dernière réunion de la Commission de la pêche, il y a eu le vote sur l’Accord entre l’Union européenne et la Mauritanie. Le cas échéant, cet accord ne risque-t-il pas d’avoir un effet boule de neige dans les pays voisins ?
L’accord en question n’est toujours pas signé.  C’est aussi un processus très long et donc on se bat beaucoup avec nos partenaires mauritaniens, les acteurs de la pêche artisanale et les Ongs pour que ce soit vraiment un accord qui assure la durabilité et l’équité.
Pour nous, l’élément essentiel de cet accord, par rapport à cela, c’est que, s’il est voté, il sera  le premier accord de non accès. C'est-à-dire, c’est un cadre qui empêcherait les bateaux européens d’avoir accès aux ressources et aux zones de pêche qui sont importantes pour la pêche artisanale mauritanienne. Je crois que si l’on arrive à cela, ce sera vraiment un tournant dans la politique de pêche parce que ce sera la première fois qu’un accord de pêche reconnaisse et respecte les besoins de la pêche artisanale locale.

Quelles sont, aujourd’hui, vos perspectives, particulièrement pour la zone ouest-africaine ?
Nous avons passé trois jours à discuter et parmi les grands axes qui se dégagent, il y a d’abord la transparence. Tout le monde a reconnu qu’il y a un manque de transparence tant au niveau des acteurs de la pêche industrielle que de la pêche artisanale. Mais aussi au niveau des gouvernements qui, par exemple, ne publient pas leur liste de bateaux sous licence et ne publient pas toujours non plus de données sur leur budget et sur la façon dont l’argent des accords de la pêche est dépensé. Il y a vraiment beaucoup d’endroits où il y a de l’opacité. On a beaucoup soulevé, par exemple au niveau du Sénégal, la question des sociétés mixtes qui agissent dans la plus grande opacité.
On a rappelé aussi qu’il y avait eu des octrois de licences de manière illégale à des chalutiers russes alors que cela n’est pas prévu par la loi. Il y a vraiment eu beaucoup d’exemples qui ont été donnés et qui ont montré que la transparence est vraiment une clé pour la participation des communautés côtières et des citoyens simplement.

La pêche artisanale se sent menacée par la pêche industrielle, est-ce votre avis ?
Je crois que la pêche artisanale a plus d’atouts par rapport à la pêche industrielle. Plusieurs personnes ont reconnu ici que, dans plusieurs pays africains, sans subventions et sans accords d’accès qui l’impose, la pêche industrielle est en train de mourir. Sid ‘Ahmed Ould Abeid de la Mauritanie a dit que chez lui, la pêche artisanale côtière est  en train de se développer et elle est très dynamique. Il a dit que la pêche industrielle, en Mauritanie, est en train de mourir.  Je crois qu’au niveau du Sénégal, si l’on regarde les débarquements et les exportations, le dynamisme ne vient pas de la pêche industrielle mais de la pêche artisanale. Cela montre qu’il y a une opportunité aujourd’hui pour la pêche artisanale, si elle est soutenue convenablement, de devenir le modèle de pêche dynamique en Afrique. Et pour cela, il y a des outils qui existent au niveau de la Fao par exemple, la négociation de lignes directrices d’appui à la pêche artisanale. Cela peut servir à accompagner la pêche artisanale pour qu’elle devienne le modèle préférentiel, c'est-à-dire le modèle de développement de la pêche  en Afrique. Il faut se rappeler que la pêche industrielle, en Afrique, c’est une pêche d’importation. Aucun chalutier n’a jamais été construit en Afrique comme étant quelque chose de local. Ce sont tous des bateaux qui ont été importés d’Europe, de Chine, de Corée mais ce n’est pas une pêche locale. Si l’on ne la subventionne plus parce que,  par exemple, dans le cas des accords de pêche, elle était très subventionnée mais si l’on arrête cela et qu’on arrête aussi de lui attribuer des licences par des moyens corrompus, illicites, opaques ; si elle doit être gérée au grand jour comme tout secteur avec des coûts et des bénéfices normaux dans beaucoup de cas, elle ne peut pas s’adapter. Je crois qu’on est à un tournant et que si l’on peut l’accompagner, la pêche artisanale sera le modèle d’avenir mais ce ne sera pas la pêche industrielle.
La pêche artisanale ne doit plus se sentir menacée par la pêche industrielle. C’est tout à fait le contraire.

Aujourd’hui, quel doit être la position des Etats africains  par rapport à cela ?
Moi, je crois qu’ils doivent réfléchir à leur intérêt dans le long terme qui n’est pas d’avoir des bateaux qui sont chers à maintenir et qui font des bêtises parce qu’ils ne peuvent pas être rentables s’ils ne viennent pas pêcher à deux miles de la côte ou qui se permettent d’ignorer la loi.  Je crois que ce n’est pas ça leur intérêt à long terme. Mais il s’agira plutôt d’accompagner la pêche artisanale, d’essayer de  mieux la servir. Il faut lui fournir des infrastructures nécessaires, lui fournir un appui correct surtout en services de base pour qu’elle puisse se développer correctement. Le souhait de la pêche mondiale, c’est qu’on arrive à un modèle de pêche qui soit durable aussi bien au niveau social qu’environnemental. Et pour moi, ce modèle là, dans la majeure partie des cas, que ce soit en Afrique ou en Europe, est la pêche artisanale.

Croyez-vous à la capacité de la pêche artisanale d’assurer la sécurité alimentaire ?
C’est évident, par exemple, au niveau des petits pélagiques en Afrique de l’Ouest, la pêche artisanale est le vecteur qui permet une meilleure sécurité alimentaire aussi bien pour les hommes que les femmes. Parce que ce sont les hommes qui pêchent mais ce sont les femmes qui recueillent le poisson, le transforment et le mettent sur le marché.

Propos recueillis par notre envoyé spécial à Bruxelles, Adama Mbodj

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Le 13 mars 2013 

Pillage organisé en Mauritanie


Depuis son accession au pouvoir, le Président Aziz, malgré ses promesses, a passé son temps à construire sa propre fortune au lieu de gouverner. Il fait main basse sur l’ensemble de l’économie mauritanienne, de l’exploitation des ressources naturelles aux banques, en passant par la pêche et les projets d’infrastructures. En trois ans, l’auto-proclamé « Président des pauvres » a établi un quasi-monopole du business : état des lieux des pillages du pays et présentation des hommes du président.

Partie 1

Le Président Aziz a-t-il depuis 2008 déjà déclaré ses avoirs personnels ? A-t-il payé une seule fois un impôt quel qu’il soit ? Où est caché le butin gigantesque amassé en si peu de temps grâce à un système politico-économique lucratif ? Dans n’importe quel autre pays on se serait posé ces questions depuis longtemps déjà mais, jusqu’à présent en Mauritanie et au sein des institutions internationales on a préfèré fermer les yeux laissant Mohamed Ould Abdel Aziz instaurer un guichet unique des affaires pour les marchés publics ou internationaux, créer ses propres entreprises « d’État » dans tous les secteurs de l’économie, faire main basse sur les acteurs concurrents, sans hésiter à instrumentaliser la justice, à faire régner la terreur et enfin, en utilisant la Banque Centrale comme goulet d’étranglement pour faire transiter son butin puis le transformer en devises. Mais la situation commence à évoluer avec de nombreuses révélations sur l’implication du président ou de ses hommes, avec récemment encore les déclarations du député français Noël Mamère qui accuse Aziz d’être une plaque tournante du trafic de drogue dans la région.

Les hommes du Président

Pour s’assurer du bon fonctionnement de sa machine à laver l’argent, Aziz doit employer en permanence un gang de courtisans qu’il enrichit tout en les chargeant de dissimuler ses propres avoirs. Qui sont les prête-noms qu’il utilise pour blanchir sa fortune fraîchement acquise ? Cette nouvelle classe d’hommes d’affaires maquignons, qui tous travaillent pour Aziz, sont en train de mettre en coupe réglée l’économie du pays. Pas un secteur n’échappe à leur voracité…

1- Feil Ould Lahah :

« Cousin germain » du président Aziz, ce jeune homme dont la famille est venue en Mauritanie suite à l’expulsion des mauritaniens du Sénégal en 1989, est aujourd’hui à la tête d’une immense fortune et d’un puissant groupe économique et financier.
La Banque : BMS (Banque A l Mouamalatt Essahiha)
Consignation et l’Armement : Ridha
BTP : EGEC - TP : Entreprise Générale de Construction et de Travaux Publics
Transport maritime : Canary Feeder
Transit et Consignation : TCS
Assurances : EL WAVA Assurances
Distribution des produits pétroliers : National Petroleum-sa
BTP : Feil a signé un contrat avec la société espagnole Franjuan en vertu duquel 3% de tout contrat signé en Mauritanie lui reviennent en contrepartie de ses « facilitations ».

2- Mohamed Abdallahi Ould Yaha :

A l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir, les affaires de Ould Yaha battaient de l’aile ; MIP Auto, MIP Naval et SOFAPOP étaient en instance de fermeture. Rapidement, il deviendra, pour le compte du Président, l’homme des Chinois en Mauritanie.

