dimanche 10 octobre 2010

Libéralisation du marché du poisson : Les Pays du Sud ont bon dos !

Le Parlement Européen a adopté en juillet 2010 un texte sur le régime des importations des produits de la mer avec l’objectif de protéger les pêcheurs communautaires face à l’invasion étrangère de poissons, crustacés et coquillages. Dans le même temps, la Commission Européenne met en place une politique de libéralisation du commerce des produits halieutiques avec ses partenaires du Nord et du Sud. La Commission européenne légitime la suppression des barrières douanières avec les pays du Sud en expliquant que les exportations de poissons sont essentielles au développement de ces pays pauvres.

En réalité, la libéralisation du marché international va « affamer » les populations les plus pauvres de ces pays tout en condamnant les pêcheurs du Nord à vendre leurs poissons à des prix très bas. Les seuls gagnants seront les industriels halio-alimentaires qui pourront s’approvisionner avantageusement en poissons, crustacés et coquillages dans toutes les mers du globe….

A quelques jours de la réunion du Comité de la sécurité alimentaire (CSA) de la FAO, il est nécessaire de rappeler l’importance de la pêche et de l’aquaculture dans l’alimentation des plus pauvres et d’interpeler les grands de ce monde sur les dangers de la libéralisation du commerce international des produits halieutiques. La levée des barrières douanières contribuera à priver de poisson les populations les plus démunies.

La Commission européenne invoque le développement des Pays du Sud !

« La Commission européenne est pleinement consciente de la nature spécifique du secteur des pêches et de son importance en termes d'emploi et de richesse. Cette sensibilité est prise en compte dans toutes les négociations commerciales multilatérales et bilatérales. En fait, la Commission consulte régulièrement toutes les parties prenantes de l'UE dans le cadre de chaque négociation commerciale, afin de tenir compte de leurs intérêts et leurs sensibilités… »

« En ce qui concerne l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l'objectif de l'Agenda de Doha pour le développement (PDD) lancé en 2001 est de parvenir à un accord global sur le commerce avec la priorité d’aider les pays en développement et de promouvoir leur intégration dans le commerce mondial. La pêche est un secteur économique où les pays en développement ont un intérêt majeur pour améliorer leur capacité d'exportation. L’augmentation des recettes d'exportation liée au commerce du poisson a un impact positif sur l'emploi, les revenus et les services gouvernementaux….. »

Levée des barrières douanières d’ici 10 ans !

« La Commission est fermement convaincue qu'un mécanisme de réduction tarifaire sur les produits de la pêche et de l'aquaculture, applicable à tous les niveaux, est la meilleure garantie pour améliorer les échanges des produits halieutiques…. La nature spécifique du secteur de la pêche est prise en considération dans le cadre du PDD. Certains poissons et produits de la pêche sont considérés comme sensibles… les réductions tarifaires appliquées à ces produits seront mises en œuvre sur une période transitoire de 10 ans…. » etc, etc… Extrait de la Réponse datée du 26 juillet 2010 donnée par M. De Gucht au nom de la Commission à la question écrite datée du 1 juin 2010 de deux parlementaires européens, Ioannis A. Tsoukalas (PPE) et Georgios Papastamkos (PPE) : Importations de produits de la pêche et de l'aquaculture dans l'UE

Poisson et sécurité alimentaire

A quelques jours de la réunion du Comité de la sécurité alimentaire (CSA) de la FAO, il est nécessaire de rappeler l'importance de la pêche et de l’aquaculture dans l’alimentation des plus pauvres et d’interpeler les grands de ce monde sur les dangers de la libéralisation du commerce international des produits halieutiques. La levée des barrières douanières contribuera à priver de poisson les populations les plus démunies.

La FAO explique que la sécurité alimentaire est garantie lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à la nourriture de base dont ils ont besoin. Dans le monde entier, la pêche fournit une part importante des protéines animales de l'alimentation humaine. On estime que la faune aquatique assure entre 15 et 20% de toutes les protéines animales. Le poisson a une haute valeur nutritive et constitue un complément précieux dans les régimes alimentaires pauvres en vitamines et en sels minéraux essentiels. Les océans, les lacs et les cours d'eau de la planète servent à la pêche artisanale qui permet aux communautés pauvres de se nourrir, non seulement en Afrique et en Asie, mais aussi dans de nombreuses régions d'Amérique latine et d'îles des océans Pacifique et Indien. Sur 30 pays où le poisson est la principale source de protéines animales, quatre seulement n'appartiennent pas au pays du Sud.

Privés de poisson, privés d’avenir

La pêche et l'aquaculture représentent donc une part importante des disponibilités protéiques de nombreuses communautés rurales ou littorales, aussi bien dans les pays du Sud que dans les pays du Nord. Mais, dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier, certaines communautés sont tributaires du poisson non seulement comme source de protéines animales, mais également comme source d'oligoéléments, de minéraux et d'acides gras essentiels. Même si, d'un point de vue théorique, ces protéines et oligoéléments pourraient provenir d'autres sources, dans les communautés isolées tributaires de la pêche, les solutions de remplacement sont en général plus coûteuses, lorsqu'elles existent.

La FAO indique que dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier, la consommation apparente de poisson par personne a augmenté ces dernières décennies ; mais que cette hausse rapide est principalement due à l'augmentation rapide de la consommation apparente de la Chine. En revanche, les approvisionnements par habitant en Afrique subsaharienne ont chuté, passant d'environ 9 kg en 1990 à environ 7 kg en 1997, en raison de la stagnation des approvisionnements issus des pêches de capture, de la jeunesse du secteur de l'aquaculture et de l'augmentation des exportations.

En effet, les pays en développement constituent une part croissante du commerce international des produits de la pêche et de l'aquaculture. Mais, ces exportations détournent le poisson et les produits de la pêche des communautés locales et des régions pauvres au profit d'autres zones plus riches. La libéralisation du commerce international ne ferait qu’aggraver la situation des populations les plus précaires, en les privant d'un aliment très nutritif et traditionnellement bon marché. Philippe Favrelière

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