mercredi 16 juin 2010

Aquaculture : Ne pas enfermer les pêcheurs dans la pêche !

Lors de la dernière réunion du Comité Consultatif sur la Pêche et l’Aquaculture (CCPA), le groupe « Aquaculture » a discuté longuement de la place des élevages marins dans la Politique Commune de la Pêche. Un constat : L’avenir de l’aquaculture est tracé sans que les organisations professionnelles de la pêche ne soient associées aux discussions. Pourtant, comme le note l'organisation des syndicats de travailleurs (ETF), l’aquaculture peut représenter une bonne alternative au secteur de la pêche en termes de diversification et d’emplois.

Des pays qui jouent un rôle déterminant dans le développement halieutique mondial comme la Norvège et le Japon, dessinent les futurs contours de la pêche et de l’aquaculture en tant que deux activités complémentaires. Il ne faudrait pas que l’Union Européenne en pleine discussion sur la réforme de la PCP rate le coche des mutations en cours.

Complémentarité entre la pêche et l’aquaculture

Une voie qui semble se dégager pour les années à venir, est l’association beaucoup plus étroite entre les élevages marins et la pêche. D’une part, en matière de production : par exemple les programmes de repeuplement qui associent écloserie, prégrossissement et phase sauvage. D’autre part, en matière de commercialisation : par exemple le stockage des captures à la pêche dans des structures d’engraissement qui permettent un écoulement régulier de produits ultra-frais sur le marché. Certaines sociétés envisagent même d’indiquer la date de sortie de l’eau sur leurs produits de la mer pour se démarquer des produits exclusivement de captures dont le séjour en cale dépasse parfois plusieurs semaines.

Développer une aquaculture durable en soutien à la pêche !

Lors des derniers travaux du groupe « Aquaculture » du CCPA, l'organisation des syndicats de travailleurs (ETF) a insisté sur l’importance d’un développement aquacole en soutien à la pêche.

« L’ETF pense que l'aquaculture doit être intégrée dans la future Politique Commune de la Pêche et devenir l'un des piliers de la réforme de la PCP…..

Selon ETF, la diminution de la surcapacité de pêche augmentera la dépendance de l’Europe en matière d’approvisionnement en produits de la mer, et elle aura des conséquences sociales notamment en termes d’emplois dans de nombreuses régions. L'aquaculture peut aider à surmonter cette situation en contribuant à « reclasser » les pêcheurs dans une activité durable et de proximité. L’aquaculture permettra de fixer une population en évitant l’exode et elle revitalisera les économies côtières….. »
Philippe FAVRELIERE

Autres articles :

Pour consulter les documents de la réunion CCPA du 3 juin 2010 : Groupe Aquaculture

Informations complémentaires : Qu'attend la filière française pour innover dans l'ultra-frais ? que les norvégiens prennent ce marché "haut de gamme" !!!

Sortir du contexte franco-français et anticiper les mutations dans la filière du poisson. Les criées françaises, en crise et en position d'attente, cherche désespérément à valoriser les produits pendant que les sociétés norvégiennes innovent dans l’ultra-frais….

Pêche : les criées dans le rouge (Sud-Ouest)
Hausse du prix du carburant, apports en poissons qui diminuent... Les directeurs de criées de France sont plutôt moroses. Et c'est la filière dans son ensemble qui est inquiète.

Yves Herszfeld, président de l'association des directeurs de halles à marée est inquiet pour l'avenir de la filière pêche. «On ne peut dire que les criées voient l'avenir en rose, dit Yves Herszfeld, président de l'association des directeurs de halles à marée et patron du port de pêche arcachonnais. Nous venons de tenir notre assemblée annuelle à Lorient et mes collègues sont pessimistes. Hausse du carburant, une nouvelle fois, raréfaction des apports, plan de sortie de flotte, vente directe, impossibilité d'augmenter les taxes de mareyage. Les indicateurs sont dans le rouge. » L'inquiétude règne sur les quais de France : « Deux criées ont disparu en Manche, une dizaine est en déficit, d'autres ont du mal à se relever. La situation est inquiétante. »

« Vendre mieux »
La semaine prochaine, le 23 juin Yves Herszfeld est invité, pour la première fois, aux Assises de la Pêche à Paris. Ce rendez-vous annuel des dirigeants de la filière des Produits de la mer va permettre aux participants d'évoquer toutes ces difficultés de la pêche. Le directeur arcachonnais interviendra sur le thème « Commercialisation : quelles nouvelles relations producteurs/distributeurs/consommateurs ». « Nous sommes très contents d'être invités, nous avons des choses à dire. »....

