mercredi 30 avril 2014

Pêche durable : Du poisson vert ? Non merci !

Pêche responsable : Du poisson vert ? Non merci !

Cet article publié en 14 mars 2011 n'a pas perdu de sa couleur même si des liens ont été coupés depuis...

Dans le sondeur du Fonds mondial pour la nature (WWF), les européens répondent à une grande majorité (88%) qu’ils n’aiment pas le poisson capturé dans les chaluts de la surpêche. Effrayés par l’avancée d'un désert halieutique sur le front de l'atlantique nord-est, ces citoyens veulent sortir de ces territoires faméliques ; ils souhaitent donner un autre cap à la politique commune de la pêche et voguer dans les eaux plus calmes d’une pêche écologique qui ne capturerait que du poisson »vert ». Cliquer Ici

En France, la peur serait encore plus grande puisqu’il ne resterait plus que 7% des français à manger ces produits de la mer condamnés pour chalutage et dragage des fonds marins… des poissons, coquillages et crustacés interdits dorénavant à la consommation comme la lotte, le merlu, la langoustine, la coquille saint-jacques….

Mais qu’est-ce donc ce poisson « vert » dont sont tant friands les citoyens européens ?

Le Guide d'achat WWF poissons et fruits de mer diffusé en Suisse nous donne des indications d'une grande neutralité !!! Sinon le Consoguide Pêche durable de WWF France :
  • Poisson pané issu de la pêche durable MSC comme colin d’Alaska, merlu d’Afrique du sud, lieu noir de l’atlantique nord-est
  • Poisson congelé issu de la pêche durable MSC comme hoki de Nouvelle-Zélande, colin d’Alaska, merlu d’Afrique du Sud, lieu noir de l’atlantique nord-est,...
  • Poisson frais issu de l’aquaculture biologique comme bar bio d'élevage, daurade bio d'élevage, saumon bio d'élevage…

Conséquences des sondages et campagnes anti-pêche

Des analyses comme celles de Terra Femina dans Consommation de poisson : Quels enjeux environnementaux et sanitaires ? Dans cet article, Elizabeth Pastore-Reiss associe progrès technique et surpêche, un slogan souvent utilisé par les ONG environnementales. « Si la pêche fait aujourd’hui beaucoup parler d’elle, c’est en premier lieu à cause de la surexploitation des ressources marines. D’après le WWF, 75% des espèces marines pêchées sont surexploitées ou en passe de l’être, alors que la demande mondiale de poissons est amenée à augmenter dans les années à venir. Ceci est d’abord dû au perfectionnement des techniques de pêches. Elles tendent de plus en plus à aller au devant des bancs de poissons pour les capturer. Moteurs puissant, systèmes de localisation (sonars, radars, sondeurs) et filets gigantesques sont autant de techniques qui « permettent de pêcher toujours plus, au delà de la capacité de régénération des écosystèmes ». C’est ce qu’on appelle la surpêche (WWF). »

dimanche 27 avril 2014

Revue de presse 2014 (3) : Aquaculture, conchyliculture, pisciculture, algoculture,...



A partir du 1 mai, la revue de presse se poursuit Ici

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Le 30 Avril 2014

Bien choisir son poisson

Guide d’achat Poisson

Poisson sauvage ou d'élevage, en filet ou entier...

Le choix est vaste face à l'étal du poissonnier.

Source : UFC Que Choisir par Florence Humbert



10 points clés pour bien choisir son poisson.

1. Achetez de préférence des poissons sauvages
Ils vivent dans la nature et ne grandissent pas dans des cages surpeuplées comme la plupart des produits d’élevage. Seul point noir : ils sont parfois contaminés par des résidus toxiques, méthylmercure et PCB. Pour éviter les risques liés à ces substances, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) recommande de consommer du poisson deux fois par semaine en associant un poisson à forte teneur en oméga 3 et un poisson maigre.

http://www.pavillonfrance.fr/content/printemps-poissons-magasin2. Consommez local
Privilégiez les poissons issus de la pêche française. Ils sont plus frais, car ils n’ont pas parcouru des milliers de kilomètres avant de parvenir dans votre assiette. De plus, vous contribuez à soutenir une filière souvent artisanale et à maintenir l’emploi sur nos côtes.

