dimanche 18 janvier 2009

Rosamond Naylor nous alerte sur une grave crise alimentaire dans le monde

Rosamond Naylor est directrice du programme sur la sécurité alimentaire à l'Université Stanford en Californie ; elle a publié de nombreuses études relatives aux productions halieutiques et en particulier l'article très connu de la revue Nature "Effect of aquaculture on world fish supplies" (L’effet de l'aquaculture sur l'approvisionnement mondial de poisson). Cette femme qui est engagée dans une lutte pour la souveraineté alimentaire des peuples, mène des programmes de recherche sur tous les "fronts" alimentaires. Elle est co-auteur d'une nouvelle étude parue dans la revue Science datée du 9 janvier 2009 : Historical Warnings of Future Food Insecurity with Unprecedented Seasonal Heat (Alerte aux crises alimentaires de demain liées à des chaleurs saisonnières inconnues jusqu'alors).

Compte-rendu de l'AFP

Climat: le réchauffement risque de menacer 50% des habitants du globe d'une crise alimentaire
Le réchauffement du climat risque de précipiter la moitié de la population mondiale dans une crise alimentaire d'ici la fin de ce siècle, anticipent des scientifiques américains qui préconisent des mesures d'adaptation pour en minimiser la sévérité. Ces projections sont basées sur des observations directes et des données provenant de 23 modèles informatiques sur l'évolution du climat terrestre.

Selon ces chercheurs, la probabilité est supérieure à 90% que d'ici 2100 les températures minimales de la saison des cultures dans les régions tropicales et subtropicales soient plus élevées que tous les maxima enregistrés jusqu'à présent, ce qui réduira considérablement les récoltes affectées par la chaleur. "Nous prenons le pire de ce que nous avons vécu historiquement et nous disons qu'à l'avenir ce sera nettement plus grave sans une adaptation", explique Rosamond Naylor, directrice du programme sur la sécurité alimentaire à l'Université Stanford en Californie, co-auteur de cette étude parue dans la revue Science datée du 9 janvier. "Nous devons repenser le système agricole dans son ensemble, pas seulement en recourant à de nouvelles variétés (mieux adaptées à la chaleur et à la sécheresse) mais aussi en reconnaissant qu'une grande partie de la population, surtout dans les pays pauvres, devra sortir de ce secteur d'activité" dont elle dépend aujourd'hui entièrement pour sa survie, ajoute-t-elle. "Les conséquences sur la production alimentaire mondiale de la seule hausse des températures seront énormes et cela ne tient même pas compte de la diminution des quantités d'eau qui seront disponibles", relève David Battisti, professeur de science atmosphérique à l'Université de l'Etat de Washington, le principal auteur de ces travaux.

Dans les zones tropicales, les températures plus chaudes devraient réduire le rendement des principales récoltes alimentaires comme le maïs et le riz de 20 à 40%, selon ces chercheurs. L'humidité moindre des sols devrait entraîner une réduction encore plus grande de ces cultures, souligne-t-ils. Actuellement, la moitié des habitants de la Terre, soit trois milliards, vivent dans les régions tropicales et subtropicales et leur nombre devrait doubler d'ici la fin du siècle. Ces régions vont du sud des Etats-Unis au sud du Brésil et recouvrent une partie de la Chine, de l'Australie, le nord de l'Argentine et de l'Inde ainsi que la totalité du continent africain.

Un grand nombre des personnes concernées vivent dans des pays en développement avec moins de deux dollars par jour et dépendent largement de l'agriculture pour leur subsistance, relèvent les chercheurs. La population de cette ceinture équatoriale qui s'étend de 35 degrés de latitude nord à 35 degrés de latitude sud compte parmi la plus pauvre de la planète et s'accroît plus rapidement que partout ailleurs. "Quand tous les signes pointent dans la même direction --et dans ce cas c'est une mauvaise direction--, on peut parfaitement imaginer ce qui va arriver", met en garde David Battisti. "Nous parlons de centaines de millions de personnes en plus qui seront à la recherche de nourriture car elles ne seront pas en mesure de la trouver où elle se trouve encore aujourd'hui", prévient-il.