Ould Yaha est le partenaire-intermédiaire de la fameuse convention de pêche avec les Chinois de Polyhondong qui fait couler tant d’encre car il s’agit d’un blanc seing illimité sur 25 ans (aussi bien en termes de réserves naturelles que de techniques de pêche). C’est sans doute pour leur laisser le champ libre que les conditions posées aux européens ont été si difficiles, et c’est aussi pour eux que les licences libres octroyées depuis plusieurs années aux Ukrainiens de Bougherbal, aux Russes de Maurice Benza, aux Hollandais de Meyloud Ould Lekhal, aux Espagnols d’Ahmed Ould Mouknass etc….ont été annulées à partir du 1er septembre dernier.

Il touche des commissions sur tous les contrats d’armement impliquant l’Empire du Milieu, avec à la clé plusieurs dizaines de milliards de MRO.
Il se fait construire actuellement par ses partenaires chinois un hôtel dont il a déjà signé le contrat de location avec Kinross (société minière canadienne qui doit exploiter la nouvelle mine d’or de Taziazt) pour plusieurs années payées à l’avance.
Il s’est emparé du phosphate de Bofal qu’il a vendu à une firme indienne installée au Sénégal.
Il est « le moins disant » sur les trois offres retenues pour l’achat d’une centrale duale de 120 MW avec les Chinois de CMEC (China Machinery Engeneering Corporation).
Il est l’un des « samsar » de Xstrata (exploitation minière), une affaire qui pourrait devenir plus importante que la SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière).
Enfin, dans le secteur de l’agro-industrie, il est également derrière le projet de production sucrière avec des généraux soudanais à la retraite et quelques investisseurs saoudiens.


3- Ahmedou Ould Abdel Aziz :

Ce fils du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui poursuit ses études à Londres est déjà impliqué dans nombre d’affaires. C’est lui le mystérieux partenaire de WARTSILA France qui malgré son offre coûteuse (154 millions d’Euros, soit environ 30 millions d’Euros au-dessus de celle du moins disant), a obtenu à la surprise générale le marché pour la construction d’une centrale électrique duale de 120 MW (SOMELEC, le EdF mauritanien). Ahmedou joue le rôle de vrai directeur de cabinet de son père ; il est rapidement devenu la pierre angulaire par laquelle toutes les affaires passent.

4- Ahmed M’hamed Yamaa dit Hamady Ould Bouchraya,

Citoyen espagnol, ancien consul honoraire d’Espagne en Guinée Bissau puis Consul honoraire de Mauritanie à partir de 2009, il hérite curieusement au décès de l’homme d’affaires Veten Ould Moulaye de la présidence de la SOBOMA (ie Coca-Cola Mauritanie dont il détient 4% et dont Aziz serait devenu le principal actionnaire). Aujourd’hui il est le mentor de Bedr Ould Abdel Aziz (un autre fils du Président) dont il est inséparable et qu’il est chargé d’initier aux affaires. Il a bénéficié de 6.000 ha de terres agricoles au bord du fleuve Sénégal.

C’est également lui le Président et principal fournisseur d’ATERSA PV Mauritanie S.A., filiale de la société espagnole ATERSA dont l’Etat mauritanien détient 40% et qui est destinée à la production des cellules photovoltaïques. Cette société a obtenu au conseil des ministres du 20 Septembre 2012 une concession 20.000 mètres carrés en plein centre de Nouakchott.

Il a obtenu par ailleurs le monopole de la logistique de la SPEG (Société de Production de l’Electricité à partir du Gaz) dont les actionnaires sont : SOMELEC, SNIM et Kinross (toujours la société canadienne qui doit exploiter la mine d’or de Taziazt).

Il a obtenu quasiment en mode gré à gré la construction du siège de la SNIM à Nouakchott pour près de 15 millions d’euros avec ATERSA. Enfin Ould Bouchraya est en train de lancer la distribution des cigarettes Winston.

5- Sidi Mohamed Ould Bouh :

Actionnaire d’IVECO (camions), dont l’armée Nationale a acquis une très grande quantité, Ould Bouh est spécialisé dans le trafic des devises à destination du golfe et en particulier des Emirats Arabes Unis. C’est par ses mains que transite une grande partie des devises acheminées par la famille présidentielle, principalement au Maroc (pour l’acquisition d’un immense patrimoine immobilier) et aux Emirats Arabes Unis.
Quasiment tous les terrains sur la route de Soukouk (nouvelle zone résidentielle et probable futur centre-ville) lui appartiennent. On parle aussi de lui dans l’affaire SOMELEC (la nouvelle centrale électrique offre de Wartsila à 157 millions d’euros).

6-Bellahi Ould Boumowzouna et Sidi Mohamed Ould Bobatt :

Il s’agit ici encore de proches cousins et amis de longue date du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Ce duo opère dans la pêche avec le bateau chinois le La Fayette qui a une capacité de stockage de 300.000 tonnes ; chassé du Chili, ce bateau est désormais exploité par ces nouveaux venus dans le secteur. En dehors de la pêche, leur activité s’est élargie à :
La logistique pour le compte de Kinross et de MCM (Mauritanian Mines Corporation).
Le Transit et la Consignation : Ould Bobat et Ould Lahah sont les seuls qui peuvent s’endetter sans limitation auprès du Trésor.
Usine de savon de Marseille. : Atlantic Service
Projet Bumi Mauritanie pour l’exploitation du fer de Tamagout
Radio privée : Mauritanide FM.

Suite dans Afrik.com 

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Le 28 août 2013

Sherpa décortique l'accord de pêche Mauritanie-Chine

Sherpa, association française dirigée par l'avocat William Bourdon, monte au filet. Dans une déclaration intitulée : « Accord de pêche Mauritanie – Chine : le cri d’alarme de la société civile auprès de l’UE et du gouvernement mauritanien » Sherpa -association qui "protège et défend les victimes de crimes économique"- a rendu public une déclaration dans laquelle elle s’en prend à la convention de pêche passée entre la Mauritanie et la société chinoise Polyhondone. Elle appelle le gouvernement mauritanien « à dénoncer la convention de pêche conclue avec la société chinoise Poly-Hondrone PELAGIC Fishery CO »dans un document fleuve. Elle demande  également « à l’Union Européenne (UE) de prendre toutes les dispositions nécessaires pour empêcher que l’argent public européen ne soit utilisé à des fins contraires aux principes qui gouvernent son action en faveur des pays en développement ».

L’association Sherpa s’attaque à l’accord de pêche Mauritanie-Chine

Source : Cridem

Dans une déclaration intitulée: « Accord de pêche Mauritanie – Chine : le cri d’alarme de la société civile auprès de l’UE et du gouvernement mauritanien » l’association française Sherpa a rendu public une déclaration dans laquelle elle s’en prend à la convention de pêche passée entre la Mauritanie et la société chinoise Polyhondone. Voici l’intégralité du texte :

L’exploitation des ressources halieutiques représente un enjeu stratégique pour l’économie mauritanienne : principal pourvoyeur de devises après les mines, le secteur de la pêche représente 10% du PIB du pays, entre 35% et 50% des exportations et près de 36% des emplois[1].

Soucieux de préserver le potentiel de ce secteur, le gouvernement mauritanien a adopté une « Stratégie de Gestion du Secteur des Pêches et de l’Aquaculture 2008-2012 » destinée à « assurer, dans le cadre d’une gestion durable des ressources halieutiques, l’optimisation des bénéfices socio-économiques tirés du secteur, en termes de recettes budgétaires, de revenus des opérateurs privés, d’emplois, de sécurité alimentaire et de réduction de la pauvreté »[2].

Or, les termes de la convention sur la pêche conclue par la Mauritanie avec la société chinoise Poly-Hondone Pelagic FisherY Co, reliée à la société POLY TECHNOLOGIES INC soupçonnée de faits de vente illégale d’armes chinoises à l’étranger (Annexe 2), s’éloignent « sensiblement » de cette stratégie. Signé le 7 juin 2010, ce contrat prévoit que, moyennant un simple investissement de 100 millions USD en nature via la construction et l’exploitation d’une usine de transformation de poisson à Nouadhibou, la société chinoise bénéficie d’un droit de pêche sur une durée de 25 ans dans des conditions fiscales et commerciales extrêmement avantageuses (Annexe 1).

Alors même que les stocks de poissons mauritaniens sont gravement menacés, aucune restriction aux modalités de pêche n’est prévue par cette convention. Ce droit de pêche illimité se traduit par un pillage des ressources halieutiques par la société chinoise, aggravé par un contexte général de captures illégales et non déclarées (Annexe 3). Cette surexploitation des ressources halieutiques a pour conséquence des atteintes irréversibles à l’environnement et à l’écosystème, caractérisant de facto un véritable « préjudice écologique ».[3]

Aucune obligation en termes de développement économique et social n’est non plus envisagée si ce n’est la création de 2 463 emplois destinés prioritairement au personnel mauritanien qualifié. Un engagement bien négligeable au regard des importantes pertes d’emploi chez les pêcheurs traditionnels : environ 13 000 emplois sont déjà concernés à ce jour.