3. Respectez les saisons
Comme pour les fruits et les légumes, la saisonnalité est un critère de qualité et de durabilité important. Poissons, coquillages et crustacés sont bien plus goûteux et moins chers durant leur pleine saison.

4. Évitez les crevettes tropicales
Pour répondre à une demande croissante, leur élevage s’est intensifié dans les pays du sud-est asiatique ainsi qu’au Brésil, au Mexique et en Équateur, dans des conditions environnementales et sociales le plus souvent déplorables. Il existe toutefois quelques productions plus responsables. Elles sont essentiellement originaires de Madagascar.

5. Sélectionnez des poissons entiers plutôt qu’en filets
Ils sont moins chers et c’est le seul moyen de s’assurer de leur fraîcheur (œil clair et transparent, peau tendue, écailles brillantes, etc.).

6. Variez vos menus
Plusieurs centaines d’espèces fréquentent les eaux européennes. Une diversité qui ne se retrouve pas dans nos assiettes où l’on privilégie le plus souvent le saumon, le cabillaud ou les crevettes importées. Dommage, car en élargissant ses choix à des poissons méconnus (tacaud, sébaste, plie, chinchard, maigre, congre, etc.), on peut contribuer à une exploitation plus équilibrée des ressources marines.

7. Profitez des « bonnes occasions »
Il en existe chez tous les poissonniers en fonction des saisons et des arrivages. On peut se faire plaisir à moindre coût, pour peu que l’on ne se cantonne pas aux espèces nobles. N’hésitez pas à congeler une partie de vos achats, pour profiter au mieux des cours lorsqu’ils sont à la baisse.

http://www.normandiefraicheurmer.fr/les-produits-stars/entry-599-produits-de-la-peche-pavillon-france.html
8. Fournissez-vous plutôt chez les poissonniers, en boutiques ou sur les marchés
Ce sont des professionnels et leur approvisionnement en flux tendu leur permet de suivre étroitement la qualité et la fraîcheur de leurs produits au rythme des arrivages et des marées.

9. N’oubliez pas les huîtres, moules et autres mollusques
L’homme a appris de longue date à les élever sans intrants, en s’appuyant sur la ressource naturelle que lui prodigue le milieu marin.

10. Ne vous fiez pas aveuglément aux guides pour acheter des poissons « durables »
Souvent publiés par des organisations environnementales, la plupart distinguent les espèces menacées, et donc à éviter, de celles que l’on peut consommer sans risque. En réalité, les choses ne sont pas si simples. Une espèce donnée peut être surexploitée dans un secteur alors que les stocks sont abondants dans une autre zone.

Suivi du dossier de Florence Humbert sur les Produits de la mer

Sauvage ou élevage

Quels poissons mangerons-nous pour demain ?

Les réserves en poissons ne sont pas inépuisables. Telle est la prise de conscience de ces dernières années. Certaines des mesures prises face à la raréfaction de la ressource commencent à porter leurs fruits. Mais les avis divergent sur les solutions à adopter pour des productions durables.
 

Suite de l'article sur le site de Que choisir

Ou cliquer Ici pour lire l'article dans le numéro de mai 2014 de Que Choisir Mensuel

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Le 29 Avril 2014

Le séquençage du génome de la truite revisite l’évolution des génomes de vertébrés 


Un consortium français, coordonné par l’Inra et impliquant le CEA (Genoscope), le CNRS et les Ecoles Normales Supérieures de Paris et de Lyon a séquencé et analysé le génome de la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss). Il s’agit du premier séquençage d’un génome de salmonidés (famille des saumons et des truites). Ce résultat, publié le 22 avril dans Nature Communications, propose un nouveau scénario d’évolution des génomes de vertébrés et ouvre des perspectives pour la sélection en aquaculture.

La truite arc-en-ciel est une espèce aquacole importante élevée sur tous les continents. Elle appartient à la famille des salmonidés dont beaucoup d’espèces présentent un intérêt agronomique et écologique majeur dans le monde entier. La truite, organisme modèle pour la recherche, est l’espèce de poisson la plus étudiée au monde. La séquence obtenue par le consortium français est la première séquence de génome complète publiée pour un représentant de la famille des salmonidés.

Une ressource précieuse pour l’évolution des génomes

La connaissance du génome de la truite arc-en-ciel apporte un éclairage nouveau sur l’évolution des génomes de vertébrés. Les duplications complètes de ces derniers sont des événements qui ont profondément façonné le contenu et la structure des génomes, y compris celui de l’homme. Mais les mécanismes d’évolution d’un génome suite à un tel événement restent mal connus chez les animaux, en particulier les étapes qui se déroulent au cours des quelques dizaines de millions d’années qui suivent la duplication.

