mardi 27 octobre 2009

Avec le thon rouge, une industrie piscicole de plus en plus vorace !

Ces dernières semaines, beaucoup de personnes y compris les environnementalistes ont commenté avec jubilation les annonces émanant de centres de recherche et de sociétés d'aquaculture concernant la domestication du thon rouge. La pisciculture y est présentée comme la solution miracle à la disparition du thon rouge sauvage !

En réalité, la domestication ne représente pas une assurance à la vie d’une espèce sauvage. Demandez aux associations environnementales et de pêcheurs en Ecosse, en Norvège ou en Colombie britannique ce qu’ils pensent du saumon d’élevage ? Elles n’en veulent pas dans leurs régions… En Ecosse, les pêcheurs sportifs demandent que les salmonicultures n’obstruent plus les estuaires et s’éloignent du littoral. En Colombie-Britannique, les pêcheurs professionnels, les associations environnementales et les peuples premiers exigent que ces élevages soient en circuit fermé. En Alaska, première région pour la pêche de saumons sauvages dans le monde, la salmoniculture est interdite par la loi. En Norvège, regardez le site de Norwegian salmon association.

Une espèce carnivore de plus au tableau de l’industrie aquacole

L’élevage de thon rouge est surtout porté par des multinationales impliquées déjà dans la pêche ou le commerce du thon sauvage. Les japonais, Mahura group et Kyokuyo. L’australien, Clean Seas Tuna. Pour ces sociétés, le coût environnemental de cet élevage importe peu. Elles ont déjà fortement contribué à l’épuisement des ressources naturelles. Elever l’une des espèces les plus voraces qui soient, ne leur pose aucun problème si le marché peut répondre à leur offre. On parle de plus de 10 kg de poissons sauvages pour produire 1 kg de thon rouge ! Le thon rouge surpasse toutes les autres espèces piscicoles par sa voracité… bar, daurade, anguille, sériole et autres saumons d’élevage qui « absorbent » entre 3 et 7 kg équivalent poisson sauvage pour produire 1 kg en élevage.

Alerte des scientifiques sur les dérives de l’aquaculture

Plusieurs rapports mis en ligne depuis le début de l’année 2009, Feeding aquaculture in an era of finite resources et Aquaculture Navigates Through Troubled Waters, nous alertent sur les dérives de l’aquaculture mondiale.

Les chercheurs de l’Université de Stanford aux USA, et tout particulièrement Rosamond L. Naylor, travaillent depuis de nombreuses années sur la thématique : productions alimentaires, environnement et sécurité alimentaire. Les productions halieutiques et notamment l’aquaculture font partie de leurs champs de travail.

« L'aquaculture produit maintenant la moitié des produits halieutiques consommée dans le monde », selon les chercheurs. « Alors que les activités aquacoles deviennent de plus en plus efficaces, elles mettent également une pression significative sur les ressources halieutiques en consommant de grandes quantités d'aliments fabriqués à partir de poissons sauvages capturées en mer », ajoutent-ils.

En 2006, la production aquacole se chiffrait à 51,7 millions de tonnes. Dans le même temps, près de 20 millions de tonnes de poissons sauvages étaient capturées pour la production de farine de poisson. « Jusqu'à 5 kilos de poisson sauvage pour produire 1 kilo de saumon, et nous mangeons beaucoup de saumon », ont-ils déclaré.

Les chercheurs dénoncent aussi l’intensification des élevages de poissons herbivores en eau douce comme la carpe chinoise et le tilapia. Ces espèces piscicoles ne mangent pas en principe de protéines animales, mais depuis les années 90, ces élevages considérés généralement plus « écologiques » absorbent des quantités de plus en plus élevées de farines de poisson, dans des proportions moindres dans leur ration alimentaire, mais globalement plus importantes que l’ensemble des élevages d’espèces carnivores.
Philippe FAVRELIERE

Autres articles :

Informations complémentaires :

Photograhie de NOAA

Fermes d'engraissement....

