jeudi 12 février 2009

Sardine : le poisson du pauvre à prix d'or en Algérie

La flambée des prix n’épargne désormais plus aucun aliment. Après les fruits, les légumes, la viande, le poulet et les œufs, c’est au tour de la sardine, le poisson du pauvre, de «flamber» sur les marchés et à la criée. En effet, les prix du plus populaire poisson bleu s’affolent ces jours-ci, allant même jusqu’à atteindre un seuil avoisinant 400 DA. «C’est du jamais-vu ! Naguère, on nourrissait de sardines les chats et aujourd’hui on ne peut même pas rêver de les voir dans nos assiettes. C’est incroyable ! Je n’aurais jamais imaginé que la sardine pouvait devenir aussi chère», s’écrie Mahmoud, 45 ans, père de famille, fonctionnaire de son état, qui est resté bouche bée depuis qu’un marchand de poisson du marché des «Trois Horloges» l’a assommé avec un 400 DA le kilo.

Notre malheureux interlocuteur, à la bourse bien modeste, a dû, tout simplement, rebrousser son chemin et revoir à la baisse ses prétentions pour les courses d’aujourd’hui. Il faut dire que dans plusieurs marchés de la capitale, le prix de la sardine oscille entre 350 et 400 DA. Rarement moins. Mais, dans la tête de Mahmoud, comme pour de nombreux citoyens, une seule question revient, incessante, comme une fringante rengaine : Pourquoi la sardine est-elle aussi chère ?

Sardine hors de prix

A la Pêcherie d’Alger, la réponse des mandataires et des pêcheurs est vite trouvée : c’est le mauvais temps. «Il a fortement venté ces deux dernières semaines. La mer était agitée et le conditions climatiques rendaient difficiles, pour ne pas dire impossibles toutes les manouvres de pêche en haute mer», expliquent-ils, tout en nous assurant que les prix reviendront à la normale dès que la tempête s’apaisera.

«La sardine est chère parce qu’elle est introuvable. Avec le mauvais temps, peu de pêcheurs se sont aventurés en haute mer. Dès lors, au lieu de voir des sardiniers qui débarquent avec au moins 30 casiers pleins à craquer, nous n’avons eu à nous mettre sous la dent que 3 à 4 casiers de 30 kilos par chalutier», relève pour sa part Mami, l’un des revendeurs les plus réputés de la Pêcherie d’Alger. Toutefois, nous l’avons constaté de visu, pour un seul casier de sardines, il fallait dépenser, hier matin, pas moins de 5 000 DA, ce qui donne un kilo de sardine entre 200 et 250 DA. Et en transitant d’un revendeur à un autre, il atterrit au détail pour au moins 300 DA. Après, c’est la spéculation qui entre jeu. «Chacun calcule son bénéfice comme il le souhaite. Il n’y a aucune règle dans ce secteur», prévient-on. «Des “gros bonnets” achètent carrément aux pêcheurs le poisson avant-même son déchargement. Les enchères n’ont plus cours dans nos ports. Ces maîtres poissonniers ont pour clients les restaurateurs et les hôtels. Lorsqu’ils achètent une cargaison de poisson, ils la revendent presque entièrement à leurs clients. Ils ne laissent que des miettes pour les détaillants. C’est pour cette raison que le poisson, notamment la sardine, se fait rare sur le marché», révèlent d’autres connaisseurs qui tiennent à dénoncer la main basse de ce qu’ils désignent comme étant «une mafia» du poisson. Celle-ci aurait détourné les fruits de la mer du marché national.

Pêche à la dynamite

Au niveau du port de Bou Haroun, l’un des plus importants lieux de négoce au centre du pays, où la sardine est cédée à pas moins de 300 DA, les vendeurs de sardines pointent surtout du doigt les agressions répétées contre leurs lieux de reproduction près des côtes. Et par agression, il faut entendre la pêche à la dynamite.

Ils accusent ouvertement certains pêcheurs de recourir aux explosifs pourtant interdits par la loi. «De patrons de chalutiers et de sardiniers balancent des kilos de dynamite au fond de la mer. Les poissons touchés par la déflagration remontent à la surface où ils sont récupérés par les marins», déplorent nos interlocuteurs affirmant à qui veut les entendre que le poisson en Algérie est en voie de disparition. D’après nos sources, les poissons «dynamités» sont facilement reconnaissables à leurs vertèbres éclatées et à la couleur violacée de leurs ouïes. Leurs nageoires caudales et dorsales sont légèrement brûlées par les effets de la dynamite et leurs globes visuels sont exorbités. «La sardine, qui est un poisson bleu de passage, ne transite plus pas nos côtes car il a repéré les zones où la dynamite a été utilisée. Il faut savoir qu’il déserte pendant au moins 25 ans ces zones, selon des études scientifiques établies. Nos eaux de pêche s’apprêtent à devenir des territoires dépeuplés de sardine», signalent des poissonniers à Bou Haroun, bien au fait de ce dossier. Faut-il alors suspendre la pêche pendant des mois pour laisser la sardine se reproduire en paix ? Visiblement, oui. Faute de quoi, en Algérie, à ce rythme, dans quelques mois, on risque de manger la sardine au prix du caviar.
Abderrahmane Semmar
Source : La Tribune

