mardi 9 juin 2009

Le naissain d’huître en danger avec le changement climatique ?

Alors que l’ostréiculture française s’interroge actuellement sur les causes de la mortalité des jeunes huîtres, une étude récente publiée dans PloS One montre que l’acidification des océans mettrait en péril certaines larves d’huître.

La surpêche et les maladies ont décimé de nombreuses populations dans les estuaires et les écosystèmes côtiers. Une équipe de chercheurs dirigée par Whitman Miller scientifique dans le Maryland (USA), a découvert une nouvelle menace pour les coquillages filtreurs, il s’agit de l'augmentation des niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique qui contribue à l'acidification des océans, mais aussi des eaux en zones côtières et estuariennes.

Pour les coquillages et autres organismes qui ont des coquilles constituées de carbonate de calcium, le problème commence lorsque CO2 dans l’athmosphère se dissout dans l'eau de mer et crée de l'acide carbonique. Ce qui diminue la quantité de carbonate dans l'eau et les coquillages ont moins d'éléments pour construire leurs coquilles. Si l'eau est trop acide, les coquillages peuvent même commencer à se dissoudre.

« Les écosystèmes côtiers et estuariens sont très sensibles aux changements chimiques de l'eau liés à une élévation des émissions de CO2 parce que ces milieux sont moins « salés » que les océans», a déclaré Miller. « Pour de nombreux organismes, l’acidification peut engendrer de graves problèmes. La diminution des taux de croissance et de la calcification combinée à d'autres stress environnementaux pourrait aboutir à une catastrophe. »

Les larves sont particulièrement vulnérables

Les larves d'huître sont considérées particulièrement vulnérables à l'acidification en raison des difficultés au moment de la fabrication de leur coquille en aragonite au stade de la fixation. Dans son étude, Miller a comparé les larves de deux espèces d’huître, l’américaine (Crassostrea virginica) et l’asiatique (Crassostrea ariakensis). Ces huîtres ont été cultivées en laboratoire dans les conditions des eaux estuariennes avec quatre concentrations de CO2, ce qui reflète les conditions atmosphériques de l'époque préindustrielle, de l’époque actuelle, et celles prévues dans les années 2050 et 2100. Pour tester les effets de l'acidification, Miller a suivi leur croissance et à mesurer les quantités de carbonate de calcium dans les larves au cours d'un mois.

Miller et son équipe ont constaté que des huîtres ont connu une diminution de 16% de leur coquille et une réduction de 42% de la teneur en calcium entre les spécimens de l’époque pré-industrielle et ceux des années 2100. Curieusement, les huîtres en provenance d’Asie n'ont montré aucun changement tant au niveau de la croissance que de la calcification. Les résultats montrent que les effets de l'acidification sont plus complexes qu’on ne le pensait au départ et que certaines espèces d’huître seraient plus sensibles que d’autres.

Pour Miller, il est urgent de mieux comprendre comment les changements climatiques vont influer sur les écosystèmes estuariens et côtiers où abonde une très grande quantité d’organismes à coquille dont l’importance est vitale pour de nombreuses activités de pêche et d’aquaculture.
Philippe FAVRELIERE (d'après ScienceDaily)

Autres articles :

Pour plus d'informations sur l'ostréiculture :

Pour aller plus loin......

USA : Les ostréiculteurs d’huîtres du Pacifique, victime de l’acidification des océans ?

Voir la vidéo de l’AFP: Réchauffement climatique: les huîtres du Pacifique menacées

A cause de la marée noire, les fruits de mer du Golfe de Mexico ne sont plus consommables. Pour s'approvisionner en huîtres, les restaurateurs cherchent donc ailleurs, notamment dans le nord-ouest du pays. Mais les ostréiculteurs de cette région peinent à satisfaire les demandes, car leur production se fait de plus en plus rare à cause de l'acidification de l'océan. Un bouleversement de la qualité de l'eau que les scientifiques attribuent au changement climatique. Durée: 02:08.

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L'océan s'acidifie plus rapidement que jamais (BE)

Du 27 au 30 septembre a eu lieu la première conférence sur l'acidification croissante des océans au centre de conférence de Bremerhaven (Nord-Ouest). L'évènement est organisé par l'Institut allemand Alfred Wegener de recherche polaire et marine (AWI), qui recevra plus de 200 scientifiques de toute l'Europe. Ainsi, l'acidification des océans sera pendant quatre jours au coeur des discussions des experts européens. Les gaz à effets de serre conduisent non seulement vers un réchauffement global du climat et des mers mais de plus en plus vers une acidification des océans. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire que les océans s'acidifient, mais ce qui est préoccupant selon les scientifiques, c'est que, cette fois-ci, cela se passe bien plus rapidement qu'à l'accoutumée. Par conséquent, non seulement le pH, mais également la saturation en carbonate des océans diminue. Les scientifiques étudieront et débattront plus en profondeur ces bouleversements au cours de la conférence.

