jeudi 11 juin 2009

Europe : Cap sur l'aquaculture industrielle !

Ostréiculteurs. «On laisse mourir nos entreprises » titre aujourd’hui Le Télégramme de Brest. Les ostréiculteurs français ont vraiment de quoi s’inquiéter pour leur avenir. Les mortalités de jeunes huîtres frappent actuellement l’ensemble des bassins ostréicoles et aucune réponse à ce fléau. Dans sa stratégie de développement de l’aquaculture, la commission européenne s’intéresse principalement à la pisciculture haute technologie pour investisseurs.

Regardez la vidéo sur l’aquaculture en Europe sur Terre TV : Aquaculture - Des opportunités de développement. Ce reportage traduit la vision européenne du développement aquacole pour les prochaines années : une aquaculture compétitive, durable et bien encadrée (bonne gouvernance). La pisciculture intensive y tient une place déterminante, l’ostréiculture est reléguée à la portion congrue (problème de voisinage en Normandie), quant à la mytiliculture, l’activité aquacole la plus importante dans l’Union Européenne, ce reportage n’en parle pas !

Une aquaculture d'investisseurs plutôt qu'une aquaculture d'entreprises familiales

Nous voyons bien vers quel cap la commission européenne veut orienter l’aquaculture de l’Union. Les exemples du reportage en témoignent. L’Union Européenne mise sur le développement de la pisciculture industrielle à l’image de la truitticulture au Danemark avec l’utilisation de nouvelles technologies pour le recyclage des eaux usées (élevage en circuit fermé à haute technologie), et de la salmoniculture en pleine mer en Irlande, comme cet élevage de saumon "bio" de Marine Harvest, une multinationale norvégienne cotée à la bourse d'Oslo, la plus grande société aquacole dans le monde avec une production de plus 350.000 tonnes de salmonidés par an (à titre de comparaison, la production d’huîtres en France est de 130.000 tonnes annuelles pour plusieurs milliers d'entreprises familiales).

Pourtant, ce type de piscicultures industrielles qui concerne des espèces carnivores (saumon, truite, bar, dorade,..) ne résout en rien les problèmes d’approvisionnement des marchés en produits de la mer. Contrairement aux élevages de coquillages qui prélèvent directement leur nourriture dans le milieu naturel, ces élevages de poissons nécessitent l’apport d’une grande quantité de farines de poisson. D’autre part, ces piscicultures sont de véritables « porcheries industrielles » en milieu ouvert, ce qui explique l’opposition de plus en plus forte des autres usagers de la mer, notamment en Norvège : Le poisson d'élevage fait des remous en Norvège (Romandie).

Et ne parlons pas du désastre écologique et humain que vivent actuellement les communautés littorales au Chili, le deuxième pays producteur de saumon d’élevage : Sous les pavés de saumons, une ville chilienne au chômage (Agora Vox).
Philippe FAVRELIERE

Autres articles :
Pour plus d'informations :
  • aquaculture en Europe
  • Etude des performances économiques et de la compétitivité de l’aquaculture de l’Union Européenne (DG Mare – 2008) - Cette étude montre le degré de concentration des activités piscicoles en Europe, et la forte présence des multinationales norvégiennes dans la salmoniculture communautaire...
    Cette étude a pour objectif de chercher à comprendre pourquoi l’aquaculture de l’UE stagne alors que des développements très importants ont lieu dans d’autres parties du monde, et en particulier d’identifier les forces et faiblesses du secteur ainsi que les opportunités et menaces auxquelles il est confronté. Elle a aussi pour but de définir les domaines dans lesquels des actions publiques pourraient être entreprises afin de favoriser le développement du secteur.
    L’étude repose sur une approche micro-économique. Elle n’a pas pour mission de décrire le secteur, mais met l’accent sur les entreprises, l’un des objectifs étant de chercher à identifier les déterminants de la performance économique.

Revue de presse :

Le 23 septembre 2009

Aquaculture : Les piscicultures françaises voient leur production baisser, et s'inquiètent (Sud-Ouest)

L'un des trois plus gros producteurs d'oeufs de truites de France est installé en Béarn. Frédéric Cachelou vient de passer un contrat avec l'Iran, et multiplie les projets
Frédéric Cachelou : un site exceptionnel et un savoir-faire (photos guillaume bonnaud)
Un kilomètre avant d'arriver au village de Sarrance, les bassins se repèrent de la route. Ici, plusieurs dizaines de milliers de truites arc-en-ciel, une variété de poisson appréciée pour sa robustesse et importée d'Amérique du Nord voici un siècle et demi, sont élevés dans une eau limpide. Non pour leur chair, mais pour leurs oeufs.