Les termes de la convention avec la société chinoise sont d’autant plus surprenants qu’ils s’éloignent largement de ceux du nouveau protocole d’accord de partenariat sur la pêche (APP) et actuellement en cours de négociation avec l’UE depuis le 27 juillet 2012. La seule comparaison coût-durée des accords est éloquente : 4 millions USD d’investissement de la société chinoise par an sur 25 ans, contre 70 millions € par an sur 2 ans pour l’APP avec l’UE. A qui cette différence de traitement profite-t-elle ?

De nombreux parlementaires et organisations de la société civile locale s’étaient vainement opposés à l’approbation par le Parlement mauritanien de cette convention qui a finalement été adoptée le 6 juin 2011 dans un climat très controversé[1]. Le contrat est d’autant plus disproportionné qu’aucun investissement n’a été réalisé par la société chinoise et que ses obligations en terme d’emploi n’ont pas été respectées.

Cette disproportion se traduit en termes juridiques par une illicéité de la convention qui devrait pour cette raison être dénoncée sur le fondement de l’absence d’objet, de cause, ou la violation de l’ordre public mauritanien. La dénonciation de cette convention et sa renégociation à l’initiative de la Mauritanie est donc impérative et indispensable afin de préserver les intérêts des mauritaniens.

Par ailleurs, en juin 2013, le nouvel accord avec l’UE a été rejeté par la Commission de pêche du Parlement européen, notamment en raison des coûts trop élevés pour l’Union européenne (UE) et les armateurs, et devrait être examiné, en séance plénière, par le Parlement, le 8 octobre 2013. Lors de leur réunion des 19 et 20 février derniers, l’UE avait aussi réitéré « la nécessité de recevoir (…) les informations demandées sur l’utilisation du reliquat » des fonds apportés « de 25 millions d’euros » et « de disposer de ces informations avant d’envisager le déclenchement du nouvel appui financier »[2]. Ce rappel fait par l’UE à la Mauritanie quant à la traçabilité de l’appui financier européen était prévisible au regard des risques élevés de corruption en Mauritanie mais demeure insuffisant[3].

L’UE, promoteur des « mesures destinées à garantir la prospérité et le caractère durable du secteur » de la pêche, devrait donc à la fois dénoncer les agissements de pêche illicite par des sociétés étrangères en accord avec la Mauritanie[4], et négocier prochainement le nouveau protocole d’accord de façon à favoriser une meilleure transparence de ses investissements dans ce pays et garantir l’intérêt des mauritaniens. A défaut l’accord avec l’UE ne sera guère plus crédible que celui conclu avec la Chine.

Nous appelons donc le gouvernement Mauritanien à dénoncer la convention de pêche conclue avec la société POLY-HONDONE PELAGIC FISHERY CO et nous demandons à l’Union européenne de prendre toutes les dispositions nécessaires pour empêcher que l’argent public européen ne soit utilisé à des fins contraires aux principes qui gouvernent son action en faveur des pays en développement.

Cliquer Cridem pour accéder au rapport de Sherpa

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Pour télécharger ce numéro de décembre 2011 d'Agri Infos, cliquer sur l'image
 
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Le 14 décembre 2011

 
Le Parlement s'est prononcé, mercredi, contre la proposition de prorogation de l'accord de pêche controversé entre l'Union européenne et le Maroc, et a appelé la Commission à négocier un nouvel accord qui soit plus avantageux d'un point de vue économique et environnemental, et prenne en compte les intérêts de la population sahraouie. Le protocole actuel, qui a été appliqué à titre provisoire depuis le 28 février 2011, prend fin dès à présent.

Les députés ont voté contre la recommandation de la commission de la pêche, en soutenant le rapport original de Carl Haglund (ADLE, FI) qui appelait le Parlement à ne pas prolonger les dispositions actuelles, principalement pour des raisons économiques, écologiques et juridiques. Le Parlement a donc rejeté la prorogation du protocole contesté par 296 voix pour, 326 voix contre, et 58 abstentions.

"Le rejet de cette prorogation ne doit pas être considéré comme un geste hostile envers nos partenaires, mais devrait être vu comme une prise de conscience sérieuse sur une question cruciale", a déclaré M. Haglund lors du débat précédant le vote, soulignant qu'il était en faveur d'un nouvel accord avec le Maroc, mais de meilleure qualité. "Il ne fait aucun doute que c'est ce que nous souhaitons tous", a-t-il ajouté.

M. Haglund avait expliqué que prolonger le protocole actuel d'une année était inacceptable dans les conditions proposées par la Commission européenne, en raison du faible rapport coût-bénéfice pour l'Union européenne, de l'exploitation excessive des espèces démersales, de la contribution très limitée des fonds européens au développement de la politique de pêche locale, et du manque de preuves en termes d'avantages, tirés des fonds européens, pour la population locale du Sahara occidental.

Le nouveau protocole doit être plus durable

Dans une résolution distincte, les députés ont souligné qu'un nouveau protocole devrait être durable sur les plans économique, écologique et social, et être avantageux pour les deux parties.

À l'avenir, la distribution des possibilités de pêche devrait se baser sur des avis scientifiques, et les navires de l'Union européenne devraient uniquement être autorisés à pêcher des stocks en excédent. Le soutien financier alloué au développement de la pêche locale devrait être utilisé correctement et de manière plus efficace, alors que le contrôle de la distribution de ces fonds devrait être renforcé.

Les députés ont également appelé la Commission à garantir que le nouveau protocole respecte pleinement les lois internationales et soit avantageux pour toutes les populations concernées, en particulier le peuple sahraoui.

La résolution a été approuvée par 544 voix pour, 123 voix contre et 33 abstentions.

Prochaines étapes
Le protocole rejeté, qui avait été appliqué à titre provisoire depuis le 28 février 2011, prend fin dès à présent. Le Parlement attend de la Commission qu'elle avance les négociations sur un nouveau protocole en vue d'éviter à l'avenir toute application provisoire de celui-ci.
Procédure : consentement et résolution non législative
REF. : 20111213IPR34070

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Alors que les Etats avaient reconduit, en juillet dernier, l’accord de pêche liant le Maroc à l’UE, les députés européens en ont décidé autrement. Ce mercredi, le vote au Parlement de l’Union a donc bloqué cet accord par 326 voix contre, 296 voix pour sa prorogation. La raison? Le “manque de retombées économiques sur les populations sahraouies”, ce qui est en contradiction avec le communiqué du Conseil de l'UE daté du 12 juillet 2011 qui soutient exactement le contraire.

Une semaine après que la Commissaire européenne pour les Affaires maritimes et la pêche, Maria Damanaki a reçu le co-président de la Commission maroco-espagnole des professionnels de la pêche, Omar Akouri qui avait souligné la détermination des “armateurs des deux pays à défendre le renouvellement de l'accord de pêche Maroc-UE portant sur l'ensemble des eaux territoriales nationales”, les eurodéputés ont voté contre ce renouvellement, a rapporté l'Agence France Presse (AFP).

“Les députés européens ont bloqué mercredi la prorogation d'un accord de pêche entre l'Union européenne et le Maroc, en demandant notamment que les intérêts de la population sahraouie soient mieux pris en compte. En conséquence, le texte actuel qui permet à la flotte européenne de pêcher dans les eaux du Sahara, prend fin immédiatement. La Commission européenne va devoir renégocier.” (AFP)

Le rapporteur du texte, l'élu libéral finlandais Carl Haglund, cité par l’agence française de presse, a dénoncé un “faible rapport coût-bénéfice pour l'Union européenne, une exploitation excessive des réserves de pêche du Maroc, une contribution très limitée des fonds européens au développement de la politique de pêche locale et le peu d'avantages probants apportés par l'accord à la population locale du Sahara”.

“Consterné”

Ce verdict des eurodéputés, qui prend à contre-pied les Etats européens, est loin de faire l’unanimité au sein du perchoir européen basé à Bruxelles. S’exprimant à l’issue du vote, l'élu français dont les propos ont été rapportés par l’AFP, le conservateur Alain Cadec, vice-président de la commission de la pêche au Parlement et dont la famille politique soutenait le projet d'accord, s'est dit “consterné”.

“C'est un signal très négatif que nous donnons au Maroc en plein printemps arabe. Le Parlement a rejeté un accord déjà en vigueur qui expirait en février 2012, c'est insensé.” Alain Cadec, Vice-Président de la Commission de la pêche au parlement européen

Le député a dit redouter un abandon total des accords de partenariat avec le Maroc.

En contradiction avec les Etats et le Conseil de l’UE

Le 12 juillet 20011, les 27 États de l'UE avaient reconduit pour une année le protocole d'accord sur la pêche qui la lie au Maroc qui profite à quelque 120 navires de pêche européens, même si certains avaient émis quelques réserves et s’étaient demandé si les populations des provinces du sud avaient bénéficié des 144 millions d'euros déjà versés au Maroc en contrepartie de droits de pêche.

