mardi 19 mai 2015

Mortalités ostréicoles, conchylicoles. Remise à plat !






2015, une année charnière pour la survie de toute l’activité conchylicole.

Jean François Le Bitoux, Vétérinaire en aquaculture

Billet n° 1 / Relancer l’enquête

Billet n° 2 / GROBEST : La maladie des élevages de crevettes EMS est le résultat d’une course à la production d’aliments toujours moins cher.

Billet n° 3 / Merci Professeur Puyt (1)

A relire 3 articles (+ billets) de Jean-François Le Bitoux

28 janvier 2014 : Mortalités ostréicoles, 2014 l'année des solutions ? Chiche ?  (+ 10 billets)
7 juin 2014 : Mortalités de moules : Nouvelles pathologies "inconnues" ?
9 mars 2015 : Les huîtres crèvent... et alors ! Stop ou encore ?

Relancer l'enquête

Quoi de neuf depuis un an ?

Le long des côtes françaises, des mortalités conchylicoles se sont multipliées depuis que l’ostréiculture existe, soit plus de 150 ans. Les 12 derniers mois furent particulièrement riches en évènements, en informations, en réunions et en interventions, sans oublier d’autres manifestations de rues d'associations écologistes indirectement concernées, contre l’extension des filières, les marées vertes, etc.

L’historienne Mona Ozouf nous invite à prendre conscience que le contexte est aussi important que le texte : « Il faut contextualiser avant de hiérarchiser ». Le contexte c’est autant ce qui se déroule dans les parcs d’élevage que dans des réunions qui se succèdent sans avancer, selon les termes mêmes des participants. C’est l’heure de faire preuve de connaissances innovantes et d’imagination pour ouvrir de nouvelles pistes.

Arrêt sur quelques images


Pour illustrer cette série de billets 2015, j’utiliserai les mêmes images que l’an passé à savoir : « Tous responsables du désastre... chacun a joué un rôle » du Mensuel du Golfe du Morbihan (sept 2010) et le diagramme montrant les successions de mortalités ostréicoles depuis le début du siècle que je me propose d’expliquer « scientifiquement » dans un mois environ.


Comme les rapports des Dr. J.D. Puyt et P. Vannier sont rédigés sous le signe des lois de l’épidémiologie, la couverture du livre du Dr. B. Toma et de son équipe rappelle que l’épidémiologie est par excellence une science multifactorielle où les domaines les plus étranges peuvent prendre une importance inattendue, par effet d’entrainements et d’amplification, tout en acceptant que l’on puisse faire des découvertes innovantes en chemin.


Les bases techniques qui sous­-tendent cette réflexion vétérinaire sont vieilles de quelques millions d’années et il serait vain de tenter de s’en échapper car « On ne trompe pas la nature ». (R. Feynman). Ce chercheur Nobel de physique exigeant avertissait l’auditeur ou le lecteur à la recherche d’explications simples qu’il lui faudra changer de monde car le nôtre et la nature n’obéissent pas à des constructions simples. Elles sont même si complexes que nul ne peut affirmer qu’il en a « tout compris ». Bref une discussion prétendue démocratique, à la recherche d’un consensus est de peu d’intérêt en science même si la majorité préférerait des explications simples, fausses mais simples.

Pour autant la citation précédente est un résumé simplifié d’une sentence plus lourde de conséquence. Elle conclut sa contribution à l’enquête sur les 73 secondes du vol de Challenger (28/1/86), évènement dramatique que le physicien attribue à un certain « laissez-­aller » à différents niveaux de responsabilité du programme et ce document est exemplaire à plus d’un titre : “For a successful technology, reality must take precedence over public relations, for nature cannot be fooled”. « Pour qu’une technologie marche, la réalité doit prendre le dessus sur toute attitude de relation publique car on ne triche pas avec la nature. » On pressent que cette phrase pourra avoir une traduction et une portée différentes selon le cadre technique, commercial, administratif ou politique. Et que si elle s’applique à une catastrophe qui se déroule en moins de 2 mn, elle s’applique aussi à d’autres catastrophes, dans beaucoup de domaines.

