mercredi 11 mai 2011

Thon rouge : Vers une interdiction de pêche au Canada Atlantique ?

Thon rouge : Vers une interdiction de pêche au Canada Atlantique ?

La campagne 2011 de thon rouge va débuter le 15 mai pour une durée d'un mois dans la zone Méditerranée / Atlantique nord-est...

Pour ne pas déroger aux habitudes, cette nouvelle campagne se prépare sur fond de polémique : L'affaire des bateaux sétois sous pavillon lybien... (Lire les différents communiqués de l'association Robin des bois).

De l'autre côté de l'Atlantique, le Canada s'interroge non pas si ces bateaux lybianisés peuvent ou non ouvrir la campagne 2011, mais si toute la flottille canadienne pourra continuer de capturer le thon rouge dans les années à venir.

Canada, premier pays à interdire la pêche du thon rouge ?

Si le gouvernement fédéral décide de classer l’espèce comme étant en voie de disparition, il s’agira du premier pays dans le monde à prohiber l’exploitation commerciale du thon rouge atlantique dans ses eaux territoriales !!!

Lire l’article de Canoe : Le thon rouge, bientôt interdit à la pêche commerciale ?

Un poisson emblématique de la pêche commerciale au Canada atlantique pourrait bientôt être interdit. Le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada, un groupe d’experts en environnement qui conseille le gouvernement sur la classification des espèces, a recommandé que le thon rouge de l’Atlantique soit catégorisé comme une espèce en voie de disparition.

C’est maintenant au ministère fédéral de l’Environnement d’adopter une loi avec cette recommandation. Ottawa l’étudiera en août, moment à partir duquel il aura neuf mois pour prendre une décision. Si le gouvernement fédéral décide de classer l’espèce comme étant en voie de disparition, il s’agira de la première fois qu’une espèce d’eau salée pêchée pour le commerce sera inscrite sur la liste.

Le gouvernement fédéral travaillerait ensuite avec les organisations environnementales pour mettre en place des politiques de protection de cette espèce. « Ce poisson iconique a été surexploité pendant plus de 40 ans et l’abondance actuelle de la fraie est la plus basse jamais observée. La pêche est la principale menace à la viabilité des espèces et malgré les efforts des 30 dernières années pour reconstruire la population, il n’y a que des signes minimes d’augmentation », a indiqué un membre du comité, Alan Sinclair. Source : Reuters

Autres articles :

Pour aller plus loin

Thon rouge : Quotas 2011 (suite à la réunion de l'Iccat fin 2010 à Paris)

Pour l’Atlantique Ouest, les quotas de pêche du thon rouge s’élèvent à 1.750 tonnes pour 2011 et 2012, dont environ 949 tonnes pour les Etats-Unis, 397 t pour le Canada, 301 t pour le Japon, 4 t pour le Royaume-Uni (Bermudes), 4 t pour la France (Saint-Pierre et Miquelon) et 95 tonnes pour le Mexique.

En Atlantique Est et en Méditerranée, les quotas s’élèvent à 12.900 tonnes dont 56,3% pour l’UE (soit 5.750 tonnes). Les Etats membres de l'Iccat ont notamment décidé de baisser les taux admissibles de 9,5% pour le Maroc, 8,5% pour le Japon, 7,9% pour la Tunisie, 7% pour la Libye, 4,1% pour la Turquie, 2,9% pour la Croatie, 1% pour l’Algérie. Le reste étant partagé entre la Corée (0,6%), l’Egypte (0,5%), Taïwan (0,3%), la Chine (0,28%), l’Albanie et la Syrie (0,25% chacune), et l’Islande et la Norvège (0,23% chacun).

