mardi 26 mai 2015

Intermarché. SCOPALE : étonnants artisans !

Armement artisanal et financement des bateaux de pêche en question... Actualisation le 28 mai 2015

SCOPALE : étonnants artisans !  un article de Clément Calmettes

Illustration : Copies d'écran du logo de la CME (Coopérative Maritime Etaploise) et de  l'article de La Semaine dans le Boulonnais : La Coopérative maritime ne veut pas couler

Premier volet d’une série d’articles (*) concernant l'impact de la réforme de la Politique Commune de la Pêche (PCP) sur les pêcheries européennes et surtout françaises...

Nos inquiétudes sur la nouvelle PCP étaient-elles fondées ? : Imaginez la pêche française en 2020 après 7 années au régime QITs

En préambule

Boulogne va très très mal...

Après avoir laissé filer son dernier armement industriel - Euronor est passé sous la coupe d’une puissante pêcherie néerlando-islandaise - Boulogne accueille un nouvel acteur dans le port de pêche, Intermarché. La Scapêche, filiale du groupement Les Mousquetaires, arrive en « sauveteur » de la CME (**). La Coopérative Maritime Etaploise (CME), principal acteur du premier port de pêche français, est au bord du naufrage... Bien que regroupés et solidaires, ces pêcheurs artisans aux commandes d’une quarantaine de chalutiers hauturiers et semi-hauturiers n’ont plus la capacité de rester à flot.

Il est loin le temps où le Crédit Maritime aidait sans problème les pêcheurs à acquérir leur premier bateau. La banque des professionnels de la mer finançait sans sourciller des navires de plusieurs millions de francs sans que le pêcheur n'ait besoin d'apporter le moindre centime !.. A ce moment-là, l'Europe accompagnait la modernisation de la pêche communautaire...

Depuis le vent a tourné à Bruxelles... Subventionner un bateau de pêche est devenu un crime contre la biodiversité marine ! « Investir dans de nouveaux bateaux quand tant de stocks halieutiques européens sont en danger est de la pure folie », avait proclamé le responsable européen d’Oceana, Xavier Pastor. (lire : Feamp : Rapport secret sur la pêche française. Secret de Polichinelle !) Les pêcheurs artisans ne peuvent compter que sur leurs propres moyens... La ressource s’améliore... Place aux investisseurs ! Les autres devront rester à quai !

L’article de Clément Calmettes illustre les changements en cours dans le port de Boulogne... La disparition des artisans hauturiers et semi-hauturiers au profit de sociétés dont les capacités financières sont sans commune mesure avec celles d’un armement artisanal.

SCOPALE : étonnants artisans

Copie d'écran du portail de la Scapêche : La Scapêche investit dans la Scopale et se développe dans la pêche côtière et artisanale

En France, la « pêche artisanale » est le modèle dominant. Elle recoupe ces réalités variées et tout porte à croire que certains veulent maintenir l'ambigüité. Est reconnu comme artisan tout armateur d'un bateau de moins de 25m embarqué et ne possédant pas plus de 2 bateaux. Ces « artisans » sont donc propriétaires de navires aussi différents qu'une petite barque de 7m ou qu'un hauturier de 25m. Dans ce dernier cas, il sera à la tête d'une entreprise de près de 10 salariés pour un chiffre d'affaire de 200 000 ou 500 000 euros.

Scapêche-­Intermarché est le premier armateur à la pêche fraiche de France. Cette entreprise s'appuie sur l'un des principaux réseaux de grande distribution et exploite plus de 20 bateaux de pêche. La Scapêche prétend aujourd'hui participer au « développement de la pêche côtière et artisanale ». Elle entre au capital des entreprises de la pêche artisanale. Comment continuer alors de parler d'artisans ? Comment en est-on arrivé là ?