Toute enquête policière piétine par moment et connait ses coups de blues ! A ce moment­-là, le commissaire lance : « Il y a quelque chose qui nous a échappé, on reprend tout à zéro ! » Et les enquêteurs relisent leurs notes, scrutent les images, rendent à nouveau visite à tous les témoins et les obligent à raconter leur histoire une fois de plus, à la recherche du détail qui a pu échapper consciemment, inconsciemment, volontairement ou pas. En fait, il y a souvent des séquences qui cadrent mal les unes avec les autres et auxquelles il faut donc redonner de la cohérence. La conclusion finale de l’enquête décrira un enchainement fluide d’évènements discrets.

Relancer l’enquête, c’est prendre en compte les nouveaux éléments et l’année fut particulièrement riche. Comme la montagne d’informations disponibles est déjà conséquente ça ne facilite pas le tri ! Le site Regard sur la pêche et l'aquaculture (RPA = http://aquaculture­aquablog.blogspot.fr/) est une bibliographie d’une richesse quasi infinie car chacun traite les informations scientifiques et médiatiques selon son approche culturelle personnelle et y perçoit des détails différents. Les billets postés sur ce blog l’an passé n’ont pas eu l’écho espéré mais avec l’appui inattendu et inespéré des rapports des confrères J.D. Puyt et P. Vannier, il devient possible de leur donner une seconde vie et je ne peux qu’inviter à les relire car les bases scientifiques évoquées se sont trouvées renforcées. Les Dr. Puyt et Vannier sont des « références officielles » particulièrement sensibles à l’épidémiologie des pathologies d’élevages industriels, ce dont d’autres chercheurs ne semblent pas se rendre compte. Les cinétiques de réaction ne sont sans doute pas les mêmes en écosystèmes aquatiques et dans les élevages terrestres mais comme elles y sont plus rapides, il est nécessaire d’être d’autant mieux au parfum. Le rapport d’expertise du Prof. Puyt est un véritable OVNI dans le débat parce qu’il combine une approche scientifique, comptable et juridique qu’on ne retrouve nulle part ailleurs même si nous ne disposons que d’un rapport incomplet sans les annexes.

De nombreuses réunions ont « évoqué » les problèmes de la conchyliculture : en Préfecture à la Rochelle (aout 2014), à Aglia (sept. 2014), à Bruxelles (oct. 2014), au Sénat (janv. et mai 2015). Les rapports et les informations obtenus dans un contexte ou une conférence officiels ou publics, peuvent être vus, (ppt, vidéos,..), entendus et interprétés différemment des comptes rendus scientifiques. Il y a toujours des détails qui échappent au présentateur et qui donne plus de sens à chaque prestation. Si l’administration a toujours été impliquée dans la routine de la gestion du DPM, la gestion de crises pathologiques représente un défi auquel elle n’est pas préparée.

L’implication plus récente du personnel politique est un signe de la gravité de la situation et de désespoir : « On va dans le mur » avertit le Sénateur J. Labbé. De fait la situation écologique des écosystèmes est plus dégradée que les sources officielles ne savent le mesurer. Au niveau mondial les surfaces de mers mortes ou anoxiques vont croissantes et nous n’échappons pas à cette tendance « naturelle ». Ce n’est pas dans le mur qu’on va mais on s’enfonce dans des mers et des vases mortes et des écosystèmes aquatiques anoxiques !

La nécessité d’autres formes de réflexion ?

« Pour cesser de tourner en rond », et redonner du sens au débat je me propose de suivre d’autres pistes de réflexion comme J. Prou le suggère dans sa contribution à la réunion de l’AGLIA de sept. 2014. Pour autant, comme le titre Le Marin (8/14­5­15) « Sortir de l’immobilisme » imposera de retrouver de véritables bases « scientifiques ». J’utiliserai pour ce faire le même fil d’Ariane que l’an passé car il a fait la preuve de sa solidité : ce sont d’abord les conditions de l’élevage qui produisent des souches de plus en plus virulentes. Par la suite elles essaiment en fonction des pratiques locales.

