dimanche 20 décembre 2009

Après Copenhague, un raz-de-marée planèto-climatique !

A l’issue de la Conférence de Copenhague sur le climat, la déception des organisations de développement et des populations côtières à risque est à la hauteur de leur forte mobilisation d’avant et pendant les négociations. Selon l’ONG Oxfam/Agir Ici, s’engager sur une augmentation des températures en-dessous de 2 degrés ne correspond pas à un objectif de réduction des émissions de CO2 ; ce qui signifie qu'il n'existe aucune garantie que le changement climatique restera sous les deux degrés. La communauté scientifique est très claire sur le besoin de réduction des gaz à effet de serre d'ici à 2020. Des objectifs spécifiques sont nécessaires.

Que dire à Shorbanu Khatun, femme d’un village de pêcheurs au Bangladesh et déjà victime du changement climatique, après sa déclaration de Copenhague : «J'ai parcouru un long chemin, depuis un camp de déplacés sur une côte inondée du Bangladesh, pour obtenir justice pour les 45.000 sans abri victimes du cyclone Aila. Comment puis-je leur dire que leur misère est tombée dans l'oreille de sourds ? » En effet, l’avenir de nombreuses communautés de pêcheurs dépend actuellement des décisions de cette bande de sourds que sont les puissants de ce monde.

« Nous ne pouvons pas négocier avec la nature »

Dans un article publié le 2 décembre 2009 sous le titre « Nous ne pouvons pas négocier avec la nature », Anders Wijkman et Johan Rockström de la Fondation Tällberg (Suède) nous avaient prévenu. Ils pointaient du doigt le risque d'enlisement des négociations climatiques. Selon eux, le processus de négociations sur le climat fait davantage penser à une guerre de tranchées qu'à une véritable tentative de trouver des solutions communes. Ils posent donc les questions : qui a la légitimité pour représenter toutes les parties ? Où se place l'intérêt commun ? Qui doit porter les responsabilités ?

Ces deux scientifiques s'interrogent sur la pertinence de traiter le problème du climat comme n'importe quel autre thème politique d'envergure mondiale. La nature n'est pas un interlocuteur avec lequel il serait possible de négocier. Bien au contraire, ces enjeux devraient être l'occasion de repenser notre relation à la biosphère et de promouvoir le développement de technologies propres. Ils estiment, enfin que le système des Nations Unies et les institutions de Bretton Woods ont été créés pour résoudre d'autres problèmes. La situation inédite à laquelle nous sommes confrontés exige un traitement global, où tous les intérêts des parties sont pris en compte, ce qui supposera de revoir nos approches à l'égard de la souveraineté des pays.

Respectons les 9 limites de la planète

Anders Wijkman et Johan Rockström qui est par ailleurs directeur du Stockholm Environment Institute (SEI), avaient présenté des recommandations importantes avant la conférence de Copenhague. Ces recommandations s’inscrivent dans une nouvelle approche sur le thème des limites de la planète « Planetary Boundaries », défendue par un groupe de 28 scientifiques de renommée internationale signataires d’un article publié le 24 septembre 2009 dans Nature. Ces scientifiques (y compris le prix Nobel Paul Crutzen) ont identifié et quantifié un ensemble de neuf limites planétaires. Il s’agit de 9 barrières biophysiques à ne pas dépasser « pour que l’humanité puisse continuer à se développer et à prospérer au cours des générations futures. »

En plus du changement climatique, ce groupe de chercheurs a ajouté 8 autres barrières : perte de biodiversité, acidification des océans, couche d’ozone, cycle de l’azote (et du phosphore), pollution chimique, aérosol atmosphérique, changement de l’utilisation des terres, consommation de l’eau douce.

Selon eux, 3 barrières sont déjà franchies :
- pertes de biodiversité (déforestation intensive,….),
- modification du cycle de l’azote (utilisation excessive des engrais azotés en agriculture,…),
- changement climatique (émissions de CO2 liées aux énergies fossiles,…).

Pour Johan Rockström, la transgression de ces limites planétaires serait dévastatrice pour l'humanité, mais si nous les respectons, nous avons un avenir radieux qui nous attend pour les siècles à venir !
Philippe FAVRELIERE (à partir d'un article du Bulletin électronique Suède)

Autres articles :
Pour aller plus loin...

Ouvrage : Anticiper pour s'adapter (Iddri)

Anticiper pour s'adapter - Le nouvel enjeu du changement climatique, un livre co-écrit par Laurence Tubiana, François Gemenne et Alexandre Magnan, publié dans la collection « Les temps changent » des Éditions Pearson.

