mercredi 13 octobre 2010

Pêche durable : Qui arrêtera la Norvège ?

Qui arrêtera la Norvège dans la conquête de nouveaux marchés des produits de la mer ?

Pas l’épuisement de la ressource en poisson puisque les quotas de pêche des principales espèces capturées dans les eaux norvégiennes vont une nouvelle fois augmenter en 2011.

Pas la Chine même si le Prix Nobel de la Paix remis à Oslo au dissident chinois, Liu Xiabo, a jeté un froid dans les relations sino-norvégiennes. Le vice-ministre chinois de la pêche et de l'aquaculture a annulé la réunion prévue le mercredi 13 octobre 2010 avec son homologue norvégien à Pékin. La Chine a décliné l'invitation à la fête du 10 millionième saumon (vendu dans l'empire du milieu) au pavillon norvégien de l’Exposition Universelle Shanghai 2010. Source : Aftenposten

Alors que la Commission européenne prépare les pêcheurs communautaires à des coupes sombres dans les quotas de pêche 2011, la Norvège vient de fixer en commun accord avec la Russie des quotas en forte hausse pour la prochaine campagne en mer de Barents. 

Des quotas historiques en mer de Barents

Début octobre 2010, au cours de la 39e session de la Commission russo-norvégienne de la pêche, les deux pays ont fixé des quotas en augmentation dans la mer de Barents pour l’année 2011 :
  • 703.000 tonnes de cabillaud (soit une augmentation de 16% par rapport à 2010),
  • 303.000 tonnes de haddock (+ 25%),
  • 380.000 tonnes de capelan (+ 5,5%),
  • 15.000 tonnes de flétan du Groenland.

« Je suis heureuse de voir que la commission russo-norvégienne de la pêche est parvenue à un accord sur les quotas 2011 en un temps record. Nous adhérons entièrement aux stratégies de gestion à long terme sur la base des avis donnés par les scientifiques du Conseil international pour l'exploration de la mer (Ciem). Ces stratégies ont été un facteur clé pour atteindre des quotas historiquement élevés l’année prochaine », a commenté Lisbeth Berg-Hansen, Ministre norvégienne de la Pêche et des Affaires côtières.

Septembre 2010 : le mois de tous les records à l'exportation

En septembre 2010, les exportations norvégiennes de produits de la mer se sont chiffrées à 0,7 milliard d’euros soit une augmentation de 46% par rapport à 2009. C'est la valeur la plus élevée jamais enregistrée pour un mois.

Record pour le saumon qui représente près de la moitié des exportations en valeur. Le saumon reste le produit phare avec 651.000 tonnes exportées au cours des 9 premiers mois de l'année 2010 soit une augmentation de 77.000 tonnes par rapport à 2009. « Demande soutenue pour le saumon norvégien sur les marchés clés comme la France, la Russie et les États-Unis », explique Egil Ove Sundheim, directeur de la communication à l’agence d'exportation des produits de la mer.

Record pour le maquereau avec 132.000 tonnes exportées en septembre 2010 pour une valeur de 115 millions d’euros soit une augmentation de 306% comparée à septembre 2009. Les principaux marchés : Japon (42.000 tonnes), Chine (26.000 tonnes réexportées vers le Japon après filetage), Nigéria (23.000 tonnes), Turquie (7.000 tonnes) et Pays-Bas (5.000 tonnes).

Plus de hareng malgré une légère baisse vers la Russie le principal client avec 600 millions de dollars au cours des 9 premiers mois de 2010, pour 85.000 tonnes de hareng entier congelé et 37.000 tonnes de filets de hareng. L'Allemagne est le deuxième marché avec 292 millions de dollars pour 34.000 tonnes de filets. Puis, le Nigeria avec 221 millions de dollars pour 69.000 tonnes de hareng entier congelé, les Pays-Bas avec 216 millions, l'Ukraine avec 208 millions et la Pologne avec 138 millions.

Plus de morue séchée, de cabillaud frais et d'élevage (notamment en direction du marché français)… Lire : Strong September for Norwegian Cod Exports (Norge)

Autres articles :

Pour aller plus loin...

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Pour WWF, le cabillaud de la mer de Barents est bien géré et le label MSC est justifié….

Alors que l’écolabel MSC est attaqué de tous bords, WWF insiste sur le fait que la pêcherie de cabillaud en mer de Barents est gérée correctement.