B. Latour constate que la microbiologie de Pasteur n’est rien sans les médecins hygiénistes. Pour autant ces derniers n’avaient pas écouté les recommandations de Semmelweis quelques années auparavant : « Lavez­vous les mains, il y aura moins de mortalité dans les hôpitaux et les maternités ». Cette remise en cause frontale des mauvaises habitudes d’alors a pris des dizaines d’années avant de s’imposer. A la même époque C. Bernard découvrait l’homéostasie du vivant, concept qui s’impose aujourd’hui dans les écosystèmes aquatiques et les organismes qui y vivent. Une approche sociologique cherche la même cohérence scientifique et vise à la renforcer en élargissant le contexte. Des pistes ont été ouvertes par les anthropologues et les sociologues (cf. P. Jorion, B. Latour, P. Legué­ Dupont,...) sans oublier M. Crozier (La société bloquée, L’acteur et le système, Le phénomène bureaucratique, etc.) en ce qui concerne un risque d’évolution naturelle sociétale vers une pathologie systémique !

C. Kiener explique les échecs des politiques de relance de l’activité ostréicole dans la baie du Chesapeake (Maryland, USA, The oyster question) par une véritable guerre culturelle entre les partis concernés. Cette hypothèse vaut en France.

Prendre en compte les informations et les méthodes d’étude des anthropologues des partis impliqués en conchyliculture (professionnels, chercheurs, administrateurs, politiques) et au-­delà de tous les partis concernés (locaux, touristes, écologistes, contribuables) allument un éclairage élargi de la situation.


Source : D. Victor Nature (320) n°7545, 27-29 Avril 2015 : Embed the social sciences in climate policy.
« En pratique, on évite d’étudier les considérations internes qui expliquent pourquoi une politique marche ou échoue »

Une approche sociologique recouvre des domaines que les chercheurs scientifiques ne fréquentent pas forcément : être polyvalent n’est pas un critère pour faire carrière. Il y a sans doute de bonnes raisons pour cela : une approche transversale dérange tous les domaines traversés, sans leur demander d’autorisation ! Le généraliste qu’est le vétérinaire de campagne pose des questions dérangeantes pour tout le monde ! C’est ce qui explique qu’il est peu apprécié des autres partis concernés ­ confidence vécue d’un homme de terrain ! Que chacun reste dans son domaine et y respecte les rites en usage : voilà une explication simple et suffisante qui explique 150 ans de surplace !

Différents rapports récents disent les inquiétudes des administrations et du politique sans apporter de voie de sortie ? De fait il ne faut pas rêver résoudre quoi que ce soit en préfecture ! Les solutions naissent dans les entreprises, sur le terrain comme l’exemple de l’Equateur l’a démontré en matière d’aquaculture de crevettes. On trouvera des dizaines de documents et de rapports « généralistes » en français et en anglais, nationaux et européens, qui ont mis en garde administration et politique de la dégradation environnementale en cours. Les rapports de B. Chevassus­ au ­Louis & al. (2009 et 2010) et de Mme H. Tanguy (2008) repris dans la communication de P. Ferlin (Bull. Acad. Vét. France, 2009 (162) N°3) dénonçaient les « nombreuses contraintes » que subit l’aquaculture française. La thèse de Denis Lacroix (Aquaculture et Prospective - ­ Un passé simple et ses futurs antérieurs, 2010 ; 333 p.) et l’article correspondant (Retour sur deux projets de développement en aquaculture outre­mer : leçons pour l’avenir Natures Sciences Sociétés, 21, 400­415 (2013) sont particulièrement explicites. Pour la rédaction de la revue NSS, c’est « un retour d’expérience sans fard, sur l’histoire pluridécennale des projets de développement de l’Outre­mer français à partir de l’aquaculture, parsemée autant d’échecs que de réussites ». Le mot « échec » d’une politique nationale autrefois porteuse d’espoir devient de plus en plus fréquent. Question orale sans débat N° 795 au Secrétariat d'État du Sénateur C. Revet, le 22 mai 2014 : « Le secteur de l'aquaculture français est en stagnation depuis 1995. La France a été en pointe dans les années 1970 ; ...De pionnier, le pays a régressé,... ». Les interventions en Sénat autour du sénateur J. Labbé le 12/5/2015 sur les risques inhérents à l’exploitation de l’huitre triploïde, démontrent une prise de conscience très préoccupée du monde politique et préparent un colloque de travail sur ce thème le 10 juin 2015.