Les armateurs artisans rencontrent en effet de grandes difficultés de financement : acheter un navire entre 16 et 25m est extrêmement coûteux, notamment en raison de la limitation des licences. Le groupe Intermarché dispose de ces capacités de financement.

Il s'assure ainsi un approvisionnement en produits de la mer qui revêt de nombreux avantages. La question de l'image est très importante : la Scapêche, armement généralement considéré comme industriel, peut ainsi commercialiser des produits « issus de la pêche artisanale ». On sent déjà poindre ici les possibilités de labels ou d'appellations qui ont déjà valu quelques problèmes à l'entreprise (auto-­label « pêche responsable » en 2012). Cette pêche, en plus d'être artisanale, pourra se targuer d'être française, même si les poissons sont capturés au large de l'Ecosse et de l'Irlande et débarqués dans des bases avancées à l'étranger.

Par son entrée au capital, Intermarché peut également influencer les investissements, les espèces ciblées, etc. Ainsi, les grandes et moyennes surfaces, qui représentent déjà plus de 70% des ventes de produits de la mer, pourront capter encore davantage de parts de marché. Le contrat avec « l'artisan-­patron-­armateur » (ni complètement artisan, ni complètement patron, ni complètement armateur) prévoit d'ailleurs une clause de priorité pour l'approvisionnement de l'usine Capitaine Houat, les Intermarchés et les Netto. Surtout, en orientant le travail des pêcheurs pour coller avec la demande, on finit d'achever ce qui est une particularité de l'artisan pêcheur : le couple métier-saison.

La pêche a besoin de financement. Les « grands artisans » sont particulièrement demandeurs étant donné l'importance des investissements sur les navires de 18 à 25m. Les impératifs de sécurité et de confort pour les marins, la performance et les économies de carburants nécessitent des bateaux bien entretenus et modernes. Pour faciliter les investissements, le secteur s'est doté, au cours du 20ème siècle, d'un certains nombre d'outils : Crédit Maritime, armements coopératifs, etc. Ce sont ces structures qui ont joué le rôle ambigu d'adaptation de la pêche artisanale à la « modernité européenne » (marché commun, organisations de producteurs, innovation technologique, approvisionnement de l'industrie alimentaire,...). Ces structures collectives et coopératives, aux mains des professionnels ont accompagné les mutations du secteur.
La question de leur représentativité se pose de plus en plus : les critiques de la part des défenseurs de la petite pêche ne sont pas rares, au risque d'écorner la fameuse solidarité maritime. La création de la SCOPALE ne peut que renforcer ce sentiment.

Si elle est présentée comme un armement coopératif (on pourrait même voir dans le nom une évocation des SCOP...), il s'agit en réalité d'une Société par Actions Simplifiée et son seul lien avec la Coopération Maritime est d'être détenue à 50% par une coopérative maritime créée en octobre 2014, Pêcheurs d'Opale. L'autre moitié étant la propriété de la Scapêche. La SCOPALE se propose d'acquérir des parts de navires neufs pour aider de jeunes patrons à s'installer. Ces derniers seront actionnaires minoritaires (40%) de l'armement. (On a donc la répartition suivante : 40% patron / 30% Coopérative maritime / 30% Scapêche). Les armements coopératifs avaient comme objectif, pour la quasi totalité d'entre eux, l'accession à la propriété pour les artisans. Ici, il est avant tout question de relancer l'activité du port de Boulogne-­sur­-Mer et d'assurer l'approvisionnement des Mousquetaires.

Les exigences de transparence et de traçabilité sur les produits de la mer et les multiples démarches de labellisation risquent fort d'être compromises si les armateurs eux­même brouillent les cartes.

Les « artisans » boulonnais, en s'associant à Intermarché, vont finir d'achever la notion de pêche artisanale en France.

Clément Calmettes


Stratégie d'Intermarché...

