vendredi 11 décembre 2009

En Norvège, le pétrole compte plus que des frayères de cabillaud ?

Que diraient les bretons si une compagnie pétrolière projetait d’exploiter des gisements de pétrole au large de leurs côtes ? Ils diraient « Non » comme les pêcheurs norvégiens des îles Lofoten. Dans ce sanctuaire halieutique situé au-delà du cercle polaire et où se reproduisent les très importantes ressources de cabillaud de la mer de Barents (quota partagé avec la Russie de 607.000 tonnes en 2010), les industriels parmi lesquels Total ont la ferme intention de passer à l’acte.

A la mi-novembre, Helge Lund, le patron de Statoil, compagnie pétrolière dont l’état norvégien détient les deux tiers des actions, estimait les revenus potentiels de cette zone à quelque 180 milliards d’euros tandis qu’OLF, l’organisation patronale du secteur pétrolier, promet 2000 emplois dans ces petites îles sans industries, « sans le moindre dommage pour l’environnement ou la pêche ».

Lire l’article de Novethic : Norvège : la bataille du pétrole des Lofoten

Faut-il ou non aller exploiter les riches gisements pétroliers qui, selon les industriels norvégiens, reposent au large des superbes îles Lofoten et Vesterålen, au-delà du cercle polaire ? C'est la question qui divise la Norvège depuis longtemps et qui se pose avec plus d'acuité encore au nouveau gouvernement norvégien, entré en fonction cet automne.

Exploiter les gisements pétroliers des Lofoten ? Le premier ministre travailliste Jens Stoltenberg, qui vient d’entamer son deuxième mandat de suite, a pour l’instant repoussé la décision, mais le gouvernement fait l’objet d’un lobbying intense de la part des industries pétrolières. Elles ont d’ailleurs obtenu, déjà, la réalisation à l’été 2008 des études sismiques, préludes aux recherches exploratoires….

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Pour aller plus loin...

Le 28 Mai 2014

Les compagnies minières ne devraient pas être en conflit avec les communautés locales

Droits

Les conflits avec les communautés locales au sujet de l'exploitation minière, pétrolière et du gaz coûtent aux compagnies des milliards de dollars par an. Une seule société a annoncé un coût de six milliards de dollars sur une période de deux ans selon la toute première étude examinée par des pairs sur le coût des conflits dans le secteur des extractions.

Les grandes entreprises minières ont apparemment commencé à comprendre qu'il est nécessaire de travailler avec les communautés locales, et elles mettent en œuvre les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme... Mais ce n'est pas le cas dans le secteur du pétrole et du gaz. "Leur culture est très différente. Elles ne sont pas habituées à traiter avec les communautés".

Source : IPS par Stephen Leahy

D'après l'étude intitulée "Le conflit transforme les risques environnementaux et sociaux en des coûts des affaires" (1), publiée le 12 mai 2014 dans les Comptes rendus de l'Académie nationale des sciences (PNAS). Un rapport spécial intitulé "Les coûts des conflits entre les compagnies et la Communauté dans le secteur de l'extraction" (2), basé sur l'étude, est également disponible.

Le projet d’exploitation de la mine d'or de Pascua Lama au Chili a coûté à la compagnie canadienne 'Barrick Gold' 5,4 milliards de dollars après 10 années de protestations et d'irrégularités. Aucun or n'a jamais été exploité et le projet a été suspendu sur décision de justice.

Et au Pérou, le projet d’exploitation minière de cuivre de Conga estimé à deux milliards de dollars a été suspendu en 2011 après que des manifestations ont éclaté par rapport à la destruction prévue de quatre lacs de haute montagne. La compagnie 'Newmont Mining Co', basée aux Etats-Unis, qui exploite également la mine voisine de Yanacocha, a maintenant construit quatre réservoirs qui, selon son plan, doivent être utilisés à la place des lacs.

"Les communautés ne sont pas impuissantes. Notre étude montre qu'elles peuvent s'organiser et se mobiliser, ce qui entraîne des coûts importants aux compagnies", a déclaré le co-auteur, Daniel Franks, de l'Université du Queensland, en Australie, qui est également directeur adjoint du Centre pour la responsabilité sociale dans l’exploitation minière.

"Malheureusement les conflits peuvent également entraîner des bains de sang et des pertes de vies", a indiqué Franks à Tierramérica.

L'étude est basée sur 45 interviews confidentielles profondes avec des responsables de haut niveau dans les industries (énergétiques et minières) extractives ayant des activités à travers le monde.


Cette étude intitulée "Le conflit transforme les risques environnementaux et sociaux en des coûts des affaires" a été publiée le 12 mai dans les Comptes rendus de l'Académie nationale des sciences (PNAS). Un rapport spécial intitulé "Les coûts des conflits entre les compagnies et la Communauté dans le secteur de l'extraction", basé sur l'étude, est également disponible.

"Nous voulions enquêter sur les coûts des mauvaises relations avec les communautés. Les compagnies ne sont pas pleinement conscientes, et seuls certains investisseurs connaissent l'ampleur du risque", a déclaré Franks.

