lundi 6 avril 2009

Menaces sur les concombres de mer

Pour beaucoup d'Occidentaux, les concombres de mer sont une curiosité, d'étranges bestioles gélatineuses que nous voyons parfois ramper sur le fond marin quand nous nous baignons, durant une journée à la plage.

Mais dans toute l'Asie, les concombres ou bêches-de-mer sont un aliment de base pour les populations, essentiellement sous forme de soupes, de ragoûts et de sautés. La demande pour cet animal sous-marin guère attirant (concombre est un terme impropre, ils appartiennent en fait aux échinodermes) est élevée.

C'est pourquoi des pays comme l'Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Philippines les exportent chaque année en grandes quantités vers la Chine et d'autres marchés asiatiques.

Mais c'est aussi la raison pour laquelle les populations de concombres de mer de la planète, de l'Asie aux Galápagos, courent de plus en plus de risques.Selon un nouveau rapport de la FAO, les stocks de concombres de mer sont soumis à une intense pression de pêche dans le monde entier. La plupart des espèces commerciales de valeur sont épuisées.Dans la majorité des pays examinés et dans les régions Afrique et Océan indien, les stocks sont surexploités. Il en va de même pour la région Asie-Pacifique, où les espèces les plus recherchées sont très appauvries.

"Le rythme rapide du développement des pêches de concombres de mer pour répondre à la demande internationale croissante met en péril la plupart des pêcheries et plusieurs espèces de concombres de mer", selon l'étude Sea cucumbers - A global review of fisheries and trade....

Contribution économique

Il faut concevoir des plans de gestion des concombres de mer adaptés aux circonstances locales, souligne le rapport, qui pourraient comporter des mesures telles que des quotas de prises et des tailles minimales de capture, des fermetures de la pêche durant les saisons de reproduction et un meilleur suivi de l'état des stocks.Les concombres de mer apportent une contribution importante aux économies des communautés côtières, car ils constituent souvent la première ressource d'exportation en produits de la pêche et mollusques. D'où la nécessité d'améliorer la gestion et les pratiques de pêche.

Cependant, les plans d'aménagement efficaces de pêche relatifs aux concombres de mer sont rares, et de ce fait, limiter la surexploitation s'avère difficile, affirme le rapport de la FAO qui identifie également d'autres menaces pour ces populations à l'échelle mondiale, notamment le réchauffement de la planète, la destruction des habitats et la pêche illicite.

L'Asie et le Pacifique sont les premières régions productrices de concombres de mer, avec un total de 20 000 à 40 000 tonnes par an. Cependant, les îles Galápagos (Equateur), les Seychelles dans l'océan Indien et Terre-Neuve au Canada sont d'autres importantes régions de production.

Nouvelle cuisine pour un mets ancien

Par un processus compliqué d'ébullition et de séchage et fumage, la peau des concombres de mer est séchée pour la conservation puis réhydratée avant la cuisson.

En Malaisie, les concombres de mer s'appellent trépang, au Japon, namako, et aux Philippines, balatan. Les Chinois les baptisent hai sum ; ils les pochent ou les cuisent à l'étouffée avec une sauce à base d'ail, de gingembre, d'oignon et de soja. La bêche-de-mer entière peut être garnie d'une farce à base de porc, de fécule de maïs et de poisson frit haché. Et, naturellement, tout comme son cousin terrestre, le concombre de mer peut aussi être conservé au vinaigre.

Même les Espagnols ont commencé à se délecter de ces étranges créatures marines. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, ils étaient considérés sans grande valeur par les pêcheurs catalans qui les consommaient à bord, sans prendre la peine de les débarquer. Puis, une poignée de grands chefs de Barcelone sont intervenus. Grillés frais à la plancha, les espardenyes sont servis avec un filet d'huile d'olive, du sel marin et une tranche de citron.En dehors de leur utilisation culinaire, ils constituent également un nouveau créneau pour l'industrie pharmaceutique, nutraceutique et cosmétique. Parfois, leurs organes internes comme les gonades et les intestins sont mis à fermenter ou à sécher pour donner des produits de niche à haute valeur commerciale utilisés comme suppléments diététiques.
Source : FAO

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Le 17 janvier 2012

La Nouvelle-Calédonie se lance dans l’élevage d’holoturie (ou concombre de mer ou)

L’élevage de la bèche de mer prend forme (nouvellecaledonie.la1ere.fr)

Les bassins d’élevages à la tribu de Tiabet à Poum ont reçu leurs premiers juvéniles

Des juvéniles, élevés dans des bassins à Boulouparis, ont retrouvé les eaux d’origine de leurs géniteurs. Ce projet pilote réunit les efforts des Provinces Nord et Sud, et ouvre des perspectives intéressantes pour les jeunes.


biches de mer par NC1ere

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Revue de presse :

Le 29 septembre 2010

Le Rori : Une pêche sous haute surveillance à Moorea (Tahiti infos)

Les rori (holothuries) de Moorea intéresse l'industrie agroalimentaire asiatique, après ceux (celles) de l'océan indien, du reste du Pacifique et des îles Sous-le-Vent. La demande de pêche a ét...

