dimanche 26 juillet 2009

26 juillet : Journée internationale des mangroves

L’organisation Mangrove Action Project (MAP) s’efforce depuis 1992 de freiner la destruction déchaînée des zones humides peuplées de palétuviers que le développement non durable met en péril. MAP appuie toutes les manifestations que les membres de son réseau prévoient en ce jour du 26 juillet 2009. Elle lance la campagne de sensibilisation "Shrimp Less, Think More" (mangez moins de crevettes, réfléchissez davantage).

En consommant près de 100.000 tonnes de crevettes chaque année, les français participent à la destruction des mangroves, notamment celles d'Equateur, Brésil, Madagascar, Indonésie, Inde,... pays qui nous fournissent le plus de crevettes d'élevage. La France est le 4e importateur mondial de crevette, au pied du podium : USA, Japon et Espagne.

De nos jours, les mangroves sont menacées par la production de charbon et de pétrole, le tourisme et l’expansion urbaine, les terrains de golf et les marinas. Pourtant, le danger le plus fort provient de l’élevage industriel de crevettes car c’est surtout lui qui provoque leur disparition. Les fermes crevettières sont installées le long des côtes parce que cela convient aux investisseurs, au détriment des zones humides littorales où les mangliers sont éliminés pour faire de la place à des bassins d’élevage qui s’étendent sur des centaines de milliers d’acres. La plupart du temps, les crevettes sont produites pour l’exportation. Les bassins fonctionnent pendant quelques années seulement à cause de la pollution et des maladies qui affectent les crevettes d’élevage. Plus de 250 000 hectares de fermes crevettières abandonnées et plus d’un million d’hectares de zones humides et de mangroves naguère importantes et productives, aujourd’hui dévastées, témoignent de l’inviabilité d’une industrie dont le but est de produire un aliment de luxe pour le plaisir des nations riches. Mais à quel prix ?

Plus de la moitié des mangroves du monde ont disparu à cause de cette vision imprévoyante du développement. Sur les près de 36 millions d’hectares originels, il n’en reste plus qu’environ 15 millions d’hectares de mangroves, et celles-ci sont dégradées et en mauvais état. Chaque année, 150 000 ha supplémentaires sont défrichés. Or, cette diminution des mangroves représente une menace grave pour la vie future sur la planète, et ce pour plusieurs raisons de poids.

Les mangroves jouent un rôle vital pour la diversité biologique littorale, car elles fonctionnent comme frayères et produisent la plupart des détritus qui interviennent dans la chaîne alimentaire de nombreux êtres vivants des côtes. Les marais de mangliers sont des lieux d’escale et de ravitaillement pour les oiseaux migrateurs. Elles contribuent à maintenir en place le sol du littoral, évitant l’érosion et la sédimentation qui, autrement, suffoqueraient les prairies sous-marines et les récifs corallins, déjà menacés par la pollution et le réchauffement planétaire. Elles filtrent les polluants venus de la terre ferme, préservant ainsi la pureté de l’eau. Les mangliers piègent de grands volumes de carbone dans leurs branches et leurs feuilles, et stockent du carbone dans le sol où s’enfonce leur système racinaire. Lorsqu’on abat les mangliers, une grande quantité de carbone est libérée dans l’atmosphère, ce qui contribue à aggraver le réchauffement mondial.

En outre, les mangroves protègent les populations côtières des ouragans et du déferlement des vagues. De nombreux scientifiques pensent que les mangroves ont contribué à protéger les côtes contre le tsunami de l’Océan indien qui a frappé le littoral de l’Asie et de l’Afrique orientale en 2004. Ceux qui habitaient derrière des mangroves en bon état ont eu davantage de chances de survivre à l’assaut du raz-de-marée.

Pour ces raisons et d’autres encore, en 2003 le MAP et d’autres organisations du Sud ont décidé de proposer le 26 juillet comme Journée de mobilisation pour les mangroves.

Antécédents de la Journée de mobilisation pour les mangroves

L’idée de faire cet appel à la mobilisation est née pendant l’atelier ‘Dans les mains des pêcheurs’ organisé à Fortaleza, au Brésil, début 2003. Les participants venaient du Brésil, de l’Équateur, du Honduras, de la Colombie et du Guatemala. L’atelier s’est centré surtout sur les problèmes concernant les mangroves et les marais salants que l’expansion de l’industrie crevettière mettait en danger, ainsi que sur les stratégies susceptibles de contribuer à freiner cette expansion. Pendant l’atelier, il a été suggéré d’organiser une campagne internationale avec la participation des pêcheurs, où les ONG et les représentants des communautés locales organiseraient leurs propres manifestations au cours d’une même journée, de manière à associer tous ces événements entre eux pour constituer une action ou un mouvement international.

Le 26 juillet a été choisi à cause de sa signification pour le mouvement latino-américain dirigé par Red Manglar : il s’agit de la ‘Journée de la Mangrove’, qui commémore la date où, en 1998, un activiste de Greenpeace originaire de la Micronésie, Hayhow Daniel Nanoto, est mort d’une crise cardiaque pendant une grande manifestation dirigée par FUNDECOL et Greenpeace International. À cette occasion-là, la population du village de Muisne a rejoint les ONG pour démanteler un étang de crevettes situé à un endroit illégal, pour essayer de restituer cette zone de mangrove à son étant antérieur. Depuis la mort de Hayhow, FUNDECOL et d’autres consacrent cette journée à sa mémoire et au renouvellement de la mobilisation pour sauver les mangroves.