La truite arc-en-ciel est de ce point de vue une espèce particulièrement intéressante : son génome a connu une duplication complète relativement récente (100 millions d’années) qui s’est produite chez l’ancêtre commun de toutes les espèces de salmonidés actuels. La conclusion surprenante de cette étude est que l'évolution d’un génome de vertébrés après duplication complète est un processus lent et progressif. Ce résultat est notamment soutenu par le fait qu’en dépit des 100 millions d’années écoulées depuis cet événement, les deux copies issues de cette duplication restent étonnamment conservées. Non seulement la structure générale des deux copies est restée très semblable, mais le contenu en gènes est lui-même très conservé, avec notamment de nombreux cas montrant que les deux copies du gène ancestral sont encore présentes et fonctionnelles. Ce résultat remet en cause l'hypothèse communément admise selon laquelle l'évolution d’un génome suite à une duplication complète implique une évolution rapide de sa structure et de son contenu en gènes.

Des perspectives en aquaculture

Le séquençage de ce génome offre également des perspectives importantes pour le développement d’une aquaculture plus performante et plus durable, en accélérant l'analyse des caractères importants en élevage, l'identification des gènes responsables et la mise en place de programmes de sélection plus efficaces.
Projet soutenu par un financement de l’Agence nationale pour la recherche (ANR Genotrout, ANR-09-GENM-001 « Génomique et Biotechnologies Végétales »)

Référence

Berthelot C, Brunet F, Chalopin D, Juanchich A, Bernard M, Noël B, Bento P, Dasilva C, Labadie K, Alberti A, Aury J-M, Louis A, Dehais P, Bardou P, Montfort J, Klopp C, Cabau C, Gaspin C, Thorgaard GH, Boussaha M, Quillet E, Guyomard R, Galiana D, Bobe J, Volff J-N, Genêt C, Wincker P, Jaillon O, Roest Crollius H, Guiguen Y. The rainbow trout genome provides novel insights into evolution after whole-genome duplication in vertebrates. Nature Communications, 22 avril 2014. DOI : 10.1038/ncomms4657

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Le 28 Avril 2014

La campagne RESCO 2014 est lancée

Les différents lots sentinelles ont été déployés sur l'ensemble des sites-ateliers pour la nouvelle campagne RESCO 2014.

Source : Ifremer - Observatoire conchylicole


Cette année, les suivis seront effectués sur 12 sites, et sur 4 types de lots sentinelles :

- 2 lots de 6 mois (Captage Naturel d'Arcachon, et Naissain Standardisé Ifremer),
- 1 lot de 18 mois,
- 1 lot de 30 mois.

lundi 14 avril 2014

Fishermen : « les pêcheurs sont devenus des esclaves »


Pologne : « les pêcheurs sont devenus des esclaves »

« Fishermen », le long-métrage de Viktoria Marinov, jeune réalisatrice polonaise, a été récompensé par une mention élogieuse du jury des professionnels (pêche et cinéma) au Festival Pêcheurs du Monde en mars 2014, à Lorient. Viktoria Marinov donne la parole à des pêcheurs artisans de Jastarnia, sur la presqu’île de Hel, près de Gdansk. Selon elle « les Polonais pensent que les pêcheurs sont stupides, sans éducation  » et les spectateurs «  sont étonnés de leur éloquence ». Elle-même a été surprise des connaissances des pêcheurs sur la mer, ses ressources et la législation. Ces pêcheurs sont tous des artisans, certains sur des barques côtières de petite pêche, mais majoritairement, ils travaillent sur de petits chalutiers. Ils ne sont donc plus reconnus comme des artisans par la Commission Européenne qui les considère comme des industriels.