Remarques :

  • L'UE dispose en 2011 d'un quota de 5.750 tonnes de thon rouge, sur un quota total de 12.900 tonnes. Plus de 400 navires européens sont concernés. Côté européen, l'Espagne, la France, l'Italie, la Grèce, Portugal, Malte et Chypre pêchent le thon rouge.
  • Il faut rappeler que l’Algérie a perdu une partie de son quota de pêche au thon rouge qui était de 680 tonnes en 2010, et réduit à 138 tonnes à peine pour l’année 2011.
  • En Atlantique Est et en Méditerranée, le quota a été ramené à 12.900 tonnes en 2011 contre 13.500 en 2010 et 28.500 en 2008. Pour la France, le quota est passé à 2.378 tonnes pour 2011, contre 5.306 en 2008. Mais les pêcheurs français sont contraints de rembourser une dette de thon de quelque 5.000 tonnes. Une dette qui équivaut au dépassement de leur quota 2007 et qu'ils remboursent progressivement depuis 2009. En 2011, ils doivent se priver de 1.444 tonnes (Reste pour la France : 934 tonnes). Résultat : selon les chiffres transmis à l'AFP par la SaThoan, une organisation représentant les intérêts de thoniers sètois, il reste aux thoniers-senneurs de Méditerranée 683 tonnes.
  • Plongée dans le chaos, la Libye avait annoncé qu'elle se retirait de la pêche au thon rouge. Le chef de la délégation libyenne de l'Iccat, Hussin A. Zaroug a écrit au président de l'Iccat (commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) pour lui dire qu'aucun thonier libyen ne jettera ses filets dans le golfe de Syrte. Il a obtenu en outre qu'aucun pavillon ne profite de cette riche zone de Méditerranée et de son quota de 900 tonnes. (Source : Midi libre)

Dans l'attente d'avoir plus de précisions notamment en Europe entre Espagne, Italie, Malte et France (côté Atlantique)...

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IFREMER : Le thon rouge Atlantique

Le thon rouge Atlantique

Dossier de presse actualisé

Ifremer – avril 2011

Le thon rouge Atlantique est une espèce fascinante et assez mystérieuse dont la compréhension constitue un véritable défi pour la recherche scientifique !

Le thon rouge est également une ressource hautement partagée et exploitée à l’échelle d’un océan par une vingtaine de pays.

Zoom sur une espèce vulnérable à haute valeur marchande…

Biologie - écologie

Histoire de la pêche au thon rouge

Dans le bassin méditerranéen, le thon rouge est exploité par les hommes depuis le néolithique comme l’attestent des fouilles archéologiques. Les civilisations phénicienne et romaine qui pratiquaient la pêche à la ligne ou à la senne de plage ont ensuite établi une centaine sites en Méditerranée pour exploiter les migrations saisonnières du thon rouge. A partir du 16ème, ces techniques ancestrales furent progressivement remplacées par des engins fixes placés le long des côtes : les madragues. Ces engins qui étaient associés à de véritables manufactures pour le conditionnement du poisson capturaient en moyenne 15 000 tonnes de thon rouge par an…

Une surexploitation avérée

Depuis 1981, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (CICTA) qui a en charge le diagnostic scientifique et la gestion de toutes les espèces de thons, de poissons porte-épée et de requins pélagiques de l’Atlantique depuis 1967, considère deux entités de gestion pour le thon rouge : le «stock de l’Atlantique est et de Méditerranée» et le «stock de l’Atlantique ouest», séparées par le méridien 45°W. Nous nous intéressons ici au diagnostic du premier qui comprend plus de 90% des effectifs totaux du thon rouge Atlantique. Le diagnostic de surexploitation a été établi par le SCRS (le comité scientifique de laCommission Internationale pour la Conservation des Thonidés Atlantique, CICTA) en 1996 et confirmé en 1998 et 2002.

En 1998, la commission thonière mettait en place un quota qui fut fixé aux alentours de 30.000 tonnes/an entre 1998 et 2007 (figure ci-dessus), alors que l’avis scientifique préconisait un quota bien plus bas. De plus, le quota était peu ou pas respecté par bon nombre de pays jusqu’en 2007, faute de contrôle et de volonté politique. Du coup, les captures sont restées très élevées sur cette période, probablement aux alentours de 50 000 tonnes/an, soit environ 20 000 tonnes/an de sous-déclarations…

Pour plus de renseignements et télécharger le document, cliquer Ici

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Le 4 juin 2012

Des thons rouges californiens marqués aux isotopes radioactifs de Fukushima

Ces thons rouges du Pacifique ont transporté de la radioactivité depuis le Japon jusqu’en Californie....

