lundi 28 janvier 2013

Accaparement Terre Air Mer : Ayrault et Longueira, même combat !...

Accaparement Terre Air Mer : Ayrault et Longueira, même combat...

A Santiago du Chili, Jean-Marc Ayrault a participé les 26 et 27 janvier 2013 au premier sommet économique entre l’Union Européenne et la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (Celac). Escorté de patrons d’entreprise, le chef du gouvernement français a rencontré en marge du sommet UE/Celac, Pablo Longueira, ministre chilien de l’économie, et proche collaborateur d’Augusto Pinochet au temps de la dictature chilienne.

Cachées derrière les murs de la croissance et de l’emploi, les nations complotent et nouent des alliances contre nature (1) dans un combat intercontinental pour l’accaparement des terres, des airs et des mers. En France, Jean-Marc Ayrault, est entré en lutte contre les opposants à l’accaparement des terres agricoles (sacrifiées) retenues pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Au Chili, Pablo Longueira est l’auteur de la nouvelle loi sur la pêche « Ley Longueira » qui entérine l’accaparement des ressources halieutiques du pays par 7 familles chiliennes et 3 multinationales étrangères (Pescanova, Nissui et Austevoll).

Des manifestations pendant des mois et un dernier recours auprès de la Cour constitionnelle... Rien n’y fait... La nouvelle loi sur la pêche du nom du ministre de l'économie « Ley Longueira » officialise la privatisation du poisson au Chili.

Le spot de campagne des opposants à la loi sur la pêche



Greenpeace et Oceana applaudissent

Deux associations environnementales, Greenpeace et Oceana, ont salué l’adoption de la ley Longueira qui va vers une pêche plus durable. En effet, les 7 familles qui se partagent 93% des quotas de captures devront maintenant respecter le fameux Rendement Maximal Durable (RMD). Elles applaudissent aussi l’interdiction du chalutage de fond dans ce pays bordé d’une fosse abyssale de plus de 6000 mètres. En effet, il ne faudrait pas que les pêcheries mettent à mal la biodiversité dans les abysses à quelques encablures des côtes chiliennes. Au Chili, la pêche se pratique essentiellement à la senne tournante, au filet, à la ligne et en plongée... (2) (2')


Le Chili est devenu un grand pays minotier pendant la période Pinochet. Au moment de la dictature, période des inégalités, la pêche s'est concentrée autour de quelques familles (avec l'empire Angellini qui à la fin des années 1980  "monopolisait" près de 2 millions de tonnes d'anchois, sardine et chinchard pour la farine....). Au cours des années 1990, les sociétés minotières ont organisé une véritable ruée sur le chinchard dans le centre du pays à partir des ports de Talcahuano et de Coronel.

Le développement de l'activité minotière a favorisé le décollage de la salmoniculture chilienne puis sa croissance exponentielle pour atteindre près de 800.000 tonnes/an de salmonidés (Saumon + Truite) à la fin des années 2000.

« Ley Longueira ». Ecoceanos, Mapuche y Pescadores crient à l’injustice

De quoi la mer chilienne est-elle le nom ? C’est la question qui se cache derrière la loi Longueira, du nom du ministre de l’économie, votée fin décembre 2012 au Sénat chilien.  Avec 4000 km de côte, la pêche représente un secteur clé – même si loin derrière le cuivre - de l’économie chilienne.... Pour certaines associations environnementalistes comme Ecoceanos et plusieurs organisations de pêcheurs, cette loi vise tout simplement à privatiser la mer chilienne et s’inscrit dans la continuité des politiques économiques en place depuis que l’ex-président Ricardo Lagos a licité les quotas de pêche en 2001 pour une durée de 10 ans.

A l’époque, grâce à un lobbying intense, 92 % des quotas avaient été raflés par le secteur industriel détenu par sept grandes familles dont le pouvoir économique dépasse largement le secteur de la pêche. C’est ainsi que les Angelini, Lecaros, Yaconi-Santa Cruz, Sarquis, Stengel, Fernandez et Izquierdo ont généré 9 milliards de dollars de profit sans avoir payé de droits d’exploitation des ressources maritimes – évalués à 734 millions de dollars. En dix ans, la pêche intensive a entraîné une diminution dramatique de la biomasse de stock d’anchois - quatre millions de tonnes en 1995 contre trois cent milles en 2012.

Selon la nouvelle législation l’État octroie gratuitement aux grandes entreprises, pour une durée de vingt ans renouvelable automatiquement, les quotas qu’elles possèdent déjà et ce en vertu d’« un droit historique » que l’industrie détient pour avoir investi depuis cinquante ans dans cette activité économique. « C’est ainsi que le secteur industriel détiendrait à vie 95% des quotas de pêche de chinchard (jurel), 75 % du merlu et 45% de l’anchois » gronde  Juan Carlos Cardenas, directeur de l’ONG Ecoceanos. Et d’ajouter : « Cette loi enlève la propriété de l’État sur les ressources présentes dans sa zone maritime ».

De plus, la loi fixe la limite de la zone protégée de la pêche artisanale à seulement un mille (1,8 km) de la côte. Cette zone s’étend du nord du pays à la région des lacs au centre du pays. Malgré la pression des pêcheurs artisanaux, les régions situées plus au sud ne sont pas concernées. Il est vrai qu’elles possèdent de grands parcs à saumon appartenant au secteur industriel.

« Cette loi possède noms et prénoms. Ce sont ceux des sept grandes familles chiliennes et des multinationales espagnole Pescanova, japonaise Suissan Kaisha (Nissui) et norvégienne Møgster group (Austevoll Seafood). Il s’agit d’une loi qui exproprie des biens qui sont la propriété de tous les Chiliens » explique Juan Carlos Cardenas. Et d’évoquer un brin d’histoire : « La loi Longueira est en fait la loi élaborée en 1989, pendant la dictature, par l’amiral Toribio Merino pour privatiser les ressources maritimes mais qui fut rejetée car le régime militaire touchait à sa fin. Ce n’est donc pas un hasard si les enfants de Pinochet (NdlR : Longueira est membre de la UDI, parti fondé  pour défendre l’héritage socio-économique de la dictature) finalisent cette ultime   privatisation ». Notons enfin que trois sénateurs possédant des intérêts directs dans l’industrie de la pêche n’ont pas jugé nécessaire de s’inhabiliter pour voter cette nouvelle loi.

En tant que directeur du Conseil de défense du patrimoine de la pêche, Cosme Caracciolo se désole également de voir les ressources marines tomber dans les mains du secteur industriel et dénonce les ravages de la surexploitation : « Nous considérons les poissons comme une espèce qui doit être utilisée de manière adéquate. Les industriels génèrent du profit en faisant de la farine de poisson pour alimenter les poulets et les saumons. De notre côté, nous parlons de souveraineté alimentaire ».

Une autre critique qui aurait pu rendre la loi non-constitutionnelle concerne l’absence de consultation des peuples autochtones qui vivent de la pêche - Mapuches, Lafkenches, Huilliches, Rapa-Nui et Kaweskar - ce qui transgresse la résolution 169 de l’Organisation internationale du Travail et la déclaration des Nations unies sur les peuples indigènes (3). Le projet de loi a bénéficié du soutien de certains sénateurs de l’opposition comme Fulvio Rossi (Parti socialiste) et  Hosain Sabag (Démocratie chrétienne)  qui ont bénéficié des largesses financières du secteur de la pêche lors de leurs campagnes électorales.

