vendredi 25 septembre 2015

WWF : un rapport sur les océans qui doit rapporter


Derrière l’image du pauvre petit pêcheur de crabe, « la question fondamentale que pose le rapport du WWF est celle de la gouvernance et du pouvoir », explique Alain Le Sann après décryptage de Planète vivante Océans - Espèces, habitats et bien-être humain. Gouvernance des océans et pouvoir... Au profit de qui ?

WWF : un rapport sur les océans qui doit rapporter.

En publiant son rapport « Planète vivante 2015 » (1), consacré aux océans, le WWF a frappé un grand coup destiné à marquer les esprits avant la COP 21 de Décembre à Paris. La presse et les médias ont largement repris le chiffre choc : « Les espèces marines ont décliné de moitié » (Ouest-France, 17 septembre 2015) (*). Une fois de plus, la pêche et les pêcheurs, petits et grands, font figure de principaux accusés. Isabelle Autissier, présidente du WWF France, dans Ouest-France, résume l’accusation de façon radicale : « On pêche deux fois plus que ce que la planète est capable de nous offrir ». Il faudrait donc diminuer par deux les captures, de 90 millions de tonnes à 45 millions. Le lecteur pressé et peu averti conclura que cette proposition concerne aussi l’Europe où l’effort de pêche et les captures ont été considérablement réduits. Le rapport reconnaît pourtant que la situation dans la zone tempérée, donc les pays développés, est en voie d’amélioration, sinon en bon état, pour plusieurs stocks.(**)

Le but de tels rapports et surtout de leur médiatisation, dramatisée et simplifiée, n’est pas d’introduire les nuances, les interrogations propres à tout rapport scientifique, il vise essentiellement à orienter le débat et à promouvoir des solutions auprès du grand public et des décideurs, à l’occasion de grands rendez-vous comme la COP 21. Comme l’a montré Marie-Claude Smouts pour les forêts (2), il s’agit pour le WWF de contrôler les orientations discutées et de mettre en œuvre sa propre vision de « l’économie bleue ». Ces orientations combinent privatisation, conservation et financiarisation sur la base d’une valorisation financière du « Capital Naturel » et de ses services écosystémiques et non plus seulement des ressources marines.
Philippe Cury, de l’IRD, dans Le Télégramme du 17 septembre, résume à merveille la stratégie du WWF qu’il soutient. « Les solutions sont connues : d’abord gérer les pêcheries. Les Etats-Unis l’ont fait et ont retrouvé leur seuil d’abondance. Cela permet d’ailleurs aux pêcheurs de bien vivre. Deuxième solution : créer des réserves marines où la biodiversité et les stocks pourront se reconstituer. Ces espaces protégés permettent aussi de capter davantage de CO2 et donc de lutter contre le réchauffement climatique ».



La gestion par les marchés.

Gérer les pêcheries, on ne peut qu’être d’accord, la question est de savoir comment, pour qui et avec qui, pour quels objectifs. Les Etats-Unis ont mis en place, sous l’impulsion de PEW en particulier, avec Environmental Defense Fund, une privatisation des droits de pêche commercialisables, ce qui a abouti à une élimination massive des pêcheurs artisans, particulièrement en Nouvelle-Angleterre. Les derniers qui subsistent sont harcelés par des ONG environnementalistes qui ont fait pression sur les autorités pour que les pêcheurs paient les observateurs embarqués. Il leur en coûtera plus de 700$ par jour quand beaucoup pêchent pour 1500$ par jour. Le contrôle financé par l’Etat est considéré comme une subvention et, comme il ne faut pas subventionner la pêche selon le WWF, c’est aux pêcheurs de payer. En Nouvelle-Angleterre, il y a désormais du poisson (sauf la morue), mais les ports sont désertés sauf par les gros armements qui ont capté les quotas. Gérer les pêches pour le WWF, c’est mettre les pêcheurs sous leur tutelle ou celle des gros armements de multinationales (3), malgré le discours convenu et bien pensant sur l’implication des communautés et le souci des femmes dans la pêche. Le WWF est un des principaux partenaires du Partenariat Mondial pour les Océans.