"Si les compagnies sont intéressées dans la sécurisation de leurs profits, alors elles doivent avoir des normes environnementales et sociales élevées et collaborer avec les communautés", a indiqué Franks dans une interview.

Investir dans le renforcement des relations avec les communautés est beaucoup moins coûteux que le conflit. Les populations locales ne sont pas généralement opposées au développement. Ce auquel elles s'opposent c’est le fait d’avoir peu de choses à dire ou de contrôle sur la façon dont le développement évolue, a-t-il ajouté.


"Nous voulons un développement qui profite aux populations indigènes et ne profite pas seulement au frère-frère de quelqu'un", a souligné Alberto Pizango, président de l'Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP), une organisation de défense des droits des populations indigènes au Pérou représentant 1.350 communautés de la jungle amazonienne.

"Les populations indigènes ont quelque chose à dire sur le développement harmonieux avec la nature. Nous ne voulons pas de développement qui détruit notre Amazonie bien-aimée", a déclaré Pizango à Tierramérica depuis Lima, la capitale du Pérou.

Pizango résiste activement à la vente par le gouvernement du Pérou des concessions pétrolières à des compagnies étrangères sur des terres légalement attribuées aux populations indigènes.

La lutte est devenue violente à l’extérieur de la ville de Bagua, dans le nord du pays, le 5 juin 2009, lorsque la police anti-émeute armée est intervenue pour expulser des manifestants pacifiques qui bloquaient une route. Dans les affrontements 24 policiers et 10 civils ont été tués.

Suite sur : IPS 

Pizango et 52 autres chefs indigènes ont été accusés d'incitation à la violence et de 18 autres crimes. Ils ont été jugés le 14 mai à Bagua.

Les populations indigènes protestaient contre 10 décrets-lois qu'elles jugeaient inconstitutionnels, qui ont été mis en place par le gouvernement pour fomenter l'investissement privé dans des territoires indigènes.

"Nous n'avions pas le choix et pensions que nos protestations étaient justes et que nous avions raison. Mais il était trop cher. Nous ne voulons pas voir cela de nouveau. Nous voulons passer de la 'grande manifestation' à la 'grande proposition'", a déclaré Pizango, qui risque la peine à perpétuité s'il est reconnu coupable.

Cette étude publiée dans la PNAS montre que la violence à Bagua aurait pu être évitée si les compagnies et le gouvernement reconnaissaient les droits des populations indigènes et travaillaient avec les communautés locales....

"C'est avec une grande tristesse que je dis que cela ne s'est pas encore produit au Pérou", a déclaré Pizango, qui n'était même pas à Bagua lorsque le violent affrontement a eu lieu.

En attendant, le ministère de l'Environnement du Pérou a demandé à Pizango et à l’AIDESEP d’aider dans la planification de la grande conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra à Lima à la fin de l'année. Le chef indigène espère que cet événement montrera au monde que les populations autochtones peuvent protéger la forêt et le climat.

La réparation des relations entre les communautés et les compagnies et les gouvernements est difficile, a dit Rachel Davis, un chercheur à l'Initiative sur la responsabilité sociale des entreprises à l'Université de Harvard, aux Etats-Unis.

"Il est beaucoup plus difficile pour une entreprise de réparer sa relation avec une communauté locale après qu’elle s’est détériorée; les relations ne peuvent pas être 'rétro-relancées'", a indiqué Davis, un co-auteur de l'étude.

Francs compare cela à un divorce, soulignant que rarement les partenaires se remarient.

Les grandes entreprises minières ont apparemment commencé à comprendre cela, et mettent en œuvre les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme et adoptent le Conseil international sur le cadre du développement durable des mines et des métaux, a affirmé Davis dans un communiqué.

Mais ce n'est pas le cas dans le secteur du pétrole et du gaz. "Leur culture est très différente. Elles ne sont pas habituées à traiter avec les communautés", a indiqué Franks.

(1) Pnas : Conflict translates environmental and social risk into business costs

(2) Costs of Company-Community Conflict in the Extractive Sector. Corporate Social Responsibility Initiative Report (John F. Kennedy School of Government, Harvard University, Cambridge, MA)
Davis R, Franks DM, (2014)

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Revue de presse :

Le 28 avril 2010


Le gouvernement norvégien doit-il autoriser l'exploitation du pétrole et du gaz au large des îles Lofoten et Vesteralen ? Alors qu'une décision doit être prise d'ici à la fin de l'année, beaucoup comptaient sur la publication à la mi-avril de deux rapports - l'un sur l'impact environnemental du projet, l'autre sur son incidence économique - pour trancher la polémique qui oppose, depuis des années, les compagnies pétrolières aux pêcheurs et aux écologistes.

Les espoirs ont été déçus : les évaluations transmises au gouvernement montrent que les menaces pour ce milieu essentiel à la reproduction de la morue, et aussi très prisé des touristes, sont peut-être moins grandes qu'imaginées, mais les réserves d'hydrocarbures sont aussi bien moins intéressantes qu'escomptées. L'Agence norvégienne du pétrole évalue ces réserves à 200 millions de m3 d'équivalent pétrole. Cela représenterait 1,3 milliard de barils, quand une précédente étude réalisée par l'institut KonKraft parlait de 3,4 milliards de barils. La différence est énorme et fait dire aux écologistes que les pétroliers devraient renoncer…..