Philippe Favrelière (avec l'aide de l'article du blog Carnets chiliens : Une loi qui sent le poisson)

(1) Avant de rencontrer Pablo Longueira, Jean-Marc Ayrault s’était recueilli sur la tombe de Salvador Allende, premier président socialiste élu démocratiquement en Amérique du Sud et renversé en 1973 par une junte militaire emmenée par Augusto Pinochet... Source : RFI : Jean-Marc Ayrault rend un hommage symbolique à Salvador Allende

(2) Oceana destaca nuevas normas ambientales en la Ley de Pesca (Oceana pointe de nouvelles réglementations environnementales dans la loi sur la pêche)

(2') Nueva Ley de Pesca: Greenpeace destaca avances en la regulación de la industria de pesca y demanda planes de recuperación (La nouvelle Loi sur la pêche : Greenpeace souligne les progrès dans la régulation de l'industrie de la pêche et demande des plans de reconstitution (des stocks))

(3) Le recours auprès de la Cour constitionnel a été débouté le 23 janvier 2013... Article d’Ecoceanos: Constitutional Tribunal rules in favour of fishery privatization and rejects ILO Convention 169 et article sur Radio del Mar


Autres articles :
Pour aller plus loin...

Au Chili, la loi sur la pêche se joue au « Jeu des 7 familles »

Au Chili, les règles de la réforme des pêches sont connues de tout le monde. Le projet de loi « Ley Longueira » s’est joué au « Jeu des 7 familles » (1)

Sept familles ont saisi l’occasion de la réforme des pêches pour se partager 92% des quotas de pêche du pays. Un véritable jackpot estimé à plus de 740 millions de dollars de revenus par an ! 

"Mala Pesca" La depredación pesquera en Chile



« Dans 15 ans, la pêche artisanale n’existera plus », tempête Alberto Millaquen. Ce représentant de l’association national des pêcheurs ne pratique pas la langue de bois dans un pays où le discours politique reste très prudent. Il dénonce un projet de loi qui obligera tous les pêcheurs à avoir une licence professionnelle. Un vrai problème, car leur niveau d’instruction est très bas. La loi les obligera aussi à avoir une assurance-vie. « Cela revient à leur interdire de pêcher au-delà de 65 ans, car personne ne voudra les assurer. » Les pêcheurs n’ont pas les moyens de se payer une retraite par capitalisation, comme nombre de Chiliens. Alors, ils travaillent jusqu’au bout.

Dans le collimateur d’Alberto Millaquen, il y a aussi la pêche industrielle.« Sept familles contrôlent tout, tous des amis de Piñera ! »Sebastián Piñera est le président du Chili élu en 2010. Un milliardaire ultralibéral qui passe ses vacances tout près de Quellón, dans l’immense parc privé de Tantauco qu’il s’est acheté (Ndlr à côté de la modeste maison en bois d'Alberto Millaquen) d'après Ouest France : A Chiloé (Chili), l'avenir compromis de la pêche artisanale

(1) dont la famille Angellini (dont le père décédé en 2007 monopolisait près de 2 millions de tonnes de poisson au début des années 1990)

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Rôle du poisson et des produits de l'aquaculture dans la nutrition humaine et la sécurité alimentaire mondiale

Albert GJ Tacon et Marc Métian

Conférence VI AQUASUR

Chili

Octobre 2012

Role of fish and aquaculture products in human nutrition and global food security

Presentation given by Albert G.J. Tacon and Marc Metian during VI AQUASUR Conference

Pour télécharger la présentation, cliquer Tacon / Métian

"Contribution du poisson à l'approvisionnement alimentaire mondial : Rôle des produits aquatiques dans la nutrition humaine et la sécurité alimentaire des pauvres."


Conclusion de l'exposé de Tacon et Métian (traduction du texte ci-dessus) : "Enfin, il est important de mentionner que les petites espèces de poissons pélagiques représentent l'un des meilleurs aliments parmi les espèces aquatiques d’un point de vue nutritionnel (humain). Et que l’utilisation ciblée et continue de ces poissons à bas coût pour la transformation en farine et huile de poisson à destination de l'alimentation animale devrait être découragée. Et que leur utilisation directe dans l'alimentation humaine devrait être encouragée et promue au profit des populations rurales pauvres et des populations dans le besoin..."

Le Chili qui transforme plus de 90% de ses captures en farine, était tout particulièrement visé par la conclusion de Tacon et Métian...

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L'Europe bleue prend le chemin du Chili ?

Au Chili, deux associations environnementales, Greenpeace et Oceana, ont salué l’adoption de la nouvelle loi sur la pêche. Selon elles, la loi Longueira va vers une pêche plus durable. En effet, les 7 familles qui se partagent 93% des quotas de pêche devront maintenant respecter le fameux Rendement Maximal Durable (RMD). D'autre part, elles sont rassurées par le peu de rejet de poisson : plus de 90% des captures chiliennes partent à la farine ! Enfin, elles applaudissent l’interdiction du chalutage de fond dans ce pays bordé d’une fosse abyssale de plus de 6000 mètres....


Le Chili est devenu un grand pays minotier pendant la période Pinochet. Au moment de la dictature, période des grandes inégalités, la pêche s'est concentrée autour de quelques familles (avec l'empire Angellini qui à la fin des années 1980  "monopolisait" près de 2 millions de tonnes d'anchois, sardine et chinchard pour la farine....). Ensuite, les sociétés minotières ont organisé une véritable ruée sur le chinchard dans le centre du pays à partir des ports de Talcahuano et Coronel.

Le développement de l'activité minotière a favorisé le décollage de la salmoniculture chilienne puis sa croissance exponentielle pour atteindre aujourd'hui près de 800.000 tonnes/an de salmonidés (Saumon + Truite).

En Europe, l'industrie minotière jubile...

Après le vote du Parlement européen qui a accepté la réforme ultra-libérale de la pêche communautaire proposée par Bruxelles, les industriels de la farine de poisson se frottent les mains. Une véritable aubaine que tous ces rejets de poisson ramenés dans les ports !  l'IFFO, organisation internationale des producteurs de farine de poisson, s'est montré ravi de la décision des eurodéputés qui apporte de l'eau au moulin des industriels de la farine de poisson, des fabricants d'aliments piscicoles et en bout de chaine de l'aquaculture, un volet de la croissance bleue de l'UE : IFFO welcomes vote on fish discards as good for supply of fishmeal and fish oil

Au Chili, la privatisation de la mer signe la fin des petits pêcheurs




Beaucoup de petits pêcheurs disent que les droits de pêche accordés aux 7 familles pourraient signifier la fin de leur existence. Lire The Realnews : The Privatization of Chile's Sea
 
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Chili : Progrès vers les OMD et demande sociale non satisfaite

Source : Social Watch

 30 janvier 2013

Chili reste le pays latino-américain avec la meilleure performance en termes de réalisation des buts des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), selon le Réseau Gouvernemental Millénaire. Malgré ce niveau de réalisation, dont le rapport estime à environ un tiers de celui fixé comme objectif pour 2015, l'agitation sociale profonde manifestée massivement dans les rues par la société chilienne dans les deux dernières années par rapport à l'état l'éducation et de la santé publiques, la déprédation de l'environnement par les grandes entreprises et, surtout, l'approfondissement évident du fossé des inégalités, soulèvent des questions sur ce que cela signifie dans la pratique.

À notre avis, l'échec des politiques et des programmes gouvernementaux pour s'attaquer aux problèmes de fond qui empêchent d'atteindre une société plus juste relativise les réussites dans la réalisation des objectifs des OMD et il fait qu'elles semblent encore insuffisantes.

Le manque d'accès égalitaire à l'éducation publique gratuite et de qualité, à un système de santé public qui assure des soins en temps à toutes les personnes, des emplois et des salaires décents, le manque de participation effective des citoyens aux processus d'évaluation des projets environnementaux font tous partie d'un modèle de développement qui n'est pas centré sur les personnes et leurs droits, mais sur la croissance économique et l'exploitation des ressources naturelles.

