vendredi 21 mars 2014

21 mars. De l'importance des forêts pour la mer...



Contre vents et marées, une autre histoire du tsunami, De l'importance des forêts (*)

La forêt a une importance toute particulière pour la mer et donc la culture des huîtres. En effet, elle fournit à l'eau des rivières les éléments nutritifs nécessaire au plancton... Plancton nécessaire à l'alimentation de certaines espèces marines.

Témoignage de Shigeatsu Hatakeyama, lauréat des Héros des forêts de l'ONU en 2012. Hatakeyama est ostréiculteur dans la baie de Kesennuma au Japon. Il avait tout perdu au moment du tsunami du 11 mars 2011, catastrophe qui avait frappé la région de Tohoku au Nord-Est du Japon... Lire : Tsunami. Le témoignage de Shigeatsu Hatakeyama, ostréiculteur...

La définition des forêts doit correspondre à ce qu’elles signifient vraiment !

Lettre ouverte à la FAO à l’occasion du 21 mars 2014, Jour international des forêts

Monsieur José Graziano da Silva

Directeur général de la FAO

Nous constituons un groupe nombreux de mouvements sociaux, d’ONG et de militants et nous adressons cet appel urgent à la FAO pour qu’elle revoie sa définition des forêts. Telle qu’elle est à l’heure actuelle, cette définition réduit la forêt à n’importe quelle surface couverte d’arbres, et laisse de côté la diversité structurelle, fonctionnelle et biologique des autres éléments qui la composent, ainsi que l’importance culturelle de l’interaction entre les forêts et les communautés. Cette définition de la FAO favorise surtout les intérêts du lobby des exploitants forestiers et des compagnies qui font des plantations industrielles d’arbres pour produire de la pâte, du papier et du latex ; en revanche, elle ne tient pas compte des 300 millions (ou plus) de femmes et d’hommes du monde entier qui, d’après la FAO, dépendent directement des forêts pour leur subsistance. Cela inclut les populations indigènes et traditionnelles, dont beaucoup sont des paysans qui dépendent de l’agriculture en forêt et de la grande diversité de produits non ligneux qu’il offre pour leur souveraineté alimentaire. En plus d’assurer leur propre souveraineté alimentaire, tous ces peuples contribuent de façon fondamentale à nourrir le monde. Les forêts jouent un rôle capital dans la vie de ces femmes et de ces hommes, de ces paysans, artisans, pêcheurs et cueilleurs, qui doivent figurer parmi les principaux acteurs d’un processus de révision que la FAO devrait mettre en place pour faire en sorte que sa définition des forêts reflète ce qu’elles représentent au 21e siècle.

Mangrove du Siné Saloum au Sénégal (Photo : Aquablog)

Les forêts sont si importantes pour la vie des millions de femmes et d’hommes qui en dépendent de nombreuses façons, qu’il devient parfois difficile pour eux de mettre en paroles, même dans leur propre langue, jusqu’à quel point cette importance est cruciale. Parfois, les peuples des forêts le résument en disant tout simplement que la forêt est leur « foyer », non seulement un morceau de terre couvert d’arbres mais un territoire où ils se sentent protégés et où ils peuvent trouver tout ce qu’il leur faut pour bien vivre. Le plus souvent ce sont des peuples indigènes, parmi lesquels figure la centaine de peuples volontairement isolés qui restent encore. Bien d’autres groupes en font partie aussi ; même si leurs modes de vie sont différents, ils dépendent tous de la forêt. Tous, sans exception aucune, respectent profondément la forêt dont ils sont tributaires tout en en faisant partie.