Cependant, un communiqué de presse du Conseil de l'UE, daté du 12 juillet 2011, avait souligné que les documents remis par le Maroc indiquent que “les populations de cette région ont bénéficié de l'accord”.

“En ce qui concerne le protocole venu à expiration, les autorités marocaines ont transmis les informations utiles à la Commission en décembre 2010, d'où il ressort que les populations de cette région ont bénéficié de l'accord.”....

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Le 16 décembre 2011

Blocage de l'accord de pêche. Les pêcheurs marocains jubilent…

La décision du Parlement européen, mercredi 14 décembre, de ne pas prolonger l'accord de pêche avec le Maroc en a surpris plus d'un...

En premier lieu, les autorités marocaines et espagnoles dont les réactions ont été à la hauteur de la surprise : Expulsion sur le champ des bateaux européens, exigence d’une compensation financière de 30 millions d’euros pour le manque à gagner des bateaux espagnols…

En second lieu, les pêcheurs marocains qui du jour au lendemain n’ont plus dans leurs zones de pêche cette flottille étrangère concurrente…

« .... les professionnels marocains jubilent et se disent «débarrassés d’une concurrence qui les gênait aussi bien au niveau des prises que sur les marchés de commercialisation du poisson frais». A leurs yeux, la décision du Parlement européen ne ferait que restaurer le pays dans ses ambitions légitimes. Le départ de la flotte européenne ne règle pas les problèmes. Il faudra enfin concrétiser une véritable réforme dans ce secteur et en finir avec les combines qui le gangrènent. L’enjeu se trouve à ce niveau. Le plan Halieutis, censé accélérer la valorisation à terre de la ressource halieutique, est pour l’instant au point mort.

Chez les industriels, la «fête» se fait dans la retenue. Selon Mohamed El Jamali, industriel de la conserve de poissons, «le retrait de la flotte européenne va diminuer la pression sur la ressource, mais aura un impact fort négatif sur les pêcheurs espagnols». Reste le manque à gagner pour l’effort de développement du secteur. Pour rappel, le dernier protocole, qui a expiré le 27 février 2011, a apporté une contribution financière de 36,1 millions d’euros par an… »

Probablement un manque à gagner pour ceux qui se servaient avant que cette somme n’aille comme prévu dans le protocole de l’accord de pêche « dans des actions de développement du secteur, notamment les infrastructures tels les ports, les halles aux poissons, les villages des pêcheurs et la lutte contre la pêche illicite non réglementée et non déclarée… »


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Le 29 décembre 2011 : Annulation de l'accord de pêche (suite)

Depuis l'annulation de l'accord de pêche Maroc/UE, les langues se délient parmi les représentants de la pêche marocaine qui voient des opportunités de développement des pêcheries locales....

Pendant ce temps, les responsables espagnols préparent une stratégie pour reprendre pied dans les eaux marocaines déjà surexploitées avec la diminution des débarquements de petits pélagiques et l'augmentation des cours du poisson au grand dam des populations marocaines...

Pendant ce temps, des analystes analysent sans tenir compte de l'avis des acteurs principaux que sont les pêcheurs marocains et les communautés villageoises côtières....


La Fédération des pêches maritimes (FPM) monte au créneau. Non loin d’être attristée du non renouvellement de l’accord de pêche Maroc-UE le 14 décembre dernier, elle avoue que la décision lui convient tout à fait. «De tous temps, nous avons été contre cet accord que nous n’acceptions finalement que par patriotisme. Nous le subissions», s’exprime ainsi Hassan Oukacha, président de la FPM, qui regroupe les chambres de pêche maritimes et leur fédération, la Confédération nationale de la pêche côtière, l’Association de la pêche hauturière et les associations de la pêche côtière et artisanale, et par ailleurs membre de la CGEM. «Nous étions habitués à ce que notre avis soit pris en compte. Cependant, Aziz Akhannouch avait décidé de faire cavalier seul. Il ne nous a jamais demandé notre avis», insiste Oukacha.

En attendant la semaine prochaine

Aujourd’hui, le non renouvellement semble être une aubaine pour les professionnels. «Le rendement des bateaux marocains va augmenter» s’enthousiasme Oukacha. «En l’état actuel des choses, il n’y a pas lieu de renégocier cet accord. Toutefois, si renouvellement il y a, ce nouvel accord devra se baser sur d’autres termes. Notre principale demande est qu’il y ait plus d’investissement sur terre et sur mer. L’objectif recherché est de valoriser les ressources pêchées par les bateaux européens au Maroc», explique Oukacha. D’une part, cela permettrait de faire vivre l’économie de la pêche et, d’autre part, de contrôler ce que pêchent les 115 bateaux européens présents dans l’espace maritime marocain, en vertu de cet accord. Une réunion avec Mohamed Horani, président de la CGEM, se tiendra la semaine prochaine pour discuter des suites du dossier.

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Madrid – La Commission maroco-espagnole des professionnels de la pêche tiendra une réunion, le 11 janvier prochain à Barbate (Cadix-Sud de l’Espagne), a indiqué, mercredi, le vice-président de la Confédération espagnole de la pêche (Cepesca), Javier Garat.

L’objectif de cette réunion est de « fixer la feuille de route que suivront les professionnels de la pêche des deux pays dans l’avenir , notamment après le rejet dernièrement par le Parlement européen (PE) de la prorogation de l’accord de pêche entre le Maroc et l’Union européenne (UE), a-t-il ajouté dans des déclarations à l’agence Europa Press.

M. Garat a souligné que la Commission maroco-espagnole des professionnels de la pêche a pour objet de mettre en valeur et consolider les relations de coopération entre les deux parties.

Le vice-président de Cepesca a fait ces déclarations à l’issue d’une réunion avec les représentants des professionnels de la pêche à Barbate, axée sur l’examen des conséquences de la non prorogation de l’accord de pêche Maroc-UE sur les pêcheurs de la région.

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Les poissons désertent les assiettes des ménages à faibles revenus

Les prix des poissons s’envolent de nouveau. Ils ont presque quadruplé en moins de quelques semaines. Ils sont devenus presque inabordables, la sardine s’arrogeant même le qualificatif et la tarification des produits de luxe. En effet et jusqu’au 27 décembre, au marché de gros de la capitale économique, une caisse de 20 kg de sardines coûtait 250DH contre 50 DH auparavant, celle de maquereaux s’écoulait à 180 DH contre 50 DH, celle des anchois 200 DH contre 50 DH et celle de crevettes 500 DH contre 200 DH.

Quant à la caisse de pageot, elle a été cédée à 180 DH contre 80 DH auparavant, les anguilles l’ont été à 300 DH contre 80 DH, la raie à 350 DH contre 150 DH auparavant, la bonite à 200 DH contre 80 DH auparavant et le mulet à 170 DH contre 80 auparavant.

La cause ? Certainement pas la non-reconduction de l’accord de pêche Maroc-UE, mais le mauvais temps qui a poussé, selon certaines sources, plusieurs raïs à renoncer à lever l'ancre. Mais pour d’autres, c’est la rareté du poisson qui s'impose comme une pénible évidence conjuguée au phénomène de la spéculation et des intermédiaires….

Concernant la hausse des prix des sardines, il nous a souligné que cette augmentation trouve son explication dans le fait que l’offre est quasi inexistante dans les deux marchés les plus importants, à savoir celui de Laâyoune et de Tan Tan. « Les sardines commercialisées aujourd’hui au marché des poissons de Casablanca proviennent en grande partie des petits bateaux qui pêchent près des côtes entre El Jadida et Rabat », nous a-t-il précisé. Pourtant, quelles que soient les explications, il reste évident que les milliers de kilomètres du littoral marocain seraient de moins en moins poissonneux.

Ainsi, et selon une note publiée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère de l’Economie et des Finances, le volume des débarquements de la pêche côtière et artisanale a atteint, au titre des dix premiers mois de l’année 2011, 739.257 tonnes, soit un recul de 22,7% par rapport à fin octobre 2010.

Cette évolution est attribuable particulièrement, selon la DEPF, au repli de 25,3% des débarquements des poissons pélagiques, en lien avec la baisse des débarquements de la sardine de 43,4%.

La valeur du total des débarquements a affiché une baisse de la valeur des débarquements des poissons pélagiques de 15,1%, bien que leur prix moyen ait marqué un accroissement de 13,8%. La valeur des débarquements du poisson blanc a légèrement progressé de 1,5% et celle des crustacés a augmenté de 27% et ce, en dépit de la baisse de leur prix moyen de 33,5%.

Par ailleurs, la valeur des exportations des produits de la mer s’est établie à 9,8 milliards de dirhams au titre de la même période, en repli de 13,5% en glissement annuel, en rapport notamment avec la baisse de la valeur des exportations des poissons en conserve de 19,2% ; la valeur des exportations des crustacés, mollusques et coquillages ayant affiché une quasi-stagnation (+0,7%).

