samedi 19 mars 2011

Au Japon, l'après tsunami de la pêche !

Entre destruction totale et reprise des activités

Dans le département d'Aomori, le port de pêche de Misawa est ouvert sur l'océan, il n'a pas été détruit ; les pêcheurs sont probablement déjà repartis en mer (image google de gauche).

Le 11 mars 2011, la pêche et les infrastructures portuaires se sont retrouvées en première ligne de l’énorme raz-de-marée qui a frappé la région Tohoku au nord-est du Japon.

Beaucoup de ports de pêche, beaucoup d’usines de transformation, beaucoup de bateaux de pêche, beaucoup d’installations aquacoles ont été détruits… Cependant, les activités halieutiques repartent déjà dans plusieurs ports et le poisson frais revient sur le marché de gros à Sendaï, la capitale du Miyagi.

Le tsunami n’a pas touché les différents ports de pêche avec la même violence…

La configuration et l’orientation de la côte ainsi que les systèmes de protection naturels ou artificiels expliqueraient pourquoi des ports pourtant "abrités" au fond des différentes baies (ou fjords) ont été en grande partie ou totalement détruits dans les deux préfectures les plus sinistrées de Miyagi et Iwate.

Par exemple : les ports de Miyako, Yamada, Kamaishi (image de droite), Otsuchi, Ofunato et Rikuzentakata dans le département d'Iwate et les ports de Minamisanriku et Kesennuma, et la base baleinière d'Ayukawa sur la presqu'île d'Oshika dans le département de Miyagi.

Les ports de Hachinohe (Aomori), de Soma (Fukushima) et de Ishinomaki (Miyagi), dans la même configuration ouverte sur l'océan que Misawa, sont aussi très endommagés !!!

Faut-il continuer de dépenser des milliards de Yens à bétonner les côtes ?

Après les submersions destructrices et meurtrières, les voix commencent à s’élever au pays du soleil levant autour de la protection des côtes…. Faut-il continuer de dépenser des milliards de Yen à bétonner les côtes ? Ou faut-il plutôt développer les moyens d’alerte et de mise en sécurité des populations face au danger ?

A Kamaishi, le brise-lames le plus grand au monde n’a pas protégé la population du raz-de-marée (image google ci-dessus). Achevé en mars 2009, ce mur de « protection » avait été inscrit au Guinness des records pour ses mensurations jamais égalées, 1950 m de long pour 63 m de profondeur. Cet ouvrage qui a coûté la bagatelle de 1,5 milliard de US$, n’aura fait qu’illusion face à la force du tsunami !... Ce qui laisse perplexe les chercheurs… « Cela va nous obliger à repenser notre stratégie », a déclaré Yoshiaki Kawata, spécialiste de la gestion des catastrophes à l'Université Kansai à Osaka et directeur d'un centre de prévention des catastrophes à Kobe. « Ce genre de matériel n'est tout simplement pas efficace. »

Tout le long du littoral, les digues sont généralement construites pour protéger en premier les zones habitées. Ce qui n'est pas sans poser de problèmes.... Les digues de béton ont tendance à restreindre l'accès à la mer et à cacher la vue sur l'océan…. Les écologistes et les responsables du tourisme décrivent les digues comme des « chancres ». Les pêcheurs sont également parmi leurs plus féroces opposants aux digues, se plaignant qu'ils ont besoin de voir la mer depuis leurs maisons. Source : The Times : Seawalls Offered Little Protection Against Tsunami’s Crushing Waves (Les digues offraient peu de protection contre les vagues destructrices du Tsunami)

A Misawa, les pêcheurs recollent les morceaux avant de repartir en mer...

Dans ce port ouvert sur l'océan, les pêcheurs de la coopérative locale ont pu sauver une grande partie de la flottille. Quelques minutes après le séisme, des pêcheurs avaient mis à l'abri plusieurs bateaux en les sortant du port !... 34 navires ont ainsi échappé au raz-de-marée et n’ont pas été fracassés dans le port…. Bilan : Plus d'une trentaine de bateaux restés à quai endommagés ! Situé à 20 km plus au sud, le port de pêche d'Hachinohe aurait été plus touché...

Mercredi 16 mars 2011, les pêcheurs de Misawa étaient dans l'attente de repartir en mer... Les principales espèces débarquées à Misawa sont : Calmar, saumon, plie, sole, crabe et coquillage (dont clam de Sakhaline Pseudocardium sachalinense).