Cela se produit dans un contexte mondial où le principal défi pour l'avenir consiste justement à faire des progrès substantiels de la réalisation des objectifs des OMD vers l'éradication de la pauvreté et au-delà, dans le sens d'un développement socialement juste et écologique et économiquement durable.

En proposant un cadre de développement différent, la société civile a un allié dans la campagne mondiale "Beyond 2015" (« Au-delà de 2015 »), notant que « ce n'est pas possible d'assurer que les OMD seront atteints pleinement et il est estimé que, malgré le développement atteint dans certains secteurs, en 2015, une personne sur cinq vivra encore avec des revenus inférieurs à 1,25 dollar par jour ».

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16 avril 2013

En faillite, Pescanova pourrait monnayer ses quotas de pêche partout dans le monde !

Personne ne sait exactement la dette du galicien Pescanova... Ce qui est sûr, c’est que les encours de la plus grande entreprise de pêche et d’aquaculture de l’Union Européenne sont colossaux. Entre 1,5 et 2,5 milliards d’euros !

L’entreprise a déclaré des dettes d’1,5 milliard d’euros et plusieurs de ses navires et usines ont été hypothéqués pour une valeur globale de 100 millions d’euros. Cependant, le niveau réel de la dette reste inconnu, puisque les auditeurs ont constaté des écarts dans les informations fournies.

Un conseiller bancaire espagnol a déclaré : « Tout cela était totalement inattendu. Comme de nombreuses autres entreprises espagnoles, Pescanova avait des problèmes d’endettement, mais elle était toujours considérée comme une entreprise solide. Il aurait dû être possible d’éviter cette situation ». L’année dernière, l’entreprise a été évaluée à 500 millions d’euros. Au jour d’aujourd’hui, la valeur de Pescanova a chuté de 60 %. Pescanova compte environ 10 500 employés avec une présence dans plus de 20 pays – notamment la Namibie, l’Afrique du Sud, le Mozambique et l’Angola (ndlr ainsi que Chili, Argentine, Equateur, France - Krustanor à Lorient). Elle compte plus de 100 navires et près de 50 installations d’aquaculture dans ses actifs.

Le journal El Mundo affirme que les Espagnols pourraient venir au secours de Pescanova. Un observateur chilien a déclaré qu’ « ils ont une autre carte à jouer : vendre les quotas de pêche qu’ils ont reçu du Chili au titre du système local de QIT [quotas individuels transférables] ».

Le directeur de l’organisation environnementale chilienne, Ecoceanos, a déclaré que « la situation de Pescanova est la preuve la plus évidente de la politique transnationale de la pêche et de l’aquaculture, qui privatise les bénéfices et socialise les pertes, transférant les coûts sur les États, l’environnement, les travailleurs et les consommateurs ».


Namibie / Afrique du Sud / Argentine

Merlu du Cap. Cœurs de filets de merlu blanc 400G
Les Coeurs de filets de Merlu blanc Pescanova sont taillés main au coeur même du filet. Ils sont présentés sans peau et sans arête et sont emballés individuellement pour plus de praticité au quotidien.
Cette partie du Merlu est très pauvre en matière grasse, et s’adapte à tous les modes de cuisson.
Sa chair tendre et savoureuse est idéale pour la réalisation de nombreuses recettes, des plus simples aux plus élaborées.

Noix de Saint-Jacques 250G
Notre nouveauté : de délicieuses Noix de Saint Jacques (Zygochlamys patagonica) pêchées en océan Atlantique Sud Ouest, en provenance d’Argentine et présentées dans un emballage sous vide pour une meilleure visibilité et une protection optimale contre le givre.
Leur calibre en font des Noix de St Jacques faciles à cuisiner et propres à toutes les préparations culinaires. Elles sont idéales pour vos recettes d’entrées ou de plats principaux, pour des occasions particulières ou pour des recettes plus simples pour se faire plaisir au quotidien !

Guatemala / Equateur

Queues de crevettes cuites 200G
Nos queues de crevettes Pescanova ont une particularité : elles sont cuites sous vide dans leur jus pour conserver leur saveur intacte et leur texture juteuse. Les Crevettes Tropicales proviennent de nos propres élevages en Amérique Centrale. Elles sont récoltées, cuites et surgelées le même jour.
Elles sont idéales pour toutes vos préparations de plats (pâtes, risottos, salades…) ou en snacking.

Crevettes tropicales cuites 500G
Ces Crevettes tropicales proviennent en direct des fermes d’Aquaculture de Pescanova au Guatemala.
Déjà cuites, elles sont prêtes à consommer, après leur décongélation.
Leur calibre généreux les rend faciles à associer à tous vos plats !



  
Chili

Pavés de saumon Atlantique 300G
Les pavés de Saumon atlantique Pescanova proviennent de nos propres fermes d’aquaculture situées dans les fjords naturels de la Patagonie Chilienne.
Ils sont taillés dans des saumons d’environ 4 kg à la chair rose, tendre et fondante, et sont vendus avec peau pour une cuisson plus facile et savoureuse.
Très riches en acides gras, nos pavés de Saumon sont emballés sous vide pour conserver intactes leurs qualités nutritionnelles et gustatives.

Médaillons de saumon Atlantique 400G
Les Saumons Pescanova proviennent de nos fermes d’aquaculture situées dans les fjords naturels de la Patagonie Chilienne.
Les médaillons de Saumon atlantique Pescanova sont constitués de 100% de chair de filets de Saumon et sont proposés sans arête.
Leur présentation les rend très simples d’utilisation et est idéale pour les salades, les quiches, les hamburgers ou encore crus pour les tartares.


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Au Chili, vingt ans de massacre et des quotas toujours élevés

La crise du chinchard frappe de plein fouet le Chili, où les responsables du secteur de la pêche et les autorités reconnaissent qu'il y a eu de graves excès au cours des années dépourvues de toute réglementation qui ont caractérisé ce qu'ils appellent la "compétition olympique". Ainsi, au cours de l'année 1995, les Chiliens ont pêché à eux seuls plus de 4 millions de tonnes de chinchards. Cela représente huit fois la quantité que les scientifiques de la SPRFMO estiment pouvoir être débarquée de façon responsable en 2012. Entre 2000 et 2010, le Chili a débarqué 72 % de tout le chinchard capturé dans le Pacifique sud.

Source : Le Monde | 29.01.2012 d'après l'article en anglais d'ICIJ 

Juan Vilches, un patron de pêche, se souvient de cette époque. "Le massacre était énorme, incroyable. Personne ne connaissait la moindre retenue, dit-il. Des centaines de tonnes étaient rejetées par-dessus bord quand les filets attrapaient plus de poisson que ce que les cales pouvaient contenir."

Depuis, les choses ont changé. Pourtant, d'après l'enquête de l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) menée en collaboration avec le centre d'investigation chilien Ciper, il ressort que huit groupes disposant d'un quasi-monopole ont fait pression sur le gouvernement pour qu'il fixe des quotas supérieurs aux recommandations des scientifiques. Six de ces groupes sont contrôlés par de puissantes familles. Ensemble, ces huit groupes ont droit à 87 % des prises de chinchard accordées au Chili.

Héritier et successeur de l'homme le plus riche d'Amérique du Sud

Roberto Angelini, 63 ans, contrôle la zone de pêche au nord du pays. On le surnomme "l'héritier", car il a succédé à son oncle, Anacleto, qui mourut en 2007 alors que le magazine Forbes s'apprêtait à le classer homme le plus riche d'Amérique du Sud. Les deux entreprises de pêche d'Angelini détiennent 29,3 % du quota de chinchards fixé par le gouvernement chilien. Elles assurent 5,5 % de la production mondiale de farine de poisson.

