La Rochelle. Bon débarras ! les pêcheurs


En exposant cette carcasse de dauphin sur le Vieux port, panthéon de la pêche rochelaise, Sea Shepherd contribue à discréditer les pêcheurs en prenant à témoin les touristes de passage !(1)

Intimidation des ONG conservationnistes, politique municipale du tout tourisme, politique néolibérale de la France et l'Europe, des actions qui petit à petit contribuent à déconsidérer le métier de pêcheur-artisan.

Du balai et du crayon, les coups mortifères de deux maires

Au début des années 1990, Michel Crépeau donne un grand coup de balai dans la pêche rochelaise en l'éloignant du cœur historique de la ville, définitivement vouée au tourisme. Pêcheurs et mareyeurs quittent Vieux Port et Bassin des Chalutiers pour être installés à l'autre bout du territoire communal, du côté du port de commerce, dans le port flambant neuf de Chef de baie. Ce transfert porte un coup cinglant à la pêche rochelaise qui depuis ne s'en est jamais remise ; l'activité s'effondre peu à peu reléguant La Rochelle dans le peloton des petits ports de pêche de l'hexagone... Pendant ce temps, La Cotinière sur l'île d'Oléron se hisse à la 5ème place des ports français (en CA).

Le transfert du port de pêche a fait couler beaucoup d'encre...


Tous les professionnels se souviennent des joutes verbales entre Michel Crépeau, maire de La Rochelle et Gérard Cognacq, directeur de la criée "Encan". Dans une interview au journal Le Monde Gérard Cognacq exprimait son opinion sur ce projet de transfert du port en 1990 : « Soyons réalistes, dit-il, nous n’avons pas les moyens de faire le port le plus moderne d’Europe. Beaucoup de mareyeurs ne pourront assumer l’augmentation de la location et les taxes supplémentaires. Il y aura aussi des compressions de personnel. Il fallait choisir de rénover, moderniser la criée… ». Il ajoutait : « Tout ça, c’est une histoire politique. En centre-ville, le port gêne l’aménagement et le tourisme … ». (2)

Deux décennies plus tard, Jean-François Fountaine enfonce le clou. Cap sur le tourisme et la plaisance ! Ravaler la façade et révéler la meilleure image de la ville aux millions de visiteurs quitte à donner de grands coups de crayon sur le passé. Rien ne semble l'arrêter, même si une fois il se ravise face à la réaction des habitants toujours très attachés au monde de la pêche quand il veut effacer d'un trait l'histoire glorieuse de la pêche rochelaise en débaptisant le bassin des chalutiers : «  Jean-François Fountaine souhaite changer le nom du bassin en raison des dégâts provoqués par les chaluts sur les ressources halieutiques... » (Sud Ouest du 20 janvier 2015) (3). Devant le tollé de la population, des familles qui ont vécu pendant des générations de la pêche, de la transformation et de la vente du poisson, ce « capitaine » de l'industrie nautique doit reculer. Les rochelais auraient pu lui rétorquer que lui aussi gagne sa vie en construisant des Trawlers (chalutiers) (4) dans son chantier naval du quartier de Port-Neuf.

Dernière apparition de bateaux de pêche dans le Vieux port de La Rochelle, le 2 décembre 2014

Ce menu végétarien qui ouvre l’appétit des lycéens à la fausse viande

Depuis début novembre, et comme dans tous les établissements scolaires, le lycée Dautet est passé au menu végétarien. La loi Egalim (5) (votée fin 2018 à l’issue des États généraux de l’alimentation) impose un menu végétarien à la cantine du midi, une fois par semaine : « Ce mercredi midi, c’est tartiflette aux légumes, au self du lycée Dautet à La Rochelle. Ne cherchez pas un lot de consolation sous forme d’une tranche de pâté, ce mercredi, tout est vert – ou presque – dans l’assiette.... L’établissement n’a pas attendu la loi pour expérimenter progressivement les repas sans protéines carnées mais il y avait souvent le choix. Cette fois, au moment de passer au self, les viandards ne pourront plus y couper. » (6)