Les bateaux coulés dans le port ont été renfloués. Les membres du syndicat des femmes de la pêche ont récupéré et trié les documents et papiers dans les bureaux de la coopérative de pêcheurs. Pour plus d'informations et images : Misawa, port de pêche dévasté par le tsunami et Misawa renfloue ses bateaux de pêche.

Les habitants d’Ofunato sous le choc....

L'après séisme à Ofunato, une ville côtière située dans le département d’Iwate. Depuis sa fondation le 1 avril 1952, Ofunato a été frappé par plusieurs tsunamis, notamment celui provoqué par le tremblement de terre de Valdivia au Chili le 22 mai 1960. Ofunato est également assez proche d'un volcan sous-marin, et souffre de fréquents tremblements de terre (d'après wikipedia)….


A Minamisanriku, la baie encaissée donnait l’impression d’être protégée

A Minamisanriku, la baie encaissée et protégée de murs de protection donnait pourtant l'impression d'être protégée des intempéries…

La moitié des 17.000 habitants de la ville sont portés disparus depuis que l'océan a déferlé sur elle, en milieu d'après-midi, quelques minutes après le plus puissant tremblement de terre de l'histoire du Japon. Il ne reste plus rien ou presque, sur environ un kilomètre à l'intérieur de cette vallée encaissée, qui donnait pourtant l'impression d'être protégée des intempéries….

Les autorités avaient bâti des murs de protection après un premier tsunami, il y a quelques décennies. Mais celui de vendredi dépassait l'imagination et la capacité des structures en place. «Il y a cinquante ans, le tsunami faisait 5,2 mètres de haut» dit-il. «Mais cette fois, le tsunami a duré plus longtemps et était deux fois plus puissant». «Je me souviens que la dernière fois, le tsunami était venu jusqu'à la mairie. Et tout le monde pensait que cette fois, ils seraient en sécurité derrière le bâtiment. Mais cette vague-là est passée par-dessus la mairie». La bâtisse de fait, a été rasée. La Charente Libre : Minamisanriku, ville engloutie

Autres articles :


===== Lundi 11 avril 2011 =====

Au Japon, le gouvernement veut lancer la reconstruction de la pêche ou la reconversion forcée !

Presque un mois jour pour jour après la catastrophe qui a dévasté le nord du pays, le premier ministre japonais s'est rendu dans le port de pêche d'Ishinomaki dans le département de Miyagi (Photo de la Nasa après le séisme/tsunami). Il a promis aux sinistrés de ne pas les abandonner. 22.000 soldats ont par ailleurs été mobilisés pour retrouver les corps des victimes encore disparues. La pêche dans les zones côtières devrait reprendre rapidement et quelques 70.000 habitations devraient être livrées aux sinistrés dans le nord-est.

«Nous ne vous abandonnerons pas», a promis le premier ministre Naoto Kan ce dimanche aux sinistrés du nord-est qui ont tout perdu dans la catastrophe du 11 mars, lors de sa deuxième visite sur le terrain depuis un mois.

Gravement endommagé par le tsunami géant qui a suivi le tremblement de terre de magnitude 9, le grand port de pêche d'Ishinomaki illustre l'état désastreux des zones côtières japonaises. Sur les 163.000 habitants que comptait la ville avant la catastrophe, 2653 sont morts et 2770 sont portés disparus, selon un bilan toujours provisoire. «Il y a 17.000 personnes dans les centres d'accueil et la plupart ne récupèreront jamais leur domicile», a expliqué le maire de la ville, qui a réclamé la construction «le plus tôt possible» d'habitations temporaires pour ces milliers de sans-abri.

Relancer la pêche côtière - «Le gouvernement va tout faire en priorité pour que la pêche côtière puisse reprendre au plus vite», a indiqué le premier ministre aux pêcheurs. Mais la pollution radioactive dégagée par la centrale accidentée de Fukushima risque d'aggraver encore la situation des agriculteurs et des pêcheurs du nord-est. Plusieurs produits agricoles sont déjà interdits de vente dans les préfectures entourant la centrale et des tests effectués sur les poissons ont révélé un taux anormal de césium dans une sorte de petite anguille de sable.