Des radionucléides de Fukushima bons pour les sciences marines !

"Fukushima a des retombées positives pour la science marine" (Fukushima has positive fallout for marine science) titre la célèbre revue Nature, à un moment où le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Fukushima Daïchi redevient menaçant....

Pendant plusieurs décennies, les chercheurs ont exploité les isotopes radioactifs relâchés lors de tests nucléaires pendant la guerre froide. Dans les années 1940 et 1950, les îles Marshall dans le mi-Pacifique ont été le théâtre de nombreuses explosions nucléaires, qui ont relâché du tritium et du carbone-14 dans l’eau.

La catastrophe de Tchernobyl en Ukraine en 1986 avait relâché du caesium-137 soluble dans l’eau et du strontium-90. Ken Buesselet, un chimiste marin pour l’Institut Océanographique Hole dans le Massachusetts, a commencé sa carrière en analysant les courants dans la Mer Noire en utilisant des radio-isotopes de Tchernobyl.

On savait déjà que les thons rouges traversaient le Pacifique !

Le thon rouge se reproduit dans les eaux japonaises avant de rejoindre la côte californienne. Des chercheurs qui ont testé 15 poissons attrapés après la catastrophe en mars 2011 ont découvert que tous contenaient des traces de caesium-134, un radio-isotope soluble dans l’eau et rejeté dans l’océan lors de la crise de Fukushima.

Les poissons ayant voyagé jusqu’en Californie avant 2011 ne transportaient pas cet isotope. Les résultats de cette étude ont été publiés par le journal Proceedings of the National Academy of Sciences.

L’accident nucléaire de Fukushima a ainsi donné une opportunité aux experts en science marine d’étudier la migration des poissons ainsi que la circulation de l’air dans cette région de l’Océan Pacifique, d'après un article du journal Nature.

Les chercheurs ont comparé les ratios de caesium-134 et de caesium-137 pour estimer que les thons rouges en question avaient quitté les eaux japonaises environ quatre mois avant d’être capturés. Le calcul a pris en compte la croissance des poissons et le niveau de radioactivité.

Le cycle migratoire du thon rouge est assez bien connu, c’est pourquoi l’étude « ne nous a pas appris grand-chose sur les régimes de migration du thon » a indiqué Daniel Madigan, un biologiste marin pour l’Université de Stanford et co-auteur de l’étude.

Remarque : L'article ne dit pas si les japonais vont se réserver ce thon rouge dont la radioactivité est bien inférieure aux normes sanitaires fixées par le Japon

A partir d'Actualités News Environnement : La catastrophe de Fukushima a des retombées positives pour la science marine ?

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Revue de presse

Le 18 mai 2011

Thon rouge : Bruxelles appelle à faire attention aux pêcheurs libyens (AFP)

La commission européenne a appelé mercredi les pays de l'UE à faire attention à ne pas aller pêcher le thon rouge dans les eaux libyennes, et à ne pas acheter de thon pêché par des navires battant pavillon libyen, ces derniers ayant de fortes chances d'être dans l'illégalité. La saison de pêche vient de s'ouvrir le 15 mai pour un mois, mais la Libye n'a pas rempli ses obligations vis-à-vis de la commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), relève Bruxelles.

Dans une lettre aux ministres de la Pêche des 27, la commissaire européenne à la Pêche, Maria Damanaki, souligne que le thon rouge qui sera pêché par la flotte libyenne est en voie d'être considéré comme illégal par la CICTA. En l'absence d'accord conclu à temps, aucun navire européen n'ira pêcher dans les eaux libyennes, souligne Mme Damanaki, qui demande en même temps aux Etats concernés de surveiller les activités de pêche de ces navires battant pavillon libyen, de même que les activités de leurs opérateurs nationaux. La loi européenne interdit le commerce, le débarquement, les importations, les exportations, le placement en cages d'engraissement, les ré-exportations et les transbordements de thon rouge non accompagnés de documents complets et validés, indique la lettre.