Nous laisserons d’autres évoquer la gestion administrative schizophrène des concessions sur DPM. C’est une pathologie qui a été dénoncée il y a 30 ans par P. Grua et B. Vaudour, dans le bulletin n° 27 de  l’Association de Développement de l’Aquaculture ­ ADA : Propositions d’aménagement à l’arrêté fixant le régime d’exploitation des cultures marines (1992 ; p 77). Ce travail a obtenu la reconnaissance de la communauté aquacole (Prix Fan­Li de l’ADA). Ce fut en vain comme tant d’autres rapports et recommandations.

Différents travaux de la cellule juridique AMURE de l’Ifremer spécialisée dans le droit de la mer, ont aussi dénoncé les contradictions de la gestion du DPM, comme Rémi Mongruel, José A. Pérez Agúndez et Sophie Girard (Droits à produire transférables, Le marché des concessions conchylicoles et ses effets non désirés. Économie rurale n° 306­2008). Sous l’angle épidémiologique, ce laissez-­aller participe et tient une place originelle en pathologie ostréicole.

Une approche sociologique fera aussi place à la dimension « commerciale » des activités conchylicoles. Là non plus je ne m’étendrai pas. Paul Jorion aime à souligner la fuite en avant des « civilisations » qui écument les territoires nouveaux avant de se heurter à quelques facteurs limitants qui les obligent à repenser leur activité. Différentes études ont décrit l’extension des techniques ostréicoles à partir des bassins naisseurs de Marennes-Oléron et d’Arcachon vers le nord du pays et depuis quelques années, au­-delà vers les territoires nouveaux comme Jersey, Chausey, l’Irlande, d’où reviennent des produits finis concurrents. Ce fut mon erreur de vétérinaire aquacole « naïf » de croire qu’il serait possible d’améliorer les techniques d’élevage localement alors qu’une entreprise peut se délocaliser à moindre frais. De fait beaucoup cherchent à préserver leur commerce sans chercher à en améliorer la zootechnie, puisque « ça marche tout seul », sans se poser de questions. Le producteur rêve que les choses redeviennent comme avant mais ce n’est jamais le cas !

Si ostréiculture et mytiliculture veulent sortir par le haut, autrement que de manière commerciale en exportant les « externalités négatives », les auto­pollutions caractéristiques de toute activité industrielle, il faudra qu’elles intègrent les lois de l’épidémiologie dans une zootechnie sanitaire mieux contrôlée comme tous les élevages. C’est d’autant plus nécessaire que la vie de toute la biodiversité en dépend ; accessoirement nôtre bien être aussi. Une aide administrative et politique leur sera indispensable mais « On ne triche pas avec la nature » ! En langage juridique, cela peut signifier : il n’est pas envisageable de faire plier autoritairement des lois épidémiologiques de plus de 3 milliards d’années au Code Napoléon mais il est urgent d’en tenir compte pour améliorer toute vie aquatique.

Jean François Le Bitoux

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Surveillance de la mortalité des coquillages : 2015, année de transition


Évolution de la surveillance de la mortalité des mollusques : dispositif mis en œuvre en 2015, année de transition.