Comme il n’y avait pas de bateau de Greenpeace à l’horizon, nous avons décidé d’inviter les pêcheurs à former des flottilles pour protester ensemble contre l’expansion destructrice de l’élevage de crevettes dans leurs régions. Cet appel a reçu des réponses positives du Bangladesh, de l’Inde, de la Malaisie, de l’Équateur, du Brésil, de la Colombie, du Mexique, du Honduras, du Nigeria, de l’Europe et des États-Unis. Et tout semble indiquer que la Journée de mobilisation pour les mangroves prenait de l’ampleur au monde entier : certains ont organisé des séminaires, d’autres la plantation de mangliers, le nettoyage de marais, des manifestations et des campagnes épistolaires.

L’appel à l’action pour le 26 juillet 2009

MAP souhaite appuyer toutes les manifestations que les membres du réseau prévoient pour le 26 juillet 2009. Le personnel et les bénévoles de MAP, dont le siège est à Seattle, se rendront à la 35e Fête annuelle des fruits de mer de Ballard qui aura lieu les 25 et 26 juillet. Ils profiteront de cette fête populaire pour parler avec les consommateurs sur les problèmes que pose l’élevage de crevettes dans le monde entier. MAP y lancera la campagne de sensibilisation ‘Shrimp Less, Think More’ (mangez moins de crevettes, réfléchissez davantage).

Nous vous invitons, vous et/ou votre organisation, à nous rejoindre dans une manifestation mondiale contre la disparition continuelle des écosystèmes de mangrove et des communautés qui en dépendent pour leur vie et leur subsistance. Veuillez communiquer à MAP vos projets de mobilisations régionales ou locales pour cette Journée internationale de défense des mangroves : nous les ferons connaître de tous les membres de notre réseau mondial. Nous espérons recevoir bientôt de vos nouvelles à ce sujet !
Source : WRM

Voir tous les articles sur le sujet : Crevette et crevetticulture

Pour plus d’informations :
Revue de presse :

22 juillet 2010

Les mangroves disparaissent trois à quatre fois plus vite que les forêts (Actu-Environnement)

La perte de forêts de mangroves progresse à un rythme trois à quatre fois plus rapide que celle des forêts, révèle le première atlas mondial des mangroves relayé mercredi 14 juillet par le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue).

Un cinquième de la superficie des mangroves a été perdu depuis 1980, soit 35.600 kilomètres carrés. Les spécialistes s'accordent à dire que ces forêts côtières couvraient plus de 200.000 km2. Elles s'étendent désormais dans 123 pays sur 150.000 km2, l'équivalent du Surinam, de l'Etat de l'Illinois ou de la moitié des Philippines. L'Indonésie en abrite 21%, le Brésil 9%, l'Australie 7%, le Mexique et le Nigéria 5% chacun.

Le Pnue souligne tout de même quelques tendances positives : le rythme des pertes se réduit de 0,7% par an, et les efforts de restauration couvrent quelque 4.000 km2 depuis que les pays concernés ont fait le lien entre ces forêts côtières et les services rendus en matière de protection contre les crues, de réserves de poissons et de stocks de carbone.

Les mangroves génèrent chaque année entre 2.000 et 9.000 dollars et par hectare, bien plus que les revenus générés par des usages tels que l'aquaculture, l'agriculture ou le tourisme intensif… Victor Roux-Goeken

Le 13 octobre 2010 : Au Pakistan, la mangrove aurait protégée le delta de l'Indus ?

Monde : Un changement de politique d’adaptation climatique pourrait aider les pauvres (Irin)

Si le delta de l’Indus, dans le sud du Pakistan, était protégé par des mangroves, quelques centaines de villages auraient été sauvés des crues, selon les écologistes pakistanais.

Des palétuviers vigoureux sont le signe d’un écosystème sain, qui nécessite de l’eau douce et quelques investissements. « Malheureusement, nous n’avons pas eu les deux », a dit Ghulam Hussain Khwaja, président de Sindh Radiant, une organisation non gouvernementale (ONG) sise dans la région du delta, dans la province du Sind, dans le sud du Pakistan.

Le Pakistan, comme de nombreux pays en développement, n’a pas les ressources, ni l’orientation politique nécessaire pour investir dans les initiatives « biodiverses » telles que les mangroves, du ressort du ministère de l’Environnement, également négligé, dit Hannah Reid, chercheuse au groupe sur le changement climatique de l’International Institute for Environment and Development (IIED), un organisme britannique.

Changement - Toutefois, la campagne menée par les Nations Unies en faveur de l’intégration des stratégies nationales pour la biodiversité aux plans nationaux élaborés pour faire face au changement climatique – les Plans d’action nationaux d’adaptation (PANA) - pourrait bien changer cet état de fait. Le changement s’est opéré à la suite d’une rencontre récente des secrétaires des trois Conventions de Rio : Luc Gnacadja de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, Christiana Figueres de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), et Ahmed Djoghlaf de la Convention sur la diversité biologique. « C’est une bonne nouvelle pour les communautés pauvres, la plupart des investissements dans le secteur de l’adaptation au changement climatique étant consacrés aux infrastructures, notamment à la construction de digues en béton », a dit Mme Reid, qui défend depuis longtemps l’importance de la santé des écosystèmes en tant qu’assurance climatique. « Je suis heureuse que les décideurs aient enfin commencé à en prendre conscience », a-t-elle dit….

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