Dans l'attente de la maitrise complète du cycle d'élevage, les thons rouges sont engraissés au large des côtes de Malte...... Voir la vidéo : Les fermes d'engraissement de thon rouge - "The changing oceans expedition" au 133e jour

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Thon rouge : la reproduction en captivité ? (Arte TV)

Comment garantir la survie du thon rouge ? C'est tout l'enjeu la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique (ICCAT), qui se tient cette semaine à Paris. 50 pays sont réunis notamment pour définir les quotas de pêche pour 2011. L'occasion d'une bataille entre les écologistes qui réclament l'arrêt de la pêche industrielle et ceux qui veulent le statut quo comme le Japon, 1er consommateur de thon rouge de la planète.

En Espagne, des scientifiques viennent d'accomplir une première mondiale porteuse d'espoir : ils sont parvenus à faire éclore des œufs de thon rouge, en captivité. Une réussite exceptionnelle car le thon est un poisson migrateur habitué à évoluer en eau vive, qui est très réfractaire à la captivité. Si ces expériences aboutissent, c'est l'espèce qui pourrait être sauvée. Les explications avec Sandrine Mercier et Joseph Gordillo, correspondants d'ARTE Journal en Espagne.

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Interactions entre l’aquaculture et l’environnement

Interactions entre l’aquaculture et l’environnement

Guide pour le développement durable de l’aquaculture méditerranéenne

UICN/FEAP

L’aquaculture est la culture d’organismes aquatiques. Elle englobe celle des Poissons, des Mollusques, des Crustacés et des Plantes aquatiques. Cette culture implique une forme d’intervention dans le processus d’élevage pour augmenter la production, par exemple l’alimentation, la protection contre les prédateurs, etc. La culture implique également la propriété individuelle ou juridique du stock cultivé.

Il est possible de gérer et de minimiser la majeure partie des impacts potentiels de l’aquaculture à condition de connaître les processus mis en œuvre, de pratiquer une gestion responsable et de déterminer correctement l’emplacement des installations d’aquaculture. En conséquence, les guides proposés pour une gestion durable sont des outils essentiels pour les gestionnaires politiques, les techniciens des administrations, les producteurs aquacoles et autres parties intéressées. Ce guide se centre sur les interactions entre les pratiques de l’aquaculture et l’environnement.

  • Guide A : Domestication
  • Guide B : Introduction d’Espèces Marines
  • Guide C : Capture des Stocks Sauvages pour l’Aquaculture
  • Guide D : Ingrédients des Aliments
  • Guide E : Matière Organique dans les Effluents
  • Guide F : Transfert de Pathogènes
  • Guide G : Produits Thérapeutiques et Autres
  • Guide H : Procédés Antifouling
  • Guide I : Effets sur la Faune et la Flore Locales

Pour télécharger le document, cliquer UICN

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Le 17 mars 2012

Impact de l’aquaculture sur les stocks halieutiques

Ian H. Pike, Stuart McDonnel Barlow

International fishmeal and fishoil organisation, 2 College Yard, St. Albans, Herts. AL3 4PA, Royaume-Uni

Les poissons marins d’élevage comme les salmonidés, les poissons plats et les gadidés sont carnivores. Les saumons, par exemple, se nourrissent de façon opportuniste, consommant des poissons de toutes tailles et également des crevettes et du krill (Jacobsen et Hansen, 2000). Beaucoup de poissons d’eau douce sont également carnivores. La farine et l’huile de poisson sont des matières premières qui, hormis leur teneur en eau, sont proches de l’aliment du poisson sauvage carnivore. Mais, si l’on considère l’expansion rapide de l’élevage des poissons carnivores, on peut se poser la question de savoir si l’on est en mesure de continuer à nourrir les poissons d’élevage avec de la farine et de l’huile de poisson produites à partir de poissons sauvages. Les questions traitées dans cette présentation sont les suivantes :

  • les espèces sauvages utilisées pour la production de farine et d’huile sont-elles aujourd’hui une ressource renouvelable ?
  • l’offre de farine et d’huile de poisson va-t-elle s’épuiser avec la croissance de l’aquaculture ?
  • quelles sont les possibilités de remplacement de la farine et de l’huile de poisson ?