Le cabillaud de la mer de Barents est l'un des stocks de cabillauds qui reste en bon état, dit le WWF. Alors que les populations de morue dans d’autres régions sont épuisées en raison de la surexploitation et le manque de systèmes de gestion efficaces, le cabillaud de la mer de Barents a été gérée en utilisant les meilleures pratiques telles que les points de référence de précaution, les règles de contrôle de l'exploitation et les limites de zone. WWF exhorte les fournisseurs de produits de la mer afin d'évaluer leurs chaînes d'approvisionnement stock par stock et pêcherie par pêcherie, et de récompenser les pêcheries qui ont investi dans l’amélioration de la gestion des stocks…

« La pêche de cabillaud en mer de Barents est une réussite qui devrait être célébrée et utilisée comme exemple majeur pour les gestionnaires des pêches dans le monde. Afin de « récupérer » toutes les populations de cabillaud de l'Atlantique, nous devrions appliquer les mêmes systèmes de gestion ailleurs », a déclaré le PDG de WWF-Norvège, Rasmus Hansson. 


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Le 27 octobre 2011


Pour Pékin, l'attribution du Nobel de la paix au dissident emprisonné Liu Xiaobo en 2010 est un prix qui ne passe pas. Les autorités chinoises ont répliqué en s'en prenant au... saumon norvégien. Un an après, les exportations sont en chute libre. Déplorant que le Nobel récompense un "criminel" et affirmant que cela allait "nuire" aux relations bilatérales, la Chine a manifesté son courroux en décrétant des contrôles vétérinaires renforcés sur le saumon norvégien. Des analyses si tatillonnes que le poisson frais finissait par pourrir dans les entrepôts, selon les professionnels.

"On s'attendait à une augmentation de 30 à 40 % de nos exportations vers la Chine cette année. Cela ne s'est pas produit", explique Christian Chramer, porte-parole du Centre des produits de la mer de Norvège. Une litote puisque les ventes de saumon frais norvégien vers la Chine continentale se sont écroulées de moitié sur les huit premiers mois de l'année. Signe qui ne trompe pas, la chute est particulièrement lourde au lendemain de la cérémonie Nobel en décembre 2010. Après plus de 1 000 tonnes ce mois-là, les exportations sont tombées à 315 tonnes en janvier, puis à 75 tonnes en février.

Pour contourner les obstacles, les pisciculteurs ont d'abord fait transiter leurs produits à destination de la Chine continentale via Hongkong. Mais cette porte s'est aussi refermée. Impuissant, le gouvernement norvégien a indiqué qu'il pourrait porter l'affaire devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le saumon écossais profite...

En ciblant le saumon, la Chine s'en est prise à un produit emblématique du pays scandinave, une attaque indolore pour elle qui peut à la place se tourner vers le poisson écossais. Certains groupes cherchent d'ailleurs à compenser la chute de leurs exportations vers la Chine par une recrudescence des ventes de poisson venant de leurs élevages dans des pays tiers. Mais cela ne compense "pas totalement", affirme-t-on chez Marine Harvest, leader mondial du secteur avec des fermes aquacoles dans six pays. "La consommation chinoise de saumon augmente et ce sont les autres producteurs qui accroissent leurs ventes", souligne Joergen Christiansen, porte-parole du groupe qui élève un quart des saumons de l'Atlantique produits dans le monde.

Pas d'impact...

Si le marché chinois est encore plutôt modeste par rapport à des pays comme la France et la Russie, il croît rapidement et devrait devenir à terme un débouché important. Hormis le poisson, les échanges économiques bilatéraux n'ont enregistré "aucun effet Nobel pour l'instant", selon une étude du Bureau central de statistiques (SSB) norvégien parue au début de septembre. Au premier semestre, les importations chinoises en provenance de Norvège ont augmenté de 16 %, notamment du fait du renchérissement des matières premières dont le pays nordique est riche, tandis que, dans l'autre sens, les exportations progressaient de 43%.

La mauvaise humeur des Chinois est en revanche patente au niveau politique : Pékin a suspendu sine die des négociations en vue d'un accord de libre-échange avec Oslo et exclu tout contact diplomatique de haut niveau. Seule petite avancée, le ministre de l'énergie norvégien a pu participer le 22 septembre à une conférence internationale à Pékin aux côtés de hauts responsables chinois, un développement dans lequel les Norvégiens voudraient voir les prémices d'un dégel.

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Le 6 Mai 2014

En Norvège, un saumon vaut bien plus qu’un Nobel de la paix

Rencontrer le dalaï-lama ? Non, la Norvège préfère vendre son saumon aux Chinois

Ça a fait l’effet d’une bombe. Aucun membre du gouvernement norvégien ne rencontrera le dalaï-lama lors de sa visite à Oslo du 7 au 10 mai, et ce pour tenter de sauver des rapports déjà très tendus avec la Chine.

Illustration extraite de la Pétition d'Avaaz : Dalai Lama- trading Nobel Principles for salmon?

Le pays du prix Nobel de la paix envoie un message effrayant aux Tibétains et nous sert une leçon étonnante de lâcheté et d’opportunisme.

