samedi 21 mai 2011

Schéma Directeur de l’Aquaculture : Qu’attendent les pêcheurs bretons pour se protéger ?

Qu’attendent les pêcheurs bretons pour protéger leurs zones de pêche ? Des pêcheries de coquille Saint-jacques pourraient très bien s'inscrire dans le Schéma Directeur de l’Aquaculture, l'une des mesures phares de la Loi de Modernisation de l'Agriculture et de la Pêche (LMAP).

Lors de la Commission spécialisée de la pêche côtière bretonne le 20 mai 2011 à Carhaix, sous la présidence de Yannick Hémery, les responsables de la pêche bretonne ont émis des réserves sur « Le Schéma Directeur de l’Aquaculture ». « Il fait peur à tous les pêcheurs. » Il s’agirait pour les conchyliculteurs de « privatiser » des zones de pêches collectives en pleine mer. Naturellement, cette compétition pour l’espace s’ajoute à toutes celles qui s’exercent depuis peu en mer côtière. Source : Réunion de la pêche côtière (CLPM Le Guilvinec)

Mais qu’attendent les pêcheurs de coquilles saint jacques, notamment ceux qui pratiquent le pacage marin (ensemencement des zones de pêche en petites coquilles saint-jacques issues d’écloserie) pour s’inscrire dans ce schéma directeur de l’aquaculture ?

Les pêcheurs pourraient ainsi protéger d’immenses zones de pêche au titre de l’aquaculture de repeuplement (appelée aussi pacage marin ou sea-reaching)… Une parade aussi face aux quotas individuels transférables (QITs) poussés par la commission européenne dans le cadre de la réforme de la Politique Commune de la Pêche (PCP).

Au Japon, les pêcheurs-pectiniculteurs gèrent dans le cadre de coopératives d’immenses concessions maritimes pour l’élevage et la pêche des pétoncles… La production y atteint près de 250.000 tonnes par an (soit 10 fois la production de saint-jacques en France…)...

Philippe Favrelière

Autres articles :

Photo wikipedia : Paimpol (Port de pêche avec deux coquillers)

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Le 21 avril 2012


Pour préserver la ressource, les pêcheurs malouins achètent des Saint-Jacques dans le Finistère, avant de les disperser en mer. En trois jours ils en ont semé un million, qu’ils pêcheront dans trois ans.

REPORTAGE

Le Briscard n’a jamais eu autant de Saint-Jacques à son bord. Sur le pont du chalutier de 11,50 mètres, 450.000 coquilles ont été stockées dans des bacs de criée. Mais celles-ci ne rejoindront pas les assiettes tout de suite. Âgées d’un an, elles ne mesurent que trois centimètres à peine. Elles font route mer pour être dispersées au large de Saint-Malo.

Depuis 1994, les pêcheurs malouins soutiennent leur gisement en semant des jeunes coquilles qu’ils achètent à l’écloserie du Tinduff, à Plougastel-Daoulas dans le Finistère. Ils les laissent ensuite grossir avant de les pêcher, trois ans plus tard. « Quand on a commencé, le gisement était estimé à 420 tonnes ; il est passé à près de 1.300 tonnes », se félicite Pascal Lecler, président du comité départemental des pêches.

François Lemarchand et Olivier Le Provost, les matelots, sont à la manœuvre à l’arrière du bateau. De sa cabine, Jean Briend, le capitaine, ralentit sa vitesse dès qu’il a atteint son but. Le feu vert est donné. « Allez-y pour dix caisses ! »

Les couvercles sont ôtés en quelques secondes et le contenu des bacs déversé dans le sillage du chalutier. Calée sur le bas régime, l’hélice du bateau se charge de la dispersion sous-marine. Pas toujours évident dans les creux causés par la tempête qui se lève. Les matelots prennent les embruns en pleine face. Il faut aller vite, les jeunes coquilles sont fragiles.

La veille, un autre chalutier a procédé à la même opération, dispersant 300.000 coquilles dans un carré situé entre le sud de l’île de Cézembre et Saint-Lunaire. Le Briscard trace sa route autour de ce carré, lâchant une poignée de coquilles sur sept emplacements différents.

« La plupart des bateaux malouins travaillent près de la côte, explique le capitaine. C’est pourquoi on privilégie la zone proche de Saint-Malo. » Et les endroits où la coquille se plaît bien. Les pertes sont déjà importantes (environ 50 %), pas question de les disperser dans des secteurs hostiles.

Sur trois jours, un million de coquilles ont été semées, dont un tiers dans la Rance où la pêche se fait en bouteille. Coût de l’opération pour le comité des pêches : 80 000 €. Stéphanie BAZYLAK.

REPÈRES

D’où viennent les petites coquilles ?

Les coquilles sont nées à l’écloserie du Tinduff, dans le Finistère. Elles sont âgées d’un an, ce qui permet leur transport par camion frigorifique. Autrefois, le comité des pêches achetait des larves de coquilles qu’il faisait prégrossir avant de les disperser en mer lorsqu’elles avaient atteint trois centimètres.

Pourquoi ne plus acheter des larves de coquilles ?

Malgré les six à neuf millions de larves que le comité achetait chaque année, les pertes étaient plus importantes qu’avec les jeunes coquilles déjà formées. « C’est aussi beaucoup plus pratique maintenant parce que ça demande moins de manutention que les larves », souligne Pascal Lecler, le président du comité des pêches.

Qui finance cette opération ?

L’opération Procoq a été lancée par le comité des pêches de Saint-Malo en 1994. Elle est entièrement financée par les pêcheurs, à travers le paiement de leur licence professionnelle. Cette année, le coût total de l’opération s’élève à 80 000 €. Les chalutiers mobilisés pour l’ensemencement sont indemnisés pour les frais occasionnés.

Pourquoi l’opération a-t-elle lieu tous les ans ?

L’opération a lieu tous les ans pour éviter des trous dans les classes d’âge. « Si on ne le faisait pas, il y aurait de gros décalages de taille selon les années, explique Pascal Lecler. L’objectif est qu’il y en ait toujours de pêchable ! » Pour être pêchée, une coquille doit mesurer 10,2 cm minimum.

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