mardi 8 janvier 2013

Pew, la pieuvre qui n’aime pas la pêche !

Dans le prolongement du rapport « Blue Charity Business » publié en novembre 2012, Alain Le Sann du Collectif Pêche et Développement analyse le rôle déterminant de la fondation étatsunienne Pew dans les orientations de la politique des pêches aux USA.

Fort de son expérience américaine, Pew construit maintenant des ponts partout dans le monde et impose sa vision planétaire de la gestion des pêches. En Europe, son assise principale est la Coalition Ocean 2012 qui jette des passerelles sur tout le continent à travers un réseau d'une centaine d'associations....

En qualité d'historien, Alain Le Sann nous écrit l'histoire halieutique de Pew en 5 chapitres :
  • La naissance du mouvement de défense des ressources marines
  • PEW : des valeurs profondément conservatrices
  • Des objectifs politiques programmés : la conservation plutôt que la pêche
  • Le rouleau compresseur des campagnes de lobbying
  • Des succès politiques impressionnants
Cette histoire que tend à propager toutes les associations du réseau Ocean2012, des organisations qui représentent autant de tentacules de la Fondation Pew, la pieuvre qui n'aime pas la pêche...

Blue Charity Business, suite 2

En découvrant notre rapport « Blue Charity Business » de nombreux lecteurs nous ont reprochés de propager une théorie du complot. Pour nous, il ne s’agit pas de cela, mais d’une stratégie extrêmement coordonnée et planifiée, mobilisant une multitude d’acteurs avec des moyens financiers considérables, en vue d’obtenir des résultats précis. Une véritable stratégie d’entreprise, totalement assumée et revendiquée par ses promoteurs et absolument transparente pour qui sait s’informer, nous sommes loin du complot. Les acteurs mobilisés ne sont d’ailleurs pas tous sur la même ligne comme de braves soldats. Il y a des débats très durs entre scientifiques, entre ONGE, mais ils reçoivent des financements s’ils sont utiles à la réalisation des objectifs programmés par les planificateurs et les stratèges. Dans cette fonction de stratège, la fondation Pew a joué, et joue encore, un rôle majeur, même si elle loin d’être la seule. Au début des années 1990, elle a décidé de mobiliser une bonne partie de ses moyens financiers considérables pour défendre les océans, en s’attaquant surtout à la pêche, à un moment où les signes d’une crise grave étaient évidents avec la fermeture de la pêche à la morue. Ce faisant, elle a dynamisé un mouvement né au sein des organisations conservationnistes américaines.

La naissance du mouvement de défense des ressources marines 

La naissance de ce mouvement s’inscrit bien sûr dans la prise de conscience d’une profonde dégradation des ressources dans les années 1970 et surtout au début des années 1990. Les premiers à se mobiliser ont été les pêcheurs amateurs qui s’inquiétaient de la disparition des  grosses prises comme l’espadon, le thon rouge, les marlins ou les bars américains. Certains créent la National Coalition For Marine Conservation en 1978[1]. En 1984, ils obtiennent une première victoire significative avec l’adoption de l’Atlantic Striped Bass Conservation Act. Ce texte constitue une référence car il crée l’obligation pour les instances gestionnaires des pêches de restaurer les stocks. En cas d’échec, les associations peuvent porter plainte devant les tribunaux. A la même époque, en 1975, est créée Greenpeace qui se mobilise pour la protection des baleines et des dauphins et obtient un moratoire. En 1980, une organisation lance un programme pour la protection des tortues, menacées par les pêches de crevettes au chalut[2]. Les années 1980 sont marquées par un élargissement et un durcissement de l’action des ONGE avec le boycott des thons pêchés avec des dauphins et une première plainte de EDF (Environment Defense Fund) pour non respect de l’utilisation des systèmes d’exclusion des tortues dans les chaluts à crevettes (TED), en 1986.