Les derniers résultats sur ce thème seront présentés la semaine prochaine au cours de la première conférence commune des trois grands projets: EPOCA (European Project on Ocean Acidification), BIOACID (Biological Impacts of Ocean ACIDification) et UKOARP (UK Ocean Acidification Research Program)

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Un autre danger : les pesticides

Effets de douze pesticides sur les larves d'huîtres (Crassostrea gigas) et sur deux espèces d'algues marines unicellulaires (Isochrysis galbana et Chaetoceros calcitrans)

Édouard His et Matthias N. L. Seaman·/ 1993 CIEM

IFREMER, Quai du Commandant Silhouette, 33120 Arcachon, France

1nstitut fUr Meereskunde, Düsternbrooker Weg 20, 24105 Kiel , Germany

Les effets de sept herbicides, insecticides quatre et un molluscicide ont été testés à des concentrations allant jusqu'à 10 mg / l sur les larves d'huîtres, Crassostrea gigas (9 jours d'exposition), et sur les cultures de laboratoire de l'galbana Isochrysis algues et calcilrans Chaeloceros (21 jours l'exposition). Ali des pesticides testés avaient des effets toxiques importants sur au moins un des organismes d'essai. Les effets les plus étaient celles du lindane et de l'isoproturon sur la survie et croissance des larves C.gigas, et de l'isoproturon et carbétamide sur la croissance des cultures et Isochrysis Chaeloceros. Le modèle log-probit pour la relation entre la dose et l'effet, et la règle de Haber pour la relation entre la durée de l'exposition et l'effet, presque jamais appliqué à nos données. Dans ce cas nous avons trouvé Sorne marquée seuils des toxicité, et dans d'autres il y avait des effets hormesis prononcée. Nous caractérisons cinq types de réponses à une exposition prolongée toxique, y compris les effets à retardement toxiques (parfois à la suite hormesis initiale), et l'inhibition de la croissance initiale de reprise qui a suivi (parfois se terminant en hormesis). La grande variabilité de la réponse (selon la durée de l'exposition, la concentration des substances toxiques et des espèces d'essai), est un rappel que les effets des polluants sur le milieu marin ne peut être évaluée par des méthodes simples (par exemple essais biologiques à court terme avec un ou deux essais espèces) . Cela contraste avec l'exigence de facilité des méthodes de routine de l'évaluation de la pollution à des fins de surveillance et de gestion.

Pour consulter l’étude en anglais : Effects of twelve pesticides on larvae of oysters (Crassostrea gigas) and on two species of unicellular marine algae (Isochrysis galbana and Chaetoceros calcitrans), cliquer : http://archimer.ifremer.fr/doc/00018/12949/9922.pdf

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Réchauffement climatique: les huîtres du Pacifique menacées (AFP)

Amérique du Nord. A cause de la marée noire de 2010, les fruits de mer de la côte Pacifique ont gagné en popularité. Mais leur production est rendue difficile par l'acidification de l'océan. Un bouleversement de la qualité de l'eau que les scientifiques attribuent au changement climatique.

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15 avril 2012

L’acidification des océans menace l’ostréiculture aux Etats-Unis (goodplanet.info)

L’acidification des océans, due à l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, menace les cultures d’huitres le long des côtes américaines. Une équipe de chercheurs américains vient de relier l’acidification de l’eau avec les forts taux de mortalité observés dans les élevages ostréicoles depuis 2006.

Le plus fort impact est observé durant les 24 premières heures de vie des larves durant lesquels les jeunes huitres fabriquent leurs premières coquilles. L’acidification des océans diminue la disponibilité des carbonates de calcium nécessaires à la fabrication des structures calcaires comme les coquilles ou les récifs de coraux. « Je pense que le message de cette étude est clair. Les larves d’huitres du pacifique sont pour l’acidification des « canaris dans les mines de charbon ». Quand les niveaux de CO2 sont trop élevés, elles meurent. Quand la concentration baisse, elles vivent. » alerte Richard A. Feely, co-auteur de l’étude, dans le New York Times.

Ces dernières années, les nurseries ostréicoles de l’Oregon ont vu leur production baisser de 80%. « La mortalité des huitres est une alerte non contestable que les océans sont en danger et que nous devons réduire nos émissions de CO2 si nous voulons avoir des huitres, des coraux et des baleines » précise Miyoko Sakashita, à l’origine d’une pétition adressée à la Maison Blanche.