Le gouvernement encourage les techniques innovantes en Nouvelle Calédonie (AFP)

Un projet en Nouvelle-Calédonie de filière aquacole d’holothuries, animal marin prisé en Asie pour ses vertus culinaires et médicinales, a remporté un prix du ministère de la Recherche, encourageant les entreprises innovantes, ont indiqué vendredi ses responsables. Unique lauréat de l’archipel, ce projet a gagné le 12e concours national d’aide à la création d’entreprise de technologies innovantes du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, obtenant une aide de 230.000 euros.

Invertébré marin, ayant l’apparence d’un boudin noir ou marron d’une trentaine de centimètres, l’holothurie est principalement destinée à Hong Kong, qui en importe chaque année plus de 6.000 tonnes, ainsi qu’à Singapour et Taïwan. Vendues séchées et alors appelées bêches de mer, elles sont consommées cuisinées ou utilisées pour la recherche bio-médicale, l’animal étant réputé pour prévenir diverses maladies et augmenter la longévité.

L’holothurie est menacée par la surexploitation car elle est surtout récoltée en milieu naturel sur les zones côtières et qu’il existe peu de fermes d’élevage dans le monde. "Nous voulons créer la première structure en Calédonie capable de produire, élever et commercialiser des bêches de mer. L’holothurie de sable est l’espèce que nous avons sélectionnée," a indiqué à l’AFP, Sabrina Virly, responsable du projet. L’objectif est d’entrer en production d’ici un an avec un objectif d’une centaine de tonnes…..

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Le 29 août 2011

Canada : Le concombre de mer remplace le pétoncle dans les pêcheries en Minganie (Canoe)

Lionel et Line Arseneault misent sur trois espèces : crabe, concombre de mer et pétoncle.

Il se pêche presque autant de concombre de mer que de pétoncle en Minganie cet été. Cette pêche expérimentale nécessite moins de main-d'œuvre. Le concombre de mer fournit un revenu d’appoint intéressant pour Line et Lionel Arsenault de Havre-Saint-Pierre qui pêchent aussi le crabe des neiges et le pétoncle.

Un seul bateau associé au conseil de bande de Mingan a pêché le pétoncle cette année en Minganie. Cette ressource a déjà fourni des dizaines d’emplois à Havre-Saint-Pierre et Longue-Pointe-de-Mingan. Le problème de main-d’œuvre s’inscrit au cœur de la disparition de la pêche du pétoncle en Minganie. Cette activité nécessite au moins quatre ou cinq personnes à bord du navire. Les travailleurs qui possèdent les compétences se dirigent vers d’autres emplois plus stables.

La pêche du concombre de mer a débuté en 2009 et demeure exploratoire. L’espèce fait l’objet d’une évaluation.

L’exploitation du concombre de mer se fait dans quatre zones au Québec dont une, sur la Côte-Nord. Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) a formé un comité pour évaluer l’impact de la nouvelle activité. Les scientifiques questionnent l’impact des engins de pêche utilisés sur l’habitat et les autres espèces, ainsi que la sensibilité du concombre de mer à la surpêche. D’autres stocks dans le monde ont été décimés en quelques années.

La pêche du concombre entraîne des prises accessoires d’oursins verts, d’étoiles de mer, de pétoncle, de buccin... Des mesures de développement durable, dont un maintien d’un faible taux d’exploitation et l’instauration de zones protégées, sont envisagées.

Le concombre minganois

L’espèce est transformée dans une usine au Maine et vendue sur le marché asiatique pour ses propriétés culinaires et pharmaceutiques. Lionel et Line Arsenault (père et fille) ont réalisé 22 sorties de pêche du concombre de mer en 2009, puis 60 jours dans le cadre d’un programme de collaboration en sciences halieutiques avec le MPO en 2010. Ils ont parcouru le territoire autour de l’Archipel de Mingan, entre l’Île-aux-Perroquets et la rivière de la Corneille.

