lundi 18 mai 2009

L’huître entre paillette, mortalité et interrogation

Les huîtres de Marennes-Oléron s’exposent au festival de Cannes, tout le monde s’interroge sur l’avenir de l’ostréiculture au salon international ostréicole de La Tremblade et la mortalité (re) décime le naissain sur les côtes françaises…

Pourquoi l’huître ne pourrait-elle pas faire son show sur la croisette ? C’est le produit de la mer n°1 en France, en quantité, en chiffre d’affaires et en emplois créés. 130 000 tonnes d’huîtres pour une production halieutique totale de 800 000 tonnes. 0,3 milliard d’euros pour un total de 1,7 milliards. 10000 emplois pour 40000 au total dans les activités de captures et d’aquaculture. Avec le déclin de la pêche hauturière française, de nombreuses régions maritimes vivent principalement de l’ostréiculture, en premier Poitou-Charentes et Basse-Normandie, ensuite Bretagne, Pays de Loire et Aquitaine et enfin Languedoc-Roussillon et Corse. Presque toutes les régions côtières métropolitaines sont impliquées dans l'ostréiculture et chacune défend ses huîtres, leurs spécificités, leurs qualités, leurs terroirs…

Quel avenir pour l’ostréiculture ?

A La Tremblade, au menu du débat traditionnel du salon ostréicole « Quel avenir pour l’ostréiculture ? » Personne n’aurait imaginé il y a un mois au moment de la préparation de cette rencontre que la mortalité des huîtres serait sur toutes les lèvres.

« Le Salon International du machinisme ostréicole de La Tremblade a ouvert ses portes ce 16 mai 2009 dans un climat très tendu. Les ostréiculteurs venaient de constater les premières mortalités de juvéniles sur les parcs du bassin de Marennes Oléron. Le phénomène qui s'était déjà produit au début de l'été 2008 (plus de 70 % du naissain touché) était dans tous les esprits, mais les professionnels espéraient ne pas le connaître à nouveau cette année. Les indicateurs inspiraient plutôt l'optimisme, l'hiver avait été froid (certains jours la température était descendue à - 9°C), les huîtres avaient commencé leur cycle de reproduction lentement au fur et à mesure du réchauffement de l'eau et leur indice de condition (leurs réserves) était élevé. L'inquiétude a commencé à gagner lorsque nous avons appris des mortalités anormales sur de jeunes huîtres au Portugal il y a un mois, puis, ce fut à Arcachon et presque en même temps en méditerranée, sur l'étang de Thau et celui de Diane au Sud Est de la Corse. Sur le bassin, de jour en jour, toute cette semaine, les constations sur les parcs ont révélé l'aspect foudroyant de l'épizootie (entre 50 et 70 % de naissains morts). Pour l'instant, seul l'estuaire de la Seudre dans le Sud est atteint, mais cela tend à se propager vers le Nord. Le naissain naturel, comme celui d'écloserie est touché…. » selon Jacques Baron, ostréiculteur de Marennes-Oléron, membre de la Confédération Paysanne.

La mortalité, une menace pour l'ostréiculture

«Nous sommes habitués à nous adapter. Mais le problème qui nous touche depuis deux ans ne vient pas de nous... C'est une véritable épée de Damoclès. Chaque avancée dans la profession est un gros investissement financier. Mais comment, aujourd'hui, se présenter devant un banquier sans même savoir si on aura de la matière à travailler ? » En quelques mots, pragmatique et lucide, le jeune Oléronnais Benoît Massé a placé le dossier au coeur même de la vie ostréicole. La mortalité de l'huître n'est pas une vue de l'esprit ou une simple donnée scientifique à valeur environnementale. C'est aussi - et surtout - une menace pour la profession, dont l'impact économique et social sur le bassin Marennes-Oléron n'est pas encore bien évalué. (Sud-Ouest)

Alors que les écloseurs, fournisseurs de naissains d’huîtres issus de la reproduction artificielle, se regroupent dans la Société Sélection Française Conchylicole pour « sortir » une huître plus résistante aux maladies, Jacques Baron s'interroge.

« Depuis l'été dernier, l'Institut Français de Recherche et d'Exploitation de la Mer (IFREMER) a mobilisé des moyens importants pour analyser les échantillons et comprendre ce qui arrive, mais seules des hypothèses nous sont proposées et les mêmes questions qu'en 2008 reviennent sur toutes les lèvres des ostréiculteurs :
  • Dérèglement climatique,
  • Dérégulation des fleuves qui alimentent l'estuaire, par le drainage et/ou l'irrigation massive des terres agricoles,
  • Qualité de ces mêmes fleuves pour ce qui concerne les phytosanitaires agricoles, mais aussi le cocktail des molécules qui ne sont pas dégradées par les stations d'épuration,
  • Elévation brutale de la température de l'eau qui réactive des agents pathogènes (virus et bactéries) pour cette espèce d'huîtres.
Tout cela ensemble, ou bien, est-ce quelque chose de nouveau comme des cyanophycées (bactéries) dont des tests de présence sont en cours sur le bassin d'Arcachon ? Nous ne sommes pas plus avancés.

Certains proposent d'élaborer une souche génétiquement résistante, mais comme nous ne savons toujours pas l'origine des mortalités, cela parait hasardeux. De plus, dans ce cas, nous serions sous la coupe réglée des écloseurs et nous avons l'exemple, à ne pas suivre, de ce qui s'est passé en agriculture avec Monsanto ou d'autres semenciers. Ce que nous savons, c'est que plus le cycle de production est court, plus les effets négatifs de l'épizootie se font sentir sur les exploitations.

Les trésoreries des entreprises déjà mises à mal l'année passée malgré l'aide exceptionnelle de l'Etat ne se sont pas améliorées car nous cumulons les problèmes avec une baisse généralisée des cours sur les huîtres à taille marchande, principalement due à la grande distribution. Les investissements ne risquent pas d'être une priorité et il est à parier que les carnets de commande pour du matériel lors du salon seront minimalistes. Le colloque organisé pendant le salon a pour titre : Quel avenir pour l'ostréiculture ? Il parait bien difficile de répondre à cette question, mais, ce qui est sûr, c'est qu'il ne sera pas rose........ »

Informations ajoutées le 21 mai 2009 :
  • Étang de Thau : Réunion d'urgence entre ostréiculteurs et l'Etat (Le Midi Libre)

Mortalité des huîtres : les recherches bientôt finies
Les naissains d'huîtres sont frappés de surmortalité. Et le phénomène s'étend...Pour les résultats des analyses, il faudra (encore) attendre.Ce n'est qu'en fin de semaine prochaine que l'on saura quel est le virus qui tue à tour de bras les naissains d'huîtres sur l'étang de Thau (*). Alors en attendant, on discute... Une réunion en urgence a été provoquée hier entre les représentants de la section régionale conchylicole présidée par Philippe Ortin et l'Etat, ou tout du moins son relais local dans le domaine ostréicole, les Affaires maritimes. Les ostréiculteurs ont communiqué le taux de mortalité qu'ils rencontrent dans leur production. Il tournerait entre 50 et 80 % des naissains. « Le problème, c'est que le phénomène s'étend assez rapidement, commente Stéphane Peron des Affaires maritimes. On en retrouve maintenant à Arcachon, à Marennes et en Bretagne-sud. C'est visiblement lié à la remontée de la température de l'eau.
Suite ...

Pour plus d'informations :
Crédit photographique : La belle d'Oléron

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