Un rapport officiel indique qu'environ 70 % des chinchards pêchés entre 1998 et 2011 dans le fief septentrional d'Angelini étaient inférieurs à la taille autorisée. Si l'on s'en tenait à la loi, la moitié de ces prises devraient être considérées comme illégales. Mais les responsables gouvernementaux affirment que les prises opérées dans ce secteur nord appartiennent à une catégorie spéciale relevant de la "recherche", et qu'à ce titre elles ne sont pas soumises à une taille réglementée. Angelini s'est refusé à tout commentaire à ce sujet.

A l'université de Concepcion, le ton habituellement calme du biologiste marin Eduardo Tarifeño se durcit lorsqu'il aborde la question du pillage des océans. D'après lui, la sardine est le seul poisson qui subsiste en relative abondance au Chili. "Il n'y a plus ni chinchard, ni colin, ni anchois péruvien. Les pêcheries qui produisaient 1 million de tonnes ou plus chaque année ont été tout simplement épuisées par la surpêche des grandes compagnies." Tarifeño est l'un des deux seuls scientifiques siégeant au Conseil national chilien des pêcheries (CNP), mis en place pour recommander des quotas. Les votes se font à la majorité, et 60 % des membres sont des industriels de la pêche.

Selon Oceana, organisme à but non lucratif qui milite pour la protection des océans et qui a étudié les chiffres non publiés des quotas, l'Institut de promotion des pêches (IFOP), un organisme officiel de recherche, a demandé en 2009 une forte réduction des prises, à 750 000 tonnes. Le sous-secrétariat aux pêcheries (Subpesca), qui dépend du ministère de l'économie chilien, a porté ce chiffre à 1,4 million de tonnes, et le CNP a donné son accord. La nouvelle loi sur les pêcheries qui devrait être adoptée cette année transférera le rôle du CNP à un groupe d'experts cooptés.

Mais, d'après Tarifeño, on a tellement tardé que seules des mesures radicales pourraient enrayer le déclin irrémédiable des stocks. "Si nous ne sauvons pas le chinchard aujourd'hui, a-t-il déclaré à l'ICIJ, nous ne pourrons plus jamais le faire. La seule solution est une interdiction totale de la pêche pendant au moins cinq ans."

Au secrétariat des pêcheries de Valparaiso, Italo Campodonico s'avoue partagé sur la question. "En tant que biologiste halieute, je ne peux qu'être d'accord, dit-il. On devrait en effet décréter une interdiction de cinq ans. Mais en tant que fonctionnaire, je dois être réaliste. Pour des raisons économiques et sociales, cela n'arrivera pas. Les étrangers peuvent aller pêcher ailleurs. Pour nous, c'est impossible."

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Pacifique sud. La ruée sur un poisson menace tous les autres


Pêcherie minotière de Chinchard du Chili au large de Talcahuano / Coronel - Photo Philippe Favrelière 1990

Eric Pineda observe dans la cale de l'Achernar la petite dizaine de tonnes de chinchards que ce bateau de 17 mètres a ramenées en quatre jours dans des eaux autrefois si poissonneuses qu'on emplissait les cales en quelques heures. Comme tous les habitants du vieux port de Talcahuano, au sud de Santiago du Chili, cet agent de quai a toujours connu ce poisson de couleur bronze et plein d'arêtes qui se déplace en bancs dans le Pacifique sud.

Source : Le Monde | 29.01.2012 | Par Enquête de l'International Consortium of Investigative Journalists - De Talcahuano, Chili

"Les stocks diminuent rapidement, remarque Pineda. Nous devons faire vite avant que tout ait disparu." A la question de savoir si son fils pourra faire le même métier que lui, il répond en haussant les épaules : "Il faudra qu'il trouve autre chose." Mais quoi ? Les scientifiques estiment que les stocks de chinchards sont passés de 30 millions de tonnes à moins de 3 millions en vingt ans. Après avoir épuisé d'autres océans, les plus gros chalutiers du monde se rendent désormais à la limite de l'Antarctique et se livrent à une concurrence féroce pour mettre la main sur ce qui reste. Le chinchard est alors pêché au large du Pérou et du Chili, le long d'une côte s'étendant sur 6 000 km, jusqu'à une longitude d'environ 120 degrés, soit à mi-distance de la Nouvelle-Zélande.

Poisson gras riche en protéines, le chinchard représente une véritable manne pour une planète affamée et constitue une denrée de base en Afrique. Ailleurs, les gens en mangent sans le savoir ; une bonne partie des prises est transformée en aliments pour l'aquaculture et les porcs. Il faut au moins 5 kg de chinchards pour obtenir 1 kg de saumons d'élevage. Classé comme petit pélagique, il est aussi un élément essentiel de la chaîne alimentaire : sillonnant les mers sur de grandes distances, il se nourrit de plancton et de petits organismes et sert lui-même de nourriture à des poissons plus gros. Les poissons fourrage comme le chinchard, les anchois, les merlans bleus, les sardines, les maquereaux ou les harengs représentent le tiers de la pêche mondiale.

Une enquête menée dans huit pays par l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) sur l'industrie de la pêche dans le Pacifique sud montre en quoi la situation critique de l'humble chinchard est le signe annonciateur d'un effondrement progressif des ressources halieutiques dans tous les océans. Leur sort est le résultat direct de plusieurs décennies de pêche mondiale incontrôlée, encouragée par les rivalités politiques, la rapacité, la corruption, la mauvaise gestion et l'indifférence de l'opinion.

Daniel Pauly, océanographe à l'université de Colombie-Britannique (ouest du Canada), considère le chinchard du Pacifique sud comme un indicateur inquiétant. "Quand il aura disparu, tout le reste aura disparu, estime-t-il. C'est une frontière qui se fermera."

Des délégués d'au moins vingt pays se réunissent le 30 janvier à Santiago pour une rencontre annuelle afin de tenter de trouver des mesures susceptibles d'enrayer le pillage : la South Pacific Regional Fisheries Management Organization (SPRFMO) a été créée en 2006 à l'initiative de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Chili, lequel évite généralement de s'impliquer dans des organismes internationaux. Son objectif était de protéger les poissons, notamment le chinchard. Mais il aura fallu près de quatre ans à quatorze pays pour adopter 45 articles provisoires visant à assurer cette protection. Jusqu'à présent, six pays seulement ont ratifié l'accord. Pendant ce temps, des flottes industrielles qui ne sont soumises qu'à une retenue volontaire se livrent à une compétition effrénée dans ce no man's land aquatique du bout du monde. Les scientifiques estiment qu'entre 2006 et 2011, les stocks de chinchards ont chuté de 63 %.

Pour devenir contraignante, la convention de la SPRFMO a besoin de huit nouvelles signatures, parmi lesquelles celle d'un pays côtier sud-américain. Le Chili, qui a pourtant joué un rôle de premier plan pour mettre en place l'organisation, n'a toujours pas ratifié la convention.

Au départ, la SPRFMO avait décidé de fixer chaque année aux pays membres des quotas fondés sur le tonnage annuel total des bateaux que chacun d'entre eux aurait déployés entre 2007 et 2009. Pour s'assurer un tonnage maximum, les flottes se ruèrent alors vers le sud. Et les chalutiers chinois arrivèrent en masse, parmi d'autres bateaux provenant d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Sud.

L'un de ces nouveaux venus, l'Atlantic-Dawn, était à l'époque le plus gros bateau de pêche du monde. Jaugeant quelque 14 000 tonnes, il avait été construit pour des armateurs irlandais, puis racheté par l'entreprise néerlandaise Parlevliet & Van der Plas, qui le rebaptisa Annelies-Ilena. Ce genre de super-chalutier traque le chinchard avec des filets dont les ouvertures peuvent mesurer jusqu'à 25 mètres sur 80 mètres. Quand on remonte les chaluts, les poissons sont aspirés vers les cales par des tubes suceurs semblables à des aspirateurs géants.