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Le 15 décembre dernier le parlement européen a rejeté la prorogation du protocole de pêche avec le Maroc (36 millions d'euros annuels en compensation des prises européennes en eaux marocaines). La décision européenne a été motivée, a précisé le rapporteur finlandais Carl Haglund, par trois raisons : D'abord, économique car le Maroc semble mieux profiter financièrement que l'Union européenne (UE) ; ensuite, écologique au regard de la surexploitation des espèces ; et enfin social, puisque jusqu'à présent, la population locale du Sahara semble peu profiter des retombées financières de l'accord. S'agit-il des vraies raisons ?

Des prétextes plutôt que des arguments

Si l'on peut comprendre que l'UE, étranglée par une crise d'endettement, racle les fonds de tiroir, lorgner sur l'enveloppe de 36 millions est loin de résoudre tous ses problèmes. D'autant plus que si elle doit répondre à la demande de réparation formulée par l'Espagne, principale lésée dans cette histoire, elle devrait débourser 30 millions d'euros pour la dédommager des deux mois d'inactivité de ses pêcheurs. Alors que le Maroc perçoit à peine un peu plus pour une exploitation durant 12 mois. S'il y a vraiment une partie qui doit se plaindre d'un rapport couts-bénéfices désavantageux c'est bien le Maroc. En versant 36 millions d'euros en contrepartie de la capture de 700000 tonnes, l'UE s'assure le poisson à un coût de revient moyen (toutes variétés confondues) de 0.5 cents d'euros, une aubaine pour le consommateur européen qui paye en moyenne son poisson moins cher que son homologue marocain.

Quand les députés européens ayant voté contre l'accord parlaient de surexploitation des ressources halieutiques, ils oublient qu'ils étaient déjà devancés par tous les gouvernements marocains et ce depuis 1995 quand ils refusaient de prolonger le protocole avec l'UE afin de dénoncer la surexploitation par les pêcheurs européens de ces stocks halieutiques. Mais sous la pression des européens le Maroc finissait toujours par céder.

Concernant la population locale sahraouie qui ne semble pas bien profiter financièrement de l'accord, faut-il rappeler ici que l'Allemagne qui avait exprimé des réserves auparavant, à cause de ce point, les avait levées après de premières informations données par le Maroc selon lesquelles plus de 700 millions de dirhams ont été affectés à des extensions et des rénovations des ports de Boujdour (comme le montre la photo google ci-dessus !!!) et Dakhla. Et puis il a été convenu que le Maroc produise justement un rapport d'ici fin février pour mettre en évidence les retombées de l'accord sur la population locale. Pourquoi donc les députés ont précipité la suspension de l'accord deux mois avant la remise du rapport ?
Un vote politisé...

Photographie de Philippe Favrelière : Port de pêche d'Essaouira au Maroc

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La Corruption et la Pêche Industrielle en Afrique

André Standing (2008)

Bergen: Chr. Michelsen Institute (U4 Issue 2008:9) 33 p.

English version: Corruption and Industrial Fishing in Africa

Les ressources marines d’Afrique sont en grande demande et prennent de l’importance dans le domaine géopolitique. La concurrence entre les nations de pêches principales pour l’accès et le contrôle sur les ressources marines est jointe par la concurrence entre les communautés locales et les flottes étrangères industrialisées. Dans ce contexte, il y a plusieurs motivations qui encouragent l’existence même d’une gamme d’activités illégales contre lesquelles les nations africaines ne peuvent que très faiblement réagir. L’auteur décrit les domaines clefs de soucis liés à la corruption et à l’exploitation des ressources marines dans les pays africains par des flottes étrangères. Les politiques de réformes qui pourraient réduire les motivations et les occasions pour la corruption d’exister dans la gestion de pêche sont aussi discutées.

Introduction

Les ressources primaires d’Afrique prennent de l’importance dans le domaine géopolitique. Une explosion globale de produits des industries extractives a engendré des exportations sans précédent de pétrole, du gaz et de plusieurs autres minerais du continent. Cette explosion a en partie été créée par la croissance des pays nouvellement industrialisés tels que L’Inde et La Chine, aussi bien que des entreprises de ces pays qui sont de plus en plus en concurrence avec des sociétés occidentales en ce qu’il s’agit des droits d’exploration et d’exploitation minière. Ce processus a été décrit avec inquiétude comme la ‘Nouvelle ruée vers l'Afrique‘.

En théorie, les Africains devraient bénéficier de cette demande accrue et de la concurrence pour les ressources. Pourtant, il est maintenant largement reconnu que, non seulement, de nombreux pays africains n’ont pas su en bénéficier autant qu'ils devraient en avoir; mais paradoxalement, ceux qui vivent dans les pays qui sont fortement tributaires de l'exportation de produits de base, semblent souffrir, par la suite, des conséquences économiques, sociales et politiques négatives. Des études empiriques ont associé la dépendance des ressources avec la prévalence de la guerre civile, la faible croissance économique, la polarisation des revenus et l'élargissement des inégalités entre les sexes. La cause précise de cette malédiction des ressources» reste contestée, mais de plus en plus, les intellectuels et les organismes internationaux de développement voient la corruption comme en étant l'un des principaux facteurs. Des Chefs d’États de nombreux pays riches en ressources ont détourné des sommes considérables de revenus publiques, alors que pots-de-vin et commissions entre les gouvernements africains et les sociétés étrangères ont abouti à des abus de droits écologiques et humains. En fait, plusieurs études affirment que plus les pays en voie de développement dépendent des produits de base pour la création de richesses, plus s’empirent leurs niveaux de gouvernance et de corruption. C’est pour ces raisons que lutter contre la corruption et améliorer la transparence aussi bien que la responsabilité sont désormais considérés comme l'un des principaux objectifs de la politique des pays riches en ressources en Afrique. Ceci explique l’émergence de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (EITI) qui fournit un cabinet d’audit indépendant et un service amélioré d’information publique en ce qu’il s’agit du flux des recettes.

De plus en plus, les soucis concernant la corruption dans les industries extractives ainsi que dans le commerce international du bois, mènent également vers un plus grand intérêt dans la gouvernance des pêches dans les pays en voie de développement. Cependant, la corruption dans le domaine de la pêche n'a pas reçu la même attention qu'elle a eue dans d'autres secteurs de ressources. Dans une certaine mesure, la situation évolue, comme sera décrit plus tard, mais la recherche et des publications sur la corruption dans la pêche sont rares, et à ce jour il est difficile de trouver des exemples clairs de politiques spécifiques d’anti-corruption appliquées au domaine de gouvernance de pêche et des ressources marines. Néanmoins, un bref aperçu du contexte de la pêche commerciale en Afrique cherche à imposer l'importance critique de la responsabilité et de la bonne gouvernance dans ce secteur.

Source : CMI

Pour télécharger le rapport, cliquer Ici

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Le 14 mars 2013

« La pêche artisanale est le modèle d’avenir en Afrique »

Béatrice Gorez, coordinatrice de la Coalition pour des accords de pêche équitables (Cape) : « La pêche artisanale est le modèle d’avenir en Afrique »

Source : Le Soleil

Les assises annuelles de programmation des activités de la Coalition  pour des accords de pêche équitables (Cape) ont réuni, du 19 au 22 février, à Bruxelles, les différents partenaires de l’organisation, notamment la confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Coapa) et le réseau des journalistes pour une pêche artisanale responsable en Afrique de l’Ouest (Rejoprao).  La rencontre a été marquée, cette année, par la présentation du nouveau site de type wikipedia pour servir de base d’informations susceptibles de contribuer à l’amélioration de la transparence dans le secteur de la pêche. Le site Transparent Sea se veut une plateforme d’informations au service de la pêche et particulièrement des communautés de pêcheurs africains. La coordinatrice de la Cape, Mme Béatrice Gorez, évoque  les enjeux du secteur et les perspectives pour une pêche responsable et durable en Afrique.

Quels sont les enjeux de cette rencontre axée sur la pêche artisanale et comment voyez– vous aujourd’hui le secteur ?
C’est une rencontre de programmation de nos activités pour les trois prochaines années et nous avons voulu associer nos partenaires notamment la confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (Coapa) et le réseau des journalistes pour une pêche responsable en Afrique (Rejoprao). Nous avons fait cette rencontre de programmation parce que nous voyons que les enjeux, vu d’Europe mais aussi d’Afrique, évoluent beaucoup, donc il était important de réfléchir sur ces enjeux et de voir en quoi cela va changer.  Par rapport à nos activités, nous sommes pour des accords de pêche équitables mais nous voyons aujourd’hui que ces accords deviennent de plus en plus marginaux. Ce qu’on voit se développer, ce sont surtout des multinationales qui se cachent derrière des sociétés mixtes pour  pavillonner leurs bateaux dans des pays comme le Sénégal, la Mauritanie, etc. Les accords de pêche avec les pays de l’Union européenne ne sont que la face visible de l’iceberg mais en dessous, il y a autre chose qui n’a rien à voir avec  les accords de pêche et qui n’est pas aussi transparent quelque part. On a le cas de ces sociétés mixtes qui manquent de transparence mais aussi celui des bateaux espagnols, français, asiatiques qui prennent le pavillon des pays côtiers ouest-africains et on ne sait pas trop bien ce qu’ils font parce qu’ils n’embarquent pas d’observateurs. Tout cela est donc une zone grise où il n’y a pas beaucoup d’informations. De ce fait, une chose importante qu’on a  essayé de voir, c’est comment améliorer la transparence dans le secteur de la pêche en Afrique.  C’est pour cela que nous avons essayé de développer un système de type Wikipedia qui va rassembler toutes les informations qui existent sur les conditions d’accès dans les différentes pêcheries, sur les licences,  sur les accords de pêche, pour les mettre à la disposition du grand public. Le site sera une plateforme d’informations au service de la pêche et des communautés de pêcheurs en Afrique particulièrement.
Notre ambition est d’accompagner les communautés de pêcheurs, les aider à mieux comprendre les enjeux actuels de la pêche particulièrement. 