Créer des réserves marines, les pêcheurs n’y sont pas opposés, quand ils y voient un intérêt. Ils ont créé depuis longtemps des cantonnements pour protéger des ressources. Les pêcheurs bretons ont soutenu la création du Parc Marin d’Iroise. Il serait possible de développer ces réseaux avec leur accord. Mais, quand l’objectif est de créer des AMP sur 30% des océans, avec des réserves intégrales importantes, quand Pew et d’autres, créent de gigantesques réserves sur des ZEE entières, quand certains proposent de mettre la haute mer en réserve, soit 60% des océans, on voit clairement que l’objectif n’est pas d’améliorer la pêche. L’exemple de l’Australie est là pour montrer que la généralisation des réserves permet certes de restaurer stocks et habitats mais la pêche régresse, car les pertes de zones de pêche ne sont pas compensées par les gains sur les zones autorisées. Par contre, les foules de pêcheurs amateurs s’empressent de réclamer des droits de pêche et des zones pour eux seuls, au nom de l’intérêt économique supérieur de la pêche récréative. L’expérience montre que de nombreuses réserves et AMP, sous contrôle d’ONG, ont abouti à la marginalisation des pêcheurs. Le grand programme du Triangle de Corail entre l’Indonésie et les Philippines est fortement contesté par les pêcheurs artisans indonésiens. Les plus grands profits sont au bénéfice des investisseurs du tourisme que le WWF souhaite attirer, loin des objectifs de sécurité alimentaire affichés.


La conservation, un nouveau champ de spéculation

Créer des réserves ne suffit pas, il faut en effet pouvoir les contrôler, les gérer, assurer le suivi scientifique, compter les phoques et les poissons et tout cela coûte très cher. Pour cela le WWF, mais aussi The Nature Conservancy (où les océans sont sous la direction de Maria Damanaki, commissaire européenne aux Affaires maritimes et à la pêche entre 2009-2014), ont mis au point une politique basée sur la valorisation financière du capital naturel, le « Natural Capital Project » (4). Il s’agit de donner un prix, et pas seulement une valeur, aux services fournis par la nature. Le rapport Planète vivante précise que « les outils CNN et ESE (mesures du capital naturel) permettent de faire des choix d’investissements plus raisonnables ». Ils auraient dû écrire plus rentables, car le but du WWF est d’attirer les fonds d’investissements avec des rendements élevés. « L’instauration de redevances applicables aux usagers des AMP et aux touristes constitue un autre exemple de piste pour réorienter les financements au service du renforcement de la valeur de nos actifs océaniques ». En clair, ce sont aussi les pêcheurs qui financeront les AMP et paieront pour les investissements réalisés par des fonds majoritairement privés. Parmi les sources de financement évoquées dans d’autres rapports du WWF, figurent aussi les compensations biodiversité ou carbone. Comme le poisson représente du carbone stocké dans les océans, les pêcheurs devraient donc payer pour la valeur carbone du poisson capturé. Ils achèteraient ces droits sur un marché qui sera contrôlé par des entreprises ou des fonds d’investissements spéculatifs, ces fonds existent déjà (5).



Quand un lobby de la conservation prend le pouvoir

Voilà quelques-unes des orientations qui se dévoilent derrière la dramatisation du rapport du WWF. Les pêcheurs doivent bien sûr prendre en compte la nécessité d’un engagement vers une économie décarbonée, à terme, mais, par sa nature même d’activité de cueillette, la pêche du poisson frais, n’est pas grande émettrice de CO2, si on la compare avec des activités de production agricole ou industrielle ou encore le tourisme. En réalité, l’impact environnemental de la pêche est faible, même s’il faut s’en préoccuper pour assurer la pérennité de l’activité.

La question fondamentale que pose le rapport du WWF est celle de la gouvernance et du pouvoir. Le WWF n’est pas une structure associative démocratique et citoyenne comme beaucoup d’autres ONG environnementalistes, particulièrement en France. C’est une organisation internationale privée, en lien étroit avec de grandes sociétés multinationales et des banques d’affaires, ce qu’elle ne cache pas et revendique même. Son but est de contrôler les océans et les pêcheurs en fondant sa politique de conservation sur un environnementalisme de marché, sur la privatisation et la financiarisation, au bénéfice de gros investisseurs industriels et financiers. Aux Etats et aux organisations internationales de créer le cadre de cette politique, sous la pression d’une opinion traumatisée par la communication bien contrôlée d’un lobby (6).