Présentation de l'éditeur : « Accroissement des températures, vagues de sécheresse, hausse du niveau de la mer… De nombreux scientifiques estiment que le siècle prochain verra l'un des plus grands bouleversements climatiques que la vie sur Terre ait connu. Partant du constat que ce changement s’effectue à une rapidité inédite dans l’histoire de l’humanité — certaines de ses conséquences étant déjà irréversibles —, Laurence Tubiana, François Gemenne et Alexandre Magnan plaident en faveur d’une politique d’adaptation proactive qu’il revient à chaque État de mettre en place, parallèlement aux mesures déjà existantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit de passer d’un mode « réactif » d’adaptation à un mode anticipatif. [...]

Ce livre donne à la question de l’adaptation — longtemps reléguée derrière celle de la réduction des émissions de gaz à effet de serre — toute l’importance qu’elle mérite à l’heure d’une prise de conscience globale des risques liés au changement climatique. »

Revue de presse :

21 décembre 2009 : Edito de Ouest France

Un monde sans gouvernail (Ouest France)
Pas de véritable accord. Pas d'objectifs suffisamment chiffrés. Aucune date pour inverser la tendance. Aucune réelle contrainte pour les États. Inutile de voir dans le soi-disant accord de Copenhague ce qu'il ne contient pas. Le sommet sur le climat est un échec. Trop de voix s'étaient élevées pour annoncer qu'on allait sauver la planète, pour ne pas devoir constater l'écart entre les intentions et les résultats. Pour ne pas, également, être inquiets.....

29 décembre 2009

Sénégal: Erosion côtière - l'Océan Atlantique engloutit peu à peu la petite côte et les Iles du Saloum
Constituées d'îles et de presqu'îles, la Petite Côte et les îles du Saloum subissent, depuis plus de deux décennies, les assauts répétés du grand bleu. Petit à petit, l'océan Atlantique dévore ces terres pendant que le gotha international cogite sur les conséquences du réchauffement climatique.

Loin du sommet mondial de Copenhague, où les chefs d'Etat, les climatologues et les responsables des Ong intervenant dans la protection de l'environnement, réfléchissent aux conséquences du réchauffement et des changements climatiques sur la nature, la commune de Joal-Fadiouth et les îles du Saloum subissent au quotidien, et cela depuis longtemps, les conséquences des changements climatiques, en particulier la montée de la mer. Constituée d'îles et de presqu'îles, cette partie du Sénégal, qui fait face à l'océan Atlantique et qui est à cheval sur les régions de Fatick et de Thiès, subit, depuis plus de deux décennies, les assauts répétés du grand bleu. Petit à petit, l'océan dévore les terres et gagne du terrain.

Situé au nord-ouest de Joal, le quartier de Santhie se rétrécit d'année en année. L'océan avance à grands pas. Les maisons coloniales et le comptoir commercial construits au début du siècle, en bordure de mer, sont tous sous les eaux de l'Atlantique. Bâties par les négociants européens, ces maisons qui abritaient jadis les sociétés de négoce, se sont transformées en refuge pour poissons et autres mollusques en période de marée haute. Il faut attendre la marée basse, quand la mer se retire, pour apercevoir les vérandas de ces anciens édifices.......

Le 17 avril 2010

L’océan, grand oublié de Copenhague ? (Terra Eco)
Interview - Meg Caldwell, directrice du Center for Ocean Solutions de l'Université de Stanford*, répond à nos questions sur l'acidification des océans, souvent présentée comme un « problème jumeau » du changement climatique.
Les océans absorbent 26% des émissions globales de CO2. Un phénomène naturel mais déréglé par les rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère dus à l’homme. En se mélangeant à l’eau, le gaz se transforme en acide carbonique et nuit particulièrement à la formation des coquillages et au développement des ptéropodes, des escargots planctoniques à la base de la chaîne alimentaire.

Terra eco : a-t-on aujourd’hui une idée du coût de l’acidification des océans sur les activités humaines ?
Meg Caldwell : « Scott Doney avance le chiffre de 4 milliards de dollars par an, sur le seul secteur de la pêche aux États-Unis. Un océan trop acide devient aussi une menace sérieuse pour les coraux. L’université du Queensland a mené une étude sur l’impact du changement climatique sur le Triangle des corail. Plus de 150 millions de personnes vivent dans cette région et dépendent totalement des ressources de la mer. Si rien n’est fait d’ici à la fin du siècle estime cette étude, 90% de ces ressources auront disparu, entrainant des millions de réfugiés climatiques. Il est certain qu’à court terme les océans vont souffrir, et les populations qui en dépendent avec, il nous faut donc trouver des moyens d’atténuer l’acidification et de s’adapter à moyen et long terme…..
* Université de Stanford : Le site du Center for ocean solutions
Image Google Earth : Delta du Gange au Bangladesh

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Le 16 octobre 2011

Conférence sur le climat : Les gros pollueurs devraient "rester à la maison"

Le 17 décembre 2011 pour la Conférence sur le climat à Durban (Afrique du Sud)

Rousbeh Legatis : Quand il s’agit de changements climatiques, vous avez vu des conférences au cours desquelles des promesses vides abondent. Qu’est-ce qu’il faut à Durban en décembre pour parvenir à un résultat qui rompt avec l'approche habituelle?

