jeudi 19 septembre 2013

Surimi. Merlan bleu. Joseph Roty II, un chalutier-usine chargé de douceurs...

Saurisserie : Surimi et Saumon fumé à partir de merlan bleu

Voyez ce monstre amarré quai Duguay-Trouin à Saint-Malo... Regardez bien ce mastodonte de 90 mètres de longueur, racleur d’océan, bulldozer des fonds marins... Arrêtez-le avant qu’il ne prenne la mer...

Et pourquoi donc ? Que vous a-t-il fait le Joseph Roty II ?

(Photo Ouest France)

Ce chalutier-usine se prépare pour une campagne de pêche. Spécialité du Joseph Roty, le merlan bleu de l’Atlantique Nord-Est.

Vous ne verrez pas ce poisson sur les étals de poissonnier ! Le merlan bleu est principalement la cible des pêcheries minotières. En Europe du Nord, ce poisson classé dans les espèces dites « fourrage » est réduit en farine et en huile pour l’alimentation des saumons d’élevage... En France, le merlan bleu tient un tout autre rang, une place de choix dans le rayon « saurisserie ». Ce poisson peu estimé se trouve au même niveau que le saumon fumé, dans les Surimis. En effet, le Joseph Roty, ce racleur d’océans comme aimait les (chalutiers) appeler Anita Conti, traque le merlan bleu pour une fin plus honorable que les fours minotiers.

Ce bateau-usine de la Compagnie des pêches de Saint-Malo a été spécialement équipé pour la production de surimi base ; ces blocs de pâte à surimi servent ensuite à préparer les bâtonnets, le râpé, les roulés, les tranches, les dés de surimi, toutes ces douceurs dont raffolent tant les français : 60 000 tonnes de surimi contre 35 000 tonnes de saumon fumé chaque année !

Une campagne de 50 jours

A un moment où le chalutage est décrié dans les salons parisiens et les chalutiers traités de tous les noms par les chantres de la biodiversité, le chalutier-usine Joseph Roty 2 a largué les amarres pour une nouvelle campagne de merlan bleu en Atlantique Nord-Est.... Lire : Chalutage, chantage au labourage !

« Départ du Joseph Roty 2 pour la campagne d'automne prévu aujourd'hui 17 septembre 2013 à 16h (départ quai). Il pêchera entre Brest et le sud de l'Irlande, » peut-on lire sur le portail de la Compagnie des pêches de Saint-Malo, propriétaire de ce chalutier l’un des plus gros bateaux de pêche en France. Une annonce comme un appel à accompagner les 59 membres d’équipage qui partent pour 50 jours de mer.

600 000 tonnes de merlan bleu à la farine...

Le Joseph Roty II cible le merlan bleu, une pêcherie parmi les plus importantes de l’Atlantique Nord-Est. Avec une quantité de captures autorisée de près de 600.000 tonnes en 2013, ce poisson entre dans le Top 5 des espèces débarquées derrière cabillaud, maquereau et hareng.



Le merlan bleu, Micromesistius poutassou, à ne pas confondre avec le merlan, Merlangius merlangus, fait partie de la famille des gadidés comme le merlu, l’églefin, le lieu, le cabillaud (ou morue). Cependant, le merlan bleu n’est pas apprécié à sa juste valeur. Ce poisson est réduit en farine et en huile pour nourrir en priorité les saumons d’élevage...


En Europe, six espèces principales de petits pélagiques sont utilisées, pour produire la farine et l’huile de poisson : lançon, tacaud, sprat, capelan, merlan bleu et hareng :
  • Les 5 premières sont des espèces pour lesquelles, il n’y a pas ou peu de demande en consommation humaine directe, celle-ci étant inférieure à 2 % pour les premiers et 25 % pour le merlan bleu.
  • Le hareng provient quant à lui, de l’excédent du TAC ou des rejets de la pêche.
  • Le maquereau, l’anchois et le chinchard contribuent également à la production de farine. (1)

12 000 tonnes de merlan bleu en surimi

Le Joseph Roty doit se contenter de 12.000 tonnes de merlan bleu en 2013 ! C’est énorme ! Me direz-vous comparé aux débarquements enregistrés dans la plupart des criées françaises (2)...

C’est beaucoup mais c’est peu comparé à la part du merlan bleu qui finit dans les fours minotiers ! Le Joseph Roty II est le seul navire européen à valoriser le merlan bleu à des fins de consommation humaine. Là où il opère, les autres navires, danois, féroïens, islandais, russes et norvégiens, sont tous des minotiers.


Cette usine flottante est capable de produire 50 tonnes de pâte à surimi par jour. Et pour cela, le chalut doit capturer 3 fois plus de merlan bleu. A l’issue d’une campagne, le Joseph Roty ramène au port plus de 800 tonnes de surimi base....