Si la cueillette de produits forestiers autres que le bois est une activité essentielle pour la plupart de ces hommes et de ces femmes, d’autres sont des paysans qui pratiquent l’agriculture avec des méthodes transmises depuis des générations et perfectionnées peu à peu afin de maintenir intactes les fonctions de la forêt. L’agriculture de ce genre, ainsi que la chasse, la pêche et la cueillette de divers produits non ligneux tels que miel, fruits, graines, glands, tubercules, plantes médicinales et d’autres herbes, assurent la souveraineté alimentaire et la santé de ces populations. Les paysans contribuent aussi à la subsistance d’un nombre encore plus élevé de personnes : 1 600 millions, d’après les estimations de la FAO. En outre, les peuples forestiers utilisent le bois surtout pour leurs besoins domestiques, et rarement comme principale activité commerciale. Et quand il est utilisé à des fins commerciales, les échanges ont lieu dans les marchés locaux. Les communautés qui dépendent de la forêt connaissent bien le potentiel de destruction qu’implique l’extraction commerciale de bois. Celle-ci donne d’énormes bénéfices à une poignée d’étrangers mais laisse derrière elle une destruction irréparable et perturbe gravement les moyens d’existence de la population.

Cependant, les États et les institutions multilatérales comme la FAO et la Banque mondiale continuent de considérer les forêts comme des terres où l’extraction commerciale de bois de prix, pratiquée par des entreprises privées souvent étrangères, est le meilleur recours d’un pays pour s’acheminer vers le « développement » et sortir les gens de la « pauvreté ». Ce point de vue centré sur le bois est à l’origine de l’actuelle définition de forêt de la FAO : « Terres occupant une superficie de plus de 0,5 hectares avec des arbres atteignant une hauteur supérieure à 5 mètres et un couvert arboré de plus de 10 pour cent, ou avec des arbres capables d’atteindre ces seuils in situ.  » (1)

Cette définition réductrice justifie aussi l’expansion des plantations industrielles d’arbres en tant que « forêts plantées ». En effet, selon la définition de la FAO, ces plantations à grande échelle en régime de monoculture sont considérées comme du « reboisement » et serviraient à compenser la diminution des forêts. Or, dans la pratique, les plantations industrielles, d’arbres, de palmiers à huile ou de soja, ont énormément contribué à la destruction des forêts et d’autres biomes tels que les herbages et les savanes, et ce dans le monde entier. Grâce à elles, une poignée de sociétés transnationales a obtenu des bénéfices en abondance, mais les communautés tributaires de la forêt sont restées dans la misère et, souvent, on dû quitter leurs territoires. Les femmes qui, de façon générale, ont des rapports particuliers avec la forêt, tendent à souffrir davantage à cause de sa destruction. Les communautés touchées par les plantations industrielles d’arbres ne les appellent jamais forêts.

Le rapport de la FAO « Situation des forêts du monde » continue à diffuser le mythe que la déforestation n’est plus un problème aussi grave que par le passé. Cette « bonne nouvelle » supposée est due au fait que la FAO confond les forêts et les plantations et permet donc que des dizaines de millions de plantations industrielles d’eucalyptus, d’acacias et d’hévéas à croissance rapide soient comptabilisées comme des « forêts plantées » dans les statistiques forestières de chaque pays. En appliquant l’actuelle définition de forêt de la FAO, même une plantation de 100 000 hectares d’eucalyptus à croissance rapide génétiquement modifiés est une « forêt », en dépit de tous les effets négatifs inhérents à la monoculture à grande échelle, sans parler du risque de contamination de la composition génétique des arbres et des forêts des alentours.


Dans ses principes fondateurs, la FAO se décrit comme une organisation qui dirige les « activités internationales qui visent à éradiquer la faim » et comme « un forum neutre où toutes les nations se rencontrent sur un pied d’égalité ». Pour que cette déclaration soit vraie, la FAO doit modifier d’urgence sa définition de forêt afin que, au lieu de refléter les préférences et les perspectives des entreprises forestières, des fabricants de pâte et de papier et des producteurs de caoutchouc, elle reflète ce que les peuples tributaires des forêts voient en elles, et l’utilisation qu’ils en font.

Contrairement à la procédure existante sein de la FAO, un processus d'élaboration d'une définition nouvelle et plus appropriée des forêts doit engager efficacement les femmes et les hommes qui dépendent directement des forêts. Une définition appropriée doit soutenir leurs modes de vie, leurs réseaux et leurs organisations. Tel est notre espoir en ce Jour international des forêts. Nous nous engageons à poursuivre cette campagne jusqu’à ce que la FAO ait effectivement pris ces initiatives.

