samedi 17 janvier 2009

Chine : Du boum économique au bloom algal

En juin et juillet 2008, tout le monde se souvient des images de ces voiliers pris dans un magma d'algues vertes au milieu de la baie de Qingdao alors que les skippers s'entraînaient avant les compétitions olympiques. En quelques jours, l’armée chinoise appelée en renfort, avait ramassé plus d’un million de tonnes de ces végétaux envahissants. Les épreuves de voile pouvaient débuter…

Un rapport de l’administration chinoise publié cette semaine vient de nous rappeler cet évènement. "En juin dernier, des algues ont envahi le littoral de Qingdao, dans l'est de la Chine, qui a accueilli les épreuves de voile pendant les Jeux olympiques de Beijing 2008. La prolifération a bloqué les circuits des compétitions et a affecté les préparatifs pour les Jeux. Cependant, des spécialistes ont noté que les algues de Qingdao, contrairement aux algues bleu-vert, ne poussaient que dans l'eau propre, et que par conséquent la prolifération n'affecterait pas la qualité de l'eau potable pour les habitants."

Plus de 80% des zones maritimes chinoises souffrent de pollutions

Le rapport de la State Oceanic Administration (SOA) indique que malgré les efforts déployés par la Chine pour lutter contre la pollution, plus de 80% des zones maritimes du pays sont polluées et que les surfaces touchées par les phénomènes d'eutrophisation sont en augmentation de 5% en 2008.

Selon Li Haiqing, haut responsable à la SOA, l'Administration leur a demandé de renforcer la surveillance des marées rouges et de prendre des mesures efficaces pour prévenir les accidents car les blooms d'algues toxiques ont été à l'origine de la mortalité d'organismes marins. Le pays a enregistré 68 cas de marée rouge l'année dernière, moins que les 82 cas de 2007. Cependant, ces marées ont touché un total de 13 738 km2 de zones maritimes, soit 2 128 km2 de plus qu'en 2007.

La Chine n'a pas enregistré d'accidents majeurs liés à la pollution, comme la pollution chimique du fleuve Songhua dans le Nord-Est de la Chine en 2005 ou la prolifération d'algues "bleu-vert" sur le lac Taihu dans l'Est de la Chine en mai 2007.

Selon le rapport, les catastrophes (tempêtes et autres) liées à la mer ont fait 152 morts ou disparus en 2008, pour des pertes directes chiffrées à 20,61 milliards de yuans (environ 3,03 milliards de dollars). Le chiffre de 2007 était de 8,84 milliards de yuans.

15 000 entreprises sanctionnées en 2008

De son côté, le ministre de l’Environnement, Zhou Shengxian, est satisfait de son bilan : "En 2008, la Chine a fait de grands progrès dans la lutte contre la pollution."
Il aligne les chiffres :
  • Près de 15 000 entreprises sanctionnées pour près de 100 personnes jugées responsables !
  • 156 actions de réduction de pollution et d’économie d’énergie pour un total de 69 milliards US$
  • 881 actions de lutte contre la pollution fluviale pour 6 milliards de US$
  • 700 villages (quelques 4 millions d’habitants) subventionnés pour un total de 0,7 milliard US$
  • etc, etc…

Avec la crise économique mondiale, une pause pour l’environnement

La récession économique mondiale va probablement aider la Chine à limiter sa pollution. L’Administration Générale des Douanes indique que les exportations chinoises ont diminué à la fin de l’année. Par exemple : la valeur des exportations de produits alimentaires a atteint 3,02 milliards de dollars en novembre, soit une baisse 4% par rapport à la même période de l'année 2007, alors que de janvier à novembre 2008, les exportations de produits alimentaires restent en progression de 13,8% pour atteindre 31 milliards de dollars.

Les produits aquatiques et les légumes ont été les principales exportations alimentaires du pays, avec respectivement 15% et 11,9% du total. La Chine devrait rester le leader mondial des exportations de produits halieutiques (en valeur et en volume) devant la Norvège en progression.

Philippe FAVRELIERE à partir de Xinhua

Autre article :


Pour aller plus loin :


Image Google Earth : Elevages aquacoles dans la zone côtière de Qingdao

Revue de presse

Le 6 mai 2012


Une marée rouge de 780 kilomètres carrés de superficie a été détectée dans les eaux au large de la ville de Rizhao, dans la province du Shandong (est), selon une annonce publiée samedi par l'Administration océanique d'Etat (AOE).