Ces projections et signes "sont assez convaincants pour que nous investissions afin de nous adapter à un monde plus chaud", insiste Rosamond Naylor, tout en soulignant qu'il faudra des décennies pour développer de nouvelles variétés de cultures mieux adaptées. "Ce qui me frappe, poursuit-elle, c'est que dans l'histoire on finissait toujours par avoir une solution à une crise alimentaire dans une année donnée, les gens pouvant toujours aller chercher ailleurs de la nourriture", dit-elle. "Mais à l'avenir, il n'y aura pas d'autres endroits si nous ne repensons pas nos sources alimentaires", ajoute la scientifique.
Par Jean-Louis SANTINI (AFP)

Les américains sont très prolixes au sujet de la sécurité alimentaire. Un autre article publié dans Science le 12 janvier 2009 sous le titre : «Farming Strides Toward Sustainability » explique que l’agriculture doit s’adapter et prendre la voie de l’agriculture durable. « L'agriculture fait face à des défis énormes. On s'attend à ce que la population mondiale dépasse 9 milliards avant 2050, les agriculteurs devront produire plus pour nourrir tout le monde. La question qui se pose est comment augmenter la production tout en réduisant les impacts déjà trop importants sur l’environnement. L'agriculture est l’une des activités qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre et les engrais qui sont lessivés, créent des zones mortes dans les lacs, les estuaires et les golfes où la vie aquatique disparait. L’agriculture occupe près de 40% de la surface des terres et consomme déjà 70% de l’eau douce disponible dans le monde….»

Autre article :

Voir les études en ligne de Rosamond Naylor, mais visiter aussi les pages électroniques de l’Université de Stanford (Californie) :

Autre document sur la sécurité alimentaire dans le monde :

The Royal Society a publié en septembre 2010 un dossier très important sur la sécurité alimentaire dans le monde. Une partie est consacrée à l’aquaculture….

Theme issue 'Food security: feeding the world in 2050' compiled and edited by H. Charles J. Godfray, John R. Beddington, Ian R. Crute, Lawrence Haddad, David Lawrence, James F. Muir, Jules Pretty, Sherman Robinson and Camilla Toulmin / September 27, 2010; 365 (1554)

Partie consacrée à l’aquaculture : Aquaculture: global status and trends / John Bostock, Brendan McAndrew, Randolph Richards, Kim Jauncey, Trevor Telfer, Kai Lorenzen, David Little, Lindsay Ross, Neil Handisyde, Iain Gatward, and Richard Corner

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L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2009 - Crises économiques – répercussions et enseignements

Résumé : L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2009 présente les dernières statistiques sur la sous-alimentation à l’échelle mondiale, parvenant à la conclusion que des problèmes structurels de sous-investissement ont empêché de progresser vers l’accomplissement de l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation et du premier des Objectifs du Millénaire pour le développement relatif à la cible de la réduction de la faim. Cette situation décevante a été aggravée d’abord par la crise alimentaire, et maintenant par la crise économique mondiale, dont les effets conjugués ont porté à plus d’un milliard le nombre des personnes sous-alimentées dans le monde, et cela pour la première fois depuis 1970. Le rapport illustre les voies de transmission de la crise économique aux pays en développement, présente une série d’études de cas montrant comment les pauvres s’efforcent de faire face à des chocs de grande ampleur dont ils ne sont pas responsables. Cette crise diffère de celles que les pays en développement ont connues dans le passé, parce qu’elle frappe simultanément le monde entier, qu’elle vient s’ajouter à une crise alimentaire qui a déjà mis à rude épreuve les mécanismes de parade des pauvres et parce qu’aujourd’hui les pays en développement sont plus intégrés dans l’économie mondiale que lors des décennies précédentes.