Signé par :
La Via Campesina
Les Amis de la Terre International
Focus on the Global South
Mouvement mondial pour les forêts tropicales

(1) http://www.fao.org/docrep/013/i1757f/i1757f13.pdf

(*) Extrait de l'émission : Contre vents et marées. La forêt a une importance toute particulière pour la mer et donc la culture des huîtres. En effet, elle fournit à l'eau des rivières nécessaire à l'alimentation de certaines espèces marines. Contre vents et marées est un documentaire diffusé sur la chaîne Voyage.

Pour aller plus loin...

Le 29 avril 2014

Le Parc Marin des Mangroves du Bas-Congo

http://radiookapi.net/environnement/2013/12/18/bas-congo-liccn-appelle-la-population-proteger-le-parc-marin-des-mangroves/#.U2IXjaI7cpg
Moanda au Bas-Congo, 11 avril 2014

Atténuer les menaces sur les forêts de mangroves en luttant contre la coupe de bois pour la carbonisation, la pêche illicite et non durable, la conversion des terres forestières en zone d’habitation très convoitées par les promoteurs touristiques, etc. sont les ’objectifs du projet « Appui à la gestion participative du Parc Marin des Mangroves dans la province du Bas - Congo ».

Source : FAO

Financé par la FAO, dans le cadre de son Programme de Coopération Technique, ce projet, d’une durée de deux ans, vient en réponse à une requête formulée par le Gouvernement Congolais et s’inscrit dans le cadre du domaine prioritaire relatif à la Protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques défini par la République Démocratique du Congo à travers le Cadre de Programmation Pays (CPP). Il s’inscrit également dans le cadre de la stratégie de la FAO pour les forêts et la foresterie adoptée en 2010 et participe à la mise en œuvre de l’Objectif Stratégique 2 visant à  « Rendre l'agriculture, la foresterie et la pêche plus productives et plus durables ».

Selon le Représentant de la FAO, M. Ndiaga GUEYE, le projet aidera à inverser la tendance à la dégradation du seul parc côtier de la RDC et unique site d’importance internationale du littoral atlantique Congolais. Il contribuera également à développer le programme d’écotourisme pour un accès aux financements de la réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation  des forêts (REDD) en vue de générer des contributions  durables. ‘’Les domaines d’intervention de ce programme sont : la restauration du site, la valorisation de ses ressources et le développement des alternatives socio-économiques au profit des communautés riveraines ».

Ce projet qui sera mis en œuvre en collaboration avec le Ministère de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme va aider l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) à identifier les activités illicites et proposer des alternatives conformes à la protection du parc. Seront également associés à ce projet, toutes les parties prenantes. Il s’agit notamment de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) dans l’accompagnement et l’appui des politiques en vue d’une gestion durable des ressources naturelles, ainsi que  certaines ONGD locales en ce qui concerne les inventaires et la protection des faunes et flores, le reboisement, la formation, l’accompagnement des structures et la sensibilisation.

Au terme de deux ans de mise en œuvre, il est attendu une amélioration de la gouvernance du Parc Marin de Mangroves (PMM) et de la capacité des services environnementaux, de la santé des écosystèmes, la protection de la biodiversité et l’amélioration  des moyens d’existence de la population riveraine.

En mémoire, le Parc Marin des Mangroves (PMM) situé dans la province du Bas–Congo en RDC est une réserve naturelle intégrale de 76 000 ha dans laquelle vivent de nombreux lamantins. Ce site de mangroves est vital pour la reproduction de nombreuses espèces de poissons, coquillages, et crustacés, dont la disparition  entrainerait un appauvrissement extrême des réserves halieutiques de la sous région, voire la disparition de nombreuses espèces.

Le projet a officiellement été lancé le vendredi 11 avril 2014 à Moanda au Bas-Congo par le Ministre provincial de l’Environnement, Mr. Florent Masaki en présence du Représentant résident de la FAO en République Démocratique du Congo, M. Ndiaga Gueye.


