lundi 24 juin 2013

Qui est l'auteur de cette splendide photo du pêcheur à l'épervier ?



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Un millier de personnes pour le lancement du Njörd


Faouzi Tritah - © Radio France

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Bangladesh : les gardiens de la mangrove


 Cette femme récolte des post-larves de crevettes pour les élevages 
(Crédit photographique de Xavier Desmier)

Reportage réalisé grâce au soutien financier du Museum national d'histoire naturelle. L'auteur, Xavier Desmier, en a été le lauréat du prix Photo. Cliquer Ici pour accéder au très beau reportage de Xavier Desmier sur la pêche dans les Sundarbans, une immense zone de mangrove au niveau du delta du Gange...

Source : Le Figaro par Isabelle Fougère le 30 août 2013

Pêcheurs, coupeurs de palmes ou cueilleurs de miel : les meilleurs protecteurs des Sundarbans, la plus grande mangrove du monde, sont ceux qui l'habitent. Une forêt menacée, suspendue entre le ciel et l'eau.

Au cœur du delta du Gange, le plus étendu du monde - 105 000 km² de terres et de boues fertiles -, la forêt des Sundarbans est un site naturel unique au monde. Véritable rempart végétal qui protège les terres des cyclones et des marées, la mangrove la plus vaste de la planète couvre plus de 10 000 km² (dont un tiers en Inde voisine). Une réserve de biodiversité exceptionnelle et des paysages mosaïques d'îles, de criques, de canaux et de miroirs d'eau. Le pays des rideaux de pluie et des arcs-en-ciel, des verts infinis et des fleurs jaune vif.

En 2011, la forêt des Sundarbans a été sacrée «neuvième nouvelle merveille du monde naturelle», par la New Seven Wonders Foundation. Une manière de confirmer ce que l'Unesco reconnaissait déjà en 1997, lorsqu'elle a inscrit ce site du Bangladesh au patrimoine mondial. Car la mangrove est précieuse mais aussi fragile. Composée de palétuviers et d'espèces végétales qui ont la faculté de survivre dans des eaux salées et semi-salées grâce à leurs racines qui poussent en surface, ces étendues naturelles sont tout à la fois un poumon, une digue et une nurserie naturels. La mangrove retient les sédiments emportés par l'érosion, elle fixe le carbone et abrite un nombre record d'espèces: 330 espèces de plantes, 400 de poissons, 52 de reptiles, 270 d'oiseaux, 8 d'amphibiens, 42 de mammifères, sans oublier 250 à 300 tigres, soit une bonne partie de la population mondiale de ces félins en voie de disparition. Mais, du fait de la pollution, de l'industrialisation à outrance et de la déforestation, la mangrove meurt partout sur la planète. En vingt ans, elle a perdu 20 % de sa superficie.

Paradoxalement, la forêt des Sundarbans a longtemps souffert d'être trop protégée, ou plutôt mal protégée. Dès l'époque des colons anglais, à la fin du XIXe siècle, ces terres marécageuses aux massifs boisés impénétrables furent réglementées et mises sous tutelle du département des forêts. Les populations installées depuis plusieurs générations n'ont alors plus participé aux prises de décision et ont dû se plier à une politique qui privilégiait la constitution et le développement de grandes propriétés terriennes sous l'autorité des zamindar. Un système qui a survécu à l'indépendance et dont l'Etat bangladeshi a pris la relève.

Privées de toute gestion des ressources naturelles qu'ils exploitent, les communautés des Sundarbans ont survécu tant bien que mal, payant des permis pour récolter le bois ou le miel, et de plus en plus victimes des pirates, des fonctionnaires corrompus, des braconniers ou des industriels de la pêche. La pollution et la dégradation de la mangrove semblaient inéluctables. Mais les choses changent. Qui mieux que ceux dont l'avenir et celui de leurs enfants dépendent de la ¬mangrove peuvent la défendre? Aujourd'hui, 3,5 millions de personnes y vivent et dépendent d'elle pour survivre. Près de 350 000 individus exploitent directement la forêt: bawalis (coupeurs de palmes), mundas (aborigènes pêcheurs et agriculteurs), mouals (cueilleurs de miel) ou jeles (pêcheurs). Le Bangladesh, signataire de la convention sur la biodiversité (Rio 1992), semble décidé à encourager et à développer l'usage traditionnel des ressources quand les coutumes sont compatibles avec le développement durable.

La vie de la mangrove est rythmée par les marées et le cycle solaire. C'est un univers ou l'homme s'adapte depuis des générations aux éléments et non l'inverse. Au lever du jour, les hommes pêchent, cuisinent, stockent le poisson et dorment sur des embarcations sommaires. Les pêcheurs de poissons, de crevettes et de crabes naviguent sur les bras des petites rivières en remontant filets, lignes et casiers. Sur l'île de Dubla, en bordure de la baie du Bengale, 15 000 pêcheurs vivent dans un village temporaire pendant les cinq mois de saison sèche. Ils déchargent leurs filets à marée haute. Le poisson est séché puis exporté. Les nuits de pleine lune, les filets débordent et le ballet de décharge du poisson bat son plein.