Plusieurs navires battant pavillon libyen mouillent actuellement dans des ports européens, selon une source diplomatique européenne....

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Le 20 mai 2011

Cesser de consommer les animaux en voie de disparition comme le thon rouge (Canoe)

Chronique de David Suzuki

Le thon rouge est gros, rapide, délicieux et rare. Pour toutes ces raisons, il est très prisé par les pêcheurs commerciaux et sportifs. Le thon rouge de l’Atlantique est souvent vendu plus de 1000 $ le kilo. Ceci a forcé le poisson encore plus loin sur la voie de l’extinction.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a récemment recommandé d’inscrire la population du thon rouge de l’Atlantique occidental à la liste des espèces en voie de disparition. Le thon rouge rejoint le saumon, le sébaste, les requins, la carette, la morue de l’Atlantique et bien d’autres espèces inscrites sur la liste des espèces marines vulnérables au Canada. La pêche a été identifiée comme un facteur clé du déclin de toutes ces espèces.

Malheureusement, le gouvernement et l’industrie semblent adopter une attitude de déni. «Notre pêche au thon rouge de l’Atlantique est la pêche la mieux gérée de ce type dans le monde entier à l’heure actuelle», a dit un porte-parole du ministère des Pêches et des Océans (MPO) en réaction à cette recommandation. Un représentant de l’industrie a affirmé que l’inscription du thon rouge en vertu du la Loi sur les espèces en péril du Canada serait le «coup de grâce» asséné aux pêcheurs de l’Atlantique. L’opinion du MPO concernant la pêche au thon rouge est présentée sur sa page Web «Durabilité du poisson et des produits de la mer», avec des liens vers une série de vidéos promotionnelles sur le thon, financées par le gouvernement.

Les thons rouges qui sillonnent les eaux canadiennes en été sont principalement de gros poissons matures qui fraient en mai dans le golfe du Mexique. Ils sont capturés principalement près de l’Île-du-Prince-Édouard et dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Selon les récentes estimations, la population reproductrice de thon rouge est d’environ 66 000 poissons, le plus bas taux jamais enregistré, en dessous du taux de plus de 265 000 poissons des années 1970. Suite…

Le 24 mai 2011

Japon : Economie à genou, thon rouge toujours de bon goût

En ce début de campagne du thon rouge en Méditerranée, certains spécialistes pensaient qu’après les catastrophes japonaises, l’économie nippone à genou, le marché du thon rouge fléchirait. Pas du tout…

Les exportateurs australiens de thon rouge du sud (Pacifique) prévoient une augmentation des exportations vers le japon ces prochains mois…Japan in need of more Aussie tuna (ABC)

Plusieurs explications : Destruction d’une partie de la flotte thonière et surtout destruction des stocks dans la région du Nord-Est…. Il y avait probablement du thon rouge dans les 84.000 tonnes de poissons en putréfaction dans les chambres froides et autres congélateurs des ports de pêche détruits de Kesenuma, Ishinomaki,...

Se débarrasser au plus vite des 84.000 tonnes de poisson pourri en putréfaction

Entrepôts, congélateurs et autres chambres froides ont été particulièrement touchés par le séisme et le tsunami. Electricité coupée, le froid ambiant maintenait les produits de la mer dans un relatif bon état de conservation. Mais avec le retour des beaux jours, la température augmente, il est urgent de se débarrasser du poisson et autres produits de la mer en putréfaction… 84.000 tonnes ! Source : Post-Quake Disposal Of Rice, Seafood Bogged Down

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Le 26 mai 2011

Brigitte Bardot, justicière des mers (La Provence)

La fondation de l'actrice cofinance ce navire qui part en guerre début juin contre la pêche illégale de thon rouge au large de la Libye

Paul Watson, fondateur de "Sea Sheperd" dont l'emblème est le drapeau pirate, devant le "Brigitte-Bardot" que la fondation de l'actrice a cofinancé. Ce navire appareillera début juin pour les eaux libyennes.