Dans un article très documenté « Quand la conservation de la nature sert de couverture aux technosciences mortifères » (7) paru récemment dans Médiapart, Françoise Degert montre le lien entre ONG conservationnistes et nourriture artificielle. Elle explique : 

« Bill Gates, Richard Branson, de grandes multinationales telles que Tyson Giants et Cargill, ont apporté quelques dizaines de millions de $ en quelques années pour favoriser la création du premier steak à base de protéines in vitro. Ce type de protéines intéressait particulièrement la NASA. En 2013, Mark Post et son équipe (Pays-Bas) ont présenté ce "Frankenburger" à Londres. Sa production en série nécessite encore quelques mises au point mais le "Frankenburger" devrait rejoindre la restauration rapide dans les deux ans qui viennent. »

« Grâce aux dernières trouvailles de la biologie, cette soupe primaire sert aussi à faire des oeufs, de la viande, du poisson et on peut même en extraire des glucides. C'est aux yeux de George Monbiot, ex journaliste de la BBC, le Saint-Graal de l’alimentation humaine. Plus besoin d’agriculture et d’élevage, la « nourriture sans ferme » va sauver la planète, terre et océans inclus. La nature sauvage va enfin pouvoir de nouveau prospérer dans la biosphère libérée des activités de l’ancien monde. En attendant d’être sauvés par la technologie, il exhorte prudemment les humains à devenir végétariens (ou vegans, cela reste imprécis). »

Les manifestants contre la réforme de la retraite passent sous la coquille saint-jacques sculptée sur la façade de la Coursive (autrefois criée aux poissons)

Main basse sur les ressources naturelles en trois actes

Françoise Degert poursuit : « Les pourvoyeurs de ressources naturelles sont la terre et les océans. Il est temps, pour les géants de l'agro-alimentaire, de la pêche, et autres industries, de les exploiter directement. A l'échelle planétaire, les marchés de détail de la nourriture représentaient 3 billions de $, et un gagne-pain de 2,6 milliards de $ pour les agriculteurs en 2004. Voilà de quoi ouvrir les appétits. Pour mettre la main sur ces marchés, ces géants et ces riches investisseurs disposent d'un atout de poids : la recherche technologique des acteurs de la Silicon Valley et autres start-up qui fleurissent un peu partout dans le monde.

Acte 1 : les géants de l'agro-alimentaires fabriqueront de la nourriture synthétique pour les humains comme ils le font déjà pour les animaux avec les croquettes pour chiens par exemple.

Acte 2 : les mêmes s'apprêtent à remplacer les agriculteurs et les éleveurs par une main-d'oeuvre bon marché guidée par l' "intelligence artificielle" et les technologies de pointe en communication.

Acte 3 : grâce à la biologie de synthèse, on fera pousser dans nos champs des plantes qui se transformeront en caoutchouc, en chocolat ou autres et remplaceront les matières premières industrielles autrefois importées. Il est aussi question de rendre les terres incultes productibles.

Les trois actes se déroulent déjà actuellement, dans le désordre, parfois simultanément. »

Philippe Favrelière

Autres articles :
(3) La Rochelle : pas question de débaptiser le bassin des Chalutiers

La Rochelle : le maire veut débaptiser le bassin des Chalutiers. Jean-François Fountaine souhaite changer le nom du bassin en raison des dégâts provoqués par les chaluts sur les ressources halieutiques

(4) Trawler Fountaine Pajot en vente

(5) #EGalim : ce que contient la loi Agriculture et Alimentation

(7) Quand la conservation de la nature sert de couverture aux technosciences mortifères
https://blogs.mediapart.fr/francoise-degert/blog/040220/quand-la-conservation-de-la-nature-sert-de-couverture-aux-technosciences-mortiferes?fbclid=IwAR1RThED0pkqwU1ZuK3IkYm0_1vUerZUHIvOTU7ma_TItD3NIi5xF6wzpj0

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