La réforme de la politique commune de  pêche continue encore de susciter d’intenses débats, pouvez-vous nous faire le point de la situation ?
C’est un processus qui a été très long. On a commencé en 2009 par un livre vert qui a été publié par la Commission européenne et, à cette époque déjà, nous avions mobilisé les organisations ouest-africaines pour donner leur avis.  A cette époque, je crois que c’était le seul groupe hors Union européenne qui a donné son avis sur la politique européenne de la pêche. Ce qui est très pertinent parce que même si l’Afrique de l’Ouest ne fait pas partie de l’Europe, elle reçoit les impacts de la politique européenne de la pêche. Notamment par les flottes qui sont actives dans ou en dehors des accords de pêche.
En conséquence, il est très important que des gens qui sont victimes de cela puissent donner leur avis. Ils ont donc donné leur avis en 2009 et depuis lors, il y a eu des propositions qui ont été faites et qui sont passées au Parlement et au Conseil. Toutefois, la décision continue à se prendre. C’est un processus très long et très complexe mais ce qui est important aujourd’hui c’est que le Parlement européen vient de donner son opinion par rapport à la future politique commune de la pêche qui, dans les grandes lignes, soutient ce pourquoi nous et le partenaire ouest-africain avons plaidé, depuis le départ.

Vous êtes donc en phase avec la nouvelle politique ?
On est en phase avec la décision du Parlement européen. Malheureusement, cette décision n’est pas finalisée et elle doit maintenant retourner auprès des Etats membres de l’Union européenne qui vont donner leur décision. On sait qu’au niveau des Etats membres de l’Union européenne, nous avons beaucoup moins d’écoute car, ils écoutent, avant tout, les acteurs de la  pêche industrielle.
Evidemment, le résultat risque d’être plus décevant pour nous que ce qu’a donné le Parlement européen.

Au menu de la dernière réunion de la Commission de la pêche, il y a eu le vote sur l’Accord entre l’Union européenne et la Mauritanie. Le cas échéant, cet accord ne risque-t-il pas d’avoir un effet boule de neige dans les pays voisins ?
L’accord en question n’est toujours pas signé.  C’est aussi un processus très long et donc on se bat beaucoup avec nos partenaires mauritaniens, les acteurs de la pêche artisanale et les Ongs pour que ce soit vraiment un accord qui assure la durabilité et l’équité.
Pour nous, l’élément essentiel de cet accord, par rapport à cela, c’est que, s’il est voté, il sera  le premier accord de non accès. C'est-à-dire, c’est un cadre qui empêcherait les bateaux européens d’avoir accès aux ressources et aux zones de pêche qui sont importantes pour la pêche artisanale mauritanienne. Je crois que si l’on arrive à cela, ce sera vraiment un tournant dans la politique de pêche parce que ce sera la première fois qu’un accord de pêche reconnaisse et respecte les besoins de la pêche artisanale locale.

Quelles sont, aujourd’hui, vos perspectives, particulièrement pour la zone ouest-africaine ?
Nous avons passé trois jours à discuter et parmi les grands axes qui se dégagent, il y a d’abord la transparence. Tout le monde a reconnu qu’il y a un manque de transparence tant au niveau des acteurs de la pêche industrielle que de la pêche artisanale. Mais aussi au niveau des gouvernements qui, par exemple, ne publient pas leur liste de bateaux sous licence et ne publient pas toujours non plus de données sur leur budget et sur la façon dont l’argent des accords de la pêche est dépensé. Il y a vraiment beaucoup d’endroits où il y a de l’opacité. On a beaucoup soulevé, par exemple au niveau du Sénégal, la question des sociétés mixtes qui agissent dans la plus grande opacité.
On a rappelé aussi qu’il y avait eu des octrois de licences de manière illégale à des chalutiers russes alors que cela n’est pas prévu par la loi. Il y a vraiment eu beaucoup d’exemples qui ont été donnés et qui ont montré que la transparence est vraiment une clé pour la participation des communautés côtières et des citoyens simplement.

La pêche artisanale se sent menacée par la pêche industrielle, est-ce votre avis ?
Je crois que la pêche artisanale a plus d’atouts par rapport à la pêche industrielle. Plusieurs personnes ont reconnu ici que, dans plusieurs pays africains, sans subventions et sans accords d’accès qui l’impose, la pêche industrielle est en train de mourir. Sid ‘Ahmed Ould Abeid de la Mauritanie a dit que chez lui, la pêche artisanale côtière est  en train de se développer et elle est très dynamique. Il a dit que la pêche industrielle, en Mauritanie, est en train de mourir.  Je crois qu’au niveau du Sénégal, si l’on regarde les débarquements et les exportations, le dynamisme ne vient pas de la pêche industrielle mais de la pêche artisanale. Cela montre qu’il y a une opportunité aujourd’hui pour la pêche artisanale, si elle est soutenue convenablement, de devenir le modèle de pêche dynamique en Afrique. Et pour cela, il y a des outils qui existent au niveau de la Fao par exemple, la négociation de lignes directrices d’appui à la pêche artisanale. Cela peut servir à accompagner la pêche artisanale pour qu’elle devienne le modèle préférentiel, c'est-à-dire le modèle de développement de la pêche  en Afrique. Il faut se rappeler que la pêche industrielle, en Afrique, c’est une pêche d’importation. Aucun chalutier n’a jamais été construit en Afrique comme étant quelque chose de local. Ce sont tous des bateaux qui ont été importés d’Europe, de Chine, de Corée mais ce n’est pas une pêche locale. Si l’on ne la subventionne plus parce que,  par exemple, dans le cas des accords de pêche, elle était très subventionnée mais si l’on arrête cela et qu’on arrête aussi de lui attribuer des licences par des moyens corrompus, illicites, opaques ; si elle doit être gérée au grand jour comme tout secteur avec des coûts et des bénéfices normaux dans beaucoup de cas, elle ne peut pas s’adapter. Je crois qu’on est à un tournant et que si l’on peut l’accompagner, la pêche artisanale sera le modèle d’avenir mais ce ne sera pas la pêche industrielle.
La pêche artisanale ne doit plus se sentir menacée par la pêche industrielle. C’est tout à fait le contraire.

Aujourd’hui, quel doit être la position des Etats africains  par rapport à cela ?
Moi, je crois qu’ils doivent réfléchir à leur intérêt dans le long terme qui n’est pas d’avoir des bateaux qui sont chers à maintenir et qui font des bêtises parce qu’ils ne peuvent pas être rentables s’ils ne viennent pas pêcher à deux miles de la côte ou qui se permettent d’ignorer la loi.  Je crois que ce n’est pas ça leur intérêt à long terme. Mais il s’agira plutôt d’accompagner la pêche artisanale, d’essayer de  mieux la servir. Il faut lui fournir des infrastructures nécessaires, lui fournir un appui correct surtout en services de base pour qu’elle puisse se développer correctement. Le souhait de la pêche mondiale, c’est qu’on arrive à un modèle de pêche qui soit durable aussi bien au niveau social qu’environnemental. Et pour moi, ce modèle là, dans la majeure partie des cas, que ce soit en Afrique ou en Europe, est la pêche artisanale.

Croyez-vous à la capacité de la pêche artisanale d’assurer la sécurité alimentaire ?
C’est évident, par exemple, au niveau des petits pélagiques en Afrique de l’Ouest, la pêche artisanale est le vecteur qui permet une meilleure sécurité alimentaire aussi bien pour les hommes que les femmes. Parce que ce sont les hommes qui pêchent mais ce sont les femmes qui recueillent le poisson, le transforment et le mettent sur le marché.

Propos recueillis par notre envoyé spécial à Bruxelles, Adama Mbodj

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L’accaparement des mers, un nouveau danger pour l’Afrique 


Accords d’accès déséquilibrés, prises non signalées, incursions en eaux protégées, détournement des ressources au détriment des populations locales, l’accaparement des mers – dans ses différentes formes – constitue la deuxième plus grande menace à la sécurité alimentaire de l’Afrique après l’accaparement des terres arables.