Comme un joli fantôme du passé, une B.B. de bande dessinée comme figure de proue d'un hors-bord trimaran dans le port de La Ciotat. Paul Watson, fondateur de la radicale et controversée organisation écologiste "Sea Sheperd" baptise sa vedette d'intervention "Brigitte Bardot" en compagnie de tous les représentants de la fondation de l'actrice et d'Albert Falco, l'ancien capitaine de la "Calypso" du commandant Cousteau.

La belle pirate d'antan devient l'emblème d'un justicier des mers. C'est une union vertueuse et un passage de relais pour la préservation des espèces en Méditerranée et dans toutes les mers du globe. Sur le quai d'honneur et sur le navire fuselé relooké en gris par le chantier local "Monaco Marine", quantité de jeunes gens applaudissent et se tapent dans la main à l'américaine. Il y a là des fausses Lara Croft en mini-short, des "Jack Sparow" tatoués, toute une troupe enthousiaste et déterminée, rassemblant 23 nationalités.

"10 servent à bord du "Brigitte Bardot", explique Lamya Essemlali, chevelure noire de guerrière des mers et présidente de "Sea Sheperd France". "45 autres sont sur le "Steve Irwin", notre second bateau qui se trouve dans la rade et qui embarque un hélico. Le 1er juin, nous serons au large de la Libye pour intercepter les pêcheurs illégaux de thon rouge, couper leurs filets et libérer les poissons."…

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Le 27 mai 2011

Les Etats-Unis rejettent l’inscription du thon rouge sur la liste des espèces menacées

La NOAA, l’autorité étatsunienne en matière halieutique, a rejeté la demande d’inscription du thon rouge de l’Atlantique sur la liste des espèces menacées en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition, qui aurait interdit aux pêcheurs américains la capture des espèces listées.

Toutefois, la NOAA se donne jusqu’au début 2013 pour revenir sur sa décision lorsque les informations seront disponibles sur les effets du déversement de pétrole BP Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, ainsi que sur une nouvelle évaluation du stock de la branche scientifique de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), l'organisme international chargé de la gestion de l'espèce.

L'inscription proposée découle d'une pétition présentée par le Center for Biological Diversity de San Francisco en mai 2009. En Septembre 2010, la NOAA a annoncé qu'il allait envisager de protéger le thon rouge en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition. Selon le Center for Biological Diversity, les stocks de thon rouge sont « en déclin dramatique en raison de la dégradation de la surpêche et de l'habitat. »

Mais les pêcheurs sont en désaccord, arguant que le thon rouge est pêché durablement dans l'Atlantique Ouest et que la mauvaise gestion du thon rouge concerne l’Atlantique Est et la Méditerranée. Seafoodsource : U.S. rejects listing bluefin as endangered

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Le 3 juin 2011

Les pêcheurs varois ne vont même pas avoir les miettes de thon

Sanary : Y aura-t-il du thon rouge sur les étals des pêcheurs cet été ? (six-fours.net)

La pêche déjà très encadrée du thon rouge ne devrait même pas avoir lieu pour les petits pêcheurs, la faute à un quota déjà dépassée par d'autres. Jean-Michel Céi souhaite se faire entendre auprès des autorités compétentes.

Jean-Michel Céi, premier prud'homme à Sanary, est inquiet pour l'avenir.

Le thon rouge est menacé, et de nombreuses mesures ont été prises depuis des années, mais souvent en total décalage avec la réalité des petits pêcheurs, comme l'interdiction de la thonaille (filets dérivants). Et de nombreuses décisions tendent à favoriser les thoniers senneurs au détriment de la pêche artisanale. Pour simplifier

l'ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique) se réunit chaque année et émet des recommandations pour la gestion du thon rouge de l’Atlantique Est et de Méditerranée puis fixe le "Total Admissible de Captures" (TAC). Cette année le TAC s'élève à 12.900 tonnes, dont près de 2.500 pour la France qui va voir son quota diminuer suite au dépassement de 2007 dont les responsables sont les thoniers-senneurs. Ce quota est ensuite réparti entre les différents professionnels. Et aujourd'hui la pêche artisanale en paie les pots cassés avec une baisse de leur quota et les conséquences se voient au niveau local. Pour se faire une idée la pêche au thon rouge, avant toutes les réglementations, représentait à l'époque pour certains patrons-pêcheurs 80% de leurs revenus. Et aujourd'hui cela avoisine les 50%, d'où leur inquiétude de voir leur revenu disparaître si cela s'avérait impossible de pêcher le thon cet été.