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Revue de presse :

L'aquaculture pompe les ressources marines (Nouvelobs)
Pour nourrir les poissons d’élevage, les fermes aquacoles prélèvent une part croissante sur les réserves marines: une tendance insoutenable à long terme.
Consommer des poissons issus de l’élevage plutôt que de la pêche semble a priori un bon moyen de préserver les ressources halieutiques. Pas si simple, soulignent des chercheurs : les quantités de farines et d’huile de poisson utilisées par l’élevage augmentent rapidement et pèsent sur les ressources marines.

Le 9 février 2010

Demain, du thon rouge d'élevage ? (Le Monde)
Car si depuis plusieurs années les chercheurs tentent d'en développer l'élevage, la technique ne sera jamais au point assez rapidement pour remplacer le poisson sauvage. Les chercheurs n'arrivent pas encore à appliquer au thon rouge la recette qui a si bien marché pour le saumon. Pour une première raison très simple : un Thunnus thynnus à l'âge adulte mesure deux à trois mètres et pèse plusieurs centaines de kilogrammes, contre seulement deux à quatre kilogrammes pour un saumon.
Pour accueillir des thons, il faut donc concevoir des cages aux dimensions gigantesques, qui ne pourraient être installées que loin des côtes. "Le thon rouge, pour se développer, a besoin d'une eau plus chaude que le saumon, explique Sadasivam Kaushik, chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA). Or le littoral du sud de l'Europe est déjà très convoité par le tourisme. La seule solution est donc l'élevage en off-shore" ….

La domestication des poissons : le cas du thon rouge (Inra)
Exigences du thon rouge : Comparé aux autres poissons habituellement élevés en aquaculture marine, le thon rouge est une espèce aux caractéristiques très particulières. Le thon rouge est un grand pélagique qui effectue des migrations sur de longues distances telles que la traversée de l’Atlantique, mais on peut le trouver à très faible distance de la côte où il est pêché à la madrague…..

Le 15 mars 2010

Un thon rouge 100% d'élevage développé au Japon pour sauvegarder l'espèce (AFP)
Une entreprise nippone a débuté l'exportation de thons rouge nés et élevés en captivité, une première qui permettrait, affirme-t-elle, de consommer ce poisson sans menacer sa survie dans les océans.
Prisé pour sa chair dégustée crue en sushi, le thon rouge est d'habitude pêché à l'état sauvage notamment dans les océans Pacifique, Atlantique et Indien, ou capturé dans sa jeunesse et nourri jusqu'à l'âge adulte dans des fermes marines avant d'être mangé.
Mais l'entreprise nippone de produits de la mer Burimy a affirmé avoir, pour la première fois dans le monde, fait éclore des oeufs de thons et élevé les petits jusqu'à maturité.
"Notre thon ne porte pas atteinte à l'environnement, nous pouvons contribuer à stopper la réduction des stocks", a déclaré Takahiro Hama, un responsable de cette entreprise basée à Amakusa (sud du Japon).

