SOS Yaboye. Appel à mobilisation contre une usine de farine de poisson !

Au Sénégal, la population d'Abéné lance un SOS pour sauver la sardinelle, le "Yaboye" en wolof ; elle se mobilise contre l'installation d'une usine de farine de poisson !

Au début de l’année 2018, une nouvelle usine de farine de poisson s’est installée au Sénégal. Cette usine chinoise s'est implantée à Abéné en Casamance, à moins de 5 kilomètres du grand port de pêche artisanale de Kafountine... Toute la filière traditionnelle du poisson est menacée ! A cela s'ajoutent des conséquences environnementales désastreuses dues au fonctionnement de cette usine (déversement des eaux usées et souillées, odeur nauséabonde…). La population d’Abéné se mobilise et lance un SOS pour sauver le Yaboye : sardinelle et ethmalose sont des poissons populaires, fondamentaux pour la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest. L’usine a été arrêtée provisoirement début mai 2018, pour 1 mois, le temps d’une enquête-publique…Une marche est prévue pour le 11 juin 2018.(1)

"Poisson d'or, poisson africain"....

La région de Casamance, au sud du Sénégal, est une des dernières zones refuges en Afrique de l’Ouest pour un nombre croissant de pêcheurs artisans, de transformateurs et de travailleurs migrants. Face à une concurrence extérieure de plus en plus forte, ces femmes et ces hommes résistent en contribuant grâce à leur labeur à la sécurité alimentaire de nombreux pays africains. Mais pour combien de temps encore ?


Le documentaire « Poisson d'or, poisson africain » de Thomas Grand et Moussa Diop s'est distingué à la 10ème édition du festival international de Films « Pêcheurs du Monde » avec trois prix : Prix du public et deux mentions spéciales... Ce film analyse les évolutions récentes de la filière de la sardinelle fumée en Casamance à travers le point de vue des travailleurs opérant dans ce secteur (pêcheurs de senne à tourner, porteurs de caisse, manutentionnaires, décortiqueuses, propriétaires de fours, fumeurs, commerçants).

Appel à mobilisation

Le secteur de la transformation de produits halieutiques a toujours généré de nombreux emplois au Sénégal ; il attire des travailleurs venus de toute l’Afrique de l’Ouest et permet un approvisionnement régulier en produit transformé de qualité, fondamental pour les populations du Continent. Ce secteur est un exemple d’intégration économique africaine.

Le poisson pêché au large des côtes de Casamance, puis transformé dans le port de pêche de Kafountine est commercialisé dans l'ensemble de la sous-région ouest-africaine : Sénégal, Mali, Burkina Faso, Guinée Conakry,... Photo d'un commerçant de poisson salé-séché dans le port de Kafountine (Sénégal - 2006)

Mais depuis une dizaine d’années, le développement de l’aquaculture industrielle au niveau international a provoqué une demande nouvelle de farine de poisson sauvage, utilisée pour nourrir le poisson d’élevage (ainsi que le bétail), suscitant l’intérêt de nombreux investisseurs étrangers pour les eaux poissonneuses de l'Afrique de l'Ouest. (2)

Des bateaux-usines russes, chinois, turcs opèrent librement et/ou clandestinement au large du Maroc, de la Mauritanie, de la Gambie et du Sénégal, provoquant le désarroi des pêcheurs artisans. Et depuis maintenant 10 ans, des usines de farine de poisson se créent, s’installent tout le long du littoral ouest africain, au plus proche des zones et des ports de débarquement, induisant une pression supplémentaire, un détournement du produit autrefois réservé aux populations locales, et une perte d’activité pour les travailleurs qui vivent grâce au poisson débarqué directement sur les plages. (3)

Ainsi au Sénégal, bon nombre de pêcheurs, de transformateurs et de travailleurs du secteur ont été contraints de quitter les zones meurtries par l’installation de ces usines (Saint-Louis, Cayar, Mbour-Mballing, Joal) pour se réfugier vers le Sud, en Casamance, où le poisson restait jusqu’à peu plus abondant et plus accessible. En moins de 5 ans, le nombre de travailleurs a quintuplé à Kafountine.

Mais depuis le début de l’année 2018, une nouvelle usine chinoise s’est installée à Abéné, à moins de 5 kilomètres de Kafountine, spectre de l’extinction à venir de cette filière. A rajouter à cela des conséquences environnementales locales désastreuses dues au fonctionnement de cette usine (déversement des eaux usées et souillées, odeur nauséabonde…). Les populations d’Abéné se mobilisent. L’usine a été même arrêtée provisoirement début mai 2018, pour 1 mois, le temps d’une enquête-publique… La prochaine marche est déjà prévue pour le 11 juin 2018.