 
L’Union Européenne soutient la pêche industrielle

Ils analysent d’ailleurs clairement la nouvelle Politique Commune des Pêches : « le but est de ne garder que deux types de bateaux sur la Baltique, ces petits bateaux qui pêchent près de la côte, et l’autre groupe de bateaux qui travaillent pour l’industrie. Les petits pêcheurs les gênent. Pour eux, on n’est rien, alors des restrictions plus sévères ont suivi ». « Il n’y a qu’un terme pour cela, c’est une Mafia, une Mafia qui travaille à Bruxelles. Le but de cette Mafia, c’est de nous casser, afin que nous cédions à cette pression et que nous abandonnions la pêche pour leur laisser les mains libres. On fait taire les pauvres et les faibles par les restrictions et les contraintes. Et c’est ce qui nous est arrivé “. Pour ces artisans, l’entrée dans l’Union Européenne s’est traduite par l’arrivée massive de la pêche industrielle dans leurs eaux, alors que les règlements antérieurs, pour l’ensemble de la Baltique, fixaient des limites à la taille et à la puissance des bateaux. „Les bateaux de pêche ne devaient pas dépasser 30 mètres de long et le moteur ne pouvait dépasser 611 kilowatts mais le 1er mai 2004, il s’est avéré que seule la Pologne respectait ces règles. Pouvez-vous imaginer que le 2 mai, à peu près 64 bateaux dépassant la longueur et la puissance fixées auparavant, entraient dans les eaux territoriales polonaises? Maintenant il y a une pêche industrielle. Les techniques de pêche de ces gros bateaux sont meurtrières et épuisent la mer.“ "Quand vous voyez cela d’un point de vue de pêcheur, vous voyez bien que la pêche industrielle dans la mer Baltique est en fait un vrai massacre de morues. Contrairement aux chalutiers artisans, ils ne vendent leur pêche que pour la farine de poisson Alors, même s’ils attrapent du poisson de valeur, il n’a aucun intérêt dans ces conditions. Nous, nous vendons du poisson pour la consommation. Et eux? Il y a un prix de base pour la farine de poisson, quelques centimes, et cela leur est bien égal s’ils pêchent du saumon, une petite morue, du sprat ou autre chose. On utilise le chalut de fond. On n’attrape du poisson qu’entre les zones situées de 2 à 10 mètres au dessus du fond de la mer. Quand la période de frai pour la morue commence, même si on le veut, on ne peut pas l‘attraper parce que la morue fraie en moyenne profondeur, pas sur le fond de la mer, mais dans les eaux pélagiques. Si la morue le décide, elle descendra sur le fond de la mer. Alors, on l’attrapera“.

Incompréhension entre scientifiques et pêcheurs

mardi 1 avril 2014

Thon rouge. Le poisson d’Avril du National Geographic



Surpêché, le thon rouge risque gros

Le « thon des thons », qui peut atteindre 4 m et 500 kg, va t-il disparaître, débités en sushis ?

L’instant d’avant, rien ne troublait l’abîme bleu uni. Point chaud ondulant sous la voûte des vagues, le soleil irradiait comme à travers un vitrail. L’instant d’après, l’océan pullule de thons rouges géants, effilés comme des torpilles.

Les plus gros dépassent 4 m et 500 kg. Leurs flancs pâles scintillent dans les rayons lumineux réfractés par la mer, et leurs nageoires rigides, la longue anale incurvée et la seconde dorsale, étincellent tels des sabres.

Le battement saccadé et incessant des caudales godillant à toute vitesse propulse le banc à plus de 18 km/h, avec des pointes à plus de 45 km/h.

Et, tout aussi brusquement qu’ils ont surgi, les poissons s’éclipsent. L’océan redevient vide. Juste là où un thon a avalé un hareng, une petite galaxie d’écailles tournoie dans le sillage du prédateur vite disparu.

Les tourbillons ralentissent, se dissolvent ; les écailles brillent un instant, puis leur éclat faiblit et, bientôt, leur clignotement s’évanouit vers les profondeurs.

Le thon véritable – du genre Thunnus – paraît être un organisme turbopropulsé à l’aérodynamique parfaite. Il se distingue par sa taille, sa grande autonomie, sa nage puissante, son corps chaud, ses branchies importantes, la finesse de sa thermorégulation, sa prise d’oxygène rapide, sa haute concentration d’hémoglobine et l’ingénieuse physiologie de son cœur. Toutes caractéristiques à leur apogée chez le thon rouge.

Trois espèces de thon rouge se partagent les océans: celui de l’Atlantique, celui du Sud et le thon rouge du Pacifique. Sa relation avec l’humanité est des plus anciennes. Les pêcheurs japonais le chassent depuis plus de 5 000 ans, et les Haïdas du Pacifique Nord-Ouest depuis au moins aussi longtemps.