«Nous arrivons à 70 jours de pêche en 2011. On rapporte environ 12 000 livres de concombres de mer par jour. Ça devient une pêche intéressante parce qu’elle demande peu de main d’œuvre. Nous parvenons à tirer un petit profit en maintenant peu de dépenses. Le recrutement reste difficile avec le chantier Romaine au Havre», explique Lionel Arsenault.

Il voit cette nouvelle pêche comme un complément à sa petite allocation de crabe des neiges, 30 000 livres vendus à 2,62$ la livre pour 2011. Il espère une reprise de la capture du pétoncle pour une saison de pêche de trois espèces.

«Nous avons créé un attelage particulier avec un patin qui glisse sur le fond pour le concombre de mer. L’engin de pêche semble efficace pour la Côte-Nord et peu dommageable pour le fond marin», croit le pêcheur de Havre-Saint-Pierre.....

Crédit photographique :
  • Wikipedia - Le détail de la bouche d'une holothurie prise à l'aquarium de Rhodes
  • FAO - Parfois, la pêche aux concombres de mer n'a rien d'artisanal, comme ici au Canada
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Le 4 juin 2012

En Polynésie française, le concombre de mer en passe de supplanter les perles !!!

Concombre de mer ou holothurie ou bêche-de-mer ou encore rori en tahitien

Polynésie Française : L’export d’holothuries explose (Nouvelles Calédoniennes)

L’intensification de cette pêche dans tous les océans du globe, menace d’extinction certaines espèces. En Polynésie, où son poids dans la balance commerciale sa été multiplié par vingt-six, on commence à se préoccuper de l’équilibre fragile du lagon.

Les espèces les plus prisées se trouvent par vingt mètres de fond, « c’est peut-être ce qui sauve le rori (bêche-de-mer en Tahitien, ndlr) » se rassure Temauri Foster, ministre des Ressources marines en Polynésie.

C’est, à première vue, une bonne nouvelle en ces temps de crise où l’économie polynésienne tente de trouver un nouveau souffle, un créneau pour créer de la richesse, une source de développement endogène. De trois tonnes en 2008, l’export de bêches-de-mer a littéralement explosé pour atteindre 125 tonnes l’année dernière.

À cause de sa surpêche dans tous les océans du globe, sa cote a grimpé en flèche, si bien qu’en Polynésie le poids du concombre de mer dans la balance commerciale a été multiplié par vingt-six. Alors qu’il ne rapportait que 6 millions Fcfp en 2008, il a fait entrer 156 millions Fcfp dans les caisses du fenua l’an dernier. Selon l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), les concombres de mer représentent désormais 20 % de la valeur totale des exportations des produits de la pêche.

Robot. Dans les atolls sinistrés par la fermeture de nombreuses fermes perlières, l’animal prisé des gastronomes asiatiques a permis un revenu alternatif ou supplémentaire au coprah et au poisson. Mais, au-delà de la pêche familiale et quasi-artisanale, le rori et sa valeur en yuan, la monnaie chinoise, ont aiguisé les plus gros appétits locaux.

À Tahiti, la rumeur bruisse quant à l’existence d’un robot capable d’aller pêcher l’holothurie en profondeur. Contacté par La Dépêche de Tahiti, l’homme d’affaires Marc Collins a ainsi confirmé avoir apporté son soutien au projet d’un mystérieux Tutu dans l’acquisition d’une telle machine.

Le possesseur de cet engin a, en revanche, refusé tout interview ou photo de peur d’inspirer d’autres gros entrepreneurs du fenua, également alléchés par ce nouvel eldorado.

Cauchemar. Et pourtant. Si la nouvelle est réjouissante aujourd’hui, elle pourrait, demain, se transformer en cauchemar écologique. Si Hong Kong et Taïwan sont soudainement tant intéressés par les rori polynésiens, c’est que leur présence se fait de plus en plus rare, après des années de pêche, et que la demande, elle, ne cesse de grimper. L’holothurie est ainsi souvent sujet à discussion au sein des conférences de la CITES, réunissant les pays signataires de la Convention de Washington pour la protection des espèces menacées.

De nombreux rapports ont été publiés et font état des interdictions de pêche dans de nombreux pays comme le Mexique ou l’Équateur, où était constatée une diminution inquiétante de la ressource, souvent trop tard.

Lenteur.  Car ce qui inquiète le plus la CITES, c’est la difficulté qu’éprouve cet échinoderme à se reproduire lorsque ses congénères ne sont pas assez nombreux dans un périmètre assez proche. Ainsi, dans certaines zones, la pêche a été miraculeuse pendant dix ans avant de voir rapidement les stocks s’épuiser.