Gerard van Balsfoort, président de la Pelagic Freezer-trawler Association (PFA), un organisme basé en Hollande qui représente neuf entreprises et 25 bateaux battant pavillon de l'Union européenne (UE), confirme l'évidence : comme les autres, les Néerlandais sont allés dans le Pacifique sud pour marquer leur territoire. "C'était l'une des rares zones où l'on pouvait pénétrer librement, explique Gerard van Balsfoort. On savait bien que trop de bateaux risquaient de se retrouver là-bas, mais nous n'avions pas le choix. Plus vous tardiez à prendre votre décision, plus vous risquiez de trouver porte close." En 2010, la SPRFMO a dénombré 75 bateaux pêchant dans sa zone.

La ruée sur le chinchard a également attiré le premier acteur commercial du secteur, le Pacific Andes International Holdings, ou PacAndes, basé à Hongkong. L'entreprise a dépensé 100 millions de dollars en 2008 (77,5 millions d'euros) pour convertir un tanker de 228 mètres de long et de 50 000 tonnes en une usine flottante baptisée Lafayette. D'une longueur supérieure à deux terrains de football, le Lafayette, qui navigue sous pavillon russe, aspire directement les poissons pris dans les chaluts immergés puis les congèle par blocs. Des navires réfrigérés les transportent ensuite vers de lointains ports.

S'il opérait tous les jours, le Lafayette aurait à lui seul la capacité technique de traiter 547 000 tonnes de poisson par an. En septembre 2011, les scientifiques sont parvenus à la conclusion que des prises d'un montant annuel supérieur à 520 000 tonnes réduiraient un peu plus les stocks restants de chinchards. Cristian Canales, qui travaille pour le centre de recherche chilien de la pêche, estime que 250 000 tonnes constitueraient une limite plus sûre. En désaccord avec ces chiffres, certains experts affirment que le seul moyen de reconstituer les stocks serait d'interdire totalement la pêche durant cinq ans.

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) affirme que les flottes mondiales de pêche sont "2,5 fois plus importantes que nécessaire". Cette estimation a été faite à partir d'un rapport établi en 1998 ; depuis lors, la taille des flottes a encore augmenté. Si elles ne sont pas réglementées, elles pourraient rapidement dévaster les stocks.

Selon les experts, une bonne part de cette surcapacité a été provoquée par les subventions gouvernementales, notamment en Europe et en Asie. Un important rapport, rédigé par Rashid Sumaila en collaboration avec l'océanographe Pauly et d'autres spécialistes de l'université de Colombie-Britannique, estime qu'en 2003 - date des dernières données disponibles -, le montant global des subventions à la pêche se situait entre 25 milliards et 29 milliards de dollars. Entre 15 % et 30 % de ces subventions paient le carburant nécessaire pour rejoindre les zones de pêche, tandis que 60 % sont consacrés à moderniser et accroître la capacité des équipements. L'étude indique que les subventions chinoises s'élevaient à 4,14 milliards de dollars, et celles de la Russie à 1,48 milliard de dollars.

Un rapport publié en décembre 2011 par le groupe écologiste Greenpeace se penche notamment sur le cas de PFA, l'association hollandaise, qui représente aussi l'Annelies-Ilena. Greenpeace a découvert que le groupe avait bénéficié de 2006 à 2011 d'une exemption de taxes sur le carburant pour un montant situé entre 20,9 et 78,2 millions d'euros. Compilé par un consultant indépendant pour le compte de Greenpeace, le rapport estime que les profits annuels moyens de PFA, soit environ 55 millions d'euros, n'atteindraient, selon une hypothèse optimiste, que 7 millions d'euros sans l'aide du contribuable. Selon l'hypothèse la plus pessimiste, PFA perdrait en réalité 50,3 millions d'euros. Des fonds de l'Union européenne - ainsi qu'un soutien financier de la part de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France - ont aidé PFA à construire ou à moderniser quinze chalutiers, soit plus de la moitié de sa flotte.

D'après les données de la Commission européenne présentées sur le site Fishsubsidy.org, l'Helen-Mary de PFA, qui a commencé à pêcher dans le Pacifique sud en 2007, a reçu 6,4 millions d'euros de subventions entre 1994 et 2006, soit plus que tout autre navire de pêche de l'UE. Van Balsfoort, le président de PFA, ne conteste pas les montants des subventions mais souligne que les exemptions de taxe sur le carburant sont routinières dans l'industrie de la pêche. Il précise que l'Helen-Mary et un autre navire de PFA étaient de vieux chalutiers est-allemands qui ont été rénovés avec l'appui de l'Allemagne après la réunification.

Selon la pratique internationale, les bateaux peuvent pêcher librement dans les zones qui ne sont pas couvertes par des accords ratifiés. L'Union européenne demande toutefois aux bateaux des Etats membres de considérer les mesures provisoires de la SPRFMO comme juridiquement contraignantes. En outre, les pays de l'UE doivent se répartir un quota annuel de prises pour le chinchard. Mais cela n'empêche pas les propriétaires des navires de contourner ces règles.

Unimed Glory, par exemple, une filiale de la compagnie grecque Laskaridis Shipping, gère trois chalutiers dans le Pacifique sud. Ils appartiennent à des propriétaires grecs, donc membres d'un pays de l'UE. Mais, naviguant sous pavillon de Vanuatu, une île du Pacifique, ils opèrent en dehors du contrôle de Bruxelles et peuvent en conséquence pêcher plus de chinchards que ce que leur autoriserait une part du quota européen.

Per Pevik, l'administrateur norvégien d'Unimed Glory, a déclaré à l'ICIJ que, étant donné que Vanuatu ne répond pas aux normes sanitaires de l'UE, le chinchard que ses bateaux rapportent ne peut être commercialisé en Europe. Il le vend donc en Afrique. A la question de savoir si les autorités européennes voient la moindre objection à ce qu'il navigue sous pavillon de Vanuatu, il répond : "Non, on ne m'embête pas avec ça."

Les transbordements de prises en pleine mer empêchent également un contrôle efficace. Une fois que le poisson est chargé sur des navires réfrigérés à long rayon d'action, son origine peut être aisément dissimulée.

Après des années de pêche agressive, les flottes industrielles trouvent de moins en moins de chinchards dans le Pacifique sud : l'ensemble des navires voguant sous des pavillons appartenant à l'Union européenne ont capturé plus de 111 000 tonnes de chinchards en 2009 ; l'année suivante, les prises ont été de 40 % inférieures ; en 2011, le total a atteint péniblement 2 261 tonnes.

Aujourd'hui, Gerard van Balsfoort, le patron de PFA, pense qu'on a trop pêché à un moment où les stocks de chinchards connaissaient une phase de diminution naturelle. "On a beaucoup trop prélevé en trop peu de temps. L'ensemble de la flotte est responsable", y compris PFA, précise-t-il.

PacAndes, l'autre grand acteur, constitue un mystère à l'intérieur d'une énigme. Son navire amiral de 50 000 tonnes, le Lafayette, est enregistré auprès de la compagnie d'investissement Kredo à Moscou et navigue sous pavillon russe. Kredo - au travers de quatre autres filiales - appartient au China Fishery Group de Singapour, lui-même domicilié dans les îles Caïmans.

China Fishery et Pacific Andes Resources Development appartiennent au holding Pacific Andes International, basé à Hongkong mais qui dépend d'un autre holding enregistré aux Bermudes. PacAndes, qui est coté à la Bourse d'Hongkong, réunit plus d'une centaine de filiales dans ses diverses branches ; néanmoins, son réseau mondial en partie opaque comprend de nombreuses autres filiales. Un de ses principaux investisseurs est le groupe américain Carlyle, qui a acquis pour 150 millions de dollars d'actions en 2010.