Source : Rue 89 par Diane Berbain

Cette année, cela fait 25 ans que le dalaï-lama a reçu le prix Nobel de la paix en Norvège. Il y revient pour l’occasion du 7 au 10 mai, invité par l’Institut Nobel, le comité de soutien norvégien pour le Tibet et la communauté bouddhiste Karma Tashi Ling. Sa visite est bien désignée comme n’étant pas officielle.

La Norvège, qui distribue le prix Nobel de la paix, a donc décidé de faire passer les intérêts économiques devant la défense des droits de l’homme.

Certains membres du Storting (le Parlement) vont le rencontrer, mais aucun du gouvernement. Il sera admis, de plus, par la porte de derrière. Ceci est une première. Car en temps normal, n’importe qui peut rentrer par la porte principale pour n’importe quel rendez-vous.

Des vestes retournées à la pelle

Olemic Thommessen, le président du parlement norvégien (Stortinget) estime que  « ce n’est pas dans l’intérêt de la Norvège de rencontrer le dalaï-lama ». Le ministre des Affaires étrangères Børge Brende n’ose pas le rencontrer non plus.

Ces deux personnages ont été actifs dans le Comité de soutien norvégien du Tibet.

Børge Brende était en 1998 le leader du groupe pour le Tibet au Parlement. Son parti, la Droite, était alors dans l’opposition. Lors d’une manifestation pour le Tibet cette année-là, il avait tenu ce discours : « Nous exigeons que le ministre norvégien des affaires étrangères et le gouvernement traitent la question du Tibet à l’ONU. » « Le but est de normaliser nos relations bilatérales avec la Chine », dit-il aujourd’hui.

La première ministre Erna Solberg n’a même pas daigné répondre à l’invitation de rencontrer le dalaï-lama. En 2008, pourtant, elle avait demandé à la Chine d’améliorer sa politique en matière de droits de l’homme au Tibet.


Le saumon norvégien, raison principale

On savait le lobby du saumon norvégien très fort. Le 23 avril, le représentant de l’équivalent du Parti de gauche au Storting, Audun Lysbakken, a résumé la question comme suit : « La Norvège ne peut pas se laisser dicter sa conduite par le Parti communiste en échange de l’ouverture du marché pour le saumon norvégien. »

En janvier 2014, la Fédération des produits de la mer de Norvège a fait très vite savoir qu’elle craignait que la visite du dalaï-lama ne fasse qu’empirer une situation déjà extrêmement difficile pour le saumon d’élevage norvégien, que le pays a beaucoup de peine à écouler sur le marché chinois depuis que le prix Nobel de la paix a été remis à l’activiste chinois Liu Xiaobo en 2010.

Depuis, la Norvège est dans une situation unique. Le contact entre les deux pays est pour ainsi dire inexistant, des visites politiques ont été annulées et les entreprises norvégiennes n’arrivent plus à entrer sur le marché chinois. Ça va vraiment très mal.

En avril 2014, l’industrie des produits de la mer de Norvège continuait sur sa position, craignant le pire si le gouvernement acceptait de rencontrer le dalaï-lama.

Le peuple norvégien est choqué

Les Norvégiens, des personnalités politiques et du showbiz ont manifesté le 29 avril devant le Parlement pour montrer que le dalaï-lama était le bienvenu en Norvège, que le gouvernement leur faisait honte et que le pays le plus riche du monde ne devait pas penser qu’à son porte-monnaie. Des pétitions et des groupes Facebook foisonnent.

Pour une fois, cette affaire a même été largement couverte par les médias norvégiens, tentant de mettre le gouvernement au pied du mur, sans succès.

La Chine a la Norvège à l’œil

Le 23 avril, lors d’une conférence de presse tenue à Pékin, Qin Jang, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, a déclaré clairement que la Chine se dressait contre tous les pays donnant au dalaï-lama une plateforme pour exprimer ses points de vue, et que ce dernier ‘ferait mieux d’aller se reposer dans un temple, au lieu de voyager partout et s’impliquer sur la scène internationale pour diviser la Chine’.

La chaîne norvégienne de télévision NRK a révélé le 23 avril que la Norvège avait été soumise par la Chine à respecter entre dix à quatorze points si le pays voulait rétablir sa relation avec elle. L’un de ces points est que le comité du prix Nobel de la paix doit s’engager à ne plus décerner le prix à des Chinois qui critiquent ouvertement les atteintes aux droits de l’homme dans le pays.

Pour Desmond Tutu, lui aussi lauréat du prix Nobel de la paix, la Norvège finira ‘dans un endroit bien chaud’ (l’enfer), a-t-il déclaré le 2 mai à NRK à propos de cette affaire. ‘J’ai toujours eu beaucoup de respect pour la Norvège, mais c’est terminé’, a-t-il dit.

Ce sera la onzième visite du dalaï-lama en Norvège.

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