Alain Le Sann
Collectif Pêche & développement
Septembre 2015.

(*) Billet d'humeur du journaliste Serge Lucas : "T'es journaliste ! Quelle connerie vas-tu encore raconter ?"
(**) Ce rapport du WWF s'appuie sur des analyses et des chiffres contestés par des chercheurs de renom http://depts.washington.edu/cfood/wwf-claim-a-74-decline-in-tuna-and-mackerel-populations/)

(1) WWF. 2015. Living Blue Planet Report. Species, habitats and human well-being. [Tanzer, J., Phua, C., Lawrence, A., Gonzales, A., Roxburgh, T. and P. Gamblin (Eds)]. WWF, Gland, Switzerland.
(2) Marie-Claude Smouts. Forêts tropicales, jungle internationale, les revers d’une écopolitique mondiale. Paris, Presses de Sciences Po, 2001, 350p
(3) Österblom H, Jouffray JB, Folke C, Crona B, Troell M, et al. (2015) Transnational Corporations as ‘Keystone Actors’ in Marine Ecosystems. PLoS ONE 10(5): e0127533. doi:10.1371/journal.pone.0127533
‎(5) Crédit Suisse, WWF, McKinsey&Company. Conservation Finance, moving beyond donor funding toward an investor-driving approach, 2014. 32 p.

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Sera-t-elle décevante comme les précédents sommets et réunions internationales consacrés à ce brûlant sujet ? La politique, les états et les citoyens semblent incapables d'affronter les dangers liés au réchauffement. Alors une idée simple est venue aux financiers et aux banquiers : donner un prix à la nature et transformer la crise écologique en marché économique.

Anne- Catherine Traoré-Husson, directrice générale de Novethic, média expert de l'économie responsable, défend les produits d'investissement éthiques quand Sandrine Feydel, auteure d'un film et d'un livre co-écrit avec Christophe Bonneuil parle, elle, d'une "Prédation de la nature, nouvel Eldorado de la finance". Que faire sans s’échauffer ?

Réalisation : Jean Bernard Andro – ARTE GEIE / Zadig – France 2015


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Posté par Regard sur la Pêche et Aquaculture sur mardi 27 octobre 2015

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Océans : il est temps d’inverser le courant



Cette semaine, lors du Sommet des Nations Unies sur le développement durable, les océans recevront l’attention qu’ils méritent depuis longtemps mais qu’ils n’ont pas toujours reçue. En effet, le 14e Objectif de développement durable spécifie qu’il faut « conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable ».

Source : Banque mondiale Soumis par Paula Caballero

C’est la première fois que la communauté internationale inclut les océans dans son programme de développement, et cette évolution témoigne de la vision ambitieuse et holistique que les pays sont en train d’adopter pour remédier aux problèmes et trouver des solutions. Avec les Objectifs de développement durable (ODD), ils expriment leur volonté d’un avenir dans lequel la gouvernance de la nature permettra de dynamiser l’économie, accroître le bien-être et préserver les moyens de subsistance, à Washington comme à Nairobi, sur terre comme dans les mers. 

Il y a quinze ans, les pays se sont rassemblés à l’ONU pour définir un ensemble sans précédent d’objectifs, les objectifs du Millénaire pour le développement. Depuis, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a été réduit de plus de moitié. Mais les océans ne faisaient pas partie de ces objectifs. À présent, nous avons cette chance de pouvoir traiter cet enjeu au niveau mondial et d’œuvrer à la restauration de la santé des océans, tout en favorisant ainsi la solidité des économies et la prospérité des communautés.

Il est grand temps. On a négligé jusqu’à présent plus de 75 % de la surface du globe, avec les conséquences que l’on connaît : océans transformés en décharges, dégradation des récifs coralliens, surpêche dans des eaux dont la température augmente, destruction d’habitats, événements climatiques extrêmes… Le récent rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF), intitulé Living Blue Planet Report (a), présente des données confirmant ce sombre tableau. On y apprend, par exemple, que la population de vertébrés marins a diminué de 49 % entre 1970 et 2012.