Le 25 août 2010

Thon rouge : la reproduction en captivité, une avancée de la recherche européenne (Europa)

Des scientifiques de l’UE ont réussi à obtenir des dépôts d’œufs viables de thon rouge atlantique en captivité, par des moyens naturels, sans aucune induction hormonale. Si l’élevage de cette espèce menacée pouvait être développé à une échelle commerciale, la pression exercée sur les stocks sauvages serait nettement réduite. Ce résultat est le fruit de la troisième année de réalisation de SELFDOTT, un projet de recherche financé par l'Union européenne à hauteur de 2,98 millions d'euros et coordonné par l’Institut espagnol d’océanographie (IEO). Les résultats du projet ont fait l’objet d’un film, qui sera diffusé le 26 août dans le cadre de Futuris, l'émission scientifique de la chaîne de télévision Euronews. Mme Máire Geoghegan-Quinn, membre de la Commission européenne responsable de la recherche, de l’innovation et de la science, a déclaré: «Avec le projet SELFDOTT, la recherche financée par l’UE contribue à nouveau à relever les grands défis du monde actuel. Les résultats de ces recherches, s'ils sont commercialisés à terme, permettront d’accroître les ressources alimentaires tout en contribuant à la croissance et à l’emploi, ainsi qu’à la gestion durable du thon rouge.» Selon les chercheurs de l’IEO, ces résultats montrent la capacité du thon à s’adapter, après plus de trois ans de domestication. Dix millions d’œufs au total ont été pondus en une seule journée. L’obtention naturelle d’œufs de thon rouge atlantique en captivité représente un grand pas en avant dans la recherche sur l’élevage de cette espèce et en améliore les perspectives d’exploitation commerciale. Cette commercialisation pourrait contribuer à la gestion durable du thon rouge. L’équipe de SELFDOTT va à présent étudier le développement embryonnaire et larvaire de ces œufs et s'efforcer d'améliorer le taux de survie et la croissance des juvéniles. Le projet vise aussi à mettre au point des aliments durables pour les juvéniles de thon rouge et à établir un protocole pour l'élevage larvaire à l'échelle commerciale.

Contexte : SELFDOTT est un consortium où sont représentés 13 organismes publics, instituts de recherche et entreprises du secteur établis en France (IFREMER, CNRS, université Montpellier 2), en Allemagne (université de Düsseldorf), en Grèce (HCMR), en Israël (NCM-IOLR), en Italie (université de Bari), à Malte (MCFS, Malta FishFarming), en Norvège (Skretting) et en Espagne (université de Cadix, groupe Ricardo Fuentes, IEO, ce dernier assurant la coordination).

L’année dernière, les chercheurs ont réussi à faire se reproduire des thons rouges atlantiques en captivité après stimulation hormonale et ont entamé le travail d'élevage larvaire. L’aquaculture est l’une des réponses les plus prometteuses à l’appauvrissement des ressources alimentaires qui résulte entre autres de la croissance démographique, de la surpêche, de la pollution et des atteintes à l’environnement. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que la production mondiale de l’aquaculture a atteint 63 millions de tonnes en 2006 (pour une valeur de près de 65 milliards d’euros). Elle estime également que, sur les quelque 41 millions de personnes qui travaillent dans le secteur de la pêche, un quart sont employées dans l'aquaculture. Selon les prévisions, la production mondiale de l’aquaculture devrait doubler d’ici à 2045 pour répondre à la demande en poissons et fruits de mer d’une population croissante.

Pour de plus amples informations: www.selfdott.org

Pour voir l'émission Futuris sur SELFDOTT (lien actif à partir du 27 août): http://fr.euronews.net/sci-tech/futuris/

Skretting se prépare pour l'engraissement du thon durable

Des entreprises et des équipes de recherche partout dans le monde travaillent autour de la reproduction et d'élevage du thon rouge en captivité. Skretting ARC et Skretting ont réussi à développer un concept d'alimentation pour ces poissons géants très prisés. Suite….

Le 28 août 2010

Elevages de thon rouge en Europe : bientôt une réalité ? (Jdle)

Le projet de recherche Selfdott, financé par l’Union européenne, se penche depuis plusieurs années sur la reproduction en captivité du thon rouge atlantique. Les scientifiques de l’Institut espagnol d’océanographie (IEO) ont « réussi à obtenir cette année des dépôts d’œufs viables de thon rouge atlantique en captivité, par des moyens naturels, sans aucune induction hormonale », indique un communiqué de l’UE du 25 août. Ces résultats montrent, selon les chercheurs de l’IEO, la capacité du thon à s’adapter, après plus de trois ans de domestication.