La pisciculture des Viviers de Sarrance constitue l'un des plus gros centres de reproduction en France. Cette année, 30 à 40 millions d'oeufs devraient y être produits, estime son gérant, Frédéric Cachelou. Tous sont destinés à fournir des élevages situés en France comme à l'étranger.
Un métier très spécifique. « Les truites que l'on élève sont amenées à maturité sexuelle. Elles commencent à pondre à l'âge de deux ans pour effectuer quatre pontes maximum sur trois ans, car celles-ci les fatiguent beaucoup. Les oeufs sont envoyés à nos clients. Puis les femelles réformées partent dans une usine landaise produisant des filets de truite. »

Une source précieuse
En vallée d'Aspe, les Viviers de Sarrance bénéficient d'un environnement exceptionnel pour assurer leur production.
« Nos bassins ne sont pas alimentés par le gave, mais par une source descendant de la montagne. Jadis, cette eau très pure, filtrée par la roche, était utilisée pour laver la laine. Sa première qualité est d'afficher une température constante de 8 degrés, tout au long de l'année ».
« Ajoutez à cela tout un savoir-faire, et une souche de truites sélectionnée depuis plus de vingt ans. Ce qui nous permet d'obtenir un poisson aux performances remarquables. »

Jusqu'en Iran
Expédiés dans des emballages spéciaux, les oeufs de truites sont livrés en priorité à la société landaise des Viviers de France.
Ils partent aussi, en avion, vers des pays comme l'Allemagne ou l'Autriche, gros consommateurs de poissons d'eau douce. Ou encore vers l'Iran avec lequel les Viviers de Sarrance viennent de passer un contrat portant sur 25 millions d'oeufs.
« Ce marché s'est fortement développé depuis deux ans. Dans certaines de ses régions, on trouve de nombreuses piscicultures. »
Des progrès doivent encore être accomplis par l'aquaculture iranienne afin de maîtriser sa production. « Mais ils apprennent vite », reconnaît Frédéric Cachelou. « À tel point que l'on discute déjà de transferts technologiques. Nous leur apportons une partie de notre savoir-faire. Ils nous achètent des oeufs. C'est du donnant-donnant. »
Pour satisfaire toutes les commandes qui leur sont passées, les Viviers de Sarrance envisagent aujourd'hui d'accroître leur production, à cheptel constant. « Nous allons chercher à améliorer les performances de chaque femelle. À terme, l'objectif est de produire entre 60 et 70 millions d'oeufs par an. »
Plusieurs autres pays intéressent également l'entreprise béarnaise qui envisage de moderniser ses installations sur lesquelles travaillent cinq salariés. « Nous nous intéressons aux régions du monde qui ont des montagnes, de l'eau, ainsi qu'une grosse production de truites. C'est le cas de la Turquie. Mais aussi celui des pays himalayens comme l'Inde et la Chine. »

Les combats d'une profession menacée
Chaque année, 7 600 tonnes de poisson sont produites par les pisciculteurs aquitains. Notre région tire plutôt bien son épingle du jeu en matière de sécurité sanitaire (la plupart de ses piscicultures ont obtenu un agrément européen dans ce domaine). Mais les nuages s'amoncellent en France sur la profession.
« Depuis 1997, la production nationale a baissé de 20 000 tonnes », constate Patrice Astre, le président de la Fédération française d'aquaculture. Cette chute est d'abord liée à la concurrence étrangère exercée par les saumons d'élevage norvégiens et chiliens, mais aussi par le panga du Vietnam.
« Des groupes de pression agissent aussi pour bloquer tout projet de création d'aquaculture », dit-il. Avant de déplorer l'image négative dont pâtit une profession qui a pourtant amélioré la qualité de ses élevages en vingt ans, et lancé un « programme propre » pour ses eaux de rejets.
La lourdeur des démarches administratives et des réglementations viennent compléter ce tableau morose. La fédération dénonce en particulier la manière rigoureuse et « monolithique » dont les schémas d'aménagement sont appliqués par les Agences de l'eau, au nom de la protection de l'environnement. Tout comme le problème que cette politique pose pour les repeuplements en poisson. « Le péril est grand pour la pêche de loisirs qui constitue l'une de nos principales clientèles. Alors que, dans le même temps, les poissons importés, de plus en plus nombreux, proviennent de pays où les contraintes environnementales sont quasiment nulles. » Auteur : Jean-jacques nicomette

Le 29 août 2010

L’eutrophisation de la mer Baltique serait aussi liée au développement de la salmoniculture…

Etude de Saikku, L. et Asmala, E. de l’Université d’Helsinki : Eutrophisation de la mer Baltique : le rôle de l'aquaculture des salmonidés, la consommation et le commerce international : La consommation de poisson est en augmentation dans le monde. La surpêche met la pression sur les pêcheries, mais l'aquaculture est considérée comme une alternative pour satisfaire les besoins croissants en produits de la mer. Toutefois, les émissions de déchets provenant de l'aquaculture contribuent à l'eutrophisation et l'élevage de poissons placés en haut de la chaîne alimentaire est inefficace. Dans cette étude, les deux chercheurs analysent l’impact des élevages industriels de truites arc-en-ciel sur la mer Baltique et le phénomène d’eutrophisation… Voir l’étude : Saikku, L. and Asmala, E. Eutrophication in the Baltic Sea : the role of salmonid aquaculture, consumption, and international trade. Journal of Industrial Ecology 14(3): 482-495, 2010.

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