Pour des informations complémentaires :

Revue de presse :

29 octobre 2009

Ressources halieutiques - Leur préservation, un enjeu majeur (La Tribune)
La conjugaison du changement climatique et les faibles capacités nationales de pêche seraient en grande partie à l’origine de la cherté des prix des produits de la mer sur les marchés. C’est là l’explication donnée par nombre d’intervenants à la journée de sensibilisation au profit des pêcheurs organisée hier à Aïn Benian (Alger) par la Chambre algérienne de la pêche et de l’aquaculture. «Le changement climatique constaté ces dernières années a eu un impact sur la pêche maritime puisqu’il a été enregistré des modifications dans la distribution, la migration et la reproduction de la faune marine», a lancé Hacen Farouk,

2 novembre 2009

Algérie - Les raisons de la cherté du poisson (La Tribune)
Les rendements et la production halieutiques sont en nets reculs ces dernières années. Il en a résulté une envolée des prix à la consommation jamais égalée auparavant. Et pour preuve, la sardine s’est vendue pendant tout l’hiver 2009, à plus de 300 DA le kilogramme. Quant au poisson blanc, il est devenu un luxe pour des pans entiers de la population. Devant cette extrême cherté des poissons bleu et blanc, les consommateurs ont vite ciblé la spéculation comme étant responsable de la hausse vertigineuse des prix. Ce à quoi ont riposté les présidents de chambre de la pêche, à chacune de leur sortie médiatique, en lançant : «Un bouc émissaire facile. C’est bel et bien la faiblesse des prises à répétition qui a rendu le poisson aussi cher» et de poursuivre : «Les sorties en mer des marins pêcheurs se soldent souvent par de très faible prises. Les quelques cageots débarqués un fois leur embarcation à quai sont vite achetés à prix forts.» Et de signaler : «Ils faut aller chercher le poisson ailleurs que dans les zones traditionnelles de pêche. Les niches connues sont désertées par les espèces qui les fréquentaient.» Devant ce constat, une question s’impose : comment en sommes-nous arrivés là ?
La pêche excessive a eu un impact négatif sur le stock parental ....

Le 13 octobre 2010

Algérie : Pour rendre son prix accessible - La sardine interdite à l’exportation (L’Expression)

Le thon, la sardine et le corail sont des produits sensibles que le ministère veut protéger.

«L’exportation de la sardine devrait être interdite», a soutenu Abdallah Khanafou, ministre de Pêche et des Ressources halieutiques, lors de son passage hier sur les ondes de la Radio nationale.

Cette option permettra au citoyen algérien d’augmenter la part de poisson dans son alimentation, a déclaré le ministre.

Estimant que «l’exportation des espèces à forte valeur ajoutée peut être maintenue et compensée par l’importation de produits à large consommation» le ministre pense «qu’une régulation s’impose pour faire l’équilibre entre l’exportation et la consommation nationale et avec le concours du ministère du Commerce».

Le ministre a, par ailleurs, annoncé que «l’interdiction de la pêche du corail sera levée après l’élaboration d’un plan de gestion de cette ressource». Ce plan sera basé sur une étude qui a émis des variantes d’exploitation reparties tout le long du littoral algérien.

Chaque secteur bénéficiera de 10 concessions d’exploitation à raison de 300 kg par concession, soit 6 tonnes à extraire par an. Mais un seul secteur sera ouvert pendant cinq ans alors que les autres seront au «repos» tour à tour pendant 20 ans afin de préserver les écosystèmes et permettre la reconstitution des bans de corail.

S’agissant de la préservation de la sécurité alimentaire, le premier responsable de ce secteur sensible a annoncé que «l’acquisition de nouveaux bateaux de pêche est suspendue». Il a indiqué que les 4500 unités de pêche opérationnelles, peuvent suffire à couvrir les besoins de l’Algérie en matière de pêche. Le programme de soutien de l’Etat au secteur est de 26 milliards/DA. Ce programme a permis le rajeunissement de cette flottille, dont la moyenne d’âge est passée de 20 à 12 ans.

Regrettant la mauvaise gestion des ports de pêche, qui reste un «obstacle» à la bonne exploitation des ressources, il a souligné qu’«il est anormal de gérer la ressource en amont et en aval et de ne pas intervenir en matière de commercialisation et de transit du poisson» et partant, à recommander «visibilité et transparence» dans la gestion de la ressource halieutique.

S’exprimant sur les prix élevés du poisson, il a écarté l’existence de spéculation sur le poisson, rappelant que «produit hautement périssable, le poisson ne peut être stocké et ce n’est que l’offre qui peut en réguler le prix».

Le même responsable a annoncé l’interdiction, à l’avenir, aux sociétés mixtes l’exploitation du poisson dans les eaux algériennes, pratique qui reste source de trafic.

Concernant la pêche du thon, le ministre a précisé que l’exploitation de cette variété de poisson est désormais dévolue aux seuls armateurs algériens qui ont bénéficié d’une aide de l’Etat à hauteur de 60% pour l’acquisition de 15 thoniers. Khanafou a regretté toutefois que le quota de l’Algérie de 1000 tonnes de thon pour 2009 n’ait pas été pêché.....

Photo de Club Sandwich : Sardine

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