Depuis plusieurs années, Africa Diligence attire l’attention des décideurs et de l’opinion publique sur les dangers de l’accaparement des terres arables en Afrique. Le 30 octobre 2012, c’était au tour d’Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, de mettre en garde contre la menace que l’accaparement des mers fait planer sur la sécurité alimentaire. Un nouveau front de combat pour l’Afrique.

L’accaparement des mers est une menace aussi grave que l’accaparement des terres, estime le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, De Schutter, qui interpelle les autorités des pays du monde à revisiter de manière urgente les Accords de licence et d’accès (ALA) qui régissent leurs activités. «Sans une action rapide pour sauver les eaux de pratiques intenables, les pêches ne pourront plus jouer leur rôle capital dans la garantie du droit à l’alimentation de millions de personnes», a annoncé l’expert avant de remarquer que «les systèmes agricoles étant soumis à une pression croissante, bon nombre de personnes se tournent aujourd’hui vers les rivières, les lacs et les océans pour se procurer une part grandissante de nos protéines alimentaires».

Ces pratiques de l’accaparement des mers sous la forme d’accords d’accès déséquilibrés qui prennent de l’ampleur, nuisent aux pêcheurs artisanaux. Constitués de prises non signalées, d’incursions en eaux protégées et de détournement des ressources au détriment des populations locales, elles peuvent s’avérer une menace aussi sérieuse que celle des terres car elles favorisent la diminution de l’offre de poisson par habitant dans les pays pauvres et en premier lieu, en Afrique.

«La consommation de poisson en Afrique a beau être la plus faible en quantité par habitant (9 kg contre une trentaine de kilos dans les pays industrialisés), elle constitue, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la moitié des apports en protéine, un record. Mauvaise nouvelle, l’offre de produits de la mer par habitant a baissé en Afrique. C’est le seul continent touché pour l’heure, mais les îles du Pacifique pourraient bientôt lui emboîter le pas», souligne le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, relayé par Claire Fages dans son émission «Chronique des matières premières» sur RFI.

«Les ressources locales de poisson échappent de plus en plus à la pêche traditionnelle, elles sont accaparées par les flottes industrielles lointaines, dont la capacité serait déjà deux fois supérieure à la limite d’une exploitation viable des océans… Ces chalutiers géants, qui emploient 500 000 personnes dans le monde, capturent à présent autant de poisson que les 12 millions de pêcheurs artisanaux de la planète, soit 30 millions de tonnes, et avec une consommation de mazout quatre fois plus importante», précise Olivier De Schutter.

«Les pays exportateurs devraient, selon le rapporteur de l’ONU, au nom du devoir alimentaire et de l’emploi, assurer la pérennité la pêche traditionnelle, même s’ils vendent des licences de pêche à l’étranger. Et ils doivent veiller à ce que les retombées financières de ces accords soient suffisantes et profitent à leur population. La Guinée-Bissau, par exemple, reçoit 2% de la valeur finale des prises. Le Mozambique, lui, vend ses crevettes à l’étranger, pour importer des poissons plus bas de gamme de Namibie ou d’Afrique du Sud pour sa population, mais les termes de l’échange se sont dégradés»....Suite Africa Diligence
  
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Le 31 janvier 2014

La fraude fiscale dans le secteur de la pêche

Un nouveau rapport de l’OCDE intitulé « Evading the net: Tax crime in the fisheries sector » (Entre les mailles du filet : la fraude fiscale dans le secteur de la pêche) a été publié en novembre dernier. Il confirme que l’analyse des délits commis dans le secteur de la pêche commence traditionnellement avec le problème de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Cependant, « l’on déplore une activité criminelle plus générale due aux mêmes vulnérabilités qui permettent à la pêche INN de se produire – une gouvernance et une application des règlements déficientes dans certains pays où les navires de pêche sont enregistrés ; la difficulté à identifier les véritables propriétaires des entreprises de pêche et des navires, et des problèmes logistiques pour surveiller les activités des navires en mer ».

Source : Agritrade

Le rapport se penche sur l’impact que la fraude fiscale peut avoir sur la capacité des pays à percevoir des recettes publiques grâce au secteur de la pêche. Le rapport insiste sur le fait qu’il conviendrait d’enquêter sur l’ensemble de la filière de la pêche pour détecter et combattre les délits fiscaux, puisque « bon nombre des documents que les régulateurs et les autorités d’application de la loi exigent des participants dans la filière horizontale peuvent également être importants pour l’administration fiscale. Cependant, dans de nombreux cas, les contrôleurs fiscaux ne sont pas conscients de l’existence de ces informations précieuses ».

Le rapport examine les différents types de délits fiscaux que les pays ont identifiés comme étant liés au secteur de la pêche, notamment la fraude douanière, les fausses déclarations concernant l’origine, le volume ou la catégorisation des captures. Le rapport souligne que « l’effet de cette perte fiscale sur les pays en développement peut être particulièrement important, en ayant un impact sur les efforts visant à promouvoir la sécurité alimentaire, réduire la pauvreté et financer le développement à long terme ».

Le rapport passe également en revue des aspects du secteur de la pêche qui le rendent vulnérable, non seulement à la fraude fiscale mais aussi à la pêche INN. En particulier le manque de transparence et la difficulté à obtenir des informations sur les véritables propriétaires constituent un problème, et résultent de la prévalence des entreprises offshore et de la pratique consistant à enregistrer les navires sous des pavillons de convenance dans des pays autres que ceux de leurs propriétaires.

Enfin, il aborde les stratégies qui sont à la disposition des administrations pour prévenir, détecter et combattre la fraude fiscale ; en particulier comment les autorités et agences traitant avec les entreprises de pêche et autres participants dans la chaine de valeur horizontale coopèrent et partagent les informations.

L’annexe au rapport inclut un aperçu de la documentation de base qui est produite à chaque étape de la filière et qui peut être utilisée par les fonctionnaires gouvernementaux dans le cadre de leur travail.
Sources

Cliquer Ici pour télécharger le rapport "OCDE, Rapport « Evading the net: Tax crime in the fisheries sector », novembre 2013"

Lire le commentaire éditorial d'Agritrade

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Le 7 Juillet 2014

Comprendre le crime organisé en Afrique

En Afrique, le crime organisé touche aussi les produits issus de la pêche

Les points clés
De nouveaux outils sont nécessaires pour analyser le crime organisé
Des structures gouvernementales financées par le crime
Porte ouverte au crime dans les États les plus faibles
Besoin de solutions axées sur le développement

Source : IRIN - New York - 7 juillet 2014 

Les préoccupations croissantes concernant le rôle du crime organisé dans l’instabilité et la pauvreté sur le continent africain ont motivé une quête d’outils analytiques et un appel à de plus amples recherches pour comprendre les forces contextuelles en jeu et savoir comment s’y attaquer au mieux.

Si à l’origine les débats sur le crime organisé se concentraient principalement sur le monde développé, puis sur l’Amérique latine et l’Asie centrale, l’attention s’est maintenant tournée vers l’Afrique. « Alors que les analystes mettaient en doute l’existence d’un problème de crime organisé en Afrique, ce sujet est désormais considéré comme une préoccupation typiquement africaine », peut-on lire dans le rapport Unholy Alliances: Organized Crime in Southern Africa (Alliances infâmes : le crime organisé en Afrique méridionale), publié par la Global Initiative against Transnational Organized Crime (Initiative mondiale contre le crime organisé transnational) et Rosa Luxemburg Stiftung et qui se fonde sur les discussions d’un comité d’experts qui se sont réunis plus tôt cette année. Le rapport remarque que sur le nombre croissant de mentions et de résolutions faites par le Conseil de sécurité des Nations Unies ces huit dernières années, 80 pour cent concernaient l’Afrique.

Les experts du comité ont suggéré de ne pas « montrer du doigt » le continent ni les États qui le composent, car « les États les plus développés du monde trouvent leur origine dans la corruption et le crime organisé ». En outre, à l’heure où l’on cherche des solutions, « le rôle des pays occidentaux et de leurs entreprises en Afrique doit être au premier plan en tant qu’exploitants et consommateurs ».

L’attention portée à l’Afrique coïncide avec la prise de conscience, au cours des dix dernières années, non seulement que le crime organisé menace le développement, mais que des solutions axées sur le développement sont nécessaire pour le combattre.

Le crime organisé sur le continent fait partie de « l’histoire de son indépendance », est-il écrit dans le rapport. La fin de la guerre froide et les coupures dans l’aide au développement ont ouvert la voie au financement criminel des structures gouvernementales. En outre, « la démocratie multipartite et la nécessité de financer les processus électoraux ont constitué un point particulièrement vulnérable qui a permis aux réseaux de gagner en influence et en légitimité ».