Patrick Bond : Ce qu’il faut, sur la base des résultats passés, est que les délégations venues de Washington, d’Ottawa, de Londres, de Bruxelles, de Tokyo, de Moscou, de New Delhi, de Beijing, de Brasilia et de Pretoria restent à la maison, et laissent les principales victimes des changements climatiques établir les règles par lesquelles les grands pollueurs arrêtent ce qu'ils font et paient des réparations à tout le monde - et créer aussi une Cour internationale des affaires climatiques pour imposer des sanctions et des pénalités à ceux qui ne respectent pas une solution pour sauver la planète.

Rousbeh Legatis pour le journal en ligne IPS s’entretient avec Patrick Bond, un économiste politique à la Faculté des études en développement à l'Université de KwaZulu-Natal, à Durban, en Afrique du Sud

Les gros pollueurs devraient "rester chez eux" loin de la conférence sur le climat

Pour que les politiques et les efforts mondiaux dans la lutte contre les changements climatiques avancent, un activisme local intense et les pays les plus touchés par les changements climatiques doivent jouer un rôle de premier plan.

S'ils ne le font pas, une prochaine réunion des Etats parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en Afrique du Sud sera une conférence de "paralysie" et des "profiteurs", affirme Patrick Bond, un expert de la justice climatique et auteur du livre intitulé "Politics of Climate Justice" (La Politique de la justice climatique) qui paraîtra en novembre.

"Les élites ont raté leur chance de résoudre la crise climatique", estime Bond.

Le 17 décembre, lors de la Conférence des parties (COP17) à la CCNUCC, 194 pays évalueront les progrès mondiaux dans les changements climatiques. Ils négocieront et s'accorderont, en particulier, sur des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pendant la deuxième période d'engagement du Protocole de Kyoto, qui guidera les efforts internationaux dans la politique climatique pour les quatre prochaines années.

Les conférences précédentes ont décrit et conceptualisé les changements climatiques comme un problème qui présente principalement un impact économique, en raison de l'idéologie selon laquelle "vous devez toujours régler un problème de marché avec une solution de marché", a déclaré Bond.

En conséquence, la discussion sur l'utilisation des marchés de carbone, où les émissions sont vendues de façon irrégulière, comme l'outil principal pour contenir les changements climatiques, est dominante.

Bond a parlé au correspondant Rousbeh Legatis, à l'ONU, des pays du Sud – acteurs clé dans les politiques climatiques futures – ainsi que de leurs perspectives et besoins….

Rousbeh Legatis : Voyez-vous des charges et responsabilités en train d’être correctement partagées entre les pays touchés, la communauté internationale et les Etats principalement responsables des changements climatiques?

Patrick Bond : La dette climatique est le concept que nous devons comprendre, comme une composante de la dette écologique du Nord envers le Sud.

Ce que nous savons tous est que la responsabilité pour les changements climatiques incombe à tout le Nord, qui comprend bien sûr des entreprises qui opèrent de façon irresponsable au Sud – telles que 'BHP Billiton' et 'Anglo American' ici en Afrique du Sud, qui reçoivent l’électricité la moins chère au monde et exportent ensuite leurs bénéfices à Melbourne et à Londres, respectivement.

Le partage du fardeau ici, conviennent des activistes du climat, devrait être un arrêt définitif des accords spéciaux de prix de l’ère de l'apartheid qui donnent à ces entreprises leurs hyper-profits destructeurs du climat, de sorte que la vaste majorité des gens puissent plutôt avoir accès à plus d'électricité gratuite que les 50 kilowatts/heure symboliques par ménage par mois...

Ceci n'est pas seulement une exigence du 'nationaliste de tiers monde'. La dette climatique - probablement au-delà de 400 milliards de dollars par an selon la plupart des estimations - ne devrait pas être payée par l’intermédiaire des tyrans, tels que Meles Zenawi d'Ethiopie, ou Mswati, le roi du Swaziland.

Des mécanismes de paiement direct semblables au style de 'subvention du revenu de base' de la Namibie devraient plutôt garantir que ceux qui ont été touchés par les changements climatiques – une grande partie du Pakistan l'année dernière, par exemple - seront remboursés par des transferts de fonds locaux directement, sans passer par des Etats corrompus et des intermédiaires de l'industrie humanitaire.

Pour lire l’intégralité de l’entretien, cliquer IPS

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