samedi 21 juin 2014

Poissons : histoires de pêcheurs, de cuisiniers et autres.

Un beau pavé dans la mer des idées reçues

Au plaisir des yeux et des sens

Poissons : histoires de pêcheurs, de cuisiniers et autres.

Elisabeth Tempier

Editions Libre et Solidaire, Paris, 2014, 280 p.

Un beau pavé dans la mer des idées reçues

Ils sont magnifiques, les flamants roses, et on se réjouit de l’augmentation de leur nombre, c’est bon pour le touriste. Pourtant « les flamants roses sont une catastrophe, car ils sont un indicateur de déséquilibre du lieu ». « Plus il y a de flamants roses, plus le milieu est pauvre ». C’est compliqué, la biodiversité… Le livre d’Elizabeth Tempier fourmille de perles de ce genre qui bousculent à chaque page les idées reçues. Ce sont parfois des analyses de scientifiques mais le plus souvent des remarques de pêcheurs qui, au jour le jour, voient la mer et ses ressources se modifier. Elisabeth Tempier sait écouter les pêcheurs, elle aime particulièrement ses proches amis, les pêcheurs du Var, qu’elle voit de sa fenêtre partir en mer, quand le temps le permet. Elle est aussi secrétaire de la Prudhomie de Sanary, où elle est en permanence aux côtés des pêcheurs pour les accompagner et parfois les suivre en mer. Elle retranscrit la langue savoureuse des pêcheurs et peut ainsi rendre compte de leur immense savoir, de leur connaissance très fine du comportement des poissons, de l’évolution des ressources et du milieu. On mesure aussi la précision et la complexité de leurs techniques de pêche. Si l’essentiel des témoignages sont liés à l’expérience méditerranéenne des prudhomies, l’auteure a également su tirer parti de ses multiples contacts et voyages, en particulier en Bretagne. Il faut lire l’histoire du bar et du lançon, racontée par Robert Bouguéon, l’ancien président du Comité des pêches du Guilvinec, puis du Finistère, pour comprendre comment deux jeunes pêcheurs ont bouleversé les habitudes des bars et mis en péril leur pêche à la ligne.

Une remise en cause radicale des modes de gestion dominants

De son petit port de Sanary, animé par le va-et-vient d’une dizaine de bateaux, Elisabeth Tempier a posé les bases d’une remise en cause radicale des approches dominantes de la gestion des pêches, celle des scientifiques, comme celle des ONG environnementalistes. Les Scientifiques privilégient la gestion basée sur les quotas. Si elle est adaptée à des pêcheries monospécifiques, elle ne l’est guère pour toutes les pêcheries multispécifiques, dominantes en Atlantique, comme en Méditerranée. Sur le modèle des prudhomies, qu’elle a contribué à faire connaître et à valoriser, elle constate qu’une approche territoriale des pêches est plus adaptée à la diversité des écosystèmes mais aussi aux systèmes complexes qui tissent des liens entre les ressources, les milieux, les marchés, les organisations sociales et territoriales. L’uniformité des modes de gestion prônée par l’Europe est une catastrophe qui se traduit par des iniquités, des contraintes inouïes et souvent des mesures imbéciles. La dernière en date est l’interdiction totale des derniers filets dérivants qui condamne à la disparition des pêcheries séculaires. Tout récemment, des représentants de prudhomies viennent d’ailleurs de demander de sortir totalement du système de gestion européen pendant quelques années, pour tester la validité de leur gestion collective. Un mouvement de révolte contre les iniquités et les absurdités de la gestion autoritaire qui devrait faire école.


Ce n’est guère plus encourageant du côté des grandes ONGE qui privilégient les mesures d’interdictions d’engins, de zones, d’espèces, sans se soucier de l’impact réel de leurs propositions accompagnées de campagnes simplistes de propagande. Noam Chomsky dit avec raison que « la propagande est à la démocratie ce que la violence est à l’Etat totalitaire ». Elles continuent ainsi à demander l’interdiction totale du thon rouge sur les étals alors même que « de mémoire de pêcheur, nous n’avons jamais vu autant de mattes de thons, et si compactes… » . Même limitée, la vente de quelques thons à un bon prix est vitale pour les pêcheurs et évite de déplacer la pression de pêche sur d’autres espèces. C’est compliqué, la bonne gestion.

Au plaisir des yeux et des sens

Avec Elisabeth Tempier, l’approche de la pêche et des pêcheurs est d’abord sensible et humaine, avant d’être conceptuelle. Le livre en rend compte magnifiquement. Les photos de professionnels ou d’amateurs, les textes poétiques qui rythment les chapitres, les peintures lumineuses, illustrent chaque courte séquence d’une ou deux pages. Quelques pages plus théoriques, en annexes, permettent de saisir les enjeux d’une telle approche.

Evidemment, au cœur de l’ouvrage se trouvent des dizaines de recettes de poisson, celles de pêcheurs méditerranéens comme celles de grands chefs, certains multi étoilés. Les poissons de Méditerranée sont privilégiés, mais on trouve aussi les savoureuses recettes de la Lorientaise Nathalie Beauvais et, bien des poissons sont communs aux diverses façades de l’hexagone. Ce n’est pas un hasard si Carlo Petrini, le fondateur de Slowfood apporte sa prestigieuse caution à l’ouvrage. Elisabeth Tempier a établi des liens étroits avec Slowfish. Enfin, ce n’est pas non plus un hasard si l’éditeur s’appelle « Libre et Solidaire », tout un programme qui convient si bien à Elisabeth Tempier et à ses amis pêcheurs artisans.