Le bureau de l'AOE pour la mer de Chine septentrionale, situé dans la ville de Qingdao (Shandong), a indiqué que les échantillons d'algue prélevés dans ces eaux par un vaisseau de patrouille maritime n'ont révélé aucune trace de toxines.

Cette marée rouge est la première à être détectée cette année en mer de Chine orientale et en mer Jaune.

Selon l'annonce de l'AOE, cette marée rouge est due à une prolifération de l'algue Noctiluca scintillans.

Bien qu'elle soit non toxique, cette algue peut s'attacher aux branchies des poissons et suffoquer ces derniers. La densité de l'algue augmente avec la hausse des températures et de la salinité de l'eau, et son apparition pourrait nuire aux secteurs de la pêche et de l'aquaculture, a expliqué l'AOE.

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Le 8 novembre 2011

En Chine, le réveil écologique passe par Internet (Novethic)

Le plus gros pollueur de la planète est peut-être en train de se réveiller. Plusieurs scandales ont en effet été dénoncés récemment sous la pression des internautes via les réseaux sociaux. Le début d'une véritable prise de conscience environnementale ?

Du jamais vu en Chine ! Plus de 12 000 habitants rassemblés sur la Place du Peuple de Dalian (nord-est du pays) pour exiger la fermeture immédiate d’un complexe pétrochimique. C’était le 12 août dernier. Une première manifestation pour la protection de l’environnement organisée grâce aux réseaux sociaux sur Internet. A l’origine de ce rassemblement exemplaire, un message posté par un inconnu sur Weibo, le « twitter chinois ». Un site de micro-blogging auquel sont abonnés plus de 200 millions de Chinois et qui, depuis le début de l’année, défraie la chronique. C’est en effet sur Weibo que sont révélés aujourd’hui la plupart des scandales politiques, sociaux et environnementaux. Internet joue le rôle d’une formidable caisse de résonnance en Chine. Depuis, plusieurs rassemblements ont eu lieu pour protester contre des industriels irresponsables ou demander la fermeture de sites dangereux. A chaque fois, Internet a servi de relais aux protestataires. Et quand les risques de descendre dans la rue sont trop grands, Weibo sert également à dénoncer les scandales comme la marée noire dans le Golfe de Bohai, un temps passé sous silence par les autorités, ou encore les ouvriers intoxiqués par des produits chimiques dans les usines du Guangdong. Sur Weibo, les informations, les photos et les vidéos se répandent comme une traînée de poudre. Difficile pour le gouvernement de les ignorer.

La crainte des désordres sociaux....

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Le 24 juillet 2009

Le combat de Ma Jun contre la pollution de l'eau en Chine (Le Monde)

Quand il a lancé en 2006 à Pékin l'Institute for Public & Environmental Affairs (Institut pour les affaires publiques et environnementales ou IPE), Ma Jun s'attelait à une entreprise titanesque : dresser une carte de la pollution de l'eau en Chine et identifier les entreprises fautives.
Ancien assistant à Pékin du journal hongkongais South China Morning Post, Ma Jun s'est fait connaître en 1999, avec son ouvrage La Crise de l'eau en Chine. Aujourd'hui, trois ans après son lancement, le site de l'IPE répertorie près de 32 000 contrevenants à la législation sur la pollution de l'eau, et plus de 13 000 dans le domaine de la pollution atmosphérique. 1,7 million de visiteurs ont été comptabilisés depuis juin 2008. Le moteur de recherche de l'IPE, qui permet, en indiquant le nom d'une usine, d'avoir accès à son "casier judiciaire" écologique, est en train de devenir une référence : "Nos informations sont de source publique. Elles viennent soit des bureaux locaux de protection de l'environnement, soit des médias. Le renforcement en Chine, l'année dernière, des mesures sur la transparence des informations relatives à l'environnement a eu un effet de catalyseur, la quantité d'information disponible sur la pollution s'est accrue de manière exponentielle", explique Ma Jun.

