En baie de Lannion, entre sable et marées vertes, faut-il choisir ?

La Lieue-de-Grève à Saint-Michel-en-Grève (Wikipedia)

Saint-Michel-en-Grève, le 28 juillet 2009 - "Sur un secteur vaseux de l'embouchure du ruisseau Roscoat, un cheval en train de s'enliser, probablement pour aussi avoir inhalé de l'hydrogène sulfuré, est mort, et son cavalier qui a tenté de l'aider a perdu connaissance et n'a été sauvé qu'in extremis par des voisins témoins de la scène et l'entreprise chargée de ramasser les algues échouées.
À la suite de cet évènement, l'État a annoncé un « plan de lutte » contre le développement des algues vertes et une aide financière des communes les plus touchées par ce phénomène." (Wikipedia)

 La Lieue-de-Grève ou Grève de St-Michel (Carte de l'état-Major (1820-1866) - IGN)


Sable ou marées vertes ? Affaires non-classées !

La disparition des marées vertes à St-Michel-en-Grève, témoin d’une lutte écologique paradoxale

Un phénomène provisoire ou définitif ? Et si le coupable était resté caché dans l’écosystème ?

Jean-François Le Bitoux, Docteur Vétérinaire

Ouest France a informé en décembre 2018 que l’été précédent, il n’y avait pas eu de marées vertes sur la plage de St-Michel-en-Grève. Bretagne-Environnement l’a confirmé sur son site Web. Début 2019, la plage était propre mais à Hillion en baie de St-Brieuc, elles sont toujours là. Pourquoi ? « C’est la fôte aux nitrates et aux agriculteurs » suffit-il à expliquer ces situations ? Début juillet 2019, un film vert réapparaît en plage de La Lieue de grève. Cela ne change rien à l’analyse proposée. Sans avoir l’information souhaitable sur le rythme et la quantité de sable prélevé à l’entrée de la baie, on peut penser que ce sont les prélèvements de sable coquillier qui ont contribué à « nettoyer » la masse d’eau de cette baie, comme c’est pratiqué depuis longtemps en aquaculture extensive. Tous les éleveurs savent que l’épandage de différentes formes de calcaire ou de terres enrichies permet de réguler la prolifération des algues, planctonique et benthiques, d’éviter les pathogènes et de favoriser les plus nutritives.

La bande dessinée « Algues vertes » d’Inès Léraud et Pierre Van Hove (Ed. Delcourt 2019) est sous-titrée « L’histoire interdite ». Cette BD remet toute l’affaire en mémoire au-delà des témoignages que la journaliste avait partagés sur France-Inter. Le blog de Yann Sergent intitulé « L’histoire d’une controverse » (http://ysergent.fr/WordPress3/) est tout aussi riche en références et en réflexions originales pour poursuivre l’enquête – encore non classée !

En 2014, j’ai proposé une enquête épidémiologique vétérinaire des mortalités conchylicoles qui affligent les côtes françaises depuis plus de dix ans. (https://aquaculture-aquablog.blogspot.com/2014/01/mortalite-huitre-enquete-le-bitoux.html) En 2010, un article du magazine des conchyliculteurs, Cultures Marines en présentait les grandes lignes. Ceci m’aura permis de rencontrer les présidents de la profession à différentes reprises et même de participer à une réunion organisée au Sénat. En 2 mn, j’y rappelais que ces mortalités sont dues à des erreurs de zootechnie et qu’il est possible de les corriger à moindre frais. En peu de mots, les techniques et les connaissances scientifiques qui ont permis une reconnaissance mondiale de la Recherche française en aquaculture de crevettes dans les années 1975/85 sont 30 ans plus tard adaptables à la lutte contre les proliférations d’algues toxiques en eau douce (cyanobactéries) et marine (dinoflagellés), contre les marées vertes et la baisse de la biodiversité à condition que quelqu’un prenne ce travail au sérieux. Jusqu’ici en vain.

Pour mémoire dans les années 1975/80, ce sont des décisions scientifiques et techniques sans autorisation officielle qui ont enclenché le développement des productions aquacoles de crevettes dans le monde entier. Les progrès réalisés depuis ont ouvert la porte à des applications nouvelles. Des probiotiques remplacent les antibiotiques depuis plus de 30 ans. On en constate les bienfaits dans de nombreuses pathologies humaines métaboliques.