Le China Fishery Group a annoncé en 2011 une hausse de 27,2 % de ses revenus, qui sont passés de 538,9 millions à 685,5 millions de dollars, ce qui représente 55 % des revenus d'activité de PacAndes. La compagnie attribue cette hausse au renforcement de ses opérations dans le Pacifique sud et au succès de ses unités de production de farine de poisson au Pérou.

Ng Joo Siang, 52 ans, jovial diplômé de l'université de Louisiane et grand amateur de golf, dirige PacAndes comme l'affaire familiale qu'elle est restée malgré son inscription en Bourse. Son père, un Chinois de Malaisie, a emmené toute la famille à Hongkong en 1986 pour y lancer une affaire de produits alimentaires marins. Lorsque le conseil d'administration se réunit dans la sobre salle de conférence dominant le port, c'est sous son portrait accroché au mur que s'installent sa veuve, actuelle présidente de l'entreprise, ses trois fils et sa fille.

"Mon père m'avait dit que les océans étaient sans limite, explique Ng Joo Siang. Mais c'était une erreur. Nous ne voulons pas porter tort aux ressources, ni que l'on nous reproche de les avoir dégradées. Je pense que cela mécontenterait nos actionnaires. Et je ne crois pas que nos enfants apprécieraient." Il admet avec regret que PacAndes est confronté à un grave problème d'image.

En 2002, une compagnie affiliée à PacAndes a été accusée de pêche illégale dans l'Antarctique. Ng Joo Siang nie toute malversation et tout lien avec les bateaux incriminés, mais ses adversaires maintiennent leurs accusations. Des diplomates néo-zélandais ont raconté à l'ICIJ qu'à l'époque un avocat russe travaillant pour la compagnie en cause aurait menacé un cadre des pêcheries d'Auckland en lui montrant des photos de sa famille. Invité à commenter cette information, Ng Joo Siang la nie catégoriquement et la qualifie de nouvelle calomnie lancée par des gens que le succès de PacAndes contrarie.

Résolu à restaurer l'image de sa compagnie, Ng Joo Siang a engagé un spécialiste de la responsabilité sociale en entreprise et affirme qu'il est prêt à accueillir des scientifiques à bord de ses navires afin d'aider à la préservation des stocks de poisson. Mais lorsqu'on mentionne devant lui la limite de 520 000 tonnes de poisson pêché recommandée par la SPRFMO, il s'esclaffe. "Et c'est fondé sur quoi, ce chiffre ?", interroge-t-il en tendant son index mouillé comme pour relever la direction du vent.

Ng Joo Siang explique que le Lafayette arbore un pavillon russe parce qu'il a concrétisé une vieille idée soviétique : un navire amiral qui reste immobile en mer et récupère les prises effectuées par une flottille de petits chalutiers. Des experts du secteur soupçonnent qu'une autre raison est l'opacité dans laquelle baignent les activités industrielles en Russie. Le Lafayette, indique Ng Joo Siang, ne peut pas lui-même pêcher, mais il peut servir à mettre en place un "chalut de paire" : maintenir l'extrémité d'un filet relié à un autre navire, lequel hisse les prises à son bord. Une inspection française effectuée à Tahiti en janvier 2010 n'a trouvé aucun équipement de pêche à son bord.

Roberto Cesari, principal délégué de l'UE auprès de la SPRFMO, qui doit se réunir le 30 janvier, a déclaré à l'ICIJ qu'il n'attend pas de ratification des accords avant 2013. Les textes entreraient donc en vigueur après sept années de forte chute des stocks de chinchards. La SPRFMO a réduit de 40 % les quotas volontaires pour l'année 2011, mais la Chine, entre autres, s'y est tout d'abord refusée. Pékin a toutefois fini par accepter de réduire ses quotas de 30 %. Selon Roberto Cesari, l'UE tente de faire pression pour parvenir à un indispensable consensus, mais son poids est limité. "Nous avons officiellement fait part de notre mécontentement à la Chine et à la Russie, indique-t-il. Mais chacun sait bien que ces deux pays ne sont pas des acteurs de second plan sur la scène internationale. Ce sont des géants."

Duncan Currie, juriste environnemental en Nouvelle-Zélande qui travaille avec la Deep Seas Conservation Coalition, considère la situation du chinchard comme un cas d'école. Ce poisson se déplace en bancs dans une zone bien délimitée et est pourchassé par un nombre relativement restreint de flottes. "Une question-clé vient immédiatement à l'esprit, conclut-il. Si nous n'arrivons pas à sauver le chinchard, que pourrons-nous sauver ?"

Traduit de l'anglais par Gilles Berton

Lire l'article sur Iwatchnews

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Le 6 Décembre 2014

Le Panda et le saumon : la face sombre du WWF

Wilfried Huismann, Pandaleaks : The Dark Side of the WWF, éd Nordbook, Bremen, 2014, 260p

En 2012, le journaliste allemand Wilfried Huismann a publié son enquête sur le WWF en Allemagne et elle a eu un grand retentissement. Il nous donne maintenant une version en anglais, complétée et revue. Il a rencontré des dirigeants du WWF, quand ils ont accepté de le recevoir et de répondre à ses questions, et il a aussi reçu de nombreux témoignages d’anciens membres de l’organisation -ou actuels- sur le malaise que suscitent en son sein les liens étroits qu’entretient le WWF avec les grandes multinationales, y compris celles qui sont considérées comme les plus grands pollueurs et destructeurs de l’environnement. Il ne met pas en cause la sincérité des salariés de l’ONGE, et il reconnaît que le travail de terrain peut être respectable,  il constate simplement que les plus hautes instances du WWF négocient avec de grandes sociétés multinationales et les contestent de moins en moins, au point de couvrir et même de favoriser l’expansion de pratiques inacceptables. Il analyse ainsi les rapports avec Coca Cola, les liens avec les défenseurs de l’apartheid, avec Monsanto et les grands producteurs d’huile de palme et de soja. Il confronte les intentions affichées par le WWF avec les réalités sur le terrain. Or, toutes les enquêtes de terrain menées par W Huismann montrent que les entreprises liées au WWF ne respectent pas leurs engagements, pourtant bien limités. Malgré ces constats alarmants, le WWF continue d’assurer qu’il contribue à l’amélioration des pratiques de ces grandes sociétés, en Afrique, au Mexique, au Brésil, en Argentine, en Inde et en Indonésie. L’enquête montre qu’elles poursuivent la déforestation, la destruction des sols, des ressources en eau. Elles sacrifient des communautés indigènes et paysannes et le WWF soutient cette politique, malgré ses engagements en faveur des droits des indigènes . Loin de contribuer à la protection de la nature et des populations qui en vivent, selon W Huismann, le WWF couvre les turpitudes et les pratiques scandaleuses des sociétés qui le financent. Pire, il permet ainsi à ces multinationales d’étendre leurs activités destructrices, comme en Indonésie, au Chili ou en Argentine.

Le WWF et le roi du saumon

L’entreprise norvégienne Marine Harvest réalise près du quart (plus de 400 000t en 2014) de la production mondiale de saumon d’élevage. L’ensemble des entreprises norvégiennes contrôle 90% de cette production et John Fredriksen, propriétaire de Marine Harvest, est considéré comme le roi du saumon. Son entreprise produit du saumon en Norvège, en Ecosse, au Chili et elle le transforme dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie. Avec 10 000 employés dans 23 pays, elle est le leader de la « révolution bleue ». En 2008, le WWF a signé un accord de partenariat avec Marine Harvest pour promouvoir l’aquaculture durable suivant les canons de la certification ASC (Aquaculture Stewardship Council), conçue sous l’égide du WWF et lancée officiellement en 2009.