Des artistes de l’âge de pierre ont peint des thons rouges de l’Atlantique sur les parois de grottes de Sicile. En Méditerranée encore, à l’âge du fer, les pêcheurs phéniciens, carthaginois, grecs, romains et marocains observaient de leurs promontoires l’arrivée des thons rouges dans les zones de frai.

« Le thon rouge a contribué à l’établissement de la civilisation occidentale, m’assure Barbara Block, éminente spécialiste de ce poisson à l’université de Stanford. On capturait des thons géants au filet partout en Méditerranée. La migration annuelle du thon rouge passe par le détroit de Gibraltar, et tout le monde savait quand il arrivait. Pas moins de trente mots le désignaient dans le Bosphore. Les filets portaient des noms différents selon les pays. Une prise offrait de l’argent liquide. On faisait commerce du thon rouge. Des pièces de monnaie grecques et celtiques sont à l’effigie des thons géants. »

Suite du dossier "Thon Rouge" dans National Geographic du 1 avril 2014

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Le 27 juin 2014

La disparition du géant rouge


Source : Ragemag - 27 juin 2014 par John Seabrook |

Trophée pour les familles de pêcheurs, manne lucrative pour les négociants : la pêche au thon rouge, dont l’encadrement demeure aléatoire, continue de battre son plein malgré la menace de sa disparition.

Steve Weiner nettoie ses lunettes avec du Windex, un spray nettoyant pour vitre, les tient face au soleil de 6 h 30, les pulvérise de produit, les polit, et les examine de nouveau. Les lunettes aux verres polarisés et les œillères en cuir pour se protéger du soleil sont nécessaires pour voir, à travers l’éclat de la surface de l’océan, le thon tapi dessous. En amont de l’Elizabeth Ames, à l’Est, l’océan s’étend à perte de vue. Le port de Boothbay, dans le Maine, se réduit à une traînée blanche. Brooks Weiner, portant les mêmes lunettes que son frère, pénètre dans la cabine en chancelant et insère des coordonnées dans le LORAN, le système de radionavigation permettant à un marin novice de savoir où il se trouve à tout moment. Puis il regarde la passerelle et déclare : « Ce serait vraiment sympa de tomber sur un filon avec personne dans les environs. »

Thon rouge.

L’animal sauvage le plus coté du monde n’est ni le rhinocéros blanc tué pour ses cornes, ni le léopard pour sa peau, ni l’ours brun pour sa vésicule biliaire. L’animal le plus recherché est le thon rouge. À la vente aux enchères du matin à Tokyo, il n’est pas rare de voir un thon rouge se vendre 30 000 dollars. Il y a plusieurs années, un thon rouge s’y est vendu au prix de 83 000 dollars. Certains ne se vendent cependant que pour un maigre pécule de 3 000 dollars. Cela dépend beaucoup de la qualité nutritionnelle du poisson : plus il est gras, mieux c’est. Les Japonais sont prêts à payer des sommes folles pour leur graisse. La partie la plus grasse du thon rouge se trouve dans la partie ventrale, que les Japonais appellent « toro ». Au Japon, le vocabulaire pour décrire le ventre d’un thon rouge est aussi riche que celui utilisé pour décrire le vin. Un bon morceau de toro est doté d’une croûte de graisse luisante autour d’une étonnante chair rouge et brillante, striée de fils fins et sucrés. « Au Japon, on ramène tout à la position sociale. Y compris la nourriture », explique Sadanory Gunji, l’auteur de The Flying Bluefin Tuna, un livre traitant du phénomène du thon rouge au Japon. « Il est nécessaire de consommer une nourriture attestant d’une meilleure position sociale, et c’est le cas avec le thon rouge toro. » Car seul un infime pourcentage de la population japonaise peut se permettre d’acheter un bon toro, qui coûte à peu près 75 dollars les deux petits morceaux de la taille d’une bouchée, et n’est disponible que dans les meilleurs bars à sushis. « Le meilleur toro est inaccessible », explique M. Gunji. « Il est mangé lors de dîners privés par nos hommes politiques et nos chefs d’entreprises. »