Reloger les sinistrés - Alors que des milliers de sinistrés vivent encore dans des abris, les autorités locales réclament qu'ils soient relogés « le plus tôt possible ». Fort de ses demandes, le gouvernement a estimé qu'après près d'un mois de deuil, le pays pouvait entamer sa reconstruction. Le Premier ministre a ainsi promis la construction de 70.000 habitations dans le nord-est où 150.000 personnes sont encore hébergées dans des centres.

Un comité spécial chargé d'organiser les travaux dans le Tohoku doit être mis en place officiellement lundi, jour anniversaire de la catastrophe. Naoto Kan devrait quant à lui, lors d'une conférence de presse, appeler la population à consommer davantage pour soutenir l'économie du pays. (Source : Reuters)

Ou la reconversion forcée de milliers de pêcheurs

Les massifs rejets d'eau radioactive dans la mer bordant la côte semblent avoir des effets plus lourds que les autorités ne l'avaient initialement envisagé. Des experts s'inquiètent déjà d'un bouleversement des habitudes alimentaires des Japonais et de la reconversion forcée de milliers d'agriculteurs et de pêcheurs…

Contamination de la nourriture

La population japonaise n'a jamais cédé à la panique tout au long de la crise, mais elle s'inquiète de plus en plus de la contamination sur le long terme des légumes, fruits, viandes et produits de la mer provenant des environs du site dévasté. Vendredi, le gouvernement a annoncé qu'il allait lever les restrictions de vente de certains produits frais imposées fin mars à des agriculteurs travaillant dans les environs de la centrale. Le message rassurant n'a toutefois pas convaincu toute la population qui a appris, le même jour, que le ministère de l'Agriculture allait interdire la plantation de riz dans les sols contaminés de la région de Fukushima. Le ministère doit aussi lutter depuis quelques jours contre la méfiance des consommateurs nippons, traditionnellement obsédés par la qualité de leur nourriture et de leurs sushis, à l'encontre des fruits de mer du littoral.

Réputation entachée

En peinant à définir les contours précis de la contamination de ses territoires, le gouvernement japonais risque de s'exposer à la méfiance croissante de ses partenaires commerciaux qui ont déjà décrété, parfois sans aucune justification rationnelle, des embargos sur une partie de ses exportations. La semaine dernière, la Corée du Sud s'est ainsi offusquée publiquement de n'avoir pas été informée des rejets, par l'électricien Tepco, d'eau radioactive dans l'océan Pacifique. Pékin a, elle aussi, multiplié les mesures de « protection » et élargi au cours du week-end leur embargo sur les denrées alimentaires provenant de l'Archipel. Plus d'une cinquantaine de pays restreignent désormais la pénétration sur leurs marchés de produits alimentaires japonais que Tokyo déclare pourtant « sains ».

Si la mesure ne fera pas de tort à la croissance du Japon, qui exporte très peu de produits agricoles, elle contribue à détériorer l'image globale du « made in Japan » construite au fil des décennies sur une réputation de qualité. Source : Les Echos : Le Japon est installé dans une crise de longue durée

====== 14 juin 2011 ======

Au Japon, il n’y a pas que le thon rouge et ses sushis, il y a aussi le balaou...

Au Japon, il n’y a pas que le thon rouge et ses sushis, il y a aussi le balaou, le fameux Sanma, un poisson populaire très apprécié des japonais dont le pays était autosuffisant avant les catastrophes du 11 mars 2011.

Le séisme puis le tsunami ont frappé le cœur névralgique de cette pêcherie d’importance nationale avec des débarquements compris entre 200.000 et 300.000 tonnes selon les années. Ports et bateaux de pêche détruits, chambres froides dévastées, le Japon doit importer dans l'urgence une grande quantité de balaou depuis les pays voisins, Chine et Taïwan.