Certains des contrevenants épinglés par l'IPE se décident à contacter l'ONG, qui leur suggère la réalisation d'un audit par un cabinet spécialisé dans l'environnement. Si l'entreprise s'amende et met en oeuvre des mesures antipollution, elle peut être rayée de la liste noire. "Les pollueurs ne se sentent pas menacés par les amendes, souvent trop faibles, mais ils craignent de plus en plus la mauvaise publicité", estime Ma Jun. La trentaine de sociétés, qui ont entrepris de corriger leurs pratiques, y ont été poussées par les multinationales dont elles sont les fournisseurs ou les partenaires. Ce qui a conduit l'IPE à lancer un "pacte pour une chaîne d'approvisionnement verte ", selon lequel une multinationale s'engage à s'assurer que ses partenaires chinois sont "propres" : Wal-Mart ou Nike, s'y sont engagés, mais aucun de leurs concurrents français.

Collusion et corruption
Pour agir simultanément auprès des gouvernements locaux, l'IPE a lancé en juin un classement des villes chinoises, selon une batterie de critères environnementaux, comme la transparence des données. "On demande les informations que la loi désigne comme ouvertes au public. Certaines municipalités répondent qu'elles ne sont pas prêtes, d'autres que leur chef n'est pas d'accord. C'est un premier test", dit-il. "Le travail de Ma Jun est très important, estime Alex Wang, l'un des juristes travaillant à Pékin pour l'ONG américaine NRDC (Natural Resources Defense Council), car depuis le temps que la Chine est l'usine du monde, il permet enfin de faire comprendre aux sociétés chinoises et étrangères que violer les lois de protection de l'environnement n'est plus acceptable."

Ma Jun et ses équipes font face à des résistances : les gouvernements locaux soucieux d'attirer les investisseurs mettent régulièrement au pas les bureaux locaux du ministère de l'environnement et la presse. Collusion et corruption - notamment quand il s'agit de groupes publics - protègent les pollueurs qui se passent donc de lobbyistes.

Les barrages géants prévus sur le cours supérieur du Yangzi, en amont du barrage des Trois-Gorges, construits par des consortiums de sociétés d'électricité et de géants du BTP et financés par les grandes banques et les gouvernements provinciaux, reflètent ces difficultés. Dans plusieurs cas, les travaux ont avancé sans que les maîtres d'oeuvre n'aient procédé à la moindre étude d'impact sur l'environnement, pourtant obligatoire. Mis devant le fait accompli, le ministère de l'environnement vient d'ordonner la suspension des travaux de deux des barrages. Mais les écologistes n'ont pas eu voix au chapitre.
Les promoteurs d'un barrage, celui d'Ahai dans le Yunnan, ont publié en 2007 une étude succincte d'impact sur l'environnement. Fin 2008, l'IPE et d'autres ONG ont donc été invités - pour la première fois dans le cas d'un projet hydroélectrique en Chine - à participer à une consultation organisée par le ministère avec les constructeurs du barrage dont l'édification est déjà bien avancée : "On a dit qu'on ne viendrait que si nous obtenions auparavant les réponses aux questions que nous avions posées en 2007, lors de la publication de l'étude. Cela a été le cas, ce qui nous a permis de consulter des experts et pointer du doigt toutes sortes de risques sur l'écosystème. C'est très positif, mais il y a encore beaucoup de travail à faire !", constate le militant.

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Le 9 septembre 2009

En Chine, les pollueurs sont les payeurs
Chine : un chef d'entreprise condamné à onze ans de prison pour avoir pollué l'environnement (
La Chine Aujourd’hui)
Le tribunal populaire de l'Arrondissement Yandu de la Municipalité de Yancheng, Province du Jiangsu, qui juge le cas de Hu Wenbiao, ex-Président de la Société chimique à responsabilité limitée Biaoxin de Yancheng, suspecté d'être à l'origine de la grave pollution d'eau survenue le 20 février dernier dans la ville de Yancheng, l'a condamné à dix ans de réclusion pour crime d'empoisonnement et en ajoutant les autres délits qu'il a commis, il a été décidé de le condamner à onze de prison ferme. C'est le premier cas en Chine où le concerné, qui a gravement pollué l'environnement en enfreignant l'interdiction d'émissions de substances résiduaires nocives, est jugé et condamné pour le crime d'empoisonnement.