L’objectif du programme Selfdott est de réduire la pression exercée sur les stocks sauvages de ce poisson menacé par la surpêche. 2,98 millions d'euros ont été investis pour relever le défi de l’élevage. Car le thon rouge est une espèce aux caractéristiques très particulières, sensible au stress et qui nécessite beaucoup d’attention tout au long de l’année. Il est donc difficile d’obtenir des œufs en captivité, même en petites quantités….

Le 31 août 2010 : Le lobby industriel de la pisciculture en action dans cet article

Thon rouge : une piste d'élevage (Ouest France)

Les scientifiques ont peut-être trouvé un moyen de réduire la pression sur les stocks sauvages. Dans le cadre du projet européen Selfdott (1), coordonné par l'Institut espagnol d'océanographie et financé par l'Union européenne (3 millions d'euros), une équipe de chercheurs a obtenu le dépôt d'oeufs viables de thon rouge atlantique en captivité. Et uniquement « par des moyens naturels, sans aucune induction hormonale. » Máire Geoghegan-Quinn, membre de la Commission européenne responsable de la recherche estime que « les résultats de ces recherches, s'ils sont commercialisés, permettront d'accroître les ressources alimentaires et une gestion durable du thon rouge ». Selon les chercheurs, « dix millions d'oeufs ont été pondus en une seule journée ». L'équipe de Selfdott va s'intéresser maintenant au développement embryonnaire et larvaire de ces oeufs et s'efforcer d'améliorer le taux de survie et la croissance des juvéniles. « Le projet vise aussi à mettre au point des aliments durables pour les juvéniles. »

Pour l'Union européenne, « l'aquaculture est une réponse prometteuse à l'appauvrissement des ressources alimentaires qui résulte de la croissance démographique, de la surpêche, de la pollution et des atteintes à l'environnement ».....

Réaction de Greenpeace : Reproduction du thon rouge en captivité : les avis déthonent (Actu-environnement)

L'UE annonçait la semaine dernière des avancées scientifiques sur la reproduction du thon rouge en captivité. Selon François Chartier (Greenpeace) ce ''progrès'' de la recherche ne ferait que déplacer le problème pour en créer de nouveaux…… Certains caressent donc l'idée de faire reproduire le thon rouge en captivité, afin de réduire la pression sur le thon rouge sauvage tout en continuant d'alimenter le marché. Une idée que partagent les Japonais, plus grands consommateurs de thon rouge, qui déclarent avoir déjà mis sur le marché les premiers thons nés et élevés en captivité. Pour François Chartier, responsable de la campagne Océans à Greenpeace, cela revient à ''se cacher derrière des utopies scientifiques''. ''Heureusement'' pour lui, ''on est encore loin du développement industriel''. Car élever des thons rouges ''causerait de nombreux dommages environnementaux, tant à court terme qu'à long terme, à l'échelle locale que globale''.

''L'élevage déplace la surpêche et crée de nouveaux problèmes'' selon Greenpeace - ''Une idée répandue réside dans le fait que, face à la surpêche, on pourrait passer de la ''cueillette'' à l'élevage. Seulement cela ne fait que déplacer le problème de la surpêche'', analyse le représentant de Greenpeace. Selon lui, pour produire 1 kilo de thon rouge en captivité, il faut 10 kilos de poisson fourrage (maquereau…). ''On va donc aller prélever à grande échelle sur ces populations de poissons et déplacer le problème de la surpêche vers le bas de la chaîne alimentaire. A l'état sauvage, le thon rouge mange de manière opportuniste, selon ses migrations, de manière variée. L'élevage au contraire a de graves impacts sur l'écosystème marin''. Comme toute forme d'aquaculture à grande échelle, l'élevage industriel de thon rouge poserait également des problèmes de pollutions à l'échelle locale. La présence en un seul endroit de populations importantes de poissons entraîne de nombreux rejets (des déjections notamment) et des contaminations. Une forte concentration de poissons peut également entraîner le développement de parasites. L'usage d'antibiotiques est donc très répandu dans l'aquaculture.