3 mois jour pour jour, après le tsunami dévastateur du 11 mars 2011, le Japon fait ses comptes dans le recueillement, en souvenir des morts et disparus comme dans le port de pêche d’Ishinomaki durement touché : Fishermen remember victims 3 months after disaster, mais aussi dans l’inquiétude des pêcheurs proches de la centrale nucléaire de Fukushima, dont les réacteurs détruits continuent de contaminer l’atmosphère et l’eau de mer, et dans la colère devant la lenteur de la reconstruction dans les zones côtières du Tohoku (nord-est) ravagées cet après-midi du 11 mars par un séisme de magnitude 9 et des vagues énormes qui ont tout détruit sur leur passage, faisant plus de 15 000 morts et quelque 8000 disparus : colère et désespoir trois mois après la catastrophe

3 mois après, le Japon fait ses comptes (en quelques chiffres) :

  • Le Japon pleure ses morts et disparus au nombre de 23.500,
  • Le Japon évalue la reconstruction dans la zone côtière du Tohoku, recouverte de 25 millions de tonnes de débris et quelque 16 millions de tonnes de boue, à près de 250 milliards d’euros,
  • Le Japon estime la renaissance de la pêche et de l’aquaculture du nord-est, plus de 21.000 bateaux de pêche détruits ou endommagés dans 319 ports à reconstruire, 30% de l’ostréiculture japonaise, 90% de l’algoculture nationale, à près de 8 milliards d’euros (dernière évaluation de l'agence des pêches au 10 juin 2011).

Et tout ceci avec la menace nucléaire en toile de fond....

En manque de Sanma, le poisson bleu de l'automne.... Suite Ici

====== 15 juin 2011 ======

3 mois après : A Ishinomaki, le port n’est plus l’ombre de ce qu’il a été

Grand port au nord de Sendai, Ishinomaki a le triste privilège d’être la ville qui a compté le plus grand nombre de victimes suite aux catastrophes du 11 mars : 6.000 morts ou disparus, sur les 163.000 habitants de la ville. Si les rues ont été dégagées et les maisons qui tenaient ont été réoccupées, les séquelles sont encore visibles : la marée pénètre en ville à cause de l’affaissement du terrain et les industries portuaires et la pêche du secteur sont sinistrées…

Comme ailleurs, le paysage y est désolé. Plus d’entrepôts derrière les quais. Des rues qui ne desservent plus rien. Les secteurs touchés ont été dégagés de leurs débris. Mais le poumon de la ville est toujours presque sans vie.

Dans le secteur, c’est l’industrie de la pêche qui a souffert le plus. Nombreuses sont les embarcations légères qui jonchent les routes et les talus des villes de cette côte. Réputé pour ses sushis et ses oursins, le secteur d’Ishinomaki ne produit plus rien.

Entre les pêcheurs décédés et ceux qui n’ont même pas retrouvé leurs embarcations, presque plus personne ne prend la mer. Quelques gros navires de pêche sont tout de même à quai, visiblement intacts. Mais c’est parce qu’après le tremblement de terre, leurs équipages s’y sont précipités pour les emmener au large, au devant du tsunami, au risque de leur vie.

Face à cette situation, les indemnisations traînent. De nombreux pêcheurs n’avaient pas assuré tout leur matériel, et il leur faudra des années pour le reconstituer. Le pire, c’est que l’an dernier, une violente tempête a touché ce rivage et que certains d’entre eux venaient tout juste de s’en relever.

Plus que tout autre agglomération, Ishinomaki a souffert de la catastrophe : configuration du terrain et de la ville, densité de population, difficultés de circulation. Le tsunami a piégé de nombreux habitants qui tentaient de fuir. Au total, 6.000 personnes sont mortes ou disparues, le plus lourd bilan de la côte. Source : Ishinomaki, la ville martyre (France Info)

====== 6 juillet 2011 ======

Face à l'ampleur du désastre, le Ministre de la reconstruction n'a pas tenu une semaine !

Comme indiqué sur la carte, la chaleur a gagné les côtes du nord-est (cliquer sur la carte pour agrandir) et les esprits s'échauffent face à la lenteur de la reconstruction....

Nommé il y a à peine une semaine, le ministre de la Reconstruction Ryu Matsumoto a annoncé sa démission après ses propos lors des visites dans les préfectures d’Iwate et de Miyagi (nord-est), durement touchées par les événements du 11 mars. Il avait notamment déclaré devant les médias que le gouvernement japonais allait « aider les municipalités qui amènent des idées mais pas les autres » et que l’Etat « ne ferait rien » à moins que les autorités locales ne s’entendent sur la manière de reconstruire les pêcheries détruites par le tsunami. Un peu plus tard, lors de sa visite au gouverneur de Miyagi, il était arrivé de mauvaise humeur et avait reproché à son hôte de l’avoir fait attendre, refusant de lui serrer la main. « Mes paroles ont été brutales et ont heurté les sentiments des personnes touchées par la catastrophe. Je m’en excuse », a-t-il tout de même déclaré en conférence de presse après sa démission.