Chacun sait que le diable est dans les détails. Il reste à le localiser et à repérer un ou des détails qui donnent une meilleure cohérence aux observations et permettent de progresser dans le traitement et la prévention des troubles enregistrés. Le fait que les marées vertes reviennent d’une année sur l’autre montre qu’il en existe une mémoire dans l’écosystème qui y entretient la chronicité de la pathologie. Et le fait que cette situation se corrige d’elle-même comme par miracle est une excellente nouvelle ; à condition d’en tirer de leçons applicables ailleurs !

Enquête épidémiologique : Pourquoi St-Michel qui rit et Hillion qui pleure ? 

Que se passe-t-il sur la plage de St-Michel-en-Grève alors que les lois de la nature sont uniques ?

Photos de Jean-François Le Bitoux

La réponse déplaira à quelques-uns : Les ulves ont disparu des plages parce qu’en mer leur production a été remplacée par du plancton omniprésent et banal grâce aux apports minéraux produits par l’activité industrielle du pompage de sable coquillier. La remise en suspension du calcaire et des oligoéléments modifie la microflore et la biocénose locale, notamment la bactériologie et le plancton de l’écosystème. Une telle déclaration ne peut qu’être affirmation d’autorité gratuite ? Comment la prendre au sérieux ?

Les « vrais scientifiques » ne citent que des références provenant de publications à « Comité de lecture scientifique », sans prendre en compte des avis de « deuxième main » qui représentent pourtant une expérience de terrain, certes difficile à partager. C’est une manière très efficace de limiter toute conversation avec le reste du monde. Par ricochet, les représentants de service officiel et d’administration puis les politiques se ferment aux idées et aux initiatives « d’ailleurs », sauf manifestations conséquentes. Dur, dur de se remettre en question mais la nature aide parfois à corriger cette attitude. En écologie il est quasiment impossible d’avoir toutes les précisions souhaitées. Certaines démonstrations sont difficiles à réaliser en laboratoire comme tout ce qui concerne l’impact du cycle des saisons sur les organismes végétaux et animaux, en l’occurrence sur les proliférations d’algues planctoniques et benthiques.

L’approche scientifique traditionnelle se veut cartésienne. Elle construit des théories parfois trop générales et propose des équations dont la fiabilité n’est pas toujours testable sur le terrain et leur vérification se trouve à la merci de situations imprévues. Karl Popper (La logique de la découverte scientifique) enseigne qu’une hypothèse de travail vaut jusqu’au moment où elle peut être invalidée : il faut alors la corriger ou en changer. Une équation est une théorisation qui rend compte des grandes lignes mais qui élimine des informations qui l’encadrent et des paramètres encore inconnus ou considérés comme sans intérêt au départ. Et le chercheur évite de souligner des détails qui ne cadrent plus avec l’équation d’origine par confort, pour se simplifier la vie et celle de sa hiérarchie. La vie est si compliquée !

La question a été maintes fois posée : La médecine est-elle Art ou Science ? Bien entendu, la réponse est : les deux ! Car si la Science est « Connaissance théorique » qui permet de proposer une hypothèse, l’Art est « Savoir-faire technique » qui permet d’en vérifier l’adaptation à la situation et à l’organisme observé, réalité plus complexe que ce qu’en disent les équations.

Vétérinaires et médecins écoutent ceux qui leur demandent conseils et doivent prendre au sérieux des observations individuelles que d’autres auraient délaissées. Leur métier consiste précisément à reconstruire un cadre scientifique autour d’une information technique forcément incomplète. Ils écoutent des observations souvent maladroites puis ils tentent de les confirmer par auscultation, par analyse et interrogation complémentaire. Dans un élevage, le vétérinaire analyse la vie de l’écosystème ; il cherche à en rapprocher la pathologie rapportée et il fait une hypothèse sur l’étiologie : « Comment en est-on arrivé là ? ». Il finit par proposer une voie de sortie thérapeutique pour retrouver l’homéostasie indispensable.

Curieusement les connaissances scientifiques en écologie aquatique ne procèdent pas exactement de la même physicochimie que sur terre car il y a dans l’eau des continuités inexistantes dans le monde aérien. Le terrain et l’eau sont donc riches d’informations différentes. Mais ce n’est pas le lieu d’en disserter ; c’est l’expérience terrain qui tranche.


