vendredi 20 juillet 2012

Japon. Peut-on rire des radionucléides après Hiroshima, Nagasaki et Fukushima ?

Peut-on encore rire aujourd’hui de la radioactivité au Japon, pays où la population mange une grande quantité de poissons et de produits de la mer (contaminée) ?

Peut-on rire des radionucléides alors que beaucoup de japonais ne souhaitent plus vivre sous la menace nucléaire ?

Les autorités tokyoïtes veulent banaliser la radioactivité dans la vie quotidienne à l’image de ce couple avec deux enfants qui annonce dans l’hilarité les nouvelles normes de radionucléides des denrées alimentaires (riz, poisson, viande, lait, légumes, eau,...). Image extraite de l’entête d'un document mis en ligne par l’Agence gouvernementale de la consommation : CAA

Depuis le 1e avril 2012, la norme standard de la radioactivité dans les poissons est passée à 100 becquerels de césium radioactif par kilo (50 Bq/kg pour les enfants). Une année plus tôt, elle avait été fixée dans la plus grande précipitation à 500 Bq/kg de poisson, après la détection des premiers lançons contaminés au césium et à l’iode radioactifs dans le port de pêche d’Ibaraki, 60 km au Sud de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Toujours est-il qu’au pays d’Hiroshima et de Nagasaki, beaucoup de japonais prennent au sérieux le risque nucléaire et refusent cette banalisation de la radioactivité dans leur quotidien.

Des dizaines de milliers de Japonais ont répondu, le lundi 16 juillet 2012, à l'appel à manifester du mouvement « Adieu l'énergie nucléaire ! ». Traumatisés, ils s'opposent au redémarrage des centrales. Lire Ouest France : Japon : manifestations anti-nucléaires monstres.

Peut-on rire des radionucléides quand la liste des espèces aquatiques contaminées s'allonge ?


Depuis le 1 avril 2012, la liste des poissons contaminés s'allonge et elle concerne non seulement des espèces marines de la préfecture de Fukushima, mais aussi des poissons marins des 3 préfectures plus au Nord : Miyagi, Iwate et Aomori... Dans la région du Sanriku, l'épicentre de la catastrophe du 11 mars 2011... (voir la carte plus bas)

Pour rappel : Le tsunami a coûté plus de 11,5 milliards d'euros au secteur de la pêche selon les estimations du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Il faudrait y ajouter le coût des rejets radioactifs dans l'océan Pacifique ainsi que dans les étangs et les rivières... en liaison avec les interdictions de pêche.... Les pêcheurs de Fukushima n'ont repris leur activité que depuis le 20 juin 2012 en ciblant des espèces éloignées de la côte (100 km ?) et épargnées par la contamination radioactive comme les pieuvres, les poulpes et les buccins (voir la vidéo plus bas)....

Philippe Favrelière (texte modifié le 21 juillet 2012)

Autres articles :

Pour aller plus loin....

Le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche (MAFF) met en ligne beaucoup de données :

Les nouvelles limites standard pour les radionucléides dans les aliments (par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales), cliquer Ici

Mi-juin 2012 : Reprise de la pêche au large de la Préfecture de Fukushima
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Pour plus de détails sur la reprise de la pêche dans le port de Soma (Préfecture de Fukushima), l'article de FIS : Seafood caught off Fukushima finally goes back on sale

Les points noirs de la contamination...



Illustration (ci-dessus) tirée de l'entête d'un document de l'Agence gouvernementale de la consommation










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Le 22 août 2012



Par Philippe Pons (Tokyo, correspondant)

Pour la première fois, des poissons capturés au large d'Ibaraki - à quelque 150 km au sud de la préfecture de Fukushima - ont montré des taux de radioactivité légèrement supérieurs aux normes admises, le 5 avril 2011.

Le niveau record de radioactivité détectée dans des poissons - du type de la rascasse - pêchés au large de la centrale accidentée de Fukushima pourrait affecter la reprise, depuis le 1er août, de la vente des pieuvres de cette région sur le grand marché de gros de poissons et de fruits de mer de Tsukiji, à Tokyo.