La forêt est généreuse. On y cueille des plantes bénéfiques pour la pharmacopée traditionnelle. On y récolte du miel et des palmes. Sur la côte et dans les canaux, on pêche des poissons d'eau douce et d'eau salée, et des crustacés. Et tous les peuples de la mangrove ont bien conscience que ces ressources doivent être convenablement exploitées.

Une terre sacrée où l'on entre comme dans un temple

Au-delà des règles imposées par la législation sur les zones protégées, ils prennent garde de varier les zones de coupe de palmes ou de ne pas tuer de jeunes abeilles quand ils récoltent le miel. Des règles dictées par l'expérience, mais aussi par la tradition et les croyances. Les peuples de la mangrove sont arrivés sur ces terres il y a 200 ans environ. Certains sont musulmans, d'autres hindous, mais ils partagent les mêmes convictions spirituelles au sujet de leur forêt. Celle-ci est sacrée, on ne la salit pas, pas plus que l'on ne dérange les esprits qui s'y trouvent. Par respect, on n'entre jamais dans la forêt le vendredi pendant que les esprits se recueillent. On y fait son premier pas de la jambe droite et l'on en ressort de la jambe gauche. Tous, bawalis, mundas ou mouals, hindous ou musulmans, invoquent la déesse protectrice des Sundarbans, Bonbibi. Ils demandent l'aide de la divinité pour échapper aux tigres, aux crocodiles ou aux pirates quand ils partent pour des campagnes de un à deux mois de coupe et de récolte. Ils font équipe sur des embarcations et laissent au village leurs femmes pendant plusieurs semaines. Ils dorment dans leur bateau - jamais à terre à cause du tigre - et, très souvent, ils se regroupent en une petite flottille à proximité des maisons de gardes forestiers. Ils entrent dans la forêt au petit matin comme dans un temple. Les coupeurs armés de leurs faucilles. Les cueilleurs de miel avec leurs éclaireurs, qui crient lorsqu'ils voient une ruche, ¬suivis de leurs compagnons, qui allument un feu pour éloigner les abeilles. Les cueilleurs grimpent aux arbres pour presser les alvéoles de miel dans de grands paniers. Les femmes de ces communautés, considérées comme impures, n'ont pas le droit d'entrer dans la forêt. Aussi, pendant l'absence des hommes, elles restent au village et perpétuent les rituels: elles n'utilisent plus de savon, ne mangent plus certains aliments et font des offrandes jusqu'à ce que leurs hommes reviennent.

Les peuples de la mangrove sont les gardiens vigilants de la nature qui les entoure, mais ils peinent à en retirer les bénéfices. Absents des circuits de commercialisation des produits qu'ils récoltent, ils vivent très humblement, mal scolarisés, mal soignés, fragiles dans un contexte de globalisation sauvage. Ils ont lutté pour percevoir quelques indemnités, en cas d'attaque de tigre par exemple, espèce justement protégée puisque les Sundarbans accueillent certains des derniers groupes de tigres du Bengale au monde - environ 250 -, mais qui représentent un danger considérable pour les coupeurs de palmes et les cueilleurs de miel. En 2010, 57 attaques de tigre ont été enregistrées, et 37 hommes y ont laissé la vie. Au village de Kaylashgnong, qui compte 500 âmes, les travailleurs de la Tiger Team - qui s'occupe de la conservation des félins et fait des visites de sensibilisation dans 76 communes - sont souvent accueillis par des plaintes. Les villageois ont peur. Le premier hôpital étant situé à deux heures de route, ils savent qu'il n'y a aucun espoir en cas de morsure grave. Tout le travail de la Tiger Team consiste à aider les villageois à bâtir leur stratégie, en évitant d'aller dans certaines zones de la forêt, ou en faisant du bruit pour indiquer leur présence.

Un équilibre fragile entre préservation de l'écosystème et activités humaines semble donc à l'œuvre dans les Sundarbans. Il pourrait à long terme éviter que la plus grande mangrove du monde ne disparaisse. Les peuples de la forêt, qui ont l'habitude de résister aux raz-de-marée et aux tigres, doivent donc être soutenus par le département forêt du ministère de l'Environnement du Bangladesh. Pas seulement en poursuivant sa tâche de contrôle de l'extraction des produits de la forêt et de patrouille contre le braconnage. Mais surtout en instaurant un véritable management communautaire des Sundarbans, qui prenne en compte les conditions de vie de ses principaux acteurs. Car, comme le rappelle le géographe des littoraux Olivier Ruë au sujet des mangroves, «la préservation durable de leurs ressources est indissociable de l'épanouissement social des populations qui les habitent et les exploitent».

Ce reportage a pu être réalisé grâce au soutien financier du Museum national d'histoire naturelle. L'auteur, Xavier Desmier, en a été le lauréat du prix Photo.

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