jeudi 15 septembre 2011

Faire les yeux doux à des pêcheurs chinois englués dans le pétrole !

Faire les yeux doux à des pêcheurs chinois englués dans le pétrole !

Une délégation de Charente-Maritime, deuxième département touristique de France, a séjourné quelques jours en Chine. Une mission de reconnaissance dans deux provinces au nord-est du pays : Jilin et Liaoning au nord de la mer de Bohai.

Aveuglée par le miroir aux alouettes du tourisme, la délégation charentaise, représentante du premier département halieutique français, est passée dans une région aquacole de toute première importance dans le monde avec la culture des algues (algoculture) et l'élevage de pétoncles (pectiniculture), sans probablement le remarquer !

« Nous ne voulions pas aller là où tout le monde va. Nous avons donc choisi cette région de tradition industrielle, la Ruhr chinoise », explique Dominique Bussereau, président du Conseil général de Charente-Maritime dans un article de Sud-Ouest : Faire les yeux doux aux Chinois, ici et là-bas

En effet, personne ne va dans cette région chinoise très industrielle et surtout très polluée !

Depuis plusieurs années, pêcheurs et aquaculteurs de la mer de Bohai subissent de plein fouet l'industrialisation sauvage de la Chine. Placés en première ligne, ils n'échappent pas aux différentes vagues de pollution qui secouent la mer de Bohai. Ils vivent continuellement dans la hantise de marées polluantes. Tantôt noires, tantôt rouges, tantôt vertes, tantôt invisibles... Ces marées déciment les ressources halieutiques et elles anéantissent leurs champs de pétoncles, produites par dizaines de milliers de tonnes dans cette région reconnue comme la première zone de pectiniculture au monde.

Dernière en date : Marée noire d'août 2011....

Mortalité massive de pétoncles d'élevage (lanterne)

La marée noire de la société étatsunienne ConocoPhillips

Des pêcheurs de la province du Hebei (nord) se préparent à poursuivre en justice une compagnie pétrolière américaine à l'origine de fuites de pétrole dans la baie voisine, qui seraient la cause de mortalité de nombreuses coquilles Saint-Jacques.

Des pêcheurs de la ville de Tangshan, dans le nord du Hebei ont déclaré que les élevages de fruits de mer le long de la côte ont été contaminés par les fuites de pétrole du champ pétrolifère Penglai 19-3 dans la baie de Bohai. Ce champ pétrolifère est conjointement exploité par la filiale chinoise de l'entreprise américaine ConocoPhillips et son partenaire, China National Offshore Oil Corp (CNOOC). L'Administration d'Etat océanique (AEO) en mer de Chine du Nord avait annoncé le 3 août que la baie était touchée par une marée noire.

Les pertes économiques des pêcheurs ont été estimées entre 150 et 170 millions de yuans (de 23,5 à 26,6 millions de dollars) car plus de la moitié de leurs fruits de mer a été décimée, a indiqué Yang Jizhen, président de l'association pour la pêche du district de Laoting, ajoutant qu'un bilan plus précis de ces pertes sera publié au mois de novembre. Les autorités locales n'ont pas donné d'explication concernant la perte de ces fruits de mer, amenant les pêcheurs à engager des avocats pour poursuivre en justice ConocoPhillips. Xinhua : Des pêcheurs chinois intentent un procès à ConocoPhillips suite à la marée noire dans la baie de Bohai

Une production aquacole d'un million de tonnes de pétoncle !

La Chine est le premier pays producteur de pectinidés toutes espèces confondues (pétoncle, coquille saint-jacques,…) avec une production annuelle voisine de 1 million de tonnes de Pétoncle du Japon "Patinopecten yessoensis" (France : environ 30.000 tonnes de coquilles saint-jacques "Pecten maximus"). La production chinoise a connu une augmentation importante d'environ 147.000 tonnes en 1990 à 916.000 tonnes en 1995 et à plus de 1 million de tonnes en 1997. La production entre 1998 et 2003 a montré une grande variabilité (de 629.000 à 960.000 tonnes), qui peut être liée à la disponibilité de naissains (captage naturel ou écloserie).

Au japon, deuxième producteur mondial, la production a montré une augmentation régulière dès 1970 jusqu'à atteindre 200.000 tonnes en 1992, après, le niveau a été dépassé avec des fluctuations annuelles. La production maximale de 272.000 tonnes a été atteinte en 2002.

La production de Pétoncle du Japon est principalement absorbée par le marché local des pays producteurs. La durée courte de conservation des pétoncles vivants fait que le produit réfrigéré est disponible uniquement près des sites d'élevage. Autrement, on trouve sur le marché des noix de pétoncle congelés.

Des quantités s'élevant à quelques milliers de tonnes sont exportées, notamment en tant que chaire congelée. Les USA et la France sont les principaux importateurs de ces produits. Pour plus d’informations sur l’élevage de Pétoncle du Japon : FAO
Philippe Favrelière (modifié le 16 septembre 2011)

Autres articles :
------ 4 novembre 2011 ------

Pétoncle japonais, première pêcherie chinoise à prétendre au label MSC

La pêcherie de pétoncles de Zhangzidao est désormais la première pêcherie chinoise à entrer en phase d’évaluation du programme du Marine Stewardship Council. (image google de l'archipel de Zhangzidao situé au nord-est du grand port de Dalian)

Située au Nord de la Mer Jaune, la pêcherie est gérée par le Groupe Zhangzidao Fishery à Dalian. Chaque année, cette pêcherie produit plus de 60.000 tonnes de pétoncles japonais (Patinoplecten yessoensis) pêchés en plongée ou à la drague. Ils sont ensuite essentiellement vendus en frais sur le marché local ainsi qu’en Corée, puis en surgelés en Amérique du Nord et en Australie. L’évaluation de cette pêcherie va porter sur les opérations de pêche en plongée et à la drague durant une année, ainsi que sur ses méthodes de collecte de naissains sauvages et sur ses techniques d’élevage de naissains d’écloserie.