La Norvège innove avec le saumon Salma (L’Hôtellerie)
Le saumon Salma présente bien des avantages pour les restaurateurs à commencer par une très grande qualité reconnue et constante. La présentation en filets frais prêts à l’emploi et une DLC de 11 jours en font un produit encore plus intéressant.

Une durée maximale de 4 heures entre la sortie de l'eau et la mise sous vide.

C’est sur l’île de Bromlo, sur la côte ouest de la Norvège, que l’on transforme les saumons arrivés par bateaux-viviers en direct des fjords. La chaîne de transformation, mise en place par Bremnes Fryseri AS et Tine, est certifiée HACCP et les normes d’hygiène sont draconiennes. Le poisson arrive. Il est transféré dans un bassin d’attente pendant 24 h pour le déstresser. La chair n’en sera que meilleure. Il passe ensuite près d’une heure dans un second bassin à 2°, une température qui le fait somnoler. C’est là qu’il est aspiré et anesthésié par une décharge électrique avant d’être abattu. Sur la chaîne, les femmes s’affairent. Le tri du poisson est essentiel. Tous les saumons sont issus des mêmes œufs, mais selon leur qualité (taux de gras, couleur de la chair, poids, taille, forme), ils sont dirigés vers la production de saumon Salma, ou vers celle de qualité moindre, voire stockés pour être envoyés entiers vers les distributeurs. L’entreprise produit 21000 tonnes de saumons par an, seuls 1500 à 2000 tonnes d’entre eux seront estampillés Salma.

La grande différence avec les autres producteurs, c’est la rapidité avec laquelle le poisson est transformé en filets. En moins de 4 heures après sa sortie de l’eau, le saumon est prêt à être expédié. Il a été abattu, levé en filets, désarrêté, peau enlevée ainsi que la quasi-totalité du muscle brun et mis sous vide. Outre le fait que le poisson arrivera plus vite chez le restaurateur, donc plus frais, l’autre avantage, c’est qu’il a été travaillé avant la raideur cadavérique. On note alors une vraie différence : la chair se tient mieux, la texture est remarquable et la couleur n’a pas bougé. La nourriture des saumons ? Elle se compose à 55% de légumes, colza, maïs, soja et blé sans OGM ; 29% de farines de poissons (pas de saumon) et à 16% d’huile de poisson.

Le 24 août 2010 : Four Fish : The Future of the Last Wild Food


En quatre poissons, l’avenir de la dernière nourriture sauvage


Dans son livre « Four Fish : The Future of the Last Wild Food » (Quatre poissons : l’avenir de la dernière nourriture sauvage), Paul Greenberg se penche sur la situation de la pêche à travers 4 poissons à savoir : saumon, bar, morue et thon. Il suit le parcours de ces poissons depuis l'océan jusqu’à notre table. Il montre comment nous pourrions protéger les océans et faire de la mer durable plutôt la règle que l'exception. Pour lui, l’aquaculture doit cohabiter avec la pêche et les systèmes aquacoles doivent s’améliorer pour minimiser l’impact sur l’environnement prenant l’exemple de la poly-aquaculture (aquaculture multitrophique intégrée) qui associe élevages de saumon, de moule et culture d’algues…

« Nous devons savoir comment manger les poissons. Nous devons continuer à les manger. Si nous arrêtons de voir la mer comme source de nourriture, nous allons continuer à faire toutes sortes de forage pétrolier en mer et d’exploitation minière ; toutes ces choses vont ruiner la mer. Nous devons continuer à pêcher, mais les pêcheurs doivent être les gardiens de la mer, plutôt que les exploitants de celle-ci. » Source : Aquaculture : The lure of fish farming

Photographie de Philippe Favrelière : Elevage de pétoncles dans la baie de Mutsu (Au Japon, les pêcheurs de pétoncles sont devenus des pectiniculteurs)

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