Mondialisation de la pêche selon Clearwater : Société nord-américaine, intégrée de l’océan à l’assiette, qui contrôle entre autres 40% du quota de pétoncle argentin... Pour en savoir plus sur les tendances du marché des produits halieutiques : Rapport de Clearwater (à l'intention des actionnaires)

La stratégie d’Intermarché s’inscrit dans une politique de développement intégrée de la filière « Pêche fraiche » depuis l’océan jusqu’à l’assiette du consommateur. Dans un marché international des produits de la pêche et de l’aquaculture de plus en plus concentré, le groupe français souhaite tirer son épingle du jeu, notamment en France, 5e pôle mondial de consommation de poisson. Mais la concurrence est rude comme le résume l’illustration ci-dessus. Chaque filière de la pêche est contrôlée par une dizaine d’acteurs, des multinationales norvégiennes, étatsuniennes, japonaises, chinoises, thaïlandaises, espagnoles, britanniques, islandaises, danoises, canadiennes, chiliennes,... et un groupe coopératif agricole français Lur Berri : Labeyrie !

(*) Impact de la PCP réformée sur la pêche française
1- Scopale : armement et financement des bateaux...
2- Transparence de la filière et étiquetage des produits de la pêche
3- Accords de pêche et politique externe de la PCP (à partir d'un article de Cape)
4- PCP, Tafta et libéralisation du marché
5-...
D'autres sujets seront abordés : social, sécurité,

(**) En très grande difficulté, la Coopérative Maritime Etaploise (CME) a créé en 2014 « Pêcheurs d’Opale » pour mieux rebondir. Dans le marin d’octobre 2014 : Boulogne : la CME lance un nouvel armement avec la Scapêche


Pour aller plus loin...

Après avoir mené campagne contre les aides européennes à la flottille de pêche  (synonyme de surpêche)

Régionales : la tête de liste écologiste propose que la Région achète les bateaux de pêche


La tête de liste d’Europe Écologie – Les Verts pour les élections régionales s’est déplacée à Boulogne cette semaine. Une journée orientée autour de la thématique de l’agriculture et de la pêche.

Source : La Voix du Nord par Céline Rudz

Sandrine Rousseau est allée à la rencontre des pêcheurs et agriculteurs boulonnais. « Il y a énormément de personnes qui impulsent des projets, inventent pour le futur… On sent parfois une résistance au changement, bien sûr, mais aussi un bouillonnement. Notre idée, c’est de prendre toutes les bonnes initiatives partout où elles se trouvent. Ça me donne de l’énergie et une envie folle de faire bouger cette région ! »

La candidate imagine déjà « un avenir où l’on retrouve de la fierté. On a une région particulière, pas question de plaquer un programme national ».

Sensible aux « aspects sociaux et environnementaux » liés à la pêche, l’actuelle vice-présidente du conseil régional réfléchit à des « innovations qui permettraient de réduire les charges, en baissant la part du gazole tout en préservant les emplois. C’est le moment de lancer un grand plan de renouvellement de la flotte. On pourrait imaginer que la Région achète des bateaux et que les pêcheurs les remboursent plus tard via un système de leasing ».

Côté agriculture, « nous sommes la région qui a le moins de terres en bio, rappelle Sandrine Rousseau. Alors que la culture bio permet de préserver les sols, le paysage, les revenus des agriculteurs, le tourisme… »

Des emplois durables, pas à temps partiel

Parmi les autres priorités de la tête de liste, la santé – « nos indicateurs sont dramatiques, c’est lié à la fois aux comportements individuels et à la qualité de vie et de l’environnement » ; l’emploi – « pas quelques heures par semaine, mais des emplois durables » ; l’accès aux services et le développement du territoire - « il faut soutenir les transports collectifs ; faciliter l’accès aux études… » - ; ou encore la culture.

« Des structures qui créent de la vie, comme le Festival de la Côte d’Opale, ne doivent pas subir des baisses de budget ».