Cotée en bourse, la société "Zhangzidao Fishery Group" possède 6 écloseries d'une capacité de production de 800 millions de pétoncles (3 cm), 10 millions de concombres de mer et 15 millions de naissains d'ormeaux chaque année.

L’évaluation sera réalisée par l'organisme indépendant de certification Moody Marine Ltd et elle devrait être terminée à la fin de l’année 2012.

La satisfaction du "PDG"

Monsieur Wu Hou Gang, Président du Comité d’administration du Groupe Zhangzidao Fishery de Dalian, explique : « Les pratiques de pêche non durables ont, sans aucun doute, des effets néfastes sur l’environnement marin. Les consommateurs et acheteurs de produits de la mer en sont de plus en plus conscients et sont en attentes de solutions durables. »

« C’est pourquoi, la durabilité de nos pratiques est au cœur des préoccupations du Groupe Zhangzidao Fishery de Dalian, et nous mettons en place, dans nos pêcheries, des mesures qui contribuent à la protection de l’environnement marin. Nos méthodes de pêche en plongée ont très peu d’impacts sur l’écosystème environnant, et nous modernisons régulièrement nos dragues pour minimiser leur impact sur les fonds marins. Cette année, à la Réunion Annuelle des Nouveaux Champions (organisée par le Forum économique mondial), notre organisation a été sélectionnée, parmi plus de 10 millions d’entreprises du monde entier, comme l’une des 16 entreprises leaders dans le développement durable. »

« Nous considérons la certification MSC comme une preuve de durabilité de nos pratiques de pêche car ce programme de certification est largement reconnu comme le plus rigoureux pour les pêcheries à recrutement assisté. De plus en plus de marchés internationaux cherchent des produits de la mer certifiés MSC et, si nous obtenons la certification, nous pensons que le label MSC apportera une valeur ajoutée à notre marque, et nous ouvrira de nouveaux marchés », conclut Wu Hou Gang.

Le MSC accueille avec satisfaction cette première pêcherie chinoise dans son programme... De belles perspectives en vue dans le plus grand pays halieutique du monde !

Source : Une première pêcherie chinoise s’engage dans le programme d’évaluation du Marine Stewardship Council

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Le 7 février 2012

Au Nord de la Chine, la mer de glace endommage l'aquaculture


Au Nord de la Chine, la mer de Bohai est gelée depuis janvier.

Une forte mortalité a été constatée sur les coquillages et les concombres de mer au large de la ville de Qinghuangdao (non loin du grand port de Dalian).

Presque toutes les filières d’algues sont prises dans la glace avec le risque d’être emportées ce qui va conduire à d’énormes pertes économiques pour les aquaculteurs…

Xinhua : Sea ice off northern China disrupts aquaculture

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Le 21 mars 2012

Wukan (Chine). Quand la démocratie est en marche !

Wukan, village de pêcheurs de coquillages dans la province du Guangdong (au Sud de la Chine)

Les habitants d'une communauté de pêcheurs se rebellent contre leurs autorités... Des élections libres sont organisées pour élire démocratiquement les responsables...

Parce qu’ils ont été dépossédés de leurs terres, les paysans du village de Wukan en Chine ont ferraillé pour se débarrasser de leurs chefs corrompus. Le week-end dernier, ils ont repris leur destin en main. Nous avons assisté à leurs premières élections.

« Introduisons durablement la démocratie au village. Les droits des habitants doivent être protégés dès la racine » D’après les mots écrits sur ce lampadaire, pas de doute, nous sommes bien à Wukan, un village de pêcheurs de coquillages au sud de la Chine. Plus aucune barricade à l’horizon mais des affiches rouges collées sur les murs de temples magnifiques, dédiés aux ancêtres. Elles invitent tous les habitants à se rendre aux urnes pour élire leurs nouveaux dirigeants. 120 petits isoloirs, des caisses de bois posées sur des tables d’écoliers, sont disposés dans la cour de l’école où l’on passe en boucle des chants patriotiques à la gloire du Parti unique.

Le suffrage universel direct est rarissime en Chine car même si une loi des années 80 garantit les élections locales dans les campagnes, peu de chefaillons s’empressent de les organiser. Jusqu’à samedi 3 mars à Wukan, sur les neufs membres du « comité des villageois », cinq étaient en place depuis l’arrivée de Deng Xiaoping à la fin des années 70 !


Mais depuis le mois de septembre 2011, les 13 000 wukanais, hommes et femmes, jeunes et vieux, font le ménage de leurs petits dictateurs corrompus. A commencer par Xue Chang, le secrétaire du Parti local et Chen Sunyi, le chef du village, qui pendant des années se sont entendus pour liquider les terrains communaux à un richissime homme d’affaires installé à Hong-Kong. Peu à Wukan le savaient. Jusqu’à l’an dernier, quand Lin Zuluan, l’un des rares instruits du village, rassemble des preuves accablantes. Les paysans multiplient les pétitions auprès de la préfecture puis de la province, jusqu’à ce que la police se décide à assiéger le village pour traquer les contestataires. « Il ont débarqué la nuit dans les ruelles en frappant sur un gong pour nous réveiller en sursaut » se souvient une adolescente. L’un des meneurs de la colère paysanne meurt au commissariat, officiellement de « crise cardiaque ». L’affrontement devient alors inévitable, jusqu’au barricades du mois de décembre, devant les caméras du monde entier....

Suite : Dans le village de Wukan, la démocratie fait renaître l'espoir

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