En 2012 lors des journées Effervesciences (http://www.effervesciences.com) organisées par J.Y. Gauchet à Toulouse, j’avais suggéré une relecture vétérinaire des marées vertes en baie de Lannion. J’y avais évoqué le potentiel thérapeutique du prélèvement de sable coquillier à la limite de cette baie comme une opération susceptible de neutraliser les proliférations d’ulves. Comment imaginer que cette hypothèse soit testée en grandeur réelle dans une baie ? Nul n’aurait su définir une technique précise : quantité, qualité, fréquences des épandages et période optimale dans l’année. C’est pourtant ce qui vient de se passer.

Le groupe Roullier et sa filiale TIMAC (Traitement Industriel du Maërl en Amendements Calcaires), spécialisée dans la production d’amendements agricoles, disposent d’une concession d’extraction de sable en baie de Lannion. Elle a donné lieu à des mois de débats « écologiques » sur des risques putatifs encourus. Sans avoir les détails précis des prélèvements réalisés par la barge, on peut penser que cette activité a eu des effets bénéfiques sur la qualité de la masse d’eau de la baie de Lannion, car c’est une pratique qui a fait ses preuves sous d’autres latitudes.

En Equateur, les aquaculteurs savent réguler les productions planctoniques qui nourrissent les élevages à l’aide d’amendements calcaire. Dans des bassins peu profonds de taille de 5 ha, 10 ha ou plus, ils utilisent des doses de nitrates supérieures à celles constatées en France sans avoir jamais vu apparaître d’ulves. En 40 ans, ils ont affiné leur technique. La production de crevettes dépend de la qualité du plancton et ils disposent d’un savoir-faire qui n’a pas forcément de traduction scientifique précise. En élevage, ce type d’intervention qui vise à améliorer le confort des animaux relève de la zootechnie ; en écologie rétablir l’homéostasie d’un écosystème sera de l’ingénierie écologique.

En France, l’épandage de différentes terres dont des calcaires et des diatomites est utilisé pour améliorer la qualité de lacs et de rivières et l’efficacité de stations d’épuration. Sous l’angle biochimique, les métabolismes bactériens et planctoniques absorbent du calcium nécessaire aux activités enzymatiques. En favorisant les blooms de diatomées, l’aquaculteur entretient une qualité d’eau qui inhibent les autres souches d’algues. C’est un savoir-faire zootechnique nécessaire.

D’autres techniques sont utilisées pour gérer les algues en aquaculture et l’épandage de calcaire n’est pas forcément la plus économique. Ici en baie de Lannion, c’est un effet secondaire d’une opération industrielle dont on peut se réjouir. Sauf quelques pêcheurs locaux ? Mais à long terme, toute la chaîne trophique en bénéficiera. Il reste à définir un rythme d’exploitation compatible pour les intérêts des deux parties. Chaque écosystème est unique car il résulte de la dynamique de paramètres en évolution perpétuelle. Le plus influent ici et maintenant peut être négligeable ailleurs et ultérieurement.

Interprétation du phénomène. Les références dans les documents disponibles rappellent l’historique des marées vertes. De multiples observations à travers le monde confirment la disparition du phénomène par modification de l’écosystème. L’impact d’espèces consommatrices d’algues (bigorneaux) est peu vraisemblable car pour se reproduire elles sont également dépendantes de l’état global de l’écosystème : en écologie, tout se tient !

A. Menesguen et ses collaborateurs ont insisté sur l’importance de circulation de l’eau dans les baies côtières. Elle est effectivement déconcertante pour qui ne l’a pas étudiée de près : l’eau y fait des aller-retours et elle y est mal renouvelée même en grande marée ! Et c’est ce renouvellement limité qui favorise les proliférations d’algues vertes, rouges ou bleues selon d’autres paramètres physicochimiques.

En fait, une baie marine fonctionne comme une gigantesque « station d’épuration » des apports locaux naturels et anthropiques. Mais les capacités d’absorption qui avaient suffi pendant des siècles, sont dépassées. Ce qui provoque l’émergence de pathologies écologiques nouvelles : les marées ne suffisent pas à nettoyer complètement l’écosystème comme le ferait la rotation de cultures en agriculture, ni à le désinfecter complètement comme l’assec d’un bassin. Le réchauffement climatique n’aide pas la situation. La chaleur stimule les activités bactériennes mais il serait possible de les utiliser avec profit.