Loi. En Papouasie, par exemple, dans une zone de pêcheries, aucun signe de reconstitution du stock n’a été observé 50 ans après la période de surexploitation.

En Polynésie, le sujet est arrivé jusque sur les bureaux des ministères, mais c’est là aussi l’intérêt économique qui semble primer sur l’écologie. En septembre dernier, Temauri Foster s’est ainsi rendu en Nouvelle-Calédonie, où il a visité la seule écloserie de rori du Caillou. Il confie qu’un projet de loi est en cours d’écriture et devrait aboutir d’ici juillet-août place Tarahoi.

Selon le ministre des Ressources marines, la philosophie du texte irait plutôt dans l’incitation à l’élevage qu’à la répression de la pêche. Faute de données sur les stocks de Polynésie, difficile de savoir si l’espèce est menacée ou pas.

Les perliculteurs n’ignorent pas non plus les risques qu’engendrerait une disparition des bêches-de-mer. Filtreur de sable et donc de l’eau du lagon, la bêche-de-mer est une barrière naturelle contre le développement de certaines bactéries.

Sans cette défense, l’eau du lagon pourrait s’infecter et les nacres cesser ainsi de se développer. Un coup dur pour une filière tout de même plus rémunératrice pour la Polynésie que la bêche-de-mer.

Le chiffre : 125

En seulement trois ans, l’export de « rori » (bêche-de-mer en langue tahitienne) a été multiplié par plus de quarante, en passant de trois tonnes en 2008, à 125 tonnes en 2011.

Indispensable à l’écosystème

Les concombres de mer sont des éléments importants de la chaîne alimentaire dans les écosystèmes tempérés et de récifs coralliens à différents niveaux trophiques. Ils jouent un rôle important en tant que dépositivores et suspensivores.

• Les vers de terre de la mer

Les concombres de mer consomment et broient les sédiments et les matières organiques en fines particules, retournant les couches supérieures de sédiments des lagunes, récifs et autres habitats et favorisant la pénétration de l’oxygène. Ils sont importants car ils déterminent la structure de l’habitat d’autres espèces.

• Lutte contre les parasites

En l’absence de pression de la pêche, les concombres de mer peuvent occuper les replats des récifs indopacifiques à des densités qui peuvent dépasser 35 par m2, où les individus transforment quotidiennement une quantité énorme de sédiments. Ce processus évite l’accumulation de matières organiques en décomposition et peut contribuer à lutter contre les populations de parasites. Dans certaines zones, la disparition des concombres de mer a entraîné un durcissement du fond de l’océan, éliminant ainsi l’habitat d’autres organismes benthiques.

La Dépêche de Tahiti

Photographie : Holothurie (ou concombre de mer) / Thelenota ananas / Australie / Leonard Low / Wikipedia

  
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Le 21 mars 2014

Rori : une ressource à protéger dans tout le Pacifique sud


Un rori (ou concombre de mer ou holothurie ou bêche de mer) répertorié sur le site de Marau aux Iles Salomon en octobre 2011 - Crédit : Kalo Pakoa, Copyright: Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS)

Divers rapports nationaux sont en cours d’édition sous l’égide de la Communauté du Pacifique Sud (CPS) pour faire un état des lieux des stocks et des conseils de gestion des rori ou holothuries. Les îles Cook, Fiji, États fédérés de Micronésie, Palau, Iles Salomon, Samoa, Tonga et Vanuatu sont concernés par ces publications, dont les rapports peuvent servir à d'autres états confrontés à une problématique identique.

Source : Tahiti Infos  par Mireille Loubet

Même si la raréfaction de ces invertébrés côtiers est générale dans tout le Pacifique sud, la situation dans chaque pays appelle des recommandations différentes. Depuis quatre ans, la mise en œuvre du d’un projet, financé par l’Union Européenne, permet aux scientifiques de la Communauté du Pacifique Sud (CPS) de renforcer le personnel des services des pêches des pays du Pacifique dans le domaine de l’évaluation des ressources côtières en vue d’améliorer leur gestion. Une des priorités de la plupart des pays concerné par cette étude est la gestion durable des bêches (ou concombres) de mer ou holothuries. Ces invertébrés marins sont des met appréciés dans certains pays du Pacifique et très prisés en Asie, ce qui leur a valu d’être trop récoltés dans notre région.