La demande croissante en Asie et au Moyen-Orient de biens tant licites qu’illicites a alimenté le trafic en Afrique. « Le marché florissant des drogues à usage récréatif et des produits de la flore et de la faune sauvages ont entraîné la croissance, la professionnalisation et la militarisation des réseaux criminels en Afrique. Parallèlement, la demande de drogues à usage récréatif dans les pays du Golfe et l’instabilité en Afrique du Nord ont attiré le trafic vers l’est », précise le rapport. Avec la hausse de la consommation d’amphétamines sur les marchés émergents du Golfe et d’Asie, la production de drogue n’est plus réduite à des zones géographiques spécifiques. En Afrique méridionale, les itinéraires de contrebande d’armes des guerres d’indépendance sont maintenant empruntés par les trafiquants d’espèces sauvages et autres biens illicites.

Selon Mark Shaw, directeur de la Global Initiative against Transnational Organized Crime, outre quelques exemples tels que les gangs du Cap-Occidental en Afrique du Sud ou les caractéristiques du crime organisé au Nigeria, les définitions classiques du crime organisé ne s’appliquent pas à l’Afrique. « Ce n’est pas quelque chose que l’on peut mettre dans une boîte et qui se produit indépendamment de l’État et des institutions commerciales. Sur le continent, le crime organisé et bien plus manifestement lié à ces institutions. »


Une « économie de la protection »

M. Shaw invoque la notion d’« économie de la protection » pour illustrer comment les différents acteurs interagissent dans les pays dont le gouvernement dispose de faibles capacités. Il identifie trois éléments clés intrinsèques à l’économie de la protection : premièrement, le recours à la violence ou à des « personnes armées » pour assurer la sécurité du transport de marchandises de contrebande, qui peuvent aller de soldats des forces de sécurité elles-mêmes à des milices, en passant par les gangs et les sociétés de sécurité privées ; deuxièmement, la corruption, dont les pots-de-vin versés à certains fonctionnaires ; et troisièmement, l’investissement des groupes criminels dans les communautés pour assurer leur légitimité et faciliter les opérations : paiements à des partis politiques ou financement d’équipements locaux, par exemple.

« Cela permet de mieux comprendre le crime organisé dans le contexte particulier d’un État faible ou incapable d’assurer la sécurité. Vous pouvez alors observer le large éventail d’acteurs gouvernementaux, d’entreprises, de réseaux criminels ou de communautés et comprendre leurs interactions », a ajouté M. Shaw, qui croit que chaque réseau criminel majeur opérant sur le continent comporte ces trois éléments à divers degrés. Là où l’État est particulièrement faible, « l’économie de la protection est plus prononcée », a-t-il précisé.

Si le phénomène d’économie de protection n’est pas réservé à l’Afrique, il est manifestement présent dans de nombreux pays du continent. L’implication de l’État varie selon les pays. En Guinée-Bissau, l’État participe complètement à l’économie de la protection, tandis qu’au Mali, certains acteurs locaux du crime organisé ont des liens avec l’État. En Libye, où de larges portions du territoire échappent au gouvernement, « la protection est offerte par des prestataires privés, souvent liés à certaines milices ».

Lorsque le crime, l’État et la politique sont imbriqués de cette manière, les réponses classiques fondées sur la loi et l’ordre – telles que la saisie des produits de contrebande et l’arrestation des coupables (souvent ceux qui se trouvent au bas de l’échelle hiérarchique) – ne sont pas une solution, a remarqué Stephen Ellis, chercheur au Centre d’études africaines de Leiden, aux Pays-Bas.

Des frontières qui s’estompent entre les sociétés légitimes et illégitimes

M. Ellis cite comme exemple les efforts vains pour combattre le trafic de drogue en Afrique de l’Ouest. Selon lui, les contingents chargés de défendre la loi et l’ordre ont généralement le sentiment de ne pas pouvoir lutter de manière adéquate contre le crime organisé, parce qu’ils « n’ont pas les bons outils. La nature du problème a changé, mais de manière difficile à comprendre », a-t-il ajouté, remarquant que les frontières entre les sociétés légitimes et illégitimes se brouillent, notamment dans les États dits défaillants ou faillis. « La notion d’État “failli” est un terme que je n’aime pas, a ajouté M. Ellis, car cela ne correspond pas nécessairement à ce qui se passe sur le terrain. » Il s’agit cependant d’un outil utile pour identifier les pays dont le gouvernement n’a pas le monopole de la violence, a-t-il convenu. D’après le classement de Foreign Policy, sur 50 États en déliquescence, 32 se trouvent en Afrique.

« De nombreuses personnes impliquées dans des activités illégales peuvent bénéficier d’une grande légitimité au niveau local », a dit M. Ellis. « Ces personnes peuvent avoir joué un rôle politique officiel, notamment à l’époque des États à parti unique. »

Selon un récent rapport de la Commission Ouest-Africaine sur les Drogues, les activités des trafiquants dans la région sont facilitées « par un large éventail de personnes, parmi lesquelles des hommes d’affaires, des hommes politiques, des membres des forces de sécurité et de l’appareil judiciaire, des hommes d’église, des chefs traditionnels et des jeunes ». Comme les élections dépendent de financements privés dans la plupart des pays de la région, l’argent de la drogue y contribue souvent.

« [les activités des trafiquants sont facilitées] par un large éventail de personnes, parmi lesquelles des hommes d’affaires, des hommes politiques, des membres des forces de sécurité et de l’appareil judiciaire, des hommes d’église, des chefs traditionnels et des jeunes »

Les exemples d’implication de l’État et d’hommes politiques dans le crime organisé sur le continent sont légion – du braconnage d’éléphants et commerce de l’ivoire qui impliquent de nombreux pays, dont le Zimbabwe, le Soudan, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Mozambique, à l’exploitation des mines de diamant au Zimbabwe en passant par le trafic d’armes en Afrique du Sud, le commerce de corne de rhinocéros (Afrique du Sud et Mozambique), la contrebande et le trafic d’armes et de drogue en Libye et au Sahel, le trafic de drogue et l’exploitation forestière illégale en Guinée-Bissau, le trafic d’ivoire, d’or et de diamant en République centrafricaine, etc. La liste est interminable.

M. Shaw pense que l’outil d’analyse de l’économie de la protection permet de « déterminer les coûts de [ces] économies [...] et de mesurer les progrès réalisés à leur égard ». Selon le rapport de Global Initiative, « la prise en compte des économies de la protection et de leur fonctionnement est un outil analytique qui incite à s’intéresser à un éventail plus large de problèmes et d’acteurs et l’on peut donc considérer qu’il accroit la probabilité d’une amélioration des interventions ». Selon M. Shaw, on peut faire augmenter les coûts de protection qu’impliquent la participation au crime organisé en renforçant le risque d’exposition par des enquêtes persistantes de la part des médias, par exemple, ou en aidant les communautés à devenir plus résilientes à l’introduction de groupes criminels en menant des projets de développement efficaces.

Un terrain dangereux pour les journalistes

Enquêter sur le crime organisé est plus facile à dire qu’à faire. Une étude du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) montre que 35 pour cent des journalistes tués depuis 1992 couvraient des affaires de crime organisé et de corruption, ce qui est souvent plus dangereux pour les journalistes que de couvrir des conflits. « Les lignes entre les groupes politiques et criminels sont floues dans beaucoup de pays, ce qui accroît le risque pour les reporters », précise le Comité.

« Les groupes criminels opèrent de plus en plus comme des forces politiques armées, et les groupes politiques armés opèrent de plus en plus comme des bandes criminelles à but lucratif. Des journalistes ont été attaqués alors qu’ils effectuaient des reportages sur une complicité entre de grandes figures criminelles et des fonctionnaires de gouvernement, et ils ont été ciblés tandis qu’ils faisaient des investigations sur des histoires de crime ou de corruption aussi bien en temps de paix que de guerre », a expliqué le CPJ.

Les acteurs du développement se voient de plus en plus souvent obligés de lutter contre le crime organisé, à mesure qu’ils reconnaissent à quel point ce phénomène est présent à tous les niveaux de la société et se nourrit de la pauvreté, sabotant les programmes de développement. Au Sahel, par exemple, les communautés dépendent des gains du crime organisé de la même manière qu’en Somalie elles dépendent des gains de la piraterie ou que les villageois du Mozambique dépendent du braconnage de cornes de rhinocéros. En l’absence de solutions alternatives, les communautés pauvres demeureront à la solde du crime organisé.

Selon un récent rapport de Safer World intitulé Identifying approaches and measuring impacts of programs focused on Transnational Organized Crime (Identifier les approches et mesurer les impacts des programmes axés sur le crime organisé transnational), le crime organisé transnational devient rapidement un problème clé dans le domaine du développement et les approches basées sur le développement pour lutter contre ces crimes sont de plus en plus nombreuses. « Le principal moteur du [crime organisé transnational] est la demande de produits illicites dans les pays riches et développés. Pourtant, les impacts sont ressentis bien plus profondément par les communautés des pays plus pauvres dont les institutions sont faibles. » Selon le rapport, « l’existence de liens entre les différents niveaux du système dans lequel opère le crime organisé transnational permet également de penser que des stratégies globales faisant appel à différentes approches ont des chances d’avoir un plus grand impact. »


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