Conclusion - La disparition des ulves en baie de Lannion résulte de modifications physicochimiques de l’eau dues à l’agitation provoquée par le prélèvement de sable coquillier en limite de baie. Les mécanismes biochimiques et biologiques, bactériens, végétaux et animaux favorisent la prolifération d’un type d’algues aux dépens des autres. Ce sont donc bien les mêmes lois physicochimiques qui produisent la prolifération d’un côté et la disparition d’autres algues de l’autre. Pour rééquilibrer un écosystème, il faut en rétablir l’homéostasie biochimique. Le pompage du sable par la barge libère du calcaire et des oligoéléments dissous que les courants ramènent vers l’intérieur de la baie. Ce sont probablement les mêmes courants qui y favorisaient la concentration des éléments nutritifs et y stimulaient les ulves. La qualité des apports ayant changé, les productions planctoniques s’y adaptent.

Gérer l’équilibre planctonique d’un écosystème aquatique est une chose que les aquaculteurs à succès ont appris empiriquement. C’est aussi ce que devront apprendre à faire tous ceux qui souhaitent travailler de manière écologique et durable, avec ou sans l’aide de « la science disponible » car le scientifique de labo sait peu ce qui se déroule sur le terrain. Il n’est pas possible de répliquer exactement les conditions d’évolution d’un écosystème en laboratoire parce qu’il y a trop de paramètres en jeu. Tout écosystème naturel contient des souches d’organismes bactériens et planctoniques qui peuvent être activées et participer à des procédés d’épuration difficilement duplicables au labo.

Des techniques similaires aux épandage de terres et de calcaires sont utilisées de longue date à travers le monde pour limiter différentes proliférations d’algues nuisibles. En gestion des bassins aquacoles de grandes surfaces elle a fait ses preuves même si ce n’est pas toujours la plus économique mais ici, c’est la retombée écologique naturelle de l’activité d’extraction.

Prospective : La raison d’être de toute approche scientifique est bien de « généraliser » les lois locales aussi loin que possible, de tester les solutions locales dans d’autres contextes, de les valider ou de les invalider et de mieux cerner les paramètres limitants.

Sans oublier que des facteurs encore inconnus puissent en limiter l’usage : il faut donc suivre au plus près l’évolution des phénomènes pour apprécier l’efficacité des thérapeutiques mises en place.
A défaut d’une mémoire de l’eau, il existe bien une mémoire de l’écosystème susceptible d’entretenir des dysfonctionnements et des pathologies et qu’il faut corriger. Tant que les différents acteurs en présence – administration, politique, professionnel, chercheur, consommateur, touriste, … - n’en auront pas pleinement pris « conscience », les phénomènes sont appelés à se multiplier et plus on tarde, plus ils seront difficiles à combattre.

En écologie comme en médecine, il existe toujours différentes techniques pour reconstruire une homéostasie : il faut savoir les combiner pour progresser. Il faut agir aussi vite que possible car tout écosystème vieillit plus ou moins vite selon les conditions locales de vie et d’exploitation.


Les articles de Jean-François Le Bitoux sur Aquablog :

Commentaires

Hippolyte a dit…
"La disparition des ulves en baie de Lannion résulte de modifications physicochimiques de l’eau dues à l’agitation provoquée par le prélèvement de sable coquillier en limite de baie."

C'est ce qu'affirme l'auteur de cet article... sans avoir apporté le moindre élément factuel en faveur de ce qui n'est au mieux qu'une hypothèse séduisante, particulièrement pour ceux qui contestent de façon systématique l'autorité de la science officielle. De quels prélèvements de sable coquillier s'agit-il ? A quelles dates ont-ils été effectués ?

La seule façon de vérifier (pas de démontrer !) l'implication d'un facteur quelconque dans un processus quelconque est d'établir l'existence d'une corrélation. C'est à la base de toute démarche scientifique rigoureuse. Certes, une corrélation n'est pas suffisante pour établir une relation de cause à effet mais il est absolument indispensable d'en avoir mise une en évidence pour pouvoir affirmer, sur la base d'autres arguments, qu'il existe quelque part une relation de causalité entre deux phénomènes. Pas de corrélation établie : pas de démonstration possible pour tenter d'établir une relation de cause à effet entre deux phénomènes !

