samedi 30 avril 2011

Japon / Tsunami : Comment reconstruire le secteur de la pêche sur 6 milliards d'euros de débris ?

Comment reconstruire le secteur de la pêche et de l'aquaculture sur 6 milliards d'euros de débris ? (*)

C'est la question que se posent actuellement les autorités japonaises devant l'ampleur des dégâts estimés à 6 milliards d’euros dans le seul secteur de la pêche y compris l’aquaculture (1) (à comparer aux 1,5 milliards d’euros de la tempête Xynthia pour l’ensemble des dégâts de la côte atlantique française en février 2010)

Pour en arriver à cette somme colossale, il a fallu que le séisme puis le raz-de-marée touchent en plein cœur l’une des plus riches régions d’aquaculture et de pêche dans le monde. La côte nord-est du Japon est un concentré d'activités halieutiques, des activités de pêche et de cultures marines très diversifiées.... Une production totale de près de 2,8 millions de tonnes (dont 0,5 million de tonnes en aquaculture marine). (France : 0,8 million de tonnes dont 0,2 million en aquaculture marine).

(cliquer sur la carte pour agrandir)

Sanriku, un concentré d'activités halieutiques

Les deux départements les plus dévastés, Iwate et Miyagi produisaient plus de 600.000 tonnes de produits halieutiques chaque année (416.000 tonnes de pêche + 188.000 tonnes d’aquaculture en 2007). Sur les 300 km de côtes de ces deux départements, plus de 200 ports de pêche, près de 30.000 bateaux professionnels, une multiplicité d’activités aquacoles de première importance : ostréiculture (notamment le captage pour l'approvisionnement en naissain des ostréiculteurs de la baie d'Hiroshima au sud de l'archipel nippon), pectiniculture, algoculture, élevage d’ascidies et pacage marin de saumons, d’oursins et d’ormeaux. A comparer avec la Bretagne, première région halieutique française pour une longueur et une configuration comparables à la côte Sanriku (le nom de cette région côtière japonaise caractérisée par des baies et fjords qui ressemblent aux abers bretons).

Principales espèces aquacoles : huîtres, coquilles saint-jacques, algues et ascidies... (2)

En 2007, ces deux préfectures ont fourni 15% de la production aquacole du Japon avec une quantité de 188.000 tonnes (3) sur un total de 1, 242 millions de tonnes au niveau national :

  • 57.000 tonnes d'huîtres sur un total de 204.000 tonnes au Japon,
  • 21.000 tonnes de coquilles saint-jacques sur un total de 248.000 tonnes (produites exclusivement dans deux autres préfectures sinistrées : Aomori, 101.000 tonnes, et Hokkaïdo, 126.000 tonnes),
  • 42.000 tonnes de Wakamé (algue) sur un total de 54.000 tonnes,
  • 16.000 tonnes de Kombu (algue) sur un total de 41.000 tonnes,
  • 30.000 tonnes de Nori (algue) sur un total de 396.000 tonnes,
  • 9.000 tonnes d'ascidie sur un total de 10.000 tonnes au Japon.

A suivre... Les détails de la reconstruction... Mais, comment ?

Il ne faudrait pas que sur les débris du secteur de la pêche, les intérêts privés en profitent pour prendre la place aux coopératives de pêcheurs très importantes dans cette région rurale du Japon !!!

Philippe Favrelière

(*) Pertes estimées à plus de 10 milliards d'euros le 1 juillet 2011

(1) Le total des dégâts : Pêche + Agriculture + Forêt = 15 milliards d'euros sur un total global de 300 milliards de dollars (naturellement tous ces chiffres sont à confirmer)

(2) Le Ministère des pêches japonais n'indique pas dans ses statistiques aquacoles les productions en écloserie/nurserie de saumon, oursin et ormeau dans le cadre de l'aquaculture de repeuplement (pacage marin). Dans cette région, des coopératives de pêcheurs et des centres techniques gèrent des écloseries de saumon, d'oursin ou d'ormeau pour repeupler la mer... Plusieurs milliards de smolts (petits saumons) sont lâchés tous les ans dans les baies et les rivières de la côte nord-est du Japon....

(3) En volume, ces deux préfectures d'Iwate et Miyagi atteignent une production aquacole marine équivalente à celle de la France !

Autres articles :

Photographie de Philippe Favrelière : Mutsu bay (Aomori) - Retour au port de l'éleveur de pétoncle japonais (Patinopecten yessoensis) que la France importe pour plusieurs millions d'euros chaque année. C'est le produit de la mer japonais le plus importé en France loin devant les algues (Nori et Wakamé).

Le 6 juillet 2011

Face à l'ampleur du désastre, le Ministre de la reconstruction n'a pas tenu une semaine !

Comme indiqué sur la carte, la chaleur a gagné les côtes du nord-est (cliquer sur la carte pour agrandir) et les esprits s'échauffent face à la lenteur de la reconstruction....

Nommé il y a à peine une semaine, le ministre de la Reconstruction Ryu Matsumoto a annoncé sa démission après ses propos lors des visites dans les préfectures d’Iwate et de Miyagi (nord-est), durement touchées par les événements du 11 mars. Il avait notamment déclaré devant les médias que le gouvernement japonais allait « aider les municipalités qui amènent des idées mais pas les autres » et que l’Etat « ne ferait rien » à moins que les autorités locales ne s’entendent sur la manière de reconstruire les pêcheries détruites par le tsunami. Un peu plus tard, lors de sa visite au gouverneur de Miyagi, il était arrivé de mauvaise humeur et avait reproché à son hôte de l’avoir fait attendre, refusant de lui serrer la main. « Mes paroles ont été brutales et ont heurté les sentiments des personnes touchées par la catastrophe. Je m’en excuse », a-t-il tout de même déclaré en conférence de presse après sa démission.

Il s’agit néanmoins d’un nouveau coup dur pour le Premier ministre Naoto Kan, dont la cote de popularité atteint déjà des niveaux inquiétants. Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2010, c’est la quatrième fois que l’un de ses ministres est amené à démissionner après des déclarations maladroites. Malgré les protestations et les lettres de menaces qu’il a reçu, le chef du gouvernement se cramponne. Il aura tout de même du mal à ne pas lâcher prise. Source : Le ministre de la Reconstruction Ryu Matsumoto claque la porte (zeegreenweb)

Estimation des pertes toujours en hausse !

Le ministère de l’agriculture a déclaré le 1 juillet 2011 que les pertes dans l’agriculture et la pêche causées par les effets dévastateurs des catastrophes du 11 mars se chiffraient à 2,100.5 milliards de yens (18 milliards d'euros).

Selon les observateurs, ces pertes pourraient être beaucoup plus importantes lorsque les effets des fuites radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi seront inclus.

Les plus grosses pertes concernent la pêche et l'aquaculture, pour un total 1,207.4 milliards de yens (10,3 milliards d'euros). Le tsunami a frappé 319 ports de pêche et a endommagé plus de 21.500 bateaux de pêche depuis Hokkaido jusqu’à Okinawa, d’après les informations du Ministère de l'Agriculture, des Forêts et des Pêches.

Les pertes agricoles, terres inondées et installations agricoles, totalisent 713,7 milliards de yens, tandis que les pertes de l'industrie forestière et des produits agricoles ont atteint respectivement 128,4 milliards de yens et 50,7 milliards de yens, respectivement, a indiqué le ministère. Source :Reffiling: Losses of farm, fishery industries top 2 trillion yen+

Dernières estimations des pertes du 1 juillet 2011, cliquer MAFF

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