En Afrique de l'Ouest, la pêche minotière menace la sécurité alimentaire des plus pauvres !


« Le poisson à haute valeur commerciale, frais ou congelé, est traité et exporté massivement depuis 50 ans, ou réservé aux plus riches de notre pays. Les populations sénégalaises n’y ont plus accès depuis longtemps, et doivent se contenter du « Yaboye » pour se nourrir. Et notre Yaboye, qui coûte de plus en plus cher, se fait rare et irrégulier dans nos marchés. »

La sardinelle et l’ethmalose sont des poissons populaires, fondamentaux pour la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Gambie, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinéé, Sierra Léone, Togo, Bénin, Ghana, Nigéria…). Une mobilisation citoyenne locale, nationale et internationale s’impose pour protéger ce poisson essentiel par le refus absolu de son traitement en farine d’exportation.

…. Lancement de la campagne de sensibilisation SOS Yaboye

Ce projet a pour objectifs majeurs de témoigner, sensibiliser, débattre et mobiliser les acteurs de la filière de la pêche artisanale et de la transformation ainsi que les populations sénégalaises pour la protection des ressources halieutiques (sardinelle, ethmalose), pour une mobilisation citoyenne pour le démantèlement des usines de farine, pour construire une économie verte dans les secteurs du fumage artisanal de poisson et de la transformation des produits halieutiques.

Phase de lancement : Fin Mai 2018

Projection-Débat au Complexe Cinématographique Sembene Ousmane de Dakar. Présentation du projet aux partenaires envisagés.

Phase 1 : 01 Juin 2018 / 01 Juillet 2018

Tournée de 20 projections en plein air et de Ciné-Débats du film « Poisson d’or, poisson africain » en Casamance.

Mobilisation citoyenne locale. Signatures, adhésions et cotisations pour la création du collectif citoyen « SOS Yaboye ».

Tournage d'un film « SOS Yaboye » autour de cette tournée de projections et sur l’implantation de l’usine de farine d’Abéné, ses conséquences environnementales, la mobilisation locale contre son fonctionnement.

Economie Verte. Travail autour de la problématique du bois consommé massivement par les fours de Kafountine, de la déforestation locale due à ces besoins énergétiques, des problèmes de santé liés à cette activité (fumée toxique pour les travailleurs et les populations). Identification de propriétaires de fours et de travailleurs intéressé(e)s par l’expérimentation de nouvelles techniques de fumage, en vue d’une activité future durable et écologiquement acceptable (charbon de bois, biogaz).

Relais Médias (presse, radio, télévision) et plateforme Internet sur l’actualité des actions entreprises (débats, entretiens, photos etc…)

Phase 2 : Juillet 2018 / Août 2018

Post-Production du Reportage tourné pendant la phase 1.

Phase 3 : Septembre 2018 / Décembre 2018

Tournée au Sénégal et en Gambie de projections en plein air et de Ciné-Débats dans les zones majeures de pêche artisanale touchées par les usines de farines de poisson (Saint-Louis, Kayar, Mbour-Mballing, Joal…)

Mobilisation citoyenne nationale. Actions et développement du collectif citoyen au niveau national et international.

Philippe Favrelière à partir de l'appel de SOS Yaboye (pour plus d'informations contactez : sosyaboye(arobase)gmail.com)

Références :

(1) Construction de l’usine de transformation de poisson en farine à Abéné (en Casamance) : Tirer cette affaire au clair !

(2) Croissance de la production de farine de poisson en Mauritanie : Implications pour la sécurité alimentaire régionale
Compte rendu du voyage d’étude sur Les industries de farine et huile de poissons au Maroc - Quels enseignements pour la Mauritanie ? (Du 14-18 février 2012) 

(3) Farines de poisson : quand on enlève le poisson de la bouche des Africains
Poissons : l'élevage vide l'océan
Poissons, l’élevage vide les océans
Sénégal : débat sur la production de farine de poisson et la surpêche

Commentaires

Stuypens alain a dit…
sensibiliser a revoir certaines methodes de pêche dans des régions est surement d'actualité, vôtre blog est épinglé à ma liste de favoris car je suis conscient du problème mondiale de jouer avec les enjeux économique en cassant tout un éco système