La copie est donc entièrement à revoir ! Il faut donner les dates (même très approximatives) auxquelles ont été effectués les prélèvements de sable coquillier ainsi que l'évolution des populations d'algues vertes, avant, pendant et après ces prélèvements.

A titre d'information, voici un article intéressant, qui respecte les règles de base de la démonstration scientifique. Les contestataires de la science officielle, les amateurs de théories complotistes et les défenseurs de théories farfelues comme celles qui sont avancées par certains partisans de l'homéopathie n'y trouveront évidemment pas leur compte...

https://archimer.ifremer.fr/doc/2003/rapport-143.pdf
Anonyme a dit…
Merci pour ce commentaire Hyppolyte.

J’ai indiqué que je n’avais ni le nombre, ni les dates de prélèvements du sable. Pour aller dans votre sens, un ami m’a même dit qu’il y avait eu « peu de prélèvements » à l’époque et qu’on ne pouvait donc pas en parler.
J’ai signalé que j’ai développé cette analogie parce que l’usage de calcaire est une des séquences techniques qui a permis de sécuriser l’aquaculture équatorienne de crevettes. Dans ce pays, personne ne discuterait cette observation car tout le monde sait que ça marche très bien. On peut même rajouter qu’il y a une limite puisque l’excès de calcaire doit être éliminer au bout de quelques années : d’où l’apprentissage de le faire avec des doses réduites et répétées. En France cette solution est « scientifiquement reconnue » dans le traitement de rivières. L’explication physicochimiques par l’impact oxydant sur le fond des bassins est facile à vérifier.
Donc je sais qu’il y a eu des prélèvements récents parce que j’ai vu la barge passée dans la baie de Perros-Guirec et que les tas de sables coquilliers sont toujours frais à Pontrieux au siège de l’entreprise. Un copain m’a dit qu’elle venait dorénavant de Morlaix. Pourquoi pas ? Regardons alors ce qui se passe dans l’environnement de ces prélèvements. Imaginez que « la Recherche » observe que les marées vertes fléchissent là où la barge prélève ! Quelle belle solution…. Provisoire ! Car il faudra ultérieurement la rendre pérenne !
C’est bien la difficulté du lanceur d’alerte solitaire de citer les documents officiels auxquels seuls les « vrais scientifiques » peuvent avoir accès. Mais ça viendra peut-être en temps utile ?
https://www.ouest-france.fr/bretagne/lannion-22300/extraction-de-sable-le-navire-de-la-can-en-baie-de-lannion-cette-nuit-4458576

Restons humble. Je constate seulement que tout le monde sait qu’une marée verte résulte d’évènements multifactoriels. Alors cherchons d’autres paramètres sur lesquels on pourra intervenir de manière plus fiable et plus économique. Les nitrates sont bien le « plus petit dénominateur commun » donc l’hypothèse la plus paresseuse. Si cet article stimulait un peu d’imagination de « la Recherche », il aurait déjà été utile. Chacun sait qu’en l’absence de nitrates, il n’y a plus de plancton. Il faut donc savoir gérer ces apports, autrement qu’en tapant sur les agriculteurs : tout reste à faire. D’autres y sont arrivés ! « Y’a de l’espoir ». Des solutions écologiques et durables existent mais elles supposent des changements d’habitudes !
Hippolyte a dit…
Il ne s'agit pas de faire porter l'entière responsabilité de cette affaire sur les agriculteurs actuels. Les sols et sous-sols de Bretagne sont actuellement gorgés d'azote organique épandu en grande partie par leurs prédécesseurs. L'Etat français est en outre responsable de ne pas avoir mieux encadré les pratiques d'élevage et d'agriculture de la région, par le passé.

En ce qui concerne les possibilités d'un effet bénéfique de la mise en suspension de particules de calcaire (plus précisément de carbonate de calcium) dans l'eau de mer, pour lutter contre la prolifération des algues vertes, je continue de penser que cette idée n'est pas validée par des observations précises... ni même par une approche théorique rigoureuse.