Alain Le Sann
Secrétaire du Collectif Pêche & Développement
Juin 2014.

  Didier Ranc, cité p 157.

Pour aller plus loin

Le 10 Novembre 2014

Cohabiter veut dire d'abord parler ensemble

La Commission cohabitation du Comité des Pêches Maritimes du Finistère s'est réunie le 6 novembre 2014 à la CCI de Morlaix en présence d'une quinzaine de personnes.

Illustration : copie d'écran de Avel Nevez Film

Le film « Pêcher ensemble tout un art » produit par l’association Avel Nevez Film a permis de montrer aux pêcheurs que leurs accords intéressaient un public plus large que la Commission cohabitation. La reconnaissance publique de ces accords permet d’entamer la procédure de leur solidification. Elle sera poursuivie par une présentation au Comité Régional des Pêches et des Elevages Marins de Bretagne, au niveau ministériel et européen au travers des Comités Consultatifs Nord-Ouest et Sud-Ouest. Il serait très utile de le sous-titrer en anglais pour une bonne compréhension à ce dernier niveau.

Source : Cdpm 29

Le film "Pêcher ensemble : tout un art" n'a suscité aucune critique, au contraire il faut le sous-titrer en anglais

La cohabitation en 2014 (jusqu’à présent) s’est bien déroulée. Il n’y a pas eu un seul incident majeur. C’est le cas du côté Ouest où il n’y a pas eu cette année l’arrivée massive de 15 perchistes en une nuit. Gaël Abjean a remercié nommément l’Armement Porcher qui a mis un second à la passerelle la nuit. Depuis, les problèmes ont disparu. Le seul incident signalé concerne la cohabitation entre deux engins dormants filets et casiers au niveau de la petite fosse. La demande des fileyeurs de pouvoir commencer à caler leurs filets dès le coefficient de 78 a été mise en délibéré entre Gaël Abjean et Patrick Loncle. Quand ils se seront mis d’accord les cartes A et B 2015 seront expédiées par la poste, ceci avant le 15 décembre prochain. Le ramassage des filets reste inchangé et doit être terminé avant le coefficient de 75.

En ce qui concerne l’installation des pingers, 10 navires  de la flottille des fileyeurs hauturiers en sont pourvus. Jusqu’à présent aucun navire n’a été contrôlé par la Royal Navy. C’est à croire qu’ils les détectent autrement que visuellement…

Le point d’information sur les rejets a été fait par Thomas Timaud de l’AGLIA (association qui regroupe les régions Aquitaine, Poitou Charente, Pays de Loire et Bretagne). Beaucoup d’informations sont disponibles en Manche Est, en Mer Celtique ou dans le Golfe de Gascogne, très peu dans la zone Manche Ouest (7e). Les informations du plan rejet filet du Golfe de Gascogne pourront être retransmises aux fileyeurs de Manche Ouest. Le souci est d’être aussi sélectif que possible, d’éviter de faire des co-produits à bas coûts, de valoriser les quotas au maximum et d’éviter l'installation des caméras à bord.

L’Ifremer, représenté par Martial Laurans, a fait un compte rendu pédagogique de la Campagne Manche Occidentale (Camanoc), menée par son institut. Les pêcheurs ont pu constater la montée progressive au Nord et à l’Est des "sangliers" (petits poissons rouges dont la forme rappelle celle des cochons sauvages), ce qui prouve un changement profond de la nature des masses d’eau. De même le développement des bryozoaires à une vingtaine de milles de la côte Nord-Ouest de la Bretagne et Sud-Ouest de la Cornouaille anglaise pose un problème aux pêcheurs qui ne pêchent aucun poisson à proximité. Les premiers renseignements datent de 4 ans, ce qui était considéré au début comme une rencontre fortuite devient monnaie courante et constitue un autre signe de modification du milieu.

L’impact des échanges de KW/Js, que ce soit pour les coquilles Saint-Jacques ou les tourteaux, devient potentiellement important. La tendance est de vider le trop plein d’effort de pêche de la zone Manche Est (7d) dans la Manche Ouest (7e). Pour la Commission locale ces échanges ne peuvent se faire que si le CDPMEM29 est dans la boucle. La proposition de délibération mise au point par la Commission gros crustacés, d’interdire toute pêche de langouste du 1ier janvier au 31 mai d’une même année, a été rediscutée longuement. Il est apparu qu’il n’était pas forcément utile d’appliquer cette décision au-delà du 6° Ouest. Cela reste à confirmer par la commission gros crustacés et le bureau du Comité National des Pêches maritimes et des Elevages Marins.

Discussions nourries sur une multitude de sujets au cours de cette Commission cohabitation.

La réunion a été conclue à 17 heures 30 par Gaêl Abjean, le président de la Commission cohabitation, qui apportera au CDPMEM29 les éléments nécessaires pour établir les prochaines cartes de cohabitation 2015.

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