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OMD : Augmenter la couverture des zones marines protégées...

OMD comme Objectifs du millénaire pour le développement

"Assurer un environnement durable" est l'un des huit objectifs que s'est fixé le programme onusien de lutte contre la pauvreté : Objectifs du millénaire pour le développement

Réduction de la perte de biodiversité comme moyen de lutte contre la pauvreté !!!

La surexploitation des stocks de poissons conduit à une diminution des rendements

En 2009, 30 % des stocks de poissons étaient surexploités et en danger pour des raisons biologiques, à comparer à 10 % en 1974. Cela signifie que les stocks mondiaux de poissons sont actuellement en dessous du niveau auquel ils peuvent produire des rendements maximaux durables. Durant les 40 dernières années, la condition globale des pêcheries mondiales a décliné en dépit des actions entreprises par les états côtiers en termes de développement de politiques et de gestion de la pêche. De plus en plus de stocks sont surexploités du fait de l’expansion continue de l’industrie de la pêche dans de nombreux pays.

La plus grande proportion de stocks surexploités est enregistrée dans les principales régions de l’océan Atlantique, de la Méditerranée et de la mer noire, où 50 % ou plus des stocks de poissons sont en dehors de leurs limites biologiques de sécurité. La plus petite proportion (10 % environ) de stocks surexploités setrouve dans les parties centre-est, nord-est et sud-est de l’océan Pacifique.

La surexploitation réduit la productivité des stocks de poissons. En conséquence, le total des prises en mer débarquées à terre (connu sous l’expression « prises débarquées ») a diminué dans le monde depuis son pic de 87,7 millions de tonnes en 1996. La reconstitution des stocks de poissons par des plans stricts de gestion rétablira leur productivité. En même temps, cela améliorera l’efficacité économique du secteur de la pêche, ainsi que la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes marins.

Des progrès significatifs ont été réalisés depuis 1990 pour augmenter la couverture des zones protégées. Ces zones sont dédiées à la sauvegarde et au maintien de la diversité biologique et des ressources naturelles ainsi qu’à la valeur culturelle qui leur est associée. De 1990 à 2012, les zones terrestres protégées ont augmenté, passant de 8,9 % à 14,6 % de la surface terrestre mondiale. Sur la même période, la protection marine a plus que doublé dans les eaux côtières, jusqu’à 12 milles nautiques, de 4,6 % à 9,7 %. La protection des zones marines de juridictions nationales potentielles (allant de la côte jusqu’à 200 milles nautiques) a augmenté, passant de 1,2 % à 5,3 %. Les zones protégées ont pour but de conserver et d’encourager la diversité biologique. Elles produisent aussi d’importants biens et services fournis par les écosystèmes dont bénéficient les économies locales, nationales et mondiales. En fait, une part importante de la population mondiale dépend des zones protégées pour ses moyens d’existence. Ayant reconnu l’importance de la biodiversité et des services écosystémiques, la convention sur la diversité biologique cherche à conserver au moins 17 % des zones terrestres du monde et 10% des zones côtières et marines d’ici à 2020 à travers un réseau mondial de zones protégées qui soit géré efficacement et équitablement, et qui soit écologiquement représentatif des ressources naturelles de la terre.

L’Amérique latine montre la voie dans la conservation de ses terres et de ses côtes, avec 21,3% de ses zones terrestres et 15,4 % de ses zones marines qui sont protégées. Les autres régions sont bien loin derrière. Des efforts continus sont nécessaires pour améliorer la couverture et, en particulier, l’efficacité du réseau mondial de zones protégées.

Source :
Objectifs du millénaire pour le développement : rapport de 2013
Objectif 7 : Assurer un environnement durable
Intégrer les principes du développement durable dans les politiques et programmes nationaux et inverser la tendance à la déperdition des ressources environnementales 

Cliquer Ici pour télécharger le rapport

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Le 17 janvier 2015

Les mangroves à l’honneur en 2015



Le CNRS et l’IRD ont décidé de dédier aux mangroves l’année 2015 afin de mieux faire connaître le rôle crucial joué par ces écosystèmes pour le bien-être des populations locales et de la planète en général. Petit tour d’horizon des recherches actuellement en cours sur le sujet.