L'apport de particules de carbonate de calcium peut être utile dans l'élevage des crevettes en eau saumâtre, dans la mesure où elles tendent à augmenter l'alcalinité d'une eau qui a tendance à être acide (pH < 7). La croissance des crevettes s'en trouve favorisée. En milieu marin, la mise en suspension de particules de carbonate de calcium, de façon artificielle, ne pourrait qu'éventuellement augmenter l'alcalinité naturelle de celle-ci (pH déjà > 7) et, compte tenu de la très faible solubilité du carbonate de calcium (même dans l'eau de mer !) un calcul rapide montre qu'il faudrait mobiliser des quantités phénoménales de particules de carbonate de calcium pour avoir un effet quelconque sur la composition chimique de ces eaux côtières non closes.

Voici un document qui précise le rôle que peut avoir le calcaire finement fragmenté, quand il est utilisé en crevetticulture (document en anglais). On voit qu'on est loin des conditions qui règnent dans notre milieu marin côtier.
https://www.researchgate.net/publication/254366344_Liming_and_Fertilization_of_Brackishwater_Shrimp_Ponds

En ce qui concerne les photos utilisées dans l'article présenté ici, elles sont sans grande signification, dans la mesure où la prolifération des algues vertes varie d'un mois à l'autre et d'une année à l'autre, pour un même mois. La référence a un état "habituel" est notamment peu pertinente.

Pour ce qui concerne Saint Michel-en-Grève, il a été montré que la prolifération a débuté cette année de façon très tardive, en relation avec la faible pluviosité du mois de mai (40 % inférieure à la moyenne établie sur plusieurs années) et qu'elle a augmenté rapidement en juin, en relation avec les pluies relativement abondantes de la première quinzaine du mois de juin (15 % supérieure à la moyenne).
Source : http://atbvb.fr/sites/default/files/media/info_mv_2019_au_19_06_2019_v0.pdf

Voici quelques images de la Baie de Lannion, actuellement, en juillet 2019 :
https://www.philipperobinphotographe.com/-/galleries/reportages/les-algues-vertes-en-baie-de-lannion-juillet-201

Cordialement

Hippolyte
Anonyme a dit…
Marées vertes

Je ne peux que m’incliner devant les photos de juin et juillet 2019.

Elles confirmeraient une autre information sérieuse qui disait que la barge n’a pas prélevé de sable à cet endroit l’hiver dernier. Peut être qu’il sera possible de refaire le test l’hiver prochain ? Je ne doute pas que la CAT soit d’accord !

Autant en ce qui concerne les phosphates, il peut y avoir des réserves dans certains sédiments - (mais sur une plage j'en doute!), autant en ce qui concerne l’azote, c’est inutile : les cyanophytes qui accompagnent les ulves le captent dans l’air.

Que l’effet des carbonates ne soit pas validé par des expériences sérieuses est une expression malheureuse. Tout k'équateur en utilise mais nous ne l’utilisons pas contre les ulves car nous les empêchons d’apparaître : c’est quand même cela le vrai travail du vétérinaire: la prophylaxie. L’explication ne vient qu’en cas de succès et elle affiche toujours des limites de validité.
Je n’ai aucun doute que les bases théoriques de tout ce qui est avancé dans mes chroniques mais un vétérinaire qui n’a pas ausculté le terrain redevient un burocrate comme un autre ; ça arrive aux meilleurs !
Et je crains qu’il soit difficile ( = impossible !) de tester ce constat « en labo » ! Car c’est l’ensemble d’un bassin qui participe à l’opération qui tient compte de la météo. On favorise les diatomées, ce qui inhibe les autres algues disponibles et ne laissent pas la lumière atteindre les sédiments.
Le calcaire a aussi un rôle « oxydant » qui contribue à nettoyer l’écosystème. Mais c’est une autre dimension de la biochimie des sédiments qui n’a pas été prise en compte dans les documents officiels. A moins que vous n’ayez des infos la-dessus : je suis preneur.

Désolé mais pour ce qui est de l’avis de Claude Boyd (1994) on se connait depuis plus de 40 ans et malgré son rôle de consultant de terrain pendant des dizaines d’années, je ne lui confierai pas la gestion d’un élevage. Son argumentation physicochimique autour du pH signe seulement qu’il n’a rien compris aux enjeux de l’oxydoréduction, une dimension oubliée de la biochimie cellulaire.

Je confirme donc que mon ordonnance recommande un prélèvement mensuel de sable coquilliers en automne et hiver prochain pour nettoyer cette baie.
On parie un repas à la Marée à LA Rochelle ? Avec un ou deux de vos amis témoins ? Celui qui a perdu paie la note !
Je reste à votre écoute, JFLB