Il s’agit néanmoins d’un nouveau coup dur pour le Premier ministre Naoto Kan, dont la cote de popularité atteint déjà des niveaux inquiétants. Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2010, c’est la quatrième fois que l’un de ses ministres est amené à démissionner après des déclarations maladroites. Malgré les protestations et les lettres de menaces qu’il a reçu, le chef du gouvernement se cramponne. Il aura tout de même du mal à ne pas lâcher prise. Source : Le ministre de la Reconstruction Ryu Matsumoto claque la porte (zeegreenweb)

Estimation des pertes toujours en hausse !

Le ministère de l’agriculture a déclaré le 1 juillet 2011 que les pertes dans l’agriculture et la pêche causées par les catastrophes du 11 mars se chiffraient à 2,100.5 milliards de yens (18 milliards d'euros).

Selon les observateurs, ces pertes pourraient être beaucoup plus importantes lorsque les effets des fuites radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi seront inclus.

Les plus grosses pertes concernent la pêche et l'aquaculture, pour un total 1,207.4 milliards de yens (10,3 milliards d'euros). Le tsunami a frappé 319 ports de pêche et a endommagé plus de 21.500 bateaux de pêche depuis Hokkaido jusqu’à Okinawa, d’après les informations du Ministère de l'Agriculture, des Forêts et des Pêches.

Les pertes agricoles, terres inondées et installations agricoles, totalisent 713,7 milliards de yens, tandis que les pertes de l'industrie forestière et des produits agricoles ont atteint respectivement 128,4 milliards de yens et 50,7 milliards de yens, respectivement, a indiqué le ministère. Source :Reffiling: Losses of farm, fishery industries top 2 trillion yen+

Dernières estimations des pertes du 1 juillet 2011, cliquer MAFF

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Le 11 mars 2012

Ishinomaki : 1 an après, un sentiment d’abandon....


Cette ville de 160.000 habitants compte près de 4.000 morts sur un total 19.000 morts (et disparus) dans le pays. Le port de pêche d'Ishinomaki avec une production de près de 100.000 tonnes se classait parmi les 5 premiers de l'archipel nippon....

Un sentiment d'abandon que résume cette formule d'un sinistré : "Nous sommes des prisonniers de geôles sans barreaux qui ignorent combien de temps ils ont encore à tirer." Il vit dans le même lotissement de logements provisoires que Mme Takeda, bâti sur un terrain destiné à recevoir une zone industrielle, coupé de routes sur lesquelles foncent des poids lourds.

Il y a peu de travail, et le départ des jeunes aggrave le vieillissement des régions affectées : 41.000 personnes ont quitté les préfectures de Fukushima, Iwate et Miyagi. Cet exode prend une dimension particulière à Fukushima, où la crise nucléaire a porté un coup supplémentaire aux victimes du tsunami - et à bien d'autres qui vivaient pourtant loin de la côte. La majorité (31.000 personnes) de ceux qui ont quitté les régions sinistrées vivait dans cette préfecture.

A Minamisoma, dont la partie sud se trouve dans les zones des 20 km interdits d'accès autour de la centrale, 43 000 personnes sur 51 000 sont parties, et 7 000 personnes vivent dans les logements provisoires : "Jusqu'à quand ?, interroge Kyoko Kumai. Je ne suis plus bien jeune pour attendre ainsi. " Les plus âgés ont peur de se retrouver isolés dans de grands ensembles : ce fut le cas à Kobé, après le séisme de 1995. Le taux de suicides y fut élevé. Depuis le 11 mars, 1 300 victimes du tsunami se sont donné la mort.

Les raisons des départs ne se limitent pas à la menace radioactive : les perspectives d'emploi sont limitées, sauf dans le bâtiment, mais les activités telles que l'agriculture et la pêche périclitent. A Ishinomaki, les pêcheurs peinent : les prises ne dépassent pas le quart de ce qu'elles étaient avant la catastrophe.