Source : Cnrs par Arby Gharibian

Les mangroves sont des écosystèmes forestiers couvrant près des trois quarts des côtes tropicales, où leur capacité à s’adapter leur permet de prospérer dans des estrans soumis aux variations des courants marins, des flux sédimentaires et de la salinité. Ils assurent des services écosystémiques irremplaçables, limitant l’érosion côtière, séquestrant le carbone et servant de zone tampon face aux cyclones et aux tsunamis. Riches en jeunes crustacés et en alevins qui finissent par migrer dans les eaux côtières voisines, ils constituent, directement ou indirectement, une ressource importante pour les populations locales. Toutefois, leur surface s’est réduite de 30 % au cours des trois dernières décennies, et elle continue de régresser au rythme inquiétant de 1 à 2 % par an, principalement en raison de l’extension des fermes d’élevage de crevettes.

Paradoxalement, peu d’études détaillées ont été consacrées aux mangroves, et l’intérêt croissant qu’elles suscitent depuis quelques années n’est pas parvenu à ralentir le déclin de cet écosystème. Des équipes du CNRS et de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont tenté de combler cette lacune en étudiant les mangroves dans une perspective pluridisciplinaire. Elles ont de plus contribué au lancement de l’opération CNRS/IRD 2015 Année de la mangrove afin d’alerter le public sur leur importance tant en France que dans les territoires d’outre-mer, où se situent certaines des forêts les mieux préservées au monde.

Une étonnante capacité de dépollution

L’île française de Mayotte, située dans l’archipel des Comores, au large de Madagascar, abrite de belles forêts de mangroves qui subissent cependant une pression considérable en raison de l’essor de l’urbanisation et d’une très forte densité humaine. Afin d’harmoniser l’expansion démographique de l’île avec la préservation de son habitat naturel, des chercheurs d’Ecolab1 ont collaboré avec les autorités locales afin de mettre en place une expérience à grande échelle permettant d’évaluer la capacité de dépollution des mangroves.

« Nous avons établi un réseau de collecte des eaux usées domestiques, explique François Fromard, responsable du groupe Ecolab. Nous avons ensuite introduit ces eaux, de façon strictement contrôlée, dans différents faciès de mangrove pour retracer comment y sont exfiltrés les polluants tels que le phosphore ou l’azote, et analyser l’effet que cela a sur l’écosystème en général. »
Les scientifiques ont constaté que les zones de mangroves recevant les eaux usées ont une croissance plus rapide, comme si la forêt parvenait à intégrer les polluants dans sa biomasse. Les chercheurs réalisent maintenant une étude microbiologique afin de déterminer comment les polluants tels que l’azote sont absorbés, ainsi que l’effet qu’aura une augmentation de cette pollution sur les sédiments, l’eau et la faune qui vit dans cet écosystème.

Un processus cyclique d’expansion et de retrait

François Fromard et ses collègues étudient aussi la mangrove de Guyane française, un autre territoire d’outre-mer situé cette fois en Amérique du Sud. Là, les mangroves subissent peu l’influence humaine, mais elles sont soumises aux variations incessantes de la ligne côtière, qui peut avancer ou reculer de deux à trois kilomètres par an. Ce phénomène naturel est dû à l’énorme quantité de sédiments déposés à l’embouchure de l’Amazone, qui, migrant le long de la côte guyanaise, repousse au large la ligne côtière jusqu’à ce que l’érosion la rabote à nouveau.