Carte extraite de l'article de Global magazine : L'or rose en chute libre

Cette même année, le Chili a connu un désastre dans ses fermes aquacoles, le virus ISA (Anémie Infectieuse du Saumon), apparu en 2007, a touché une grande partie des élevages, entraînant la mort de millions de saumons, du nord au sud du pays. Cette crise jette une lumière crue sur les pratiques des entreprises aquacoles du Chili. Marine Harvest, en Norvège, subit des contrôles et chaque année, les concessions peuvent être retirées ; l’usage des antibiotiques est réduit et souvent absent, la densité des élevages est nettement plus faible qu’au Chili. Il en résulte que l’épidémie a été maîtrisée en Norvège alors qu’elle ne le fut pas du tout au Chili . L’ISA n’est pas la seule maladie, sur 478 élevages, 420 sont infestés de poux et les saumons sont touchés par une vingtaine de maladies. L’usage des antibiotiques est hors contrôle, 800 fois plus élevé qu’en Norvège et même 36 000 fois, selon un biologiste chilien . L’environnement marin est sacrifié, les fonds marins sous les cages sont en état d’anoxie (sans oxygène), les saumons échappés des cages ont modifié les espèces locales et la biodiversité. Les ressources qui faisaient vivre les pêcheurs sont détruites et n’offrent plus d’alternative aux employés des élevages et des ateliers de transformation qui se retrouvent sans emploi et sans revenu. La pêche chilienne se trouve sous la dépendance des industriels du saumon à qui les pêcheurs fournissent les poissons pour la farine et l’aliment : « Nous ne sommes que des esclaves des multinationales, il ne reste plus de pêcheurs indépendants au Chili » déclare un patron pêcheur à Wilfried Huismann. Le gouvernement a favorisé une véritable mafia du saumon, sans contrôle. Les dirigeants de Marine Harvest reconnaissent leurs erreurs face à cette catastrophe, mais ils l’ont organisée, par appât du gain, et n’ont nullement respecté les règles imposées en Norvège. Malgré ces responsabilités évidentes, en 2011, le WWF a signé un accord de partenariat avec cette entreprise, au nom de progrès futurs. Le WWF vient de recevoir, en novembre 2014, d’importantes subventions de la part des grandes entreprises chiliennes pour accompagner le « verdissement » de l’aquaculture et sa labellisation ASC. Pour l’ONG Ecoceanaos, ce partenariat, c’est l’annonce d’une catastrophe et l’extension des zones d’élevage .  En l’absence de règles contraignantes fixées et contrôlées par l’Etat, les entreprises feront ce qu’elles voudront en cherchant, peut-être, à éviter la catastrophe dans leurs nouvelles implantations. Ce n’est pas le WWF qui les dénoncera si elles continuent de dégrader l’environnement, tant il est lié à leurs financements. Le WWF apporte plutôt une caution verte à des entreprises déconsidérées par leur comportement et leur mépris de l’environnement et des droits sociaux. Au sein même du WWF International, ces accords sont considérés comme honteux par certains responsables, en privé…



L’enquête ne concerne pas la pêche et le Marine Stewardship Council (MSC), premier label lancé en 1995 par le WWF et Unilever. Ce label certifie des pêcheries durables, mais ces pêcheries sont déjà suivies par les services scientifiques et le label ne vient que conforter des pêcheries déjà bien gérées. Certains parlent d’un racket, car il faut payer cher une certification qui est de plus en plus souvent exigée par la grande distribution. Walmart est un des grands soutiens à cette politique et Carrefour vient de s’y mettre en France. La fondation Walmart finance le WWF pour promouvoir ce label. Les organisations de pêcheurs artisans ont pris fortement position contre ce type de labellisation lors de la rencontre de Bangkok en 2008. Des chercheurs considèrent que cette certification renforce les logiques de privatisation : «La certification et l’éco-labellisation privatisent la gouvernance des pêches de plusieurs façons largement méconnues, par la création de nouvelles formes de droits exclusifs et de privilèges dans des situations de gestion commune déjà compliquées par des droits d’accès et de propriété, créant ainsi les conditions de confusions, de conflits mais aussi de coopération ».

Cette certification met les pêcheurs artisans entre les mains de la grande distribution qui contrôle leur accès au marché.

L’environnement et les affaires contre les droits humains.

« Au cas où je me réincarnerais, j’aimerais revivre sous la forme d’un virus mortel, afin de contribuer à résoudre le problème de la surpopulation » Voilà ce que déclarait le Prince Philip, Duc d’Edimbourg, dans une interview en 1988. Il était alors président du WWF, puisqu’il le fut de 1981 à 1996. Il était aussi l’un des fondateurs du WWF en 1961. Une telle déclaration n’est pas un épiphénomène pour le WWF, elle témoigne de l’existence en son sein d’un courant profondément réactionnaire qui se retrouve au plus haut niveau, ce qui explique les choix de l’organisation. Le WWF entretient des relations étroites avec les grandes sociétés multinationales dans de nombreux domaines : la pêche, l’aquaculture, l’huile de palme, le soja, les forêts, etc. Le WWF s’est fait une spécialité dans le développement de dialogues et de tables rondes avec les grandes entreprises, y compris les plus critiquées pour leur mépris de l’environnement. Ainsi le WWF n’hésite pas à collaborer avec Monsanto. Mais cet affairisme, revendiqué au nom d’une amélioration des pratiques de ces puissantes sociétés, va jusqu’à la collaboration avec des groupes et des hommes qui sont les piliers des régimes les plus réactionnaires et dictatoriaux. L’exemple le plus significatif analysé par W Huismann est celui de José Martinez de Hoz. Il a été membre fondateur de la Fondacion Vida Silvestre (FVSA), partenaire du WWF en Argentine. Il est membre influent du WWF international en tant que membre du club des 1001, un club fermé de 1001 membres où figure le gotha des multinationales et des têtes couronnées d’Europe qui financent le WWF. Mais il a été également membre du gouvernement de Videla, comme ministre de l’économie, et il a depuis été condamné pour crimes contre l’humanité. Il a participé à la promotion du soja en Argentine et au développement des OGM. L’autre grand partenaire du WWF a été Hector Laurence, président de FVSA de 1998 à 2008, et représentant de deux filiales de Dupont en Argentine, promoteur du soja OGM. La présence de tels personnages dans les instances dirigeantes du WWF n’est pas un accident. Elle est la manifestation des liens étroits établis par le WWF, depuis sa création en 1961, avec les milieux les plus réactionnaires partenaires des fondateurs. En Afrique du Sud, le WWF est né au sein des milieux défenseurs de l’apartheid. Le premier président du WWF a été le prince Bernhard des Pays-Bas, connu pour son passé nazi et ses liens avec les industriels de l’armement. Les accusations de corruption l’ont amené à quitter la présidence du WWF, il a été remplacé par le Prince Philip…

Malgré ces turpitudes, qui ne sont qu’un échantillon de toutes celles dévoilées par l’enquête de Wilfried Huismann, le WWF reste la meilleure marque environnementale pour réaliser du verdissement à bon compte, et il sait la vendre.