Jean-Michel Céi, premier prud'homme à Sanary, n'en revient toujours pas: "nous sommes huit à avoir dans le département le permis de pêche spécial (PPS) nous donnant le droit de pêcher à la ligne ou à la canne le thon rouge entre juin et octobre. En général on débute début juillet, période où les thons sont les plus nombreux, mais la saison n'a même pas commencé qu'on ne pourra pas pêcher un gramme de poisson car les quotas ont déjà été dépassés par ceux qui ont pu pêcher au palangre du côté du golfe du Lion; or nous, on ne peut pas les prendre au palangre, à cause des trop grandes profondeurs. Et au final on n'aura rien du tout". Le système actuel pourrait se résumer par cette expression "c'est le premier servi qui remporte la mise". Le quota national était de 95 tonnes de thons pour les 77 petits bateaux, tandis que les quelques 17 thoniers-senneurs peuvent se partager plus du millier et demi restant. On voudrait mettre à mal la pêche artisanale qu'on ne s'y prendrait guère mieux. A Sanary trois bateaux ont ce PPS : le Guillaume II, le Gallus et le Dragon II. Après une année difficile avec plusieurs mois sans sortie, la pêche au thon rouge était attendue: "j'ai deux marins à bord, on a notre clientèle et je ne vais pas pouvoir leur vendre du thon rouge cet été alors que nos prises sont dérisoires par rapport aux thoniers. Cela représente habituellement près de 50% de mon chiffre d'affaire ".

Elisabeth Tempier, de "l'encre de mer", rapporte dans un article sur le sujet, les propos de Didier Ranc, prud'homme de la Seyne et de Jean-Michel Céi :....

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Le 9 novembre 2011

Thon rouge : les révélations fracassantes d'un pêcheur repenti (Le Point)

Quelques jours avant la réunion du 11 novembre à Istambul de la Cicta, la commission internationale sur la pêche des thonidés...

Selon Vincenzo Consiglio, la pêche illégale a battu son plein dans les eaux libyennes en 2010 et 2011. Il s'appelle Vincenzo Consiglio. Longtemps il a été spotter, c'est-à-dire un observateur monté à bord d'un avion pour repérer les bancs de thons rouges, ce qui est formellement interdit aujourd'hui. "J'ai même été le commandant d'un thonier-senneur de 1973 à 1993", écrit-il dans une longue lettre envoyée à la Cicta (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique).

Du thon rouge, il en a donc envoyé des milliers finir dans l'estomac des Japonais. Mais le grand massacre qu'il a découvert ces deux dernières années depuis son coucou l'a tellement écoeuré qu'il a décidé de vider son sac. Dans son courrier, il dénonce maints actes illégaux qu'il a surpris, et pour être sûr qu'il ne soit pas rangé au fond d'un tiroir, il l'a transmis à Greenpeace et au WWF.

Le Point.fr s'est procuré une copie électronique de cette lettre. Vincenzo explique avoir assisté au printemps dernier à des transferts suspects de plusieurs centaines de tonnes de poissons entre des thoniers italiens et des fermes d'engraissement maltaises. Suspectant l'absence de déclaration de ces captures, il demande à la CICTA de mener une enquête. Il insiste en précisant que beaucoup des thons qu'il a vus n'affichaient pas 30 kilos, le poids minimum requis pour être capturés.

26 avions italiens, espagnols et français illégaux

Par ailleurs, Vincenzo affirme que 70 tonnes des thons rouges morts accidentellement lors des opérations de pêche ont été écoulées illégalement sur les marchés de Naples et de Sicile, sans donc être décomptés des quotas autorisés. Il rappelle que chaque année, les pêcheurs opérant dans les eaux libyennes oublient de déclarer des milliers de tonnes de thons morts dans des conditions accidentelles. Et de citer le cas en 2009 du thonier le Tenace Secondo, qui entreprit de capturer 500 tonnes de thon lors d'une tempête.