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Le 17 janvier 2011


Certains membres de l’industrie de la pêche seraient prêts à adoucir leur opposition à la prospection pétrolière au large des pittoresques Lofoten et Vesterålen au nord de la Norvège, mais à condition que les compagnies pétrolières se soumettent à une longue liste d’exigences. D’autres restent fermement opposés à toute exploration pétrolière ou opération de forage.

Le journal Dagens Næringliv (DN) a récemment rapporté que le principal syndicat de pêche à Øksnes, une commune qui compte environ 300 pêcheurs, a fait part de ses exigences en terme de compensation si les compagnies pétrolières espèrent obtenir le droit d’explorer et de forer dans des eaux qui constituent la plus riche réserve de poissons du pays.

« L’exploitation pétrolière va engendrer des problèmes économiques pour l’industrie de la pêche. Ceux-ci doivent donc être compensés » a déclaré Kurt Karlsen, le parton de Øksnes Fiskarlag, qui représente l’industrie de la pêche dans la région. Toutefois, il ne va pas jusqu’à garantir que son groupe acceptera l’exploration et l’extraction pétrolière si les demandes sont satisfaites par les compagnies. « Il y aura des conflits territoriaux et d’autres sur les effets de l’exploration et le développement » a dit Karlsen en expliquant que la zone en question est relativement restreinte et de nombreux petits pêcheurs locaux en dépendent. La Mer du Nord était beaucoup plus grande et il y avait plus de flottes de pêche mobile ; les conflits avec l’industrie pétrolière ont donc été moins nombreux.

La flotte d’ Øksnes demande par exemple que l’activité sismique soit limitée et n’ait lieu que pendant les périodes où il y a relativement peu de poissons dans la région. D’après les pêcheurs, la prospection sismique effraie les poissons et les compagnies qui l’utilisent doivent proposer une correcte indemnisation aux sociétés de pêche. L’industrie de la pêche demande également la mise en place de mesures crédibles pour la prévention des marées noires, incluant le versement d’indemnités aux propriétaires de bateaux de pêche. L’industrie pétrolière devra se servir des connaissances de l’industrie de la pêche, louer les services des flottes de pêche, contribuer à un fond régional pour le développement économique et consulter l’industrie de la pêche sur les emplacements des équipements en mer.

Hege Marie Norheim, qui dirige les efforts pour promouvoir l’activité pétrolière dans la région pour le compte de la compagnie nationale Statoil, a accueilli favorablement les initiatives de Øksnes Fiskarlaget et espère que les autres syndicats de pêche de la région feront de même. Mais elle risque d’attendre en vain : Andøy Fiskarlag s’est dit furieux du flirt entre Øksnes et l’industrie pétrolière, tandis que Nordland Fylkes Fiskarlag devrait réexaminer sa ferme opposition à l’activité pétrolière.

Lars Haltbrekken de l’organisation écologique Naturvernforbundet (Les Amis de la Terre de Norvège) reste fermement opposé à toute exploitation pétrolière dans les Lofoten et les Vesterålen, région connue pour ses nombreuses îles et ses montagnes qui surgissent de la mer. Les pêcheurs, dit-il, « sont dans une toute autre situation et luttent pour leur survie ».

La question de l’exploration pétrolière dans les Lofoten fait partie des sujets susceptibles de diviser la coalition gouvernementale tripartite. La décision d’autoriser l’activité pétrolière dans cette région a été reportée en attendant la publication d’une autre étude sur ses conséquences.

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Le 23 novembre 2012


Une équipe de l'Institute for Marine Research (IMR) [1] travaille actuellement sur les éponges de mer en orientant leurs travaux sur l'impact environnemental des opérations pétrolières offshore. "Nous essayons de déterminer dans quelle mesure les éponges peuvent tolérer la pollution liée aux activités pétrolières en mer avant d'arriver à saturation. L'éponge dite "commune" dans les régions du Nord (Geodia Barretti, de la famille des Geodiidae) [2] peut filtrer jusqu'à 1000 litres d'eau par kilogramme par jour.", dit Raymond Bannister [3], directeur de recherche.

Les éponges font partie du groupe le plus primitif chez les organismes multicellulaires, pourtant les cellules sont organisées de façon à former une pompe puissante permettant à l'organisme de filtrer l'eau et ainsi de se nourrir. Les éponges peuvent ainsi éliminer jusqu'à 95% des bactéries présentes dans leur environnement. L'équipe de recherche, basée sur la station de l'IMR d'Austevoll [4], dans la région de Bergen, étudie dans un premier temps l'impact des poussières de forage. Plus de 200.000 tonnes de ces substances sont émises chaque année. "Personne ne s'est encore penché sur l'impact des activité pétrolières sur les éponges, malgré la haute vulnérabilité de ces organismes.", dit Raymond Bannister....
 

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