Dans les années 1990, le mouvement se structure sous l’impulsion notamment de deux personnalités du mouvement conservationniste, Carl Safina et Joshua Reichert. Carl Safina mène une campagne pour la protection du thon rouge en demandant son inscription sur les listes de la CITES. Il attaque aussi les gestionnaires des pêches en justice tandis que des membres des ONGE s’investissent dans le conseil de gestion des pêches de Nouvelle-Angleterre, où les stocks se sont effondrés. Les ONGE commencent à demander l’application de l’aspect « conservation » du Magnuson Act. L’ONG Ocean Conservancy est créée, une petite fondation Munson pousse d’autres fondations à financer le mouvement au sein de EGA (Environment Grantmakers Association) où se retrouvent les fondations intéressées par l’environnement. C’est Josh Reichert, recruté par PEW, qui permet la mobilisation de fonds considérables dans le cadre d’une stratégie où se reconnaissent d’autres puissantes fondations, comme Rockefeller, Packard, Surdna, puis Moore et la famille Walton, propriétaire du géant Walmart[3]. J Reichert réussit à mobiliser ces fonds en créant des synergies entre ces fondations.

PEW : des valeurs profondément conservatrices.

A l’origine, la Fondation PEW (PEW Charitable Trust) est profondément conservatrice, durement opposée au parti démocrate, et soutient des organisations ultra conservatrices[4]. Elle bénéficie de donations de puissantes compagnies gazières et pétrolières, Sunoco et Oryx Energy. C’est encore largement le cas aujourd’hui et les descendants des fondateurs continuent de jouer un rôle important dans la fondation. Ceci peut paraître étonnant à nos yeux d’Européens, mais il est très courant qu’une fondation mène un combat sur des objectifs qui contrecarrent les investissements des donateurs, du moins à première vue. A la fin des années 80, et dans les années 1990, la fondation, sans rompre totalement avec son passé, et encore moins avec ses sources de financements, s’engage plus clairement auprès du parti démocrate et devient l’un des plus grands financeurs du mouvement environnementaliste (250 millions $ par an, à la fin des années 1990). En réalité, la fondation Pew revendique malgré tout la fidélité aux idéaux de ses fondateurs[5]. En effet, ces derniers étaient de farouches défenseurs de la libre entreprise et du libéralisme, contre les monopoles et contre l’Etat. La Fondation continue de promouvoir ce modèle en particulier dans la pêche où elle défend la généralisation des «  Catch Shares », les QIT à l’Américaine. Elle applique aussi les principes de la gestion d’entreprise dans ses engagements et ses financements. On est loin de la promotion de la démocratie associative. Pour Mark Dowie, il s’agit même d’une philantocratie dont le pouvoir est uniquement fondé sur l’argent.[6] D’ailleurs, selon Jeffrey St Clair, l’une des conditions pour recevoir des fonds de Pew est de centrer son action sur le gouvernement, les grandes sociétés ne doivent pas être la cible[7]. La puissance de financement de Pew est telle que les associations environnementales indépendantes finissent par être marginalisées.

La seconde valeur défendue par Pew est celle de la « Wilderness », la nature vierge de toute présence humaine, qui représente l’idéal de la nature à promouvoir, sur terre comme sur mer. La fondation fait figurer parmi ses critères de réussite l’augmentation des surfaces mises en réserves intégrales...

(...)

Des objectifs politiques programmés : la conservation plutôt que la pêche.

La particularité de la fondation Pew c’est sa volonté de s’engager directement dans la poursuite des objectifs qu’elle a définis. Les autres fondations restent plutôt en retrait, se contentant de financer les autres acteurs qui correspondent à leurs valeurs (scientifiques, médias, ONGE, agences de communication, etc.) C’est en 1991 que Pew commence à élaborer son programme marin sous la direction de Josh Reichert et de ses associés. Ils décident d’y consacrer des fonds considérables en mobilisant également d’autres fondations. Des objectifs précis sont définis en fonction des échéances politiques concernant la pêche, c’est-à-dire le renouvellement du Magnuson Act et l’élaboration d’une nouvelle politique maritime. Pew regroupe des scientifiques au sein du « Marine Fish Conservation Network » pour préparer une campagne de pression. La décision est prise de se concentrer sur trois sujets : la surpêche, les rejets et la protection des habitats. L’adoption en 1996 du Sustainable Fisheries Act vient couronner cette campagne car il établit l’obligation pour les gestionnaires de pêches de restaurer les stocks dégradés, avec un calendrier et des délais à respecter...