Bilan : le bateau faillit couler et tous les thons périrent. L'année précédente, c'est un thonier français, cette fois-ci, qui ne parvint pas à transférer ses thons dans la cage, ce qui se traduisit par plusieurs centaines de tonnes de poissons morts. "Voulez-vous savoir où se trouvent tous ces poissons morts ? Sur le fond des océans ! Sur les documents de capture, il n'y a jamais plus de dix ou vingt poissons morts d'inscrits, car en Libye... il n'y a pas de marché pour eux, et les autorités libyennes n'autorisent pas les thoniers à quitter leurs eaux avant la fin complète de la campagne de pêche." Quant aux inspecteurs de la CICTA montés à bord, s'ils n'ont rien vu, c'est qu'un "paquet de cigarettes suffit à les acheter".

Il dénonce encore l'utilisation de petits avions pour repérer les bancs de poissons par certains pêcheurs italiens alors que c'est formellement interdit. "Croyez-vous qu'il soit correct que deux groupes (de pêcheurs) utilisent des avions pendant que les autres, sans assistance, doivent rester près des côtes à cause du mauvais temps ?" Les pêcheurs français sont également accusés par lui d'utiliser une assistance aérienne. Vincenzo affirme que lorsqu'il était spotter entre 2007 et 2009 en Libye, basé sur l'aérodrome de Misrata, il a recensé jusqu'à 26 avions italiens, espagnols et français.

Un dépassement de 19 039 tonnes

Et Vincenzo de prévenir la Commission que certains armements italiens (il cite les noms) se préparent d'ores et déjà à investir les eaux libyennes l'an prochain pour effectuer une nouvelle razzia. Il interpelle le directeur de la CICTA : "Cher monsieur, j'espère que ce témoignage sera pris en compte, car je ne peux que vous faire confiance, vous qui êtes chargé de la protection de cette espèce, et s'il vous plaît, diffusez cette déclaration à la prochaine réunion de la CICTA ; si j'ai écrit ce témoignage, c'est parce que j'ai vu des faits incroyables et que même si je sais que mes fils sont impliqués et qu'ils peuvent perdre leur job, je ne peux pas laisser ces irrégularités se poursuivre, et vous pouvez imaginer mon émotion".

Il y a quelques jours, le site internet de la BBC en rajoutait une couche en se disant être en possession d'une carte signalant la présence de nombreux thoniers-senneurs dans les eaux libyennes en juin dernier, alors que la pêche au thon y était fermée pour cause de révolution en cours. "Cette carte ne signale pas quels étaient les navires présents, quoique la CICTA semble posséder cette information", souligne Richard Black, l'auteur de l'article.

Ces révélations interviennent quelques semaines après la publication par l'ONG américaine Pew Environment Group d'une compilation des ventes de thon rouge sur le marché international en 2010. Total : 32 565 tonnes, alors que le quota délivré par la CICTA était de 13 525 tonnes. Un dépassement de 19 039 tonnes ! Des chiffres imparables. Est-il possible de continuer à fermer les yeux sur une telle fraude ?

Le 11 novembre, les 48 gouvernements membres de la CICTA se réuniront à Istanbul pour discuter des moyens de protéger le thon rouge. Comme cela tombe bien ! Le Greenpeace et le WWF se sont empressés d'envoyer une lettre commune à Driss Meski, le directeur de la CICTA, pour lui demander de diligenter des enquêtes sur les allégations de Vincenzo Consiglio et du site de la BBC, d'inscrire les thoniers convaincus d'activités frauduleuses sur la liste noire, et d'ordonner aux fermes qui engraissent les thons pêchés illégalement de les relâcher immédiatement. Pour l'instant, la CICTA n'a pas réagi. Mais le fera-t-elle ?

Lire aussi l’article de Notre Planète : Le thon rouge de Méditerranée souffre plus que jamais de surpêche et de fraudes

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