''Une réponse prometteuse'', selon la Commission européenne - Pour la Commission européenne, au contraire, ''l'aquaculture est l'une des réponses les plus prometteuses à l'appauvrissement des ressources alimentaires qui résulte entre autres de la croissance démographique, de la surpêche, de la pollution et des atteintes à l'environnement''.

Un avis que ne partage pas François Chartier : ''les marchés de thon rouge sont des marchés très haut de gamme. Or, le thon développé de manière industrielle n'atteindra pas les qualités du thon sauvage, qui est un grand migrateur et a une alimentation variée. Le thon élevé finirait donc sur des marchés en développement, moins exigeants sur la qualité du produit. En finalité, on ne règle pas le problème, on ajoute un nouveau produit sur le marché''.

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Le 24 novembre 2010 : Ferme d'engraissement en Croatie

Thon rouge: les fermes d'engraissement au coeur du système (AFP)

Face aux écologistes réclamant la suspension de la pêche industrielle du thon rouge en Méditerranée, les fermes marines, alimentées par ces navires pour y engraisser ce poisson emblématique, mettent en avant leur "transparence" et affirment protéger les stocks à leur manière. La pêche à la senne, avec des navires allant jusqu'à 40 mètres, sert surtout à alimenter cette aquaculture développée depuis les années 1990 en Méditerranée, Adriatique et dans le Golfe du Mexique. Les thons sont pêchés par centaines de tonnes dans des filets coulissants sur leurs zones de frai où ils migrent en masse pour se reproduire.

Les fermes marines engraissent les jeunes thons rouges de six mois à trois ans pour qu'ils aient la couleur et la teneur en graisse correspondant parfaitement à la demande des gourmets japonais, prêts à payer des dizaines de milliers d'euros pour sa chair raffinée à consommer crue en sushi et sashimi. "Nous engraissons les poissons jusqu'à ce qu'ils atteignent 500 voir 1.000% de leur poids d'origine" à leur arrivée dans les cages précise à l'AFP Karl Petur Jonsson, responsable communication de l'Atlantis Group, société islandaise propriétaire d'une ferme à Zadar (Croatie) sur l'Adriatique. Les poissons y sont engraissés puis surgelés et revendus au Japon et aux Etats-Unis essentiellement, ajoute ce délégué de la Fédération européenne des producteurs d'aquaculture, qui a un statut d'observateur à la réunion de la Commission pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) qui se tient actuellement à Paris. "Comme les thons pèsent 10 ou 12 kg quand on les mets en cage, et que nous les élevons jusqu'à ce qu'ils fassent 90 kg, nous créons donc dix fois plus de biomasse que ce que nous extrayons de la mer", explique Miro Mirkovic, responsable de Kali Tuna, la filiale de l'Atlantis Group en Croatie.

La filière française de la pêche au thon rouge, elle, n'a pas de fermes marines et vend ainsi la totalité des prises des 17 thoniers-senneurs aux opérateurs de cette aquaculture fort rentable en Espagne, à Malte et en Croatie notamment.

"Nos poissons sont les avoirs les plus précieux de notre entreprise" cotée en bourse à New York et servent de "garantie collatérale de la solidité" du groupe auprès des banques, relève encore M. Jonsson. "Nous en prenons donc grand soin" avec l'aide de programmes scientifiques pour l'engraissement et d'un projet avec l'Université de Split pour l'élaboration d'un cycle de reproduction à partir d'oeufs pondus en captivité. En réponse au WWF qui accuse ces fermes d'être des "maisons de blanchiment" pour la pêche illégale car les chiffres sur les quantités de thons engraissés et exportés ne sont qu'estimés et donc incertains, Miro Mirkovic répond: "nous, on ne rate pas le moindre poisson lors de nos comptages" effectués avec des caméras.

