vendredi 13 février 2009

Pêche en Iraq : le fleuve aussi raconte l’histoire

Bagdad, 12 février (IPS) - Il ya maintenant moins d'eau dans le Tigre, et il est moins propre. Le fleuve a moins de poissons, et la hausse du carburant et des autres dépenses font qu’ils sont plus coûteux à attraper. Ce n’est pas le meilleur moment pour être pêcheur dit Hamza Majit.

«La situation se dégrade de jour en jour», nous dit Majit à bord de son bateau de pêche. «Vous voyez que le niveau d’eau est faible, nous pouvons toucher le fond du fleuve avec un bâton de deux mètres » nous dit Majit. « Nous avons besoin de plus d'eau pour poser nos filets. Avec aussi peu d'eau, il est difficile d'attraper du poisson. » Des bouteilles et des sacs en plastique et bien d’autres ordures flottent maintenant à la surface. « Le poisson est un trésor de Dieu, mais maintenant, beaucoup de choses nous empêchent de retirer notre trésor», déclare Majit.

«Avant l'invasion américaine, nous avions l’habitude de capturer plusieurs dizaines de poissons. Maintenant, nous en attrapons tout au plus une dizaine. »

Le gouvernement est très préoccupé

«Le Tigre reste extrêmement pollué, et cette situation continue de s'aggraver, » nous a déclaré le Ministre de l'Environnement, Narmin Othman. « Beaucoup d'Irakiens souffrent de cette situation. Nous en sommes conscients, et nous cherchons des moyens pour commencer à résoudre le problème. » La question est examinée en urgence, nous a-t-elle dit. « Nous devons le faire, sinon personne d'autre ne le fera, et la « souffrance » continuera. Le Tigre est l'un des trésors de l'Iraq, et nous devons protéger nos trésors. »

« La situation est critique », le professeur Ratib Mufid, chargé de l'environnement à l'Université de Bagdad, nous avait dit en 2007. « Le fleuve se meurt progressivement, et il n'y a pas de projets visant à prévenir sa destruction. »

La situation a continué de se dégrader ensuite. Les problèmes actuelles commencent à la source et se multiplient en descendant dans la vallée.

« Le problème de la diminution du débit commence dans les montagnes du Taurus en Turquie», nous avait déjà indiqué en 2007 Seif Barakah, chargé de communication au Ministère de l'Environnement. « Depuis la source jusqu’au Kurdistan, de nombreux barrages ont été construits ce qui entraine une réduction du débit. L’objectif était de limiter les inondations qui touchaient les communautés du Nord, mais la conséquence a été aussi la diminution de moitié du débit. »

Le Tigre coule depuis les montagnes du sud-est de la Turquie à travers l'Irak pour atteindre le golfe du Persique

Majit est pêcheur depuis l’âge de 10 ans, et comme la plupart des pêcheurs sur le Tigre, il est le descendant de toute une lignée de pêcheurs. Deux de ses enfants travaillent avec lui.

La pêche n'est pas seulement difficile, mais elle est devenue dangereuse et désagréable. L'odeur de la combustion des matières plastiques et celle des égouts sont insupportables. Et, Majit ajoute que des soldats américains lui ont tiré dessus à partir de la Zone verte.

Les écologistes irakiens indiquent que le fleuve est contaminé par des déchets de la guerre, des dérivés du pétrole, des déchets industriels et des produits toxiques. «Parfois, je trouve du pétrole brut sur mes filets quand je les hisse» , nous a dit Majit. « Les poissons ont parfois un goût de pétrole. »

L'immersion de déchets dans la rivière était répréhensible au moment de l'ancien dictateur Saddam Hussein. Aujourd'hui, il n'y a personne pour arrêter les gens.

La rareté du poisson a des conséquences sur le commerce. Le prix moyen d'un poisson est passé de deux dollars à huit dollars (8000 dinars).

« C'est trop cher, et très peu de personnes en achètent», explique Amar Hamsa, 25 ans, vendeur de poissons. « Les affaires sont mauvaises, et la vie est difficile de nos jours. »

Manger un poisson frit est considéré comme un bon moment, dit Ali Sabri, toujours dans les affaires quoique beaucoup de grills soient abandonnés autour de lui. « Peu de personnes à Bagdad peuvent maintenant se permettre de les utiliser. »
Source : IPS

Photo et carte de Wikipedia

Le 5 septembre 2009

L’Irak accuse l’Iran de causer une crise écologique dans le Chatt al-Arab (TV5 monde)

L’Irak reproche à l’Iran de provoquer une catastrophe écologique dans le Chatt al-Arab, région où selon la légende locale se situait le Jardin d’Eden, avec le détournement total cette année d’un affluent vital pour le bras d’eau qui sépare les deux pays...

Les premières victimes sont les pêcheurs... Il est devenu impossible de pêcher cette année dans le Chatt al-Arab, l’estuaire commun du Tigre et de l’Euphrate.
"La plupart des poissons sont morts et ceux qui ont survécu sentent le pétrole"... La situation s’est aggravée depuis quelques mois, obligeant les pêcheurs à s’aventurer dans les eaux profondes du Golfe.
Dans ce port transformé en champ de bataille durant la guerre avec l’Iran (1980-1988), 10.000 pêcheurs sont en concurrence...

"Nous assistons à un début de migration de la population. Des habitants quittent leurs maisons car l’eau est devenue trop salée pour leurs animaux et pour l’agriculture"...
"La détérioration depuis près d’un an du niveau d’eau potable et pour l’irrigation endommage l’agriculture, tue les poissons du Chatt al-Arab, provoque le décès ou la cécité de nombreux animaux"... "Trente fermes piscicoles ont dû fermer".

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