jeudi 16 août 2012

Opération commando : Libération de 1000 thons rouges en Croatie

L’organisation néerlandaise « The Black Fish » a mené une véritable opération commando sur les côtes de Croatie… Mi-juillet 2012, des plongeurs ont libéré 1000 thons rouges, en captivité dans les cages d’engraissement de la société Kali Tuna.

Le récit de l'opération par Wikiocean

Un commando de plongeurs de l’association The Black Fish vient de libérer plus d’un millier de thons rouges élevés dans des fermes aquacoles en mer Adriatique. De nuit, des plongeurs militants ont réussi à défier la sécurité de ces fermes croates, près de l’île de Ugljan, pour s’approcher des vastes cages où sont élevés des thons rouges par milliers, une espèce gravement menacée, dont la chair atteint des prix exorbitants et donne lieu à de multiples trafics pour devenir du sushi en Asie. Ce commerce engendre des fortunes qui poussent les contrebandiers à défier les lois internationales. L’organisation intergouvernementale supposée protéger les thonidés de l’Atlantique (ICCAT) semble incapable de juguler la pêche illégale, et l’espèce (Thunnus Thynnus) est au bord de l’extinction. On estime que 90 % des thons rouges d’Atlantique ont été éradiqués ces 30 dernières années. Suite sur Wikiocean

La société croate Kali Tuna

Kali Tuna dépend du groupe Umami Sustainable Seafood Inc. Cette société d'aquaculture basée à San Diego (Californie) s’est spécialisée à la fin des années 1990 dans l’engraissement des thons rouges pour approvisionner les marchés mondiaux du sashimi. La société a réalisé un chiffre d’affaires net de 57 millions de dollars en 2011 et elle emploie environ 500 personnes sur deux sites d’élevage, en Croatie (Thon rouge du Nord) et au Mexique (Thon rouge du Sud).

Située près de la ville de Zadar, la filiale croate Kali Tuna engraisse du thon rouge du Nord (Thunnus thynnus) sur 4 concessions (avec 32 cages au total). Son potentiel d'élevage s'élève à 5030 tonnes. En 2011, Kali Tuna a produit 1317 tonnes de thon rouge…

L’engraissement de poisson, une forme de pisciculture ?

Dans le monde, l’engraissement de poisson concerne les espèces dont la reproduction n’est toujours pas maitrisée… Elles sont prélevées dans le milieu naturel le plus souvent au stade juvénile…

Ce type d’élevage concerne tout particulièrement deux espèces de poisson, la sériole et l’anguille et dans une moindre mesure le thon rouge. Le Japon produit près de 200.000 tonnes de sériole chaque année.

L'opération commando de Blackfish est-elle justifiée ?

Selon The Black Fish, Kali Tuna met en cages d’engraissement des thons rouges trop petits, dont le poids est inférieur aux 30 kg autorisés.

Ne vaut-il pas mieux engraisser les thons les plus petits (en surnombre actuellement) et laisser en liberté les plus gros pour la reproduction ?

17.000 tonnes de petits pélagiques !

Le scandale n’est pas la taille des thons mis en cages d’élevage. C’est plutôt l’engraissement de cette espèce de poisson super-carnivore.

Kali Tuna dispose de 7 pélagiques à travers sa filiale Lubin. Pendant la période de pêche (1 mois en 2012), les bateaux capturent les thons rouges en Méditerranée et Adriatique. Le reste de l'année, toute cette flottille approvisionne l'élevage en petits pélagiques frais.

Le taux de conversion des aliments (ou FIFO) est de 13:1 selon les indications de la société Kali Tuna d.o.o.. Traduction en tonnage : Pour engraisser les 1317 tonnes de thon rouge récoltées en 2011, la société a capturé l’équivalent de 17.000 tonnes de petits pélagiques en mer Adriatique !

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Pour aller plus loin...

"Mener des combats moins populaires que le thon rouge" (Marsactu)

Fondée en 2010 par d'anciens membres d'équipages d'ONG militant pour la protection des océans, Black Fish va débarquer l'année prochaine en Méditerranée, avec une cible principale qui suscite déjà beaucoup d'attention : la pêche illégale du thon rouge. Son directeur international Wietse van der Werf nous détaille la démarche.