« Ce processus d’expansion puis de retrait s’inscrit dans des cycles d’environ trente ans, note François Fromard. Nous avons créé une base de données d’image de la côte contenant des clichés aériens et des images satellitaires remontant jusqu’aux années 1950, cela afin de déterminer de quelle manière ce cycle est affecté par des facteurs climatiques tels que le réchauffement global, ainsi que la quantité de carbone libérée lors des épisodes de recul côtier. »

Une biodiversité extrêmement riche

Le dynamisme des mangroves guyanaises se manifeste, entre autres, par leur grande biodiversité et le rôle de celle-ci au sein de cet écosystème. Emma Michaud et ses collègues du Lemar2, le laboratoire coordonnateur du projet ANR jeune chercheur Biomango3 dont le but est d’étudier les relations entre la biodiversité benthique et le fonctionnement écologique de la mangrove, s'intéresse à la faune qui vit dans les sédiments, notamment les petits coquillages et crustacés, les vers et les crabes.

« Les crabes peuvent être très nombreux, environ 100 à 500 au mètre carré, et ils jouent un rôle très important par leur activité de bioturbation, lorsqu’ils creusent le sédiment de la mangrove, souligne Emma Michaud. L’eau passe à travers les trous créés, oxygénant l’environnement, ce qui permet à d’autres organismes de proliférer, accroissant ainsi la biodiversité locale. »

Le surcroît d’oxygène active également certains types de bactéries capables de décomposer rapidement des déchets organiques tels que les feuilles mortes. « Nous ne savons pas encore quel est l’impact global de ces bactéries sur la dynamique de l’écosystème, notamment sur la séquestration ou la minéralisation du carbone, précise Emma Michaud. Néanmoins, des projets sont en cours pour mieux évaluer ce phénomène, ainsi que pour réaliser un inventaire des différentes espèces benthiques de l’écosystème, sur lesquelles nous disposons de peu d’information. »

Ces projets, aux côtés de nombreux autres relatifs à tous les écosystèmes et communautés caractéristiques du littoral guyanais, sont aujourd’hui rassemblés au sein d’un Groupement de recherche (GDR) créé en 2014 par le CNRS, intitulé Littoral guyanais sous influence amazonienne (link is external) (Liga) et coordonné par François Fromard et Antoine Gardel4.

Un piège à carbone efficace

Des chercheurs du CNRS et de l’IRD basés en Nouvelle-Calédonie ont étudié les mangroves locales pour mieux comprendre leur capacité à séquestrer le carbone et comment cette capacité évolue avec le changement climatique. « La Nouvelle-Calédonie est l’endroit idéal pour ce type d’étude, souligne le responsable d’équipe, Cyril Marchand5, parce que ses mangroves, quoique bien conservées, certaines bénéficiant même du statut de Patrimoine mondial de l’Unesco, sont néanmoins sujettes à une pression humaine significative : déforestation, aquaculture et exploitation minière. »

Cyril Marchand et ses collègues ont mis en place dans les forêts de mangroves un dispositif de mesure. Celui-ci inclut des trépieds équipés de détecteurs d’ultrasons capables de mesurer le niveau des eaux et les flux sédimentaires, ainsi que des tours permettant d’enregistrer les concentrations de gaz et le régime des vents. Ces mesures leur ont permis de calculer les échanges de CO2 entre l’écosystème et l’atmosphère et d’analyser différents facteurs contribuant à la séquestration du carbone, tels que la température ou la charge sédimentaire de l’eau. Les données recueillies ont également amené les chercheurs à identifier un facteur jusqu’ici négligé : le biofilm qui recouvre la surface sédimentaire. Constitué de micro-organismes végétaux, il réduit le flux de CO2 des sédiments vers l’atmosphère, accroissant ainsi la quantité de carbone piégée dans la mangrove. Des études plus poussées de l’impact de ce biofilm pourraient aider à établir des budgets carbone plus précis.

Notes
          1. Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement (CNRS/Univ. de Toulouse-III/INP Toulouse).
          2. Laboratoire des sciences de l’environnement marin (CNRS/Ifremer/IRD/Univ. de Bretagne occidentale).
          3. Biodiversité et fonctionnement des écosystèmes dans les mangroves de Guyane française : perspectives pour une gestion de l’écosystème dans son contexte amazonien
          4. Du Laboratoire d’océanologie et de géosciences, en délégation au CNRS Guyane.
          5. Institut de minéralogie, de physique des matériaux et de cosmochimie (CNRS/IRD/UPMC/MNHN).

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