Le rouleau compresseur des campagnes de lobbying

Pew est passée maître dans l’art de maîtriser les campagnes de lobbying auprès des autorités publiques. Les objectifs sont choisis en fonction de la possibilité d’atteindre des résultats quand les problèmes sont mûrs, c’est-à-dire, déjà médiatisés et perçus par le public et les élus. C’est bien le cas de la pêche dans les années 1990 avec la fermeture de la pêche à la morue. La Fondation Pew va pour cela créer de multiples outils qui vont permettre de maîtriser totalement la médiatisation du problème à traiter. Pew finance des chercheurs par la dotation de Pew Fellows. Les médias et internet sont alimentés par le site Seaweb, les juristes sont mobilisés dans « l’Ocean Law Project ». La plus grosse machine créée est Oceana, inondée de dollars, qui devient une puissante ONGE capable d’appuyer son lobbying par des campagnes scientifiques du niveau des campagnes menées par les instituts publics de recherche....

Des succès politiques impressionnants...

Suite et texte intégral d'Alain Le Sann sur l'Encre de Mer

NB : Quand Alain Le Sann parle de "sommes considérables", il faut convertir en dizaines voire en centaines de millions de US$.  La Fondation PEW dispose actuellement d'un capital de 5 milliards de US$ !!!

Autres articles :

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Pew drops anchor in Europe

Worldfishing & Aquaculture - 21 mars 2013

Menakhem Ben-Yami

The American NGO Pew Charitable Trusts is spending millions of dollars financing NGOs that deal with marine conservation by coming into public and legal conflicts with the American fishing industry and management, reports Menakhem Ben-Yami.

‘The Pew’ originates from donations by the Pew family, an oil industry tycoon. Many American fishermen have been vocal in their suspicions about ideas and actions coming from that direction, claiming first that it's focusing on fisheries to avert public and political attention from industrial pollution, extraction of oil and minerals from the ocean and associated deterioration and destruction of coastal habitats; secondly that all the Pew and other NGOs conservationist crusades promote privatisation of fishery resources, through ‘catch shares’ or tradable quotas (ITQ, IFQ), relocating fishing rights from small-scale fishermen and their businesses to large owners and corporate interests.

More recently, it seems, the Pew and the NGOs it finances have discovered Europe. According to "BLUE CHARITY BUSINESS”, a report published by the French NGO Collectif Peche and Development (CPD), environmental NGOs, which are currently lobbying in Brussels in the current discussion about the reform of European Common Fisheries Policy, are among those who receive "millions of pounds donated via charitable trusts, funded by huge corporations that might just have a vested interest in swaying public opinion away from fishermen"

Conflict of interest

According to anthropologist Dr Mac Chapin, director, Center for the Support of Native Lands, who has worked with indigenous peoples of the South for over 40 years, corporate and government money ow into three big international organisations that dominate the world’s conservation agenda, their programs have been marked by growing conicts of interest with indigenous peoples. Dr Chapin believes that the involvement of corporate and multilateral donors limits the ability of small, independent NGOs' and local organisations to support indigenous peoples versus governmental and corporate infringements into their traditional territories. He also argues that these problems are not merely economic, for senior officials in many of the large NGOs now view indigenous peoples as ‘obstacles to effective conservation’.

According to CPD secretary Alain le Sann, such environmentalist, sometimes violent, pressure as in the global South is taking now place in Europe. It is aimed initially at weakening of the hold of fishermen on marine space, then to reallocate it away of them to other interests, such as ‘impatient’ conservationists and corporate interests controlling mineral extraction, energy, tourism, aquaculture, etc. To impose their wishes, the conservationists, who serve those interests, play on the sensitivity of public opinion to alarmist and catastrophist propaganda creating and directing public wrath to coastal fishermen.

Recently, the Pew Foundation has joined the Adessium Foundation, Sommerville College, and Oceans 5 (a coalition of charitable foundations including OAK, WAITT, Marisla, Moore, Planet Heritage) to form the Global Ocean Commission, a private interest coalition aimed at regulating oceans. It has a strong presence in Europe and France through its own NGO (Pew Environmental Group), other NGOs that it has created, and NGO coalitions it has initiated and is steering.