Le thon le plus prestigieux peut être péché au large des côtes de la Nouvelle-Angleterre et du Canada, de juin jusqu’à début novembre. Le poisson migre ici chaque été, partant du golfe du Mexique pour se nourrir des bancs de harengs, maquereaux, papillons de mers, et pagres qui vivent aux environs de Georges Bank. La quantité de nourriture, avec l’eau froide, rend le poisson plus gras que les cochons. Extraire un thon rouge de ces eaux revient à se servir librement dans une banque. Un thon rouge de bonne qualité a la même valeur qu’une voiture neuve, il vaut autant qu’une année entière passée à économiser de l’argent pour s’offrir un bateau ou que des vacances d’hiver aux Caraïbes. Mais peu de pêcheurs, à l’instar des Weiner, disposent du matériel et de l’expertise nécessaires pour attraper du thon rouge. Ce dernier détruit les filets, casse les cannes à pêche et se battra au bout de la ligne jusqu’à ce que ses muscles le brûlent et que son cœur explose.

    « Quand on parle à Steve, même quand il n’est pas sur l’eau, il donne toujours l’impression de scruter l’horizon à la recherche d’une nageoire. »

Les Weiner sont des pêcheurs à harpon, ce qui signifie qu’ils sont davantage des chasseurs que des pêcheurs : ils traquent le thon en haute mer. Lors des bonnes saisons, ils peuvent attraper jusqu’à 40 thons. Steve, 41 ans et de trois ans l’aîné de Brooks, fait figure de grand frère. Quand on parle à Steve, même lorsqu’il n’est pas sur l’eau, il donne toujours l’impression de scruter l’horizon à la recherche d’une nageoire, d’une petite ondulation dans l’eau ou d’un quelconque signe de la présence de poissons. Brooks est plutôt tête brûlée. Il s’est cassé le nez huit fois en jouant au hockey à l’université. « Un sacré choc à chaque fois », dit-il. La chirurgie réparatrice lui a fait don d’une fine cicatrice blanche. Son nez bouge de manière étrange quand il s’exprime. Kevin Wilson, un ami des Weiner qui conduit le bateau, et le fils de Steve, la douzaine, qui lit des bandes-dessinées dans sa couchette, complètent l’équipage.

La tour d’observation s’élève à 8,5 mètres de haut et n’est accessible que via des câbles métalliques, les haubans. Parcourant l’eau du regard à partir de ce point d’observation, Kevin explique que cette eau calme est propice à l’observation du thon, mais qu’un remous rendrait la situation plus difficile pour le poisson, qui n’entendrait pas le bateau s’approcher. Steve escalade les haubans avec Kevin, et ils se tiennent dos à dos, face au port et à tribord, balayant à 120 degrés l’étendue d’eau légèrement mouvante. Brooks est juste en-dessous d’eux, assis dans une élingue, passant au crible la courbe devant eux. Timmy Voorheis – aux commandes de l’avion d’observation – parade dans le ciel au-dessus d’eux. Avec le bourdonnement de l’avion à l’arrière, sa voix couvre parfois le haut-parleur de la tour d’observation. Ses conversations avec Steve sont brouillées électroniquement de manière à ce qu’aucun autre pêcheur ne puisse les entendre. Dans la tour d’observation, un scanner radio grésillant laisse entendre les voix d’autres pêcheurs. Parfois, un pécheur enthousiaste l’oublie et parle du thon qu’il aperçoit sur une bande non protégée. Steve en profite alors pour conserver cette précieuse information. La rareté du thon rouge dans cette partie de l’océan est une des raisons qui explique son prix si élevé ; et réciproquement, son prix se trouve justifié du fait qu’il soit si rare. D’après la commission internationale pour la conservation des thons de l’Atlantique, une organisation qui s’occupe de surveiller et de réguler la pêche, le nombre de thons rouges adultes dans la partie ouest de l’océan Atlantique a considérablement baissé depuis le milieu des années 1970, au moment où le marché japonais s’est ouvert à cette denrée. Un graphique qui s’appuie sur ces chiffres ressemble à ceux que l’on peut voir dans les dessins humoristiques, représentant le monde des affaires, où un patron s’apprête à sauter par la fenêtre. L’année 1970 sur le côté gauche du graphique indique 220 000. Dans la colonne de droite, pour l’année 1990, la population a baissé de presque 90 % et ne s’élève plus qu’à 25 000. Ces chiffres sont bien sûr vivement discutés par les Weiner et de nombreux autres pêcheurs de thon industriel.

Le sort du thon rouge...

Suite : Ragemag

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