Marsactu : Black Fish est basé à Amterdam, avec des groupes actifs surtout dans le Nord de l'Europe. Avez-vous des relais en France et en Méditerranée pour mener votre campagne ?

Wietse van der Werf : Actuellement, nous n'avons pas de groupe ici. Mais la France a une très longue tradition de défense de l'environnement marin, avec des figures comme Cousteau. Nous sentons beaucoup d'intérêt des Français et nous allons descendre dans les prochains mois préparer le terrain, avant de lancer la campagne au début de l'année 2013.

On a déjà vu ces dernières années en Méditerranées d'autres ONG (Greenpeace et Sea Sherpherd) mener la bataille sur le thon rouge. Comment vous différenciez-vous et que pouvez-vous apporter de plus ?

La différence principale est que nous n'allons pas prendre un bateau, mener des actions, essayer d'amener à une prise de conscience, puis partir. Nous allons rester, pendant au moins trois ans. Bien sûr, nous avons besoin d'argent, pour mener nos campagnes, mais nous sommes une organisation plus petite, avec des bateaux plus petits. Nous sommes tous bénévoles, même si ceux qui sont à plein temps voient leur dépenses couvertes. Autre différence : nous comptons bâtir une communauté, en impliquant beaucoup de gens ordinaires. Outre l'aide (nourriture, dons etc.) dans les ports où nous passerons, les gens peuvent participer depuis leur propre bateau en nous fournissant des informations. Nous allons avoir beaucoup d'yeux en Méditerranée...

Comment allez-vous opérer ? Quand on libère des thons d'une ferme d'engraissement, ce n'est pas aller contre la pêche illégale...

Vous faites référence à l'opération que nous avons menée en Croatie en 2010. Cette année-là, l'ICCAT (l'organisation internationale chargée de contrôler la pêche et le commerce des thons, ndlr) a décidé que les thons rouges devaient faire au moins 30 kilos. Mais en même temps, elle a accordé une dérogation à la Croatie, au nom de sa pêche traditionnelle. Sauf que la mer Adriatique est une des zones où les jeunes poissons sont très présents, et que les fermes d'engraissement ne font pas partie de la « tradition » en Croatie. On va se concentrer sur les pratiques les plus destructrices et illégales, mais lorsque les règles sont tellement injustes, il faut pousser.

Et votre but politique est de faire tomber à zéro le quota de captures légales...

C'est notre objectif. Nous considérons que c'est une espèce tellement menacée qu'il ne devrait plus être autorisé de la pêcher. La seule raison pour laquelle ce n'est pas le cas, c'est que, lorsque les scientifiques émettent un avis, la décision est au final politique. Comme dit une vieille expression, les pêcheurs votent, pas les poissons...

Pourtant ces derniers temps, on a observé des signaux positifs indiquant que les dernières mesures et quotas semblaient faire leurs preuves...

C'est exactement ce que l'industrie du thon rouge veut nous faire croire. Mais parlant d'une population qui a diminué de 90% ces dernières décennies, nous ne pensons pas que même une hausse de 1 ou 2% veut dire qu'on peut augmenter les quotas...

Quel est l'intérêt de rester dans la durée alors que la saison de pêche du thon rouge ne dure qu'un mois ?

La saison ne dure qu'un mois, mais la pêche illégale a lieu avant comme après. Et nous ne sommes pas focalisés que sur le thon rouge, il y a d'autres sujets comme les filets dérivants. La Méditerranée est un lieu unique pour la biodiversité sur Terre, elle a besoin de toute notre attention.

N'avez-vous pas peur que ces autres enjeux soient occultés par le très médiatique thon rouge ?

C'est vrai que c'est un problème que les gens se concentrent sur le thon rouge – ou les dauphins, les baleines - alors qu'il y a d'autres espèces, comme l'espadon, qui sont en danger. Nous devons avoir une vision plus large, la biodiversité est un ensemble de relations. Les requins sont par exemple très importants en Méditerranée. Il faut aussi mener des combats moins populaires.

Par Julien Vinzent, le 23 août 2012



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