L'opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power Co (Tepco) a annoncé, mardi 21 août, que des rascasses pêchées dans l'océan Pacifique à l'intérieur de la zone circulaire des 20 kilomètres autour de la centrale, fermée à toute activité humaine, présentaient un niveau de 25 800 becquerels (Bq) de césium par kilogramme. Ce chiffre - 258 fois supérieur au seuil fixé par le gouvernement - est le plus élevé depuis que sont effectués des examens sur les poissons et les coquillages après l'accident nucléaire du 11 mars 2011.

Selon Tepco, l'absorption de 200 grammes de ce poisson entraînerait un niveau de radioactivité de 0,08 millisievert (mSv) pour le corps humain - en France, la limite annuelle admise est de 1 mSv par an. Le précédent record de radioactivité (18 700 becquerels de césium par kilogramme) avait été découvert dans des poissons de rivière du département de Fukushima.

Les rascasses contaminées ont été pêchées, le 1er août, à un kilomètre au large du fleuve Ohta au cours des tests mensuels de radioactivité menés par l'entreprise. Ces poissons sont interdits à la vente depuis l'accident. Comme ils vivent dans les profondeurs, il est possible, avancent les experts, qu'il existe au fond de la mer des lieux de concentration de radioactivité. Tepco compte tester les crabes et les crevettes afin de détecter l'origine de cette contamination.

Il y a une dizaine de jours, des chercheurs japonais avaient établi que des anomalies observées chez les papillons de la région de la centrale étaient vraisemblablement liées à la radioactivité.

CERTIFICAT D'INSPECTION

Depuis juin, les pêcheurs du département de Fukushima avaient été autorisés à prendre des pieuvres et des coquillages dans un rayon de 50 kilomètres de la centrale. C'est le cas des pieuvres pêchées à Soma (département de Fukushima). Ne présentant pas de traces de radioactivité, elles ont fait leur apparition au mois d'août sur le marché de Tsukiji, à Tokyo, ainsi qu'à Nagoya. Il s'agit de la première livraison de produits de la mer de la région depuis mars 2011. Les pieuvres sont étiquetées comme provenant de Fukushima avec un certificat d'inspection.

Ces premières livraisons devaient être les prémices d'une reprise de la vente de pieuvres provenant de la région sinistrée. Selon le président de l'union des coopératives de pêche du département de Fukushima, Tetsu Nozaki, "le niveau de radioactivité découvert dans les rascasses pourrait inquiéter les consommateurs".
Les restrictions à la consommation des produits des régions qui risquaient d'être contaminées au cours de 2011 ont été levées. Dans la région de Fukushima, la population reste méfiante. A Tokyo, beaucoup d'habitants sont attentifs à l'origine des produits (légumes, viande). Ceux de Fukushima sont en général moins chers.

A la suite de la suspension des arrivages de poissons pêchés aux alentours de la zone contaminée, les consommateurs à Tokyo étaient moins regardants sur la provenance des poissons et les patrons de sushiya (restaurants de poisson cru) se disaient plus affectés par la morosité économique que par l'inquiétude suscitée par les risques de radioactivité. C'était avant la publication des derniers tests mensuels.

Philippe Pons (Tokyo, correspondant)

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Le 7 mars 2013

Les pêcheurs après Fukushima

Comment vivre avec une pollution invisible, impalpable ? Deux ans après la catastrophe, Arte a posé l'œil de sa caméra sur les habitants de Fukushima, résistants ou abattus. Et signe l'un des deux documentaires d’une soirée spéciale : « Le monde après Fukushima, documentaire de Kenichi Watanabe - mardi 5 mars à 22h25 sur Arte. »

Entre les témoignages des victimes, résistantes ou abattues, et les interventions des différents experts (sociologue, médecins…), ce documentaire souligne les failles multiples dans la gestion japonaise du nucléaire, des informations cachées aux risques minimisés. Il nous fait comprendre que nous sommes entrés dans une ère nouvelle. L’ère de la radioactivité. Et qu’il ne sera jamais possible de revenir en arrière.

Pour les pêcheurs, la catastrophe a entraîné la plus forte pollution maritime jamais observée. La contamination remonte des sédiments du plancton jusqu’à la chair du poisson via la chaîne alimentaire. A l’arrivée à quai, les marins mesurent toutes leurs caisses et une grande partie des poissons (ceux qui affichent plus de 80 becquerels) sont rejetés. Tepco indemnise les pêcheurs en fonction du poids de la prise remise à la mer.