The push came with establishment of the Pew Ocean Commission in the USA some 10 years ago. The Ocean Commission, initially private, was later taken up by the US government and always piloted by high profile individuals (Leon Paneta who later became Director of the CIA under Obama-1 and Defense Secretary General under Obama-2), or linked to Pew during their career (e.g. Jane Lubchenco the now resigning head of NOAA).

For example, in a recent WWF study, funded by the Moore, the Walton Family (Walmart), and Packard foundations, the authors argue, quite contrary to the feelings of the people concerned, that well designed marine protected areas closed to fishing (MPAs) help to fight poverty. It seems to be Pew's strategy to ‘help’ governments with MPAs. In the case of France, its promotion of the "Grenelle de la Mer" approach regarding MPAs. For its project in the French outermost waters, Pew has recruited a French specialist, Jean-Paul Michel. Evidently, some Europeans think that those NGOs are acting for American maritime interests.

Global Ocean Commission

The private project Global Ocean Commission (GOC) officially launched last February says that one of the main threats to oceans is overfishing, which exacerbates climate (yes!), implying that offshore oil and gas production, marine mineral extraction, and offshore wind farms are considered by GOC sustainable uses. Oceans without fishermen? – asks Alain le Sann.

The French Le Monde and British The Guardian appeared concurrently with the formal launch of GOC, apparently as the result of efforts by Communications Inc., a firm specialising in communication programs for marine conservation in Europe, with Pew its regular customer that in 2010 paid it US$1.14m. Its clients include at least eight major, some with worldwide presence, conservation organisations.

The Guardian on 9 February wrote: “David Miliband to head global fight to prevent eco-disaster in oceans". Callum Roberts, who also in The Guardian(10 February) promotes GOC by writing: “The high seas are too precious to be left to plunderers and polluters”. Le Mondeon 11 Feb wrote: “The UN focuses on the protection of the High Seas, the last Wild West”.

A question should be asked as to what GOC wants the EU to do, if anything, about the chemical industries, refineries, oil-powered power plants, and other heavy industries, as well as ships and urban areas that discharge pollution and litter into sea and rivers, as well as such upstream polluting activities as logging and pulp industries? How about oil spill prevention from oil rigs, and strict observation of double-bottom construction of all tanker ships? Or, for example, marine areas closed to tanker shipping? Will GOC take specific action to save "the Last Wild West" from all those and thus "prevent eco-disasters in oceans"? Or will they take the easy road and keep using fishermen as a scapegoat ?

Source : Worldfishing & Aquaculture

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Le 23 septembre 2014

Urgent : Relecture de la filière pêche sous l'angle géopolitique...

La relecture de la filière pêche sous l'angle géopolitique est urgente. 


La France détentrice de la plus vaste superficie maritime, après les USA, est fondée à mettre en œuvre, une politique courageuse de protection de ses zones maritimes. Le contrôle des AMP, la cohabitation entre l'activité halieutique, son maintien, et l'exploitation pétrolière en mer profonde nécessite de fortes avancées diplomatiques. Les alliés traditionnels de la France comme les USA ont plus intérêt à participer à la préservation des océans, à nos côtés, qu'à servir de cadre à des manigances fumeuses et gravement destructrices.

Décryptage de Richard Honvault - Conseiller municipal (UDI/Nouveau Centre) de Boulogne-sur-Mer et Secrétaire national du Nouveau Centre en charge de la pêche, de la mer et de l'économie portuaire

La pêche en eau profonde, un nouvel enjeu géopolitique ?

Source : Huffingtonpost / 23/09/2014

Une vaste opération, à caractère géostratégique, est menée pour confisquer de vastes espaces maritimes et océaniques au bénéfice exclusif des intérêts américains. Cette manipulation est relayée en France et dans le monde par des ONG en relation étroite avec les acteurs américains de cette entreprise.

D'après l'excellente enquête de Yan Giron sur le trust caritatif américain PEW et l'article de Stéphane Foucart paru dans Le Monde Planète le 9/07/2014, se dessine un nouvel eldorado et les prémices d'une guerre économique violente, au détriment des océans, sous bannière écologique. La France, 2ème espace maritime mondial, après les USA, doit-elle laisser faire?