Les autorités en charge de la pêche sont donc préoccupées par le maintien d’une ressource qui en étant d’une part à forte valeur ajoutée, apporte des revenus non négligeables aux pêcheurs, transformateurs et exportateurs. Certains pays producteurs ont réagi, il y a déjà quelques années, souhaitant que cette ressource puisse encore contribuer à la vie des générations futures, et ont mis en place des mesures de protection qui portent leurs fruits aujourd’hui. Mais, quelle que soit la situation, la conservation durable des holothuries nécessite une gestion délicate. L’ensemble des pays membres de la CPS en ont fait leur priorité du fait de leur préoccupation face au déclin visible et rapide de ce produit, et souhaitent renforcer leurs connaissances actuelles au sujet de ces invertébrés côtiers et de leurs modes de gestion.

Depuis 2008, le projet SciCOFish (soutien scientifique à la gestion des pêcheries) a permis la formation du personnel des directions de la pêche ou d’organisations non gouvernementales à l’évaluation des stocks d’invertébrés côtiers. Une fois ces formations acquises, un inventaire des holothuries sur une quarantaine de sites et dans neuf pays a été lancé. Kalo Pakoa, spécialiste des invertébrés marins à la CPS commente : «Nos collègues ont désormais les connaissances techniques pour mener des inventaires sur le long terme et interpréter les données. Il est important de réaliser des évaluations régulières des stocks pour évaluer l’impact réel des mesures mises en place pour la gestion des bêches de mer».

Les données récoltées en 2012 et 2013 donnent un aperçu de l’état des stocks à ce jour et peuvent être comparées aux précédents inventaires réalisés entre 2002 et 2009. Sur une trentaine d’espèces d’holothuries présentes dans le Pacifique, certaines, qui ont une forte valeur ajoutée, sont plus exploitées que les autres. Il peut donc y avoir des espèces relativement abondantes alors que d’autres ont disparu. Les inventaires permettent aussi de constater que les zones où la pêche a été interdite pendant au moins dix ans bénéficient de réels des repeuplements d’holothuries.

Les rapports produits par la CPS apportent des recommandations aux pays, en proposant des mesures à intégrer dans les plans de gestion nationaux des holothuries. Certains pays ont déjà mis en place un plan de gestion intégrant des mesures strictes de pêche avec sélection des espèces d’holothuries, taille minimum de récolte, zones de pêche définies ou encore interdiction de pêche avec bouteilles. Dans certains cas, le système de commercialisation est aussi contrôler pour distingues la pêche destinée à l’auto-alimentation, à vente locale ou en vue d’exportations.

Pour certaines zones, des actions de réintroduction de certaines espèces de rori sont aussi envisagées. Kalo Pakoa complète : «On peut déplacer des individus à partir d’une zone où ils sont abondants et les réintroduire là où ils ont été décimés. Cela peut se faire d’’une zone à une autre dans un même pays mais aussi d’un pays à l’autre, comme cela a déjà été fait avec succès pour les trocas». Une autre opportunité pourrait être aussi de réintroduire les holothuries à partir de fermes aquacoles. L’aquaculture des rori en est actuellement au stade d’essai dans divers pays du Pacifique et du travail est encore nécessaire en terme de collecte de données, avant d’évaluer l’efficacité réelle de cet élevage et ses applications.

Pour consulter et télécharger les différents rapports édités par la CPS sur les ressources en holothuries aux Cook, Samoa, Fiji, Tonga ou Tokelai, CLIQUER ICI "2013 status of sea cucumber resources for Pacific Island countries"

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Le 18 Juin 2015

Holothuries, un potentiel inexploité !




L’holothurie, encore appelée concombre de mer, trépang ou bêche de mer, est un animal méconnu. Cet organisme, à l’allure bizarre, est un échinoderme tout comme l’oursin ou l’étoile de mer. L’holothurie a un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes en homogénéisant et enrichissant le sédiment, un peu comme les vers de terre en milieu terrestre. En d’autres termes, cet animal détermine la structure de l’habitat d’autres espèces. Animal souvent grégaire, il forme une part non négligeable de la biomasse de l’écosystème. L’holothurie présente également un fort intérêt dans les pêcheries. En effet, les bêches de mer sont un mets très prisé dans les pays asiatiques crues ou cuites (plusieurs milliers de tonnes consommées par an). Elles sont également utilisées dans la pharmacopée traditionnelle chinoise. De nombreuses études scientifiques ont mis en évidence, entre autres, des substances aux propriétés anti-tumorales, antifongiques. Toutes ces caractéristiques font de l’holothurie un organisme modèle pour la co-culture.

Par Nadia AMEZIANE, professeur du Muséum National d'Histoire Naturelle, chef de la Station Marine de Concarneau.

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