Pour le consultant Roberto Bregazzi, le système de la pêche industrielle pour alimenter ces fermes marines a d'abord et surtout un effet désastreux sur le poids moyens de l'espèce à l'état sauvage dans les océans. En 2002, le poids moyen par poisson capturé était 147,22 kg. En 2010, il était tombé à 79,58 kg, selon des documents de la CICTA. "Les femelles matures dont les oeufs sont suffisamment riches pour que les larves soient viables ont quasiment disparues !", déplore le spécialiste. Gabrielle GRENZ (AFP)

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Le 29 juin 2011

Pisciculture : une première mondiale dans l'élevage de larves de bonite atlantique Sarda sarda (Ifremer)

Les chercheurs de la station expérimentale d'aquaculture de l'Ifremer, située à Palavas-les-Flots, ont réalisé une première mondiale dans l'élevage de larves de bonite atlantique Sarda sarda. Ils sont parvenus à leur sevrage précoce en utilisant des microparticules, c'est-à-dire qu'ils ont réussi à les faire passer d'une alimentation vivante à une alimentation inerte dès le 5ème jour après l'éclosion.

Ils ont ainsi ouvert la voie d'une méthodologie d'élevage d'avenir pour cette espèce, basée sur une séquence alimentaire très simplifiée, pratiquement sans apport de microorganismes vivants. Il est désormais possible d'envisager de répondre aux besoins nutritionnels de la bonite avec des aliments inertes (micro-granulés) dès les tout premiers jours de son élevage. Cette réussite est une étape remarquable dans la domestication de cette espèce.

Une première mondiale

Poisson proche du thon, la bonite atlantique mesure jusqu'à 80 centimètres pour environ 3 à 5 kg. Sa chair est très appréciée. Le sevrage précoce de cette espèce a été réalisé, pour la première fois dans le monde, en utilisant des microparticules associées à des rotifères2 dés le 5ème jour après l'éclosion, puis comme seule source alimentaire à partir du 8ème jour. Au 18ème jour (soit le 20 juin dernier), le comportement alimentaire vis-à-vis de ces microparticules était toujours positif et les premiers signes de métamorphose des larves survivantes en juvéniles apparaissaient de manière évidente.

Ce résultat prometteur permet, dés à présent, d'espérer une simplification de la séquence alimentaire, composée habituellement et successivement, du 2ème au 30ème jour après éclosion, de rotifères enrichis, d'Artemia (petits crustacés) enrichis, de larves d'autres poissons, de poissons émincés et finalement, de granulés. Il permet aussi et surtout d'envisager de plus amples recherches sur les besoins nutritionnels des larves durant les tout premiers jours de leur vie. Ainsi, une approche identique sera menée dans les prochaines semaines par la station aquacole de l'Ifremer avec des larves de thon rouge, Thunnus thynnus.

Des recherches menées dans le cadre du projet européen SELFDOTT

Les recherches sur l'élevage de la bonite atlantique sont conduites dans le cadre du projet européen SELFDOTT (from capture-based to SELF-sustained aquaculture and Domestication Of bluefin tuna, Thunnus Thynnus) coordonné par l'Institut Espagnol d'Océanographie (IEO) et cofinancé par le 7ème Programme Cadre pour la Recherche et le Développement de la Commission européenne. Ce projet porte principalement sur le thon rouge mais la bonite atlantique est également étudiée car considérée comme une espèce modèle, ces deux espèces appartenant à la famille des Scombridae.

Les oeufs de bonite et de thon rouge sont fournis par le centre Océanographique de Murcia (IEO) dans le cadre du projet SELFDOTT. L'Ifremer et l'IEO sont partenaires de nombreux travaux dans le domaine de l'aquaculture marine depuis le début des années 1980.