Le 10 décembre 2013, les eurodéputés rejettent l'interdiction de la pêche en eau profonde mettant en échec l'association Bloom un puissant lobby écologique. La méthode de Bloom, dirigé par Claire Nouvian, illustre la stratégie de communication dite "création de certitudes" visant à contredire les rapports scientifiques d'Ifremer, favorables à la pêche en eaux profondes, par des contre rapports légitimant cette interdiction et par une pétition de 300 scientifiques, tous liés au trust caritatif PEW !

1/3 des pétitionnaires sont étudiants ou doctorants d'institutions scientifiques américaines directement financées par PEW et les 2/3 restants sont des bénéficiaires via des réseaux comme Sea Around Us doté à plus de 20 millions de dollars, par PEW.

Au nom de la défense de l'environnement et de la faune maritime, la pêche de grand fond serait interdite dans des Aires Marines Protégées (AMP) ce qui faciliterait de futures extractions minières offshore au profit d'intérêts politico-économiques américains. Les trusts caritatifs comme PEW sont au cœur du lobby des ONG visant à la création des AMP dans le monde.

En 2009, le Royaume-Uni, ciblé par les lobbies écologiques américains, a adopté le "Marine and Coastal Access Act" (loi d'accès maritime et côtier) qui instaure une catégorie spécifique d'AMP, les MCZ (marine conservation zone) ou zones de préservation de la biodiversité des fonds marins. Prévue en 2013, l'officialisation par le gouvernement britannique des 127 MCZ, est différée.

La communauté maritime française craint que ces MCZ ne menace gravement l'activité des flottes de pêche. La sanctuarisation de plus de 50% des zones, interdisant de fait la pêche induit la disparition du droit de pêche, de 5 000 emplois directs et de notre souveraineté maritime. Interrogé sur ce point, par Hervé Morin, (question parlementaire JO du 18/12/2012), le ministre des transports, F Cuvillier s'est voulu rassurant (réponse p7578, JO du 16/07/2013). Depuis lors, aucun point d'étape n'a été communiqué par les services de l'État.

Le PEW Charitable Trusts est intervenu, sur la réforme communautaire de la pêche et son interdiction en grand fond. Ciblant le parlement européen et l'opinion publique de l'UE, PEW est à la base d'un consortium d'ONG, regroupant OAK Fundation, Adessium (Hollandaise), le WWF, Greenpeace et Birdlife international, mobilisant 140 millions de dollars. L'argumentaire scientifique est établi par l'université de Colombie britannique pour un coût de 2à millions de dollars payé entièrement par PEW.

Les cartes établies par "Blue Lobby" pointent la superposition d'enjeux (pêche, défense, commerce, terres rares marines) dans les zones visées, attirant les appétits américains. Des lobbies réclamant la création de ses AMP, financés ou en lien avec les administrations et les compagnies pétrolières américaines, affirment que l'exploitation pétrolière serait un mode durable de financement de la préservation des mers citant les études d'impact financées par ces industriels liés à PEW!

La famille PEW qui a fait fortune dans le pétrole, créé, dans les années 80, son trust caritatif le "PEW Charitable Trusts" avec un capital de 5 milliards de dollars placé sur les marchés financiers internationaux, générant des gains annuels de 300 millions de dollars, défiscalisés (conformément aux lois US) et affectés au programme d'actions du trust. Classé 12ème aux USA, ce trust serait devenu organisateur et financeur du lobby "Océan" d'autres ONG.

Le prisme écologique du PEW Charitable Trusts est lié au recrutement de Joshua Reichert organisateur reconnu des larges campagnes de lobbying environnemental depuis 1991. En 2011, la part « Océan » représentait 50% des activités de puissance (lobby auprès des élus) et 32% du total des activités du trust, soit 100 millions de dollars par an.

Les trusts, tel que PEW, cherchent à investir tous les espaces régaliens nationaux ou internationaux en opacifiant les liens de dépendances publics/privés.

De 2009 à 2013, PEW génère du lobbying afin que les USA ratifient la Convention des Nations Unis sur les droits de la mer. La campagne de PEW ou American Sovereignty Campaign, à destination des représentants du Congrès, défend l'extension et la protection des plateaux continentaux US (faciliter l'exploitation pétrolière), des voies maritimes et des câbles sous-marins mais aussi le survol des espaces maritimes et la lutte contre la piraterie des mers. A ce jour, la Convention n'a pas été ratifiée par le Congrès américain.