Auparavant en Chine, pour ce genre d'accident de pollution, les suspects étaient également poursuivis pour leur responsabilité criminelle, mais on les accusait de crime de pollution grave de l'environnement. D'après Gu Xiang, professeur du Droit à l'Université de Nanjing, les tribunaux chinois commencent à poursuivre la responsabilité criminelle des gens qui polluent l'environnement sous un nouveau chef d'accusation, leur crime sera plus grave et ils seront passibles d'un emprisonnement plus long, ce qui montre que la Chine est résolue à combattre sans pitié les graves actes de pollution qui dégradent l'environnement en le rendant malsain et dangereux.

Toile de fond de l'affaire : Le grave accident de pollution d'eau survenu le 20 février 2009 à Yancheng.

Dans le laps de temps allant de fin novembre 2007 jusqu'au 16 février 2009, Hu Wenbiao, ex-Président de la Société chimique à responsabilité limitée Biaoxin de Yancheng, et Ding Yuesheng, qui cumulait les fonctions de Directeur d'usine chargé de la production et de chef d'atelier, ont continué à déverser les eaux résiduaires remplies de sylvine dans la rivière Wuzhi qui se trouve au côté nord de l'usine, malgré qu'ils savent très bien que leur société figure sur la liste des entreprises interdites d'émissions d'eaux résiduaires par le Département municipal de protection de l'Environnement et que les eaux résiduaires, comportant le sylvine produites lors du processus de production de chloro keto-ether, contiennent une grande quantité de substances nocives et dangereuses. Les eaux résiduaires déversées par l'usine dans la rivière Wuzhi se sont écoulées par la suite directement dans le rivière Mangshe, qui est la source d'eau de la zone urbaine de la municipalité de Yancheng, et qui ont pollué gravement et sérieusement les bouches de prise d'eau des deux usines d'eau Cengxi et Yuehe de la ville. Le 20 février dernier, la pollution de la source d'eau a causé de grandes pertes aux plus de deux cent mille habitants de la ville qui ont souffert de la suspension d'approvisionnement en eau potable durant 66 heures et 40 minutes.

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Le 28 janvier 2011

Chine : les entreprises trop polluantes « blacklistées » (business-humanrights)

Pékin a créé un dispositif demandant aux agences locales de l'environnement de publier la liste noire des entreprises qui ne respectent pas les seuils de pollution autorisés...Explications avec Joëlle Brohier, co-fondatrice du site RSE et PED, consultante RSE à Singapour...: ...[Dans] le Yunnan...[le] gouvernement local a...fait fermer 43 entreprises pour des rejets d’eaux usées non réglementaires...[Les] ONG jouent un rôle important en publiant des guides pour expliquer la démarche au public...Ces informations sont ensuite reprises par les ONG occidentales qui font à leur tour pression sur les grandes marques...[Une] coalition de 31 ONG associée à Friends of Nature et à l'Institute of Public & Environnemental Affairs ont enquêté sur la pollution aux métaux lourds dans le secteur de l’informatique et des technologies de l'information. Une vingtaine d’entreprises ont été contactées, dont Haier, Lenovo, Intel, Singtel, Panasonic et Sanyo. Huit d’entre elles ont eu les réactions les plus positives : Alcatel, BT, HP, Hitachi, Samsung, Sharp, Toshiba et Vodafone,...Bosch et Esquel group également... Propos recueilli par Véronique Smée, Novethic 18 janvier 2010

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Le 21 août 2011

Chine. Des manifestants font fermer une usine chimique (Consoglobe)

Des milliers de manifestants sont parvenus à faire fermer une usine chimique à Dalian, en Chine. La preuve que la volonté des hommes peut parfois faire plier les autorités et la logique économique des entreprises.

Protection de l’environnement et sécurité

Excédés par le manque de sécurité apporté par une usine appartenant au groupe Fujia et motivés par la volonté de vivre dans un monde plus sain, les habitants de la ville de Dalian ont fait pression sur les autorités pour obtenir la fermeture de l’usine chimique en question.

La crainte d’un environnement pollué

Dailan est une ville portuaire située dans le nord-est de la Chine. En juillet 2010, cette ville était victime d’une importante marée noire, une catastrophe environnementale pour cette région qui vit en grande partie grâce à la pêche.

Les habitants sont donc traumatisés à l’idée d’une nouvelle catastrophe environnementale et écologique, ce qui les a poussés ces dernières semaines à manifester activement contre une usine pétrochimique de la région.