L’une des cibles de l’ODD n° 14 vise à faire mieux bénéficier les petits États insulaires des retombées économiques de l’exploitation durable des ressources marines. Ce sont précisément ces pays qui se sont démenés pour que les océans figurent à l’ordre du jour du développement. Ils dépendent des océans pour leur sécurité alimentaire, et leur existence même est menacée par le changement climatique. Ils sont déjà directement touchés par l’élévation du niveau des mers, par des événements climatiques extrêmes, par le réchauffement des eaux et par l’acidification des océans. Le poisson qui assure leur subsistance est en train de migrer vers d’autres eaux, et les plages dont ils tirent des recettes touristiques disparaissent peu à peu.

Une autre cible de l’ODD n° 14 appelle à mettre un terme à la surpêche, à la pêche non réglementée et à d’autres pratiques destructrices, afin de rétablir les stocks de poissons. La concurrence entre les pays, la course à celui qui prendra le plus de poissons, appartiennent à un modèle révolu. Aussi profonds et aussi vastes que semblent nos océans, leurs ressources ne sont pas illimitées. Pour qu’un changement s’opère, il faut donner la priorité aux petits pêcheurs qui, dans le monde, emploient la majeure partie de la main-d’œuvre et réalisent la moitié des prises, mais qui souffrent de leur manque d’accès aux financements et aux ressources halieutiques.

Il faut également, entre autres, prévenir et limiter la pollution marine, y compris les déchets en mer, préserver au moins 10 % des zones marines et côtières, et réduire au minimum l’acidification des océans.

La somme de travail qui nous attend est colossale.

La Banque s’attache à aider les pays côtiers et insulaires à « inverser le courant » en leur faveur, grâce à des investissements durables qui protègeront et accroîtront la valeur du capital naturel.

Environ 40 % des habitants de la planète vivent à moins de 100 kilomètres d’une côte, et plus de 60 % du produit national brut (PNB) mondial est produit à proximité de la mer. Nous travaillons avec les petits pêcheurs et avec le secteur public pour améliorer le potentiel productif des économies marines, ainsi que pour reconstituer les ressources halieutiques, et nous encourageons le développement de l’aquaculture durable. Nos analyses, notamment notre rapport intitulé The Sunken Billions (a) et les constats préliminaires de notre étude The Sunken Billions Revisited (a), montrent que la mauvaise gestion des pêches se traduit par un manque à gagner compris entre 50 et 100 milliards de dollars par an. Il existe donc une marge de manœuvre considérable pour parvenir à des gains de croissance économique en rétablissant la santé des ressources océaniques et en gérant mieux ces ressources.

Notre expérience montre que nous pouvons relever ces défis.

Par exemple, en Indonésie, la Banque a mené des actions auprès de plus de 350 communautés villageoises pour protéger les récifs coralliens tout en améliorant les pratiques de pêche. À présent, ces récifs coralliens se développent alors même que le revenu des pêcheurs augmente. La troisième phase de ce projet vise à institutionnaliser la planification de la protection des récifs et à améliorer le bien-être des populations côtières.

Rien qu’aux Caraïbes, on dénombre quelque 3 millions de pêcheurs pour lesquels les catastrophes naturelles ont un coût énorme. En partenariat avec le Département d’État américain, la Banque cherche à faire bénéficier davantage de populations tributaires de la pêche d’une assurance contre le risque de catastrophe. Elle encourage la multiplication de ces dispositifs d’assurance et l’amélioration de leur qualité, et elle apporte une aide aux États insulaires.

Au Libéria et en Sierra Leone (a), grâce à notre Programme régional des pêches en Afrique de l’Ouest, l’exploitation des ressources halieutiques contribue à réduire l’insécurité alimentaire due à l’épidémie d’Ebola. Avec le soutien de la Banque mondiale, le Libéria a pu réduire la pêche illégale, non déclarée et non réglementée dans ses eaux, comme le montrent les récentes images satellitaires.

Les ODD constituent un tournant historique à de nombreux égards. La communauté internationale prend conscience que nous n’avons qu’une seule planète, et que cette planète n’a pas de terres ni d’eau en réserve. La santé de nos océans et notre avenir commun sont inextricablement liés. J’espère que l’ODD n° 14 aidera les pays, les entreprises et les populations à se montrer attentifs aux signaux vitaux envoyés par les océans, à investir et à innover. Pour le plus grand bien de tous.
 

1 commentaire:

Line Venault a dit…

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