Lancé en 2008, le projet SELFDOTT se termine fin 2011. Pour de plus amples informations sur ce projet : www.selfdott.org

1 Ces microparticules sont des micro-granulés, riches en nutriments, adaptés au potentiel de digestion des larves. L'Ifremer (Unité de Physiologie Fonctionnelle des Organismes Marins du Centre Ifremer Bretagne) a mené des recherches pour le développement de ces microparticules aujourd'hui commercialisées.

2 Plancton animal produit et enrichi avec des aliments réduits en poudre.

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Le 6 septembre 2012

Le mareyeur espagnol Fuentes engraisse les thons rouges en Tunisie

Si en France la vente de quotas attribués de pêche au thon ne s'avère pas possible, la loi autorise cette pratique en Espagne. Le mareyeur Fuentes e Hijos ne se prive pas de l’utiliser. Il a également développé un système qui lui permet de jouer avec d’une part l’activité de pêche et d’autre part celle d’élevage. Il a acquis une ferme aquacole en Tunisie, où le thon capturé peut être engraissé, pour être vendu plus tard. Ceux qui, comme le groupe Fuentes, pratiquent l’élevage au Sud de la méditerranée, peuvent se jouer des règles de l’Union Européenne, qui interdit la capture après la mi-juin.

Pour les thoniers strictement européens, la situation est plus difficile. Ainsi au printemps dernier, la Commission Européenne avait pu sonner la fin de la saison de pêche au thon dès le 14 juin, un mois à peine après son lancement. Les quotas annuels, en baisse, de 5 756 tonnes pour les pêcheurs européens, avaient été atteints. Au Sud, la pêche s’était poursuivie encore 15 jours, alimentant les étals et les fermes aquacoles, où, soupçonnent beaucoup, plus de poisson sort qu'il n'en entre officiellement. D'après Econostrum : Un mareyeur espagnol contourne les quotas de pêche au thon

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Thon rouge : Tunisiens et Libyens échappent aux contrôles ! (Espace Manager)

Au moment où la plupart des thoniers-senneurs de l'Union européenne (UE) ont dû cesser la pêche le 16 juin , Bruxelles jugeant les quotas presque atteints, les flottes libyenne, turque ou tunisienne, en fort développement, ont pu poursuivre jusqu'au 30 juin, date de fermeture décidée par la Commission internationale pour la conservation des thonidés (Iccat), organisme regroupant les pays impliqués dans la pêche au thon rouge.

Dans un article paru au journal français le Point, Un remorqueur italien, Michele Trinca, croisé en mer explique la situation.

Ce dernier, abritant une marchandise de 10 tonnes de thons rouges vivants, dit transporter cette cage, qui a été pêché par des libyens les 25 et 27 Juin, vers la Tunisie, à Mahdia*, où les thons rouges seront engraissés avant d'être vendus à bon prix à des groupes japonais pour confectionner sushis et sashimis.

Le remorqueur a même accepté de montrer à des journalistes et à l'équipe de Greenpeace, qui effectue une mission de surveillance, les documents sur la cargaison de ce poisson menacé par la surpêche.

Certes, tous les pays, sans exceptions, doivent se conformer aux règlements de l'Iccat sur les déclarations de captures et les quotas, mais ceci passe avant tout par une prise de conscience des professionnels des conséquences que pourrait engendrer le phénomène de la surpêche du moment où leurs contrôles ne sont pas sans faille.

Enfin, ce cas de surpêche concerne une cargaison de thons rouges passant de la Libye à la Tunisie mais il ne faut en aucun cas croire que c'est un cas isolé dans les pays impliqués dans la pêche au thon rouge.

E.M

* Le mareyeur qui a acheté ce thon et qui contrôle la ferme de Mahdia est le groupe espagnol "Fuentes i hijos".

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