mardi 19 juillet 2011

Anchois du Pérou, enjeu de tous les trafics !!!

Anchois du Pérou, enjeu de tous les trafics !!!

L'anchois du Pérou, plus grande pêcherie dans le monde, est considéré comme l'une des ressources halieutiques les mieux "surveillées". L'anchoveta (ou anchois du Pérou) est exploité selon le système des Quotas Individuels Transférables (QITs).... Cependant, ce petit pélagique est l'enjeu d'intérêts économiques importants, des incitations commerciales qui passent au-dessus de toute considération de protection de la ressource.

L'envolée des cours internationaux de la farine de poisson donne une très grande valeur à l'anchois du Pérou qui contribue à plus du quart de la production minotière dans le monde. L'explosion des prix attise les convoitises et favorise tous les trafics....

A méditer à un moment où la Commission Européenne veut imposer les QITs pour résoudre les problèmes de surpêche et des rejets en mer dans les eaux communautaires concernées aussi par la pêche minotière... (lire : Pêche minotière, une activité halieutique hors normes)

Jean-Yves Le Drian soulève la question minotière dans la réforme de la PCP

Président de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian alerte sur trois points de la réforme de la politique commune de la pêche (PCP). «Les concessions de pêche transférables» (ou QITs ndlr), qui aboutiraient à la mort de la pêche artisanale. «Le débarquement des captures» ou la procédure de «Zéro rejet», qui dissimule le développement des industries minotières et la transformation des ressources en farines animales. Enfin, «La régionalisation accrue»: la gestion des stocks va être de plus en plus traitée par les États. Les bassins maritimes auront peu de poids. «En Bretagne, ce sont 10% à 20% de 10.000 emplois directs embarqués, environ, qui seront supprimés. Sans compter les emplois induits». L'impact sur ceux-ci serait multiplié par quatre. Source : Politique commune de la pêche. La Région crie à la caricature (Le Télégramme)

Quand la justice favorise la capture des anchois en voie de disparition

Des pêcheurs péruviens sont parvenus à obtenir des licences auprès des tribunaux ordinaires qu’ils n'auraient jamais pu obtenir ailleurs. Grâce à cette licence, ils peuvent capturer des anchois au Pérou, ce qui est une activité très lucrative sur le marché des exportations. Cette pratique met en danger l’existence de l’espèce.

Le Pérou est le premier exportateur mondial de nourriture pour poisson. Ce commerce doit particulièrement son essor à la capture intensive de l’anchois péruvien (Engraulis ringens) qui est très riche en protéines et en acides aminés. Cet anchois est très populaire dans l’usage de la nourriture pour poisson utilisée en Chine, en Allemagne et au Japon.

Chaque année près de six millions de tonnes d'anchois péruviens sont capturés pour subir la transformation industrielle. Le dépassement de ce quota n’est pas permis sous peine de mettre en danger la survie de l’espèce, affirme le ministre péruvien de la Production Jorge Villasante.

Mais de plus en plus, les pêcheurs péruviens préfèrent introduire des recours devant les tribunaux pour obtenir une licence spéciale. Depuis 2006, le ministère de la Production a reçu 64 décisions judiciaires accordant une licence spéciale pour la capture des anchois. Les compagnies maritimes et les pêcheurs refusent de se conformer à la procédure administrative et préfèrent demander au juge d'ordonner la prise d’une décision urgente pour la délivrance d’une licence de pêche.

« Etant donné qu'ils savent qu'ils ne pourront pas surmonter les obstacles par la voie administrative, ils font appel à la justice pour contourner les démarches du ministère », estime Villasante. Au total 11 licences ont déjà été accordées par la justice péruvienne à un pêcheur d’anchois. Le ministère lui avait demandé de fournir l’acte de son navire qui n’était plus actif depuis plus de 25 ans. Etant donné qu’il n’avait plus l’acte officiel, la licence lui a été refusée et il se rendit alors devant les tribunaux. Au cours de la procédure judiciaire, il a demandé au juge, de manière provisoire, de pouvoir déjà pêcher tout type de poisson. De cette façon, il a pu contourner la procédure administrative.

Depuis le début de l’année dernière, plus de 43.000 tonnes d'anchois péruviens ont été capturés seulement par ordonnance des tribunaux. Chaque année, le ministère doit prendre en compte ces types de situation d'urgence qui deviennent finalement routinières. Depuis la fin d’octobre 2010, le gouvernement a décidé de lutter contre ces dérives en interjetant systématiquement appel des décisions. Le ministère public a même porté plainte contre certains juges.

Derrière ce conflit d’anchois se cachent d’importants intérêts économiques.

Le commerce de l’anchois procure environ 1.500 euros par tonne, comparativement à 230 euros pour les poissons destinés à la consommation humaine. L'anchois capturé à travers la procédure judiciaire représenterait un commerce total d’environ 15 millions d'euros. Source : IPS (décembre 2010)

Philippe FAVRELIERE (modifié le 20 juillet 2011)

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Pour aller plus loin...

Le 29 janvier 2012

Au Pérou, la fraude porte sur la moitié des prises réelles (Le Monde)

Le Pérou est le deuxième acteur mondial de l'industrie de la pêche après la Chine. Le port délabré de Chimbote - le plus important du pays - débarque à lui seul plus de poissons pêchés que la totalité de la flotte espagnole en un an. Le problème ici n'est pas seulement la surpêche du chinchard, mais aussi celle de l'anchois péruvien, source essentielle de farine de poisson destinée à l'aquaculture.

L'anchois du Pérou figure en première place de la pêche mondiale. Si les exportations de farine de poisson représentent un secteur important au Chili - environ 535 millions de dollars annuels (412,6 millions d'euros) -, elles pèsent le triple au Pérou : 1,6 milliard de dollars. Des règlements indiquent les procédures à suivre lorsque les bateaux trouvent du poisson. Mais lorsque nous leur demandons quand ils ont vu des inspecteurs pour la dernière fois, les deux vieux pêcheurs que nous interrogeons se regardent et éclatent de rire.

L'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), avec l'aide des enquêteurs du groupe IDL-Reporteros de Lima, a pu se procurer les chiffres de la base de données officielle des prises, laquelle montre l'ampleur de la fraude qui sévit derrière les grilles des usines. Une analyse de plus de 100 000 pesées de prises allant de 2009 au premier semestre 2011 montre que la plupart des entreprises péruviennes de production de farine de poisson ont systématiquement triché sur la moitié des débarquements - dissimulant parfois jusqu'à 50 % des prises réelles. Ces fraudes permettent aux entreprises de remonter plus de poissons que ce qu'autorisent les quotas, afin d'économiser sur les impôts et les taxes par tonne, mais aussi sur les salaires des pêcheurs, qui sont rémunérés selon un pourcentage sur les prises.

En tout, ce sont au moins 630.000 tonnes d'anchois - d'une valeur de près de 200 millions de dollars une fois transformés en farine - qui se sont "volatilisées" en deux ans et demi au cours des opérations de pesée. Elles n'ont tout simplement pas été comptabilisées. La palme de la fraude revient aux Péruviens, mais on trouve aussi parmi les principaux tricheurs le China Fishery Group, qui appartient à la holding PacAndes, et trois entreprises à capitaux norvégiens. Quand elles sont confondues, les compagnies peuvent retarder les sanctions pendant quatre ans et ne payer au final qu'une fraction des amendes qui leur sont infligées....

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