Note de service de la Direction générale de l'alimentation - DGAL/SDSPA/2015-350 - 14/04/2015
 
A télécharger Ici

L'objet de cette note de service est de présenter la procédure à suivre en 2015 par les DDTM lors de signalement de hausses de mortalité de mollusques, et dans l'attente d'une révision intégrale du dispositif de surveillance. Le dispositif effectif en 2015 repose sur une surveillance événementielle (constat de hausse de mortalité) et s'appuie sur les différents réseaux existants jusqu'alors pour les différentes espèces de mollusques, REPAMO, RESCO et MYTILOBS, et soumis à quelques adaptations qui sont présentées dans cette instruction.

Contexte

Suite à la rencontre avec les acteurs de la filière conchylicole en Charente le 14 février 2014, le directeur général de l'alimentation a confié une mission portant sur l'amélioration de la situation zoosanitaire en conchyliculture à Monsieur Philippe Vannier, ancien directeur de la santé animale de l'Anses. L'objectif était d'identifier les difficultés à faire progresser la connaissance relative aux différents épisodes de mortalités massives conchylicoles d'une part, de retranscrire les attentes de la profession vis-à-vis des instances de recherche et de surveillance ainsi que des services de l'Etat, d'autre part.

Le rapport, remis en septembre 2014 et basé sur des rapports et productions antérieures ainsi que des entretiens avec les différents acteurs, fait notamment état d'une inadéquation entre les productions du dispositif de surveillance des mortalités REseau de PAthologie des Mollusques (REPAMO), et les attentes des différents partenaires de la surveillance.

Si l'intégralité du dispositif doit être revue en concertation avec l'ensemble des partenaires de la surveillance, et sous l'égide d'un coordinateur national tel que le recommande M. Vannier dans son rapport, le plan d'action n'est pas opérationnel à ce jour. Pour autant, le dispositif de surveillance basé sur le REPAMO tel qu’utilisé jusqu'à présent ne paraît plus envisageable au regard des ressources disponibles allouées à la surveillance des coquillages marins.

La détection précoce des infections exotiques et l'identification rapide des infections émergentes apparaissent comme l'objectif prioritaire de la surveillance de la santé des mollusques marins, afin d'en limiter la propagation.
Aussi, il nous apparaît important de faire évoluer, a minima, le dispositif de surveillance pour cette année 2015 de transition, de façon à ce qu'il soit fonctionnel sur l'ensemble du territoire.


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23 Mai 2015

Billet 2

GROBEST : La maladie des élevages de crevettes EMS est le résultat d’une course à la production d’aliments toujours moins cher.



De nouveaux cas sont inévitables mais une meilleure qualité d’intrants contribuera à limiter la casse estime la direction de Grobest, géant asiatique de fournitures et d’aliment aquacole.

Ce titre parle de lui-même ! La maladie EMS ( Early Mortality Syndrome) est une maladie émergente hautement pathogène déterminée en 2013 provoquée par une nouvelle souche de Vibrio particulièrement virulente, détruit des élevages intensifs un peu partout dans le monde. Elle a débuté en Asie et semble poursuivre ses méfaits en Amérique Centrale  mais il existe des zones moins affectées. C'est une "peste moyenâgeuse" nouvelle qui fait peur à tout éleveur, à juste titre.

J’en profite pour signaler qu’en Equateur l’usage de postlarves pêchées dans le milieu naturel est dorénavant interdit non pas à cause de prélèvements indus mais parce qu’ elles sont naturellement porteuses de souches virales. D’autres éleveurs craignent que ces souches réactivées n’attaquent leurs souches génétiques « nettoyées » c'est-à-dire non porteuses des souches virales connues, après tests PCR. Cette activité économique a donc évolué en moins de 30 ans, avec ses 150.000 ha de bassin rapporte autant de devises que les bananes et fait mieux vivre des dizaines de milliers de travailleurs dans tous les secteurs associés. Les premières postlarves d’écloserie ont été produites en 1980 - sur une technique Cnexo/Ifremer peut-on rappeler - à partir de géniteurs sauvages. La mise en place de souches génétiquement « améliorées », simplement « plus propres », a débuté 15 ans plus tard et leur effet s’est imposé au plan national à partir de l’an 2000. C’est alors  qu’une gestion zootechnique plus exigeante a permis de produire des animaux de 30 à 50 grammes sans crainte de les voir mourir au moindre stress. A partir de là, les éleveurs ont mieux dormi et les exportations nationales ont recommencé à croître : tout va tellement mieux pour tout ce monde...