Le long de la côte, en remontant vers le nord, les routes ont été dégagées, et par endroits des tapis de débris amoncelés barrent la vue sur plusieurs mètres de hauteur et des centaines de longueur. Ailleurs, on tombe sur des entassements de carcasses de voitures ou des bâtiments éventrés aux squelettiques charpentes d'acier tordues devant lesquels un petit autel bouddhique a été dressé avec des fleurs et quelques offrandes. Certaines agglomérations ont disparu : ce ne sont plus que des "lieux-dits".

Au fond de sa crique, Shirahama, à une trentaine de kilomètres d'Ishinomaki, était une bourgade de pêcheurs. C'est devenu un terre-plein vide face à la mer, dans un paysage d'îlots rocheux et de pinèdes tel qu'on en voit sur les estampes. Le village ne sera jamais reconstruit. Le lieu est trop dangereux.

Dans le petit port voisin d'Ozaki, une dizaine de familles de pêcheurs ont reformé une communauté. Au fond de la baie, entourée de collines, la petite agglomération n'a eu qu'un mort. "Les familles ont fui sur les hauteurs, et nous, nous sommes partis en mer pour éviter la vague : en dix minutes à plein moteur, on est assez loin, et la moitié des bateaux ont été sauvés", rappelle Katsuya Sasaki. Un tiers des familles sont restées. Les hommes pêchent des algues (dont raffolent les Japonais), que les femmes préparent sur le quai avant de les faire bouillir dans des baquets chauffés à l'électricité. "On a nettoyé par nous-mêmes, et le département nous a fourni des équipements." Là, la communauté n'a pas éclaté, et la vie a repris. Ailleurs, ce n'est pas le cas, et beaucoup de pêcheurs sont devenus manoeuvres.

Katsuya Sasaki a de la chance : il vit dans une maison neuve sur une hauteur. Elle fait partie d'un projet du département d'architecture de l'université Kogakuin à Tokyo et d'une entreprise de construction locale qui, avec des charpentiers des environs, a construit onze maisons de bois de style traditionnel. Certes, une goutte d'eau, compte tenu des besoins : "Nous voulions montrer que, plutôt que des logements provisoires à 5 millions de yens l'unité destinés à être détruits deux ans après, il était préférable de construire aussi vite des habitations permanentes en utilisant des techniques traditionnelles pour un coût de 9 millions de yens", explique Shinichi Sekiya, de l'université Kogakuin. Le projet a été financé par des donations.

Des plans de reconstruction sont prêts, mais le gouvernement central ne prend pas de décision. "On ne peut rien faire, à cause des retards au niveau gouvernemental", reconnaît-on à la mairie d'Ishinomaki, aujourd'hui installée dans les locaux d'un ancien grand magasin. Dans la population, ces projets suscitent plus de doutes que de certitudes. Seiichi Nagashima, propriétaire de la pâtisserie Kasaya, à Ishinomaki, aimerait bien relancer son activité au même endroit, mais "le projet de reconstruction prévoit l'installation d'une digue de 5 mètres de haut, dont le tracé passe juste devant le magasin".

La reconstruction se concentre sur les grandes villes, à commencer par Sendai (1 million d'habitants) : le taux d'occupation des hôtels a augmenté de 10 % au cours des derniers mois. Certes, affectée dans sa partie proche de la mer, Sendai ne paraît guère une ville frappée par un désastre, avec ses boutiques de luxe et ses restaurants qui font salle pleine. Une animation qui contraste avec la situation des villes côtières de moindre importance, qui se dépeuplent.

Près de 20 000 morts et disparus

Victimes Le séisme et le tsunami ont fait 15 846 morts (bilan établi au 7 février 2012) et 6 011 blessés, 3 317 personnes restant portées disparues. Selon les autorités japonaises, aucun décès n'est imputable aux radiations dues à l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Six employés sont morts : deux tués par le séisme et le tsunami, deux autres victimes d'un arrêt cardiaque et deux d'une leucémie aiguë et d'un choc septique.

Réfugiés Le tremblement de terre et la vague géante ont mis à la rue plus de 340 000 réfugiés, pour lesquels 53 000 logements provisoires ont été construits.

Destructions La double catastrophe a détruit totalement 130 000 bâtiments et partiellement plus de 900 000 autres. Dans les trois préfectures les plus touchées (Fukushima, Iwate et Miyagi), les décombres représentent 22 millions de tonnes.

Source : Le Monde. Le Japon, l'année d'après la vague

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