Les liens entre PEW et l'administration Obama sont nets ; Léon Panetta, président de la PEW Océans Commission, a pris la direction de la CIA de 2009 à 2011. En 2013, il retourne à la Joint Ocean Commission Initiative JOCI; l'application de l'Act de Conservation sur les pêcheries, confiant les pêcheries aux Etats, implique les ONG (Walton (Walmart), Moore (Intel), Packard, Oak Fondation) dans le financement de la pêche.

Les trusts caritatifs américains interviennent aussi en Asie Pacifique via des AMP de grande ampleur, définies par le programme Global Ocean Legacy de PEW pour limiter l'emprise spatiale des flottilles de pêche chinoises et asiatiques. PEW est en synergie d'objectifs politico-industriels avec des institutions telles que la Banque Mondiale via la Global Ocean Commission et la High Seas Alliance.

La relecture de la filière pêche sous l'angle géopolitique est urgente. La France détentrice de la plus vaste superficie maritime, après les USA, est fondée à mettre en œuvre, une politique courageuse de protection de ses zones maritimes. Le contrôle des AMP, la cohabitation entre l'activité halieutique, son maintien, et l'exploitation pétrolière en mer profonde nécessite de fortes avancées diplomatiques. Les alliés traditionnels de la France comme les USA ont plus intérêt à participer à la préservation des océans, à nos côtés, qu'à servir de cadre à des manigances fumeuses et gravement destructrices....

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2 commentaires:

Hippolyte a dit…

Admettons que ce vous dites est vrai. Et alors ? Ca n'empêchera personne d'être d'accord avec des gens qui demandent l'interdiction des rejets en mer. Ca n'empêchera personne d'être d'accord avec des gens qui demandent que les ressources soient exploitées avec un rendement maximal durable.

Encore une fois, quand on n'est pas d'accord avec le contenu d'un message, il est plus facile de s'attaquer à celui qui le porte que d'essayer d'en proposer un autre.

Comment peut-on prétendre préserver les poissons juvéniles avec des tailles minimales de capture, quand on sait que les juvéniles rejetés en mer ne sont que des cadavres ambulants ?

Comment peut-on prétendre limiter la mortalité par pêche avec des quotas, quand on sait qu'en l'absence d'interdiction des rejets cela conduit à rejeter des cadavres de poissons de haute valeur commerciale ?

A la plupart des propositions faites pour remédier de façon efficace à ces anomalies de la réglementation actuelle, les pêcheurs, soutenus en grande partie par des élus politiques français, répondent qu'elles sont "irréalistes". Mais qu'est-ce que ça veut dire "irréaliste" ?

Il n'y aurait pas assez de place à bord des navires pour ramener à terre les captures non désirées ? A cela, on peut répondre : il y en a donc tant que cela ? Et c'est justement la gêne occasionnée par la conservation de ces prises accessoires qui peut inciter les pêcheurs à ne pas s'attarder dans les zones où ces captures non souhaitables sont abondantes !

Il n'y aurait pas à terre de structures capables d'accueillir et de traiter ces captures supplémentaires ? Un peu comme l'argument qui disait qu'il ne pouvait y avoir en France de structures capable d'assurer le décorticage des coquilles Saint Jacques ! Si on s'oppose à la création ou au développement de ces structures, c'est sûr qu'il n'y en aura pas !

Mais le summum de la mauvaise foi a certainement été atteint par un groupe de scientifiques (évidemment insensible au lobby des pêcheurs !) qui prétend que l'interdiction de rejets ne changera rien à la préservation des ressources car "un poisson mort est un poisson mort, qu'il soit débarqué ou pas" ! Ils ne savent pas, ces scientifiques, que tous les poissons débarqués seront déduits des quotas ?

Bref, il y a de quoi argumenter sur le fond des débats, plutôt que sur la bonne moralité des débatteurs…

Aquablog a dit…

Bonjour,

Vous ne trouvez rien à redire sur le récit historique d'Alain Le Sann !!!

Tant mieux... Les personnes qui ne connaissaient cette histoire récente, ont matière à réflexion...

Sinon, je pense que vous êtes hors sujet en introduisant les rejets dans ce récit historique...

Nous en reparlerons à un autre moment...