Les agriculteurs, quant à eux, ne peuvent pas vendre leur production en dehors de la région. « Je hais, je déteste le nucléaire, vraiment, vraiment. Je n’arrête pas de penser que l’on a inventé quelque chose d’effroyable. C’est un vrai désastre fabriqué par l’homme. Il a fabriqué un monstre pareil en prétextant une sécurité absolue », lâche en sanglotant Mikiko Sato, agricultrice, qui en coupant quelques jonquilles dans son jardin pour s’en faire un bouquet a absorbé (en proportion du temps passé) autant que la dose admise pour un travailleur du nucléaire. D’après Terra Eco : Fukushima : la vie, deux ans après

Entretien avec Kenichi Watanabe, réalisateur du documentaire “Le Monde après Fukushima”, diffusé le mardi 5 mars 2013 sur Arte. D’après Télérama : “Dire qu’il n’y a pas de morts à Fukushima est un mensonge”, Kenichi Watanabe, documentariste

Vous avez passé beaucoup de temps dans la région de Fukushima ?

J'y suis allé trois fois. La première en repérage, deux semaines à l'hiver 2012, où j'ai fait le voyage seul, dans une voiture de location. Ça m'a permis de découvrir toute la côte, de rencontrer des associations de pêcheurs, les gens des collectivités locales, des personnes comme Madame Sato. Toute la côte est ravagée, les gens sont évacués et vivent dans des maisons provisoires. Ça fait bientôt deux ans, et la situation ne change pas, parce tout est bloqué par les déchets radioactifs, dont on ne sait pas comment se débarrasser.

J'y suis retourné en avril et en juillet 2012 avec un chef opérateur et un preneur de son. Oui, on a travaillé en zone contaminée. Je ne peux pas dire que je m'en fiche, mais avec mon âge, et puis, face aux gens de Fukushima, on peut pas porter le dosimètre comme ça ! Eux sont là en permanence, comment puis-je m'inquiéter de ma santé ?

Ce plan sur les cerisiers en fleur est magnifique, et il y a beaucoup d'autres plans dans votre film qui s'attardent longuement sur la nature, sur la beauté de la région de Fukushima…

La destruction nucléaire, c'est d'abord la destruction de la nature et de l'alimentation, qui sont à la base de la culture. C'est cela, la vraie tragédie, et pour qu'on la ressente, l'image de la nature doit être magnifique. On a donc consacré beaucoup de temps à la lumière, à la façon dont on filmait ces séquences-là, justement parce que sous la surface magnifique, tout est détruit…

Quand je montre les pêcheurs peser leurs poissons contaminés par les radiations pour se faire indemniser par Tepco, puis les rejeter à la mer, j'espère que l'on ressentira tout ce qu'il y a de cruel là-dedans. C'est aussi pour cela que j'ai voulu réduire les explications narratives, et laisser au spectateur le temps de la réflexion. Sur ce point, le commentaire écrit par l'écrivain Michaël Ferrier compte beaucoup.

Lui-même était sur place pendant la catastrophe, il est parti aider les gens, lui aussi a partagé ce moment noir des 14-15 mars où nous nous sommes perdus, où nous ne savions plus ce qu'était l'Etat. On a décidé très tôt de lui demander d'écrire le commentaire, et il lui apporte beaucoup, il amène une sorte de « politique poétique ». La politique, c'est très important, mais la dimension poétique, c'est ce qui manque dans le mouvement anti-nucléaire. Il faut élargir le front. Les philosophes doivent parler, les écrivains aussi, les musiciens et les peintres doivent créer, autour de cette même interrogation sur la civilisation.

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1 commentaire:

Lovyves a dit…

Bonjour
Bien sur !
On peut rire de tout !
Donc aussi des pollutions nucléaires !
D'ailleurs, il y a quelques années, dire que le nucléaire était dangereux et que les pollutions nucléaires étaient très dangereuses et irréversibles, faisaient rire beaucoup de gens .. sérieux !
Donc rions toujours !
L'heure est grave, mais pleurer ne décontamine pas.
Peut être que de rire nous décontamine un peu !