1 juin 2015

Merci Professeur Puyt (1)

Merci pour cette expertise, pierre d’angle du renouveau d’une conchyliculture nationale durable

Jean-François Le Bitoux

Résumé - Le rapport d’expertise du Prof. J.D. Puyt sur l’étiologie des mortalités qui ont affecté certaines productions ostréicoles françaises en 2008 et 2009 est un véritable « OVNI » dans le débat national, un rapport « hors normes » et c’est ce qui en fait l’originalité à plus d’un titre. Il combine une approche scientifique, zootechnique, vétérinaire, historique, anthropologique, comptable et juridique qu’on ne retrouve nulle part, même si le document disponible est incomplet, sans les annexes. Il révèle l’importance d’un paramètre oublié, l’épidémiologie qui régule tout écosystème, domaine complexe qui contient les clefs d’une activité durable, indispensable pour neutraliser l’évolution « naturelle » de pathologies émergentes dans les élevages en phase d’industrialisation.

Rapport d'expertise judiciaire (Jean-Dominique Puyt) (*) : A télécharger Ici ou

Si cette série de billets n’avait eu qu’une seule raison d’être, ce serait de remercier le professeur J.D. Puyt pour son travail d’expertise et de réflexion vétérinaire en réponse à la plainte posée par l’Association Ostréiculture Traditionnelle (O.T.) contre « le reste du monde ostréicole français », la Profession, la Recherche et l’Etat. Il n’est pas sûr que ses conclusions agréent qui que ce soit mais l’impact des lois de l’épidémiologie devra être pris en compte pour sortir de l’impasse où les trois partis se trouvent. « C’est la vie ! » qui réserve des bonnes et de moins bonnes surprises.

Cette réflexion est présentée dans un cadre juridique qui impose une  présentation spécifique et qui même incomplète puisqu’on ne dispose pas des annexes, lui donne une tonalité et une considération très particulières, uniques. Rédigé comme un article de revue scientifique, ce travail ne pouvait pas avoir le même impact. Merci donc à l’O.T. pour avoir su trouver le bon angle pour obtenir des réponses pertinentes à des questions en suspens depuis longtemps car dérangeantes.

Le silence qui accompagne la publication de ce document peut s’expliquer par le choix des partis de conserver leurs arguments pour le procès mais ce faisant la situation ne s’arrangera pas d’elle-même. Ce silence peut aussi indiquer que le fond du problème reste incompris de la majorité et je me propose d’en éclaircir quelques thèmes même si un livre entier ne suffirait pas à expliciter les situations vécues et les arguments utilisés par les parties impliquées.
Cette expertise constate l’absence d’études épidémiologiques sérieuses dans les programmes de recherche. En fait ce que constatent ces trois confrères – J. D. Puyt, P. Vannier, autre épidémiologiste, P. Nicolas « sapiteur virologue » de l’expertise – c’est que Profession, Recherche et Administrations « tournent en rond ». Ils sont dans une impasse faute d’une meilleure appréciation épidémiologique des lois qui régulent toute vie en élevage, faute d’avoir oublié le concept « d’écopathologie » né à Ploufragan dans les années 1980/90. Il faudra pour en sortir faire machine arrière et retrouver l’aiguillage qui rendra la gestion d’un élevage saine et durable, de l’intérieur comme de l’extérieur. Je ne doute pas que ce travail soit la pierre angulaire d’un assainissement des écosystèmes aquatiques en général car les pathologies conchylicoles et les proliférations d’algues toxiques obéissent aux mêmes lois épidémiologiques....

Suite : Merci Professeur Puyt (1)

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