Télécharger le document intégral : L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde - Crises économiques – répercussions et enseignements – FAO 2009

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Le 3 juin 2011

Changement climatique et insécurité alimentaire dans le monde

Les personnes vivant en Afrique et en Asie du Sud seront les plus vulnérables en matière de sécurité alimentaire face au changement climatique selon l’étude du CGIAR Research Program on Climate Change, Agriculture and Food Security (CCAFS) : « Mapping Hotspots of Climate Change and Food Insecurity in the Global Tropics »


Le climat va se modifier. Les saisons optimales à la croissance des cultures de base comme le maïs seront plus courtes, plus chaudes et plus sèches d’en moins de 40 ans, ce qui limitera la production alimentaire et mettra en péril la vie de millions de personnes déjà démunies, affirme l'étude.

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Oxfam : Cultiver un avenir meilleur


Le rapport Cultiver un avenir meilleur

Oxfam - mai 2011

La campagne CULTIVONS. La Terre. La vie. Le monde.

Dans un nouveau rapport publié le 31 mai 2011, Oxfam souligne que les défaillances de l’actuel système alimentaire mondial et les conséquences du changement climatique vont entrainer de nouvelles crises marquées par l’épuisement des ressources naturelles et l’augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde.

Aujourd’hui, près d’un milliard de personnes se couchent avec la faim au ventre. Et bientôt, nous serons 9 milliards. Pourtant, notre planète a les moyens de tous nous nourrir. Mais pour cela, il faut changer le système alimentaire global, qui creuse les inégalités et détruit les ressources naturelles. Le rapport Oxfam "Cultiver un monde meilleur : la justice alimentaire dans un monde aux ressources limitées" donne le coup d’envoi d’une campagne sur 4 ans pour changer le système alimentaire mondial....

Contre la faim, changer le système alimentaire mondial

Le rapport dénonce les gouvernements dont les politiques inefficaces accentuent la défaillance du système alimentaire ainsi que les grandes entreprises tirant bénéfice de ces politiques et faisant pression pour leur maintien.

Bien que la croissance économique indienne ait plus que doublé entre 1990 et 2005, le nombre de personnes souffrant de la faim dans ce pays a augmenté de 65 millions - soit plus que l’ensemble de la population française. Un développement économique et des systèmes de sécurité sociale excluant les populations pauvres en milieu rural en sont les principales causes. Aujourd’hui, une personne sur quatre souffrant de la faim dans le monde vit en Inde.

Dans le même temps, les politiques menées par les États-Unis font que 15% des quantités mondiales de maïs sont utilisées comme carburant, même en période de forte crise alimentaire, alors que la quantité de céréales nécessaire pour faire le plein d’éthanol d’un 4x4 peut nourrir une personne pendant un an.

Quatre entreprises internationales concentrent entre leurs mains les décisions relatives au système alimentaire mondial. Trois entreprises seulement – Archer Daniels Midland, Bunge et Cargill - contrôlent environ 90% du commerce mondial de céréales. Leurs activités entraînent la volatilité des prix alimentaires dont elles profitent largement : lors du premier trimestre de 2008, en pleine hausse mondiale des prix alimentaires, les profits de Cargill avaient augmenté de 86%. Et l’entreprise connait des profits records cette année grâce à des ruptures d’approvisionnements au niveau mondial.

"Depuis trop longtemps, les gouvernements font passer les intérêts des grandes entreprises et des élites au-dessus de ceux des 7 milliards d’entre nous qui cultivons et consommons la nourriture. Les gouvernements du G20 qui se réunissent en France cette année doivent encourager le changement de notre système alimentaire mondial pour enfin lutter efficacement contre la faim dans le monde", conclut Jean-Cyril Dagorn. Pour plus d’informations sur Cdurable, cliquer : Contre la faim, changer le système alimentaire mondial

Accéder à la campagne "Cultivons. La terre. La vie. Le monde" et signer la pétition, cliquer :Oxfam

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Carte : Sciencemag
Crédit photographique : Philipe FAVRELIERE - Vendeuse de poissons à Laguna Bay (Philippines)

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