Pour accéder à l'étude : Aslo (Association for the Sciences of Limnology and Oceanography)

The Pacific oyster, Crassostrea gigas, shows negative correlation to naturally elevated carbon dioxide levels: Implications for near-term ocean acidification effects / Alan Barton, Burke Hales, George G. Waldbusser, Chris Langdon and Richard A. Feely

National Science Foundation : Ocean Acidification Linked With Larval Oyster Failure in Hatcheries

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L'acidification des océans: un phénomène qui vous inquiète ? (Actu.orange)

La baisse du pH des océans peut affecter la formation des coquilles des moules, des huitres, etc.

Jamais au cours des dernières 300 millions d'années l'acidification des océans n'aurait été aussi rapide. Le phénomène aurait augmenté à un rythme 10 fois plus important en un siècle que sur 56 millions d'années, a expliqué à l'AFP Bärbel Hönisch, paléocéanographe de l'Université Columbia et principal auteur d'une étude publiée le 2 mars dans la revue américaine Science.

Attention, "acidification des océans" ne signifie pas qu'ils deviennent acides - un milieu ne l'est que quand son pH est inférieur à 7 - l'expression signifie juste que leur pH diminue. Il est aujourd'hui de 8,1, soit 0,1 unité de moins qu'il y a 100 ans. Ce pH devrait continuer de baisser d'ici la fin du 21ème siècle, pour atteindre 7,8, selon les calculs du Groupe d'experts sur l'évolution du climat, le Giec.

A l'origine de cette acidification des océans: l'augmentation surtout de la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Les océans absorbent en effet environ 30% du Co2 émis.

"Menace pour la sécurité alimentaire"

Cette acidification serait sur le point de bouleverser l'écosystème et de menacer la biodiversité. Les organismes marins qui fabriquent leur coquille ou leur squelette extérieur compteraient parmi les plus vulnérables, comme les moules, les huitres, les coraux, etc. L'acidification perturbe en effet la production de ces coquilles calcaires.

"Au-delà de leur intérêt commercial, moules et huîtres rendent des services écologiques très importants, rappelaient dès 2007 des chercheurs du CNRS dans un article publié dans la revue Geophysical Research Letters. Elles créent par exemple des habitats permettant l'installation d'autres espèces, contrôlent en grande partie les flux de matière et d'énergie et sont d'importantes proies pour les oiseaux au sein des écosystèmes qui les abritent."

L'acidification pourrait aussi mettre en danger des petits organismes dont se nourrissent d'autres espèces commerciales, comme le saumon. Dans un rapport présenté fin 2010, le Programme des Nations Unies pour l'environnement expliquait que le phénomène représentait une "menace pour la sécurité alimentaire".

"Une fois que des espèces se sont éteintes c'est pour toujours", alerte le biologiste océanographe Christopher Langdon, autre co-auteur de l'étude publiée la semaine dernière dans Science, estimant que "nous jouons un jeu très dangereux". Vous, qu'en pensez-vous ? Aurélie Blondel (Bazikpress)

Pour accéder à l'étude publiée dans Science

The Geological Record of Ocean Acidification.

Bärbel Hönisch, Andy Ridgwell, Daniela N. Schmidt, Ellen Thomas, Samantha J. Gibbs, Appy Sluijs, Richard Zeebe, Lee Kump, Rowan C. Martindale, Sarah E. Greene, Wolfgang Kiessling, Justin Ries, James C. Zachos, Dana L. Royer, Stephen Barker, Thomas M. Marchitto Jr., Ryan Moyer, Carles Pelejero, Patrizia Ziveri, Gavin L. Foster, Branwen Williams

Science 2 March 2012:

Vol. 335 no. 6072 pp. 1058-1063

DOI: 10.1126/science.1208277

Ocean acidification may have severe consequences for marine ecosystems; however, assessing its future impact is difficult because laboratory experiments and field observations are limited by their reduced ecologic complexity and sample period, respectively. In contrast, the geological record contains long-term evidence for a variety of global environmental perturbations, including ocean acidification plus their associated biotic responses. We review events exhibiting evidence for elevated atmospheric CO2, global warming, and ocean acidification over the past ~300 million years of Earth’s history, some with contemporaneous extinction or evolutionary turnover among marine calcifiers. Although similarities exist, no past event perfectly parallels future projections in terms of disrupting the balance of ocean carbonate chemistry—a consequence of the unprecedented rapidity of CO2 release currently taking place.

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