Pour le surimi "made in France", tout commence en haute mer par la pêche du merlan bleu, ingrédient de base pour la fabrication du surimi. "La fabrication de surimi permet de valoriser des espèces qui ne seraient pas consommables en poisson de table", explique Pierre Commere, délégué générale de l'Adisur (Association pour le développement des industries du surimi ndlr).

Le poisson est ensuite transformé sur le Joseph Roty, bateau-usine de la Compagnie des pêches Saint-Malo spécialisé dans la fabrication du surimi. Il passe à travers des machines équeuteuses, éviscéreuses et fileteuses pour ressortir en bout de chaîne sous forme de chair de poisson hachée menu, le "surimi base" congelé. Cette pâte blanche peu goûteuse est ensuite débarquée et travaillée à terre pour être transformée en produit prêt à consommer.

La filière française du surimi occupe aujourd'hui environ 4.000 personnes, dont plus d'un millier employées directement par les fabricants, pour un chiffre d'affaires de 223 millions d'euros réalisé en 2012, rappelle l'Adisur. (3)

Philippe Favrelière (actualisé le 20 septembre 2013)

(1) d'après Ifremer
(2) à comparer avec les criées : 25 000 tonnes à Lorient, 30 000 tonnes à Boulogne, 5 000 tonnes à la Cotinière
(3) Paris Normandie : Surimi: un produit adoré des Francais, premiers consommateurs d'Europe et Ouest France : Surimi, le poisson haché qui cartonne

Autres articles :

Pour aller plus loin...

Le 15 Septembre 2014

Pêcheries de l’UE : une première pour le merlan bleu de l’Atlantique Nord



Un groupe de pêcheries pélagiques des Pays Bas, d’Allemagne, de France, d’Angleterre, de Lituanie, du Danemark et d’Irlande fait entrer pour la première fois le merlan bleu de l’Atlantique Nord dans le processus d’évaluation de la Marine Stewardship Council (MSC). Il s’agit de la troisième évaluation multinationale de la pêche pélagique au cours des derniers mois, ce qui traduit une tendance à la hausse de la coopération transfrontalière dans le secteur, selon des déclarations de la MSC. En unissant leurs efforts, les organisations nationales de pêche peuvent réduire leurs coûts d'évaluation et améliorer leur gestion de la pêche.

Source : CTA d'après worldfishing.net

First North Atlantic blue whiting enters MSC assessment

Source : MSC Aug 13, 2014

A large group of Dutch, German, French, English, Lithuanian, Danish and Irish pelagic fishers has entered the first North Atalntic blue whiting (Micromesistius poutassou) fishery into MSC assessment. This is the third multi-national assessment of a pelagic fishery in recent months marking a growing trend of cross-border cooperation in the pelagic sector. By working together, national fishing organisations are reducing their assessment costs and collaborating to improve fishery management.

“It has been our longstanding intention to get our blue whiting fishery under MSC certification.” said Gerard van Balsfoort, president of the Pelagic Freezer-trawler Association, on behalf of all fleets concerned, “Now the stock is doing very well and the development of an effective management plan for this fishery is entering its final phase, we are confident that the MSC assessment can be concluded successfully.”

Early adopters

Camiel Derichs, MSC Director Europe welcomed the group’s move: “It is great to see these North Atlantic blue whiting fisheries enter assessment against MSC standards. Historically, the early adopters, the first to bring a new species into MSC assessment, have realized the greatest benefit from certification. These fisheries have invested a great deal in the quality of their fish and I hope that they will be successful and that their success will inspire other blue whiting fisheries to consider MSC assessment.”

Over recent years, stocks of blue whiting have risen as new management measures have taken effect in combination with strong recruitment of the stock. Between them, the companies under assessment caught 73,000 tonnes of blue whiting in 2013, which is mostly exported to Africa and China as whole frozen fish for direct human consumption or for further processing into frozen block fillets.

A versatile fish

Blue whiting is a small (30cm) white fish, related to cod. With off-white flesh, it has traditionally been used to produce fishmeal. The fleets under certification have increasingly targeted this fish for human consumption purposes only.

Blue whiting for human consumption is typically used to make surimi. However, over the last 15 years, improvements in fishing techniques and freezing and storage technologies have also resulted in a growing demand for whole frozen and frozen filleted blue whiting.
Getting involved

The assessment will be carried out by independent auditors MacAlister Elliott and Partners (MEP) and should be completed to include the catches in the 2015 fishing season, starting early in the year. Anyone with an interest in the fishery is invited to participate and MEP have already identified 40 stakeholders. Anyone who would like to participate should contact Chrissie Sieben on chrissie.sieben@macalister-elliott.com    

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