Alain Le Sann
Décembre 2014

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Chili

Le dernier jour de Bachelet. Privatiser le littoral de la mer australe ?

de Franck Gaudichaud, extrait de l'article de Forum des alternatives : Tremblement de terre politique et retour des Chicago boys au Chili

Et s’il fallait essayer d’expliquer pourquoi la Concertation est honnie de toute une partie du mouvement social et critiquée par de nombreux militants de gauche (y compris du Parti socialiste) ; s’il fallait tenter de montrer de quoi le social-libéralisme est-il le nom au Chili, on pourrait alors s’en tenir au denier jour de la présidence Bachelet. Ce 10 mars 2010, c’est avec l’approbation du dernier exécutif de la Concertation qu’est paraphée la réforme de la Loi générale de pêche et d’agriculture. L’objectif ? Tout simplement, venir en aide aux transnationales de saumon d’élevage qui ont inondé les côtes du sud du pays depuis des années et connaissent de graves difficultés. Crise sanitaire tout d’abord, conséquence d’un mode de production aberrant qui a dévasté une partie du littoral à coup de colorant, hormones, antibiotiques, surpêche (pour nourrir les saumons !). Crise économique ensuite. Alors que cette industrie était censée être un des moteurs de l’économie, elle a été engagée sur la voix d’une rentabilité à tout prix, basée sur une exportation de masse aux quatre coins de la planète (Japon, Etats-Unis, UE). Le développement exponentiel d’un virus (virus ISA) a affecté toute la chaîne, et c’est ce modèle d’élevage intensif entièrement dépendant du marché mondial s’est affaissé violemment |3|. Cette « agonie du saumon » a provoqué une chute de la production de plus de 30% entre 2007 et 2008 et le licenciement de milliers travailleurs (plus de 15.000) |4|.

Vues les conditions offertes, en 20 ans, les capitaux ont afflué de toute part, à commencer par la transnationale hollandaise Nutreco (plus grosse productrice mondiale) mais aussi des entreprises norvégiennes, japonaises, canadiennes et espagnoles. Le patronat chilien n’est pas en reste puisqu’il détient 55% de la filière. N’en déplaise aux écologistes et aux pécheurs artisanaux (dont la vie a été ruinée), le Chili est devenu le second producteur de la planète, avec plus de 650 000 tonnes de saumon en 2007 et, en valeur, cette denrée représente le 4° poste d’exportation nationale |5|. Rapidement c’est un véritable lobby du saumon qui a fait son apparition au sein des institutions et de la société civile. Ainsi, alors que le secteur affiche désormais une dette de deux milliards de dollars, la proposition du gouvernement Bachelet a été de garantir le déblocage d’un fonds public de 450 millions de dollars. Les banques restant méfiantes, le projet de loi prévoit aussi une modification des règles de production, un meilleur confinement des poissons, une rotation régulière dans les lieux d’élevage et… la concession de milliers d’hectares de mer et de terre ferme offerte comme garantie hypothécaire auprès des banques ! Comme le rappellent les responsables de la campagne « Sauvons la mer chilienne », « Jamais dans l’histoire aucun pays n’avait permis d’hypothéquer la mer. Ce n’est pas seulement un scandale, c’est aussi le renoncement de notre pays à la souveraineté sur son territoire » |6|. Au lieu de s’inscrire dans le sillage d’Allende qui avait exproprié les grandes compagnies de cuivre (“le salaire du Chili”), le gouvernement Bachelet se sera montré beaucoup moins glorieux aux yeux de l’histoire… |7|

|3| Voir le dossier « Industria salmonera en Chile » de l’OLCA (Observatorio Latinoamericano de Conflictos Ambientales), www.olca.cl/oca/chile/region11/salmoneras.htm.
|4| Darío Zambra B., « La agonía del salmón », La Nación Domingo, 15 mars 2009.
|5| Arnaldo Pérez Guerra, “Chile : Salmoneras, crecimiento a cualquier costo”, 28 août 2003, www.ecoportal.net/content/view/full/21441
|6| Cette loi pourrait d’ailleurs être déclarée inconstitutionnelle puisqu’un recours a été présenté par 34 députés et 12 sénateurs devant le tribunal constitutionnel.
|7| Certains journalistes et militants ont même eu le mauvais gout de faire le parallèle avec le Général Pinochet qui avait lui aussi la veille de son départ, fait passer subrepticement (et en dictature) une loi léonine favorisant les intérêts de l’éducation privée dans le système scolaire du pays.

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Illustrations :
  • Haut : Montage de deux photos (Gauche : Manifestation à Santiago du Chili au moment des derniers jours de Pinochet à la tête de l'Etat chilien (décembre 1989 - Philippe Favrelière) / Droite : Manifestation à Notre-Dame-des-Landes (fin 2012 - Jean Rumain Overblog)
  • Centre : Retour de pêche dans la Caleta Portales à Valparaiso (Chili 1989 - Philippe Favrelière)
  • Bas : Vente de poisson dans la Caleta Portales à Valparaiso (Chili 1989 - Philippe Favrelière)

    4 commentaires:

    Hippolyte a dit…

    Dans le blog "Carnetschiliens" dont est extrait le texte cité ici, on nous montre une photo d'une manifestation organisée CONTRE le projet de loi de Pablo Longueira (photo prise le 30 octobre). On y reconnaît, sans aucune ambiguïté possible, les militants de Greenpeace. Le rôle actif de Greenpeace dans cette opposition au projet de loi de Pablo Longueira est d'ailleurs rapporté par plusieurs sites anglophones de l'internet.

    On nous dit ici que les ONG Greenpeace et Oceana ont "salué" la loi Longueira.

    Alors… où est la vérité ?

    Aquablog a dit…

    Bonjour,

    Il est possible que des militants de Greenpeace Chile soient sur la photo pour contester le projet de loi Longueira...

    Mais il faut savoir que la loi sur la pêche au Chili a été l’objet de nombreuses tractations pour en arriver à la privatisation du poisson et qu’une partie des pêcheurs artisans (dont Conapach à vérifier) et des militants d’ONG environnementales n’ont rien fait contre la main mise sur la ressource par un petit nombre d’opérateurs (7 familles chiliennes et 3 sociétés étrangères).

    En contre partie de quoi ?

    Les ONGE ont l’interdiction du chalutage de fond...

    Oceana celebra que Comisión de Pesca del Senado aprobara restricciones a pesca de arrastre
    http://www.emol.com/noticias/economia/2012/11/14/569636/oceana-celebra-aprobacion-de-fuertes-restricciones-a-la-pesca-de-arrastre.html

    Je vais reprendre ma documentation par rapport à Greenpeace...

    Hippolyte a dit…

    Je pense que Oceana et Greenpeace ont effectivement soutenu certains aspects de la réforme de Longueira.

    Il était par exemple de notoriété publique que les Chiliens, avec les excès commis par leurs pêcheries industrielles de petits pélagiques, étaient en passe d'exterminer de nombreux stocks de cette région du Pacifique Sud (chinchard, anchois…).

    Le Monde Geo et Politique avait publié à ce sujet, en janvier 2012, un article intitulé "Au Chili, vingt ans de massacre et des quotas toujours élevés".

    L'ONG Greenpeace réclamait une instance établissant des quotas chiliens en accord avec les avis scientifiques. Elle semble avoir en partie obtenu satisfaction. Les pêcheries industrielles ne se sont pas opposées à cette mesure car elles ont bien compris qu'il en allait de leur survie.

    La question qui se pose est de savoir pourquoi les gouvernements précédents n'ont rien fait dans ce domaine.

    Quant au monopole de la pêche industrielle détenu par une poignée de compagnies, il ne date pas d'aujourd'hui.

    Un article qui a le mérite d'être en anglais (c'est un avis personnel parce que je ne parle pas l'espagnol) :
    http://www.fis.com/fis/worldnews/worldnews.asp?monthyear=11-2012&day=30&id=57240&l=e&country=&special=&ndb=1&df=0

    Aquablog a dit…

    Bonjour,

    Au Chili, l'activité halieutique est "cadenassée" depuis fort longtemps... Et il est peu probable que le système d'exploitation halieutique en place change en profondeur... A l'image de la salmoniculture qui devait prendre des mesures zootechniques après la crise Isa, et qui semble-t-il continue qa course au saumon toujours plus au Sud de la Patagonie chilienne...

    Je vous invite à lire l'exposé de Tacon et Métian sur Poisson et Qualité/sécurité alimentaire dans le monde, rajouté en bas de l'article...