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Le renouvellement de la flottille de pêche vieillissante en question

Pêche. Les armements de Charente-Maritime luttent pour préserver l'avenir


Article tiré de "Reportage en Sud-Ouest : Une grande région maritime se dessine" dans le marin du 22 mai 2015

Malgré la stabilité, en 2014, des apports dans les trois criées charentaises, il y a des raisons de s'inquiéter du vieillissement de la flottille. La Cotinière, le port le plus soudé, a rassemblé ses coopératives pour conserver, voire attirer des navires.

Cliquer Ici pour lire le marin du 22 mai 2015 dans le Kiosk

Pêche artisanale. Des patrons finistériens « floués » par des sociétés de financement

Des patrons pêcheurs se plaignent des financements mis en place via des sociétés de financement de la pêche artisanale. Ils estiment que, pour eux, le match était perdu d'avance.

Source : Ouest France par Isabelle Jégouzo

Dominique Le Loupp-Caradec a 47 ans. Si tout s'était passé comme prévu, son bateau, le Face à la mer, lui appartiendrait intégralement. En 2005, il achète ce sardinier via le système Sofipêche, Société de financement de la pêche artisanale. Ce dispositif permettait aux jeunes patrons pêcheurs de financer l'achat de leur bateau d'un côté, tandis que les sommes investies de l'autre par des particuliers étaient défiscalisées. Le nouveau patron disposait de 20 % des parts du bateau, les 80 % restants appartenaient à l'armement coopératif Océane, créé en pleine crise de la pêche, en 1994, pour aider les marins. Au bout de 5 ou 10 ans, selon le contrat, le patron devenait propriétaire du bateau en rachetant les parts au fur et à mesure. « Quand on voulait racheter nos parts, ça n'était jamais le moment », indique Dominique Le Loupp-Caradec.

« Une catastrophe »

En 2008, on lui retire la gestion du bateau : « On m'a dit que j'aurais moins de soucis. Je leur ai fait confiance. Entre deux marées, on me faisait signer des papiers. » En 2012, Dominique Le Loupp-Caradec est licencié. Il porte l'affaire devant les Prud'hommes. Entre temps, les dettes se sont accumulées. « Je ne détenais que 20 % des parts, mais on me réclamait des dettes astronomiques. Des emprunts avaient été souscrits pour faire face aux pertes d'exploitation. Mais je ne pouvais pas être tenu pour responsable, je n'étais plus à bord. » La décision du conseil des Prud'hommes a sauvé Dominique Le Loupp-Caradec de la faillite en 2013. « J'ai eu gain de cause. L'armement a été condamné à me verser une grosse somme d'argent ce qui m'a permis de négocier avec Océane. » Dominique a aujourd'hui toujours 20 % du Face à la mer, la Scapêche détient le reste des parts.

"Les dés pipés d'avance"

Histoire similaire pour Éric Cornec de Trévignon. Il n'a jamais pu devenir propriétaire de l'Albator, qui a été revendu entre-temps à des Espagnols. « On me réclame encore aujourd'hui 200 000 €. » Lui aussi estime que les dés étaient pipés d'avance. L'affaire est devant le tribunal de commerce. Pascal Boénec, du Guilvinec, ancien patron du Red an Amzer, indique qu'il a tout perdu. « J'ai acheté ce bateau en 2005 avec les aides Sofipêche. J'ai été licencié deux ans plus tard par l'armement Océane et tout mon équipage avec. Aujourd'hui, on me réclame toujours 150 000 € de dettes, l'affaire est au tribunal. Mais entre-temps, j'ai tout perdu, y compris ma santé. Je ne peux plus naviguer. Ça a été une catastrophe. »

Pour tous ces marins, le constat est le même. Tous ont fait confiance à l'armement pour la gestion comptable de l'entreprise. Tous se sentent floués par un système qui les a très vite noyés dans les dettes. Malgré nos tentatives d'appels, il n'a pas été possible de joindre un responsable de l'armement Océane.

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