En effet, la ville de Dailan abrite sur ses terres une usine du groupe Fujia, qui fabrique du paraxylène, un hydrocarbure polluant et très inflammable. C’est cette usine, qui n’est pas la bienvenue dans la ville, qui a attisé la colère des habitants depuis l’évacuation de plusieurs centaines d’individus il y a quelques jours.

En effet, suite à une tempête, la digue protégeant l’usine du groupe Fujia s’est rompue, augmentant le risque de fuite et pollution chimique. Par mesure de sécurité, des personnes habitant à proximité ont été évacuées, mais la colère des habitants de Dailan est montée d’un cran.

Faire pression pour fermer l’usine

En colère, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis à Dailan devant les bâtiments représentant les autorités de la ville, demandant le départ de l’entreprise de Fujia.

L’AFP explique que quelques affrontements ont eu lieu avec la police chinoise anti-émeute tandis que plusieurs banderoles laissaient apparaitre des messages sans équivoques : « Nous voulons survivre, nous voulons un environnement sain, rendez-nous notre Dailan« .

Face à la pression, les autorités chinoises ont cédé et ont ordonné la fermeture de l’usine, fermeture prenant effet immédiatement.

La volonté des hommes avant la logique économique

Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement de protestation en Chine provoque la fermeture d’une usine. En 2007 à Xiamen, les travaux d’une usine pétrochimique avaient été stoppés après les protestations des habitants….

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Le 17 novembre 2011

Chine : Des coquillages à la sauce métaux lourds (Courrier International)

Amateurs de fruits de mer, prudence ! La pollution chimique des côtes chinoises atteint des niveaux élevés. Adieu huîtres et mollusques…

Alors que les médias de la province du Guangdong [sud de la Chine] révèlent une concentration de cuivre 740 fois supérieure à la normale dans des huîtres, à une embouchure de la rivière des Perles, le 9 octobre dernier, à Wenling, dans la baie de Yueqing [province côtière du Zhejiang, un des grands centres aquacoles de Chine], M. Huang déguste justement une omelette aux huîtres.

Ce paysan de 48 ans ne mange déjà plus depuis huit ans le riz qu’il plante, car il a été prouvé que la prévalence élevée des cancers dans son village est liée à une pollution [des sols] aux métaux lourds. Il fait désormais très attention. Mais voilà que maintenant les fruits de mer vont devenir pour lui un nouvel aliment interdit !

Selon le “Rapport sur la qualité de l’environnement marin de la province du Guangdong en 2010”, les polluants rejetés en mer au niveau des huit principales embouchures de la rivière des Perles auraient été estimés à plus de 1 million de tonnes. Ils seraient à l’origine de dépassements importants des teneurs en métaux lourds autorisées dans certains coquillages.

Un inspecteur chargé de la protection de l’environnement maritime a révélé que la pollution aux métaux lourds provient en grande partie des rejets clandestins des industries chimiques dans les eaux littorales. Toute la côte est touchée par ce type de pollution. Celle de la baie de Yueqing n’est qu’une illustration de ce qui peut arriver aux villes côtières cernées par les industries.

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Le 2 mars 2012

Ces « villages du cancer » qui empoisonnent la Chine (Novethic)

En Chine, la plupart des industries polluantes sont installées dans les campagnes. A l'abri des regards, elles polluent les cours d'eau et empoisonnent l'air et la terre. Résultat : des centaines de milliers de paysans sont atteints de cancer. Sur Internet, une carte évolutive recense plus de 450 de ces « villages du cancer ».

A 300 kilomètres de Pékin, la ville de Tianjin est la vitrine de la Chine toute puissante. Gratte-ciel à perte de vue et port en eau profonde où accostent des centaines de porte-conteneurs géants. Tianjin est même la capitale chaque année d’une version chinoise du Forum de Davos où se retrouvent les grands argentiers de la planète. Mais aux portes de ce miracle économique, bien à l’abri des regards, le village de Xiditou meurt lentement. En 5 ans, cette petite bourgade poussiéreuse plantée de maisons de briques rouges, à une encablure de Tianjin, a perdu plus de 300 de ses habitants, soit un dixième de la population. Tous mort d’un cancer. Et à Xiditou, les journalistes ne sont pas les bienvenus. Lors de mon premier passage il y a 4 ans (voir vidéo) des agents de sécurité en civil nous avaient interdit d’interroger les habitants. Trop grave. Trop honteux pour une Chine qui s’apprêtait à accueillir les Jeux olympiques.

Explosion du nombre de cancers

4 ans plus tard, le gouvernement chinois a en effet mis l’accent sur la lutte contre la pollution et investit des milliards pour limiter ses émissions de gaz à effet de serre. Mais à Xiditou, rien. La mort rôde toujours et la police fait barrage. Les quelques habitants qui ont osé franchir le mur du silence nous ont avoué de nouveaux morts. Femmes, enfants, personnes âgées. Les plus faibles sont les premières victimes de ce mal invisible qui ronge les habitants : le cancer. En 30 ans, les cancers du poumon ont augmenté de 465% en Chine pour devenir la première cause de mortalité. Dans les campagnes, on estime qu’un quart des habitants meurt aujourd’hui d’un cancer. Sans assurance maladie efficace, la plupart de ces malades sont condamnés. « Ici presque tout le monde est malade, nous confie un habitant de Xiditou. Les légumes que nous mangeons tous les jours poussent dans nos champs et on sait bien que cette terre est polluée. Rien ne change. Je vois les gens mourir les uns après les autres. Nous sommes des pauvres gens. Qui se soucie de nous ? » Xiditou est victime des industries environnantes. Usines chimiques, aciéries et hauts fourneaux. Des installations construites loin des villes… pour polluer en paix. Ici, pas de retraitement des déchets, ni de contrôle des autorités. Les produits chimiques sont souvent directement rejetés dans les cours d’eau provoquant des cancers dans les villages alentours. Certaines usines ont du fermer. Mais la pollution, elle, est bien tenace. C’est un mal invisible qui empoisonne les sols pour encore des siècles.

Plaintes

Malgré les menaces, certains se mobilisent, comme Wang Canfa. Avocat au barreau de Pékin, il a déjà constitué un dossier et attend depuis 5 ans que la justice accepte sa plainte. « Si une cour de justice acceptait de s’intéresser au malheur de ces pauvres gens, explique-t-il, alors nous pourrions apporter la preuve que la plupart d’entre eux sont mort d’un cancer lié à la pollution provoquée par ces usines. Ces gens veulent réparation ». Parfois, la mobilisation peut payer. Ainsi dans le Yunnan, dans le Sud de la Chine, un groupe de villageois épaulé par quelques avocats a déposé plainte contre une entreprise soupçonnée de polluer les rivières avoisinantes avec des produits chimiques et des déchets industriels. Mais contrairement à Xiditou, et en attendant que la justice ne se saisisse de leur cas, ils ont pu obtenir de l’entreprise la création d’un fonds de soutien aux victimes de la pollution équivalent à un million d’euros. « C’est une avancée importante, souligne le professeur Qin Tianbao, de l’Université de Wuhan, qui intervient comme expert dans ce dossier. Dans le passé, les plaintes venaient d’agences officielles, elles avaient le soutien du gouvernement. C’est la première fois que des villageois font entendre directement leurs voix. C’est une bonne chose ».

Mais cet exemple reste encore rare. Il y aurait en effet 459 villages du cancer en Chine. Des villages qui ont pour nom Liukai, Huangmengying, Shangba ou encore Tingliang. Sur une large façade orientale de la Chine, le long de la ceinture industrielle du pays, des centaines de milliers de Chinois sont morts des conséquences de cette course folle à la croissance. C’est pour témoigner de cette situation que le journaliste chinois Deng Fei a mis en ligne sur Internet une carte évolutive qui recense tous ces villages du cancer (voir lien).

Un coût de 150 milliards d’euros....

(...)

Malgré les efforts de l’Etat, la mobilisation de quelques avocats, de journalistes et d’ONG, les villages du cancer ne sont pas l’apanage du passé. Le mois dernier encore, plus de vingt tonnes de cadmium – un produit hautement cancérigène - ont été déversés par des industriels peu scrupuleux dans la rivière Liu, dans le sud de la Chine. L’eau enregistre une teneur jusqu’à quatre-vingt fois supérieur au niveau autorisé. 3 millions et demi de personnes sont directement concernées. Autant de villages du cancer qui vont empoisonner la Chine pour encore